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Full text of "Cartulaire de l'Abbaye de Redon en Bretagne. Publié par Aurélien de Courson"

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HAN'DBOUND 
AT THE 



UNTVERSITY OF 
TORO!\rrO PRESS 



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in 2009 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/cartulairedelabbOOredo 



■^6 



COLLECTION 



DE 



DOCUMENTS INEDITS 

SUR L'HISTOIRE DE FRANCE 



PUBLIES PAR LES SOIKS 



DU MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 
PREMIÈRE SÉRIE 

HISTOIRE POLITIQUE 



s"^ 



CARÏOLAIRË 



DE 



L'ABBAYE DE REDON 



EN BRETAGNE 



l'CBME 



PAR M. AURÉLIEN DE COURSON 

CONSEl'.VATKlil DE LA BIBLIOTHÈOIIE Dr I.OUVBE 
MEMBRE DI" COMITÉ DES TB\VAU\ HISTORIOITES ET DES SOCIÉTÉS SAVA^Ïi 



u ^ 



r 









PARIS 

IMPKIMERIE IMPÉRIALE 



vt Docr, i,xili 



epéi 



ex 




AVANT-PROPOS. 



Le Gartulaire de Redon, légué, il y a peu d'années, à Description 
M^" l'archevêque de Rennes par M. l'abbé Debroise, ancien „ ". 

1 r Cailiilaire. 

bénédictin, se compose, dans son état actuel, de cent quarante- 
deux feuillets en parchemin, écrits au verso et au recto, plus 
deux feuillets de garde, où l'on a inséré plusieurs chartes. Le 
manuscrit, dont la jolie minuscule accuse le commencement 
du xi" siècle, forme un petit in-folio qui mesure un peu plus 
de trente-sept centimètres de hauteur sur à peu près vingt- 
neuf de largeur; il est réglé à la pointe sèche, et, dès le verso 
(!u premier feuillet, on y remarque un changement notable 
dans l'écriture. Les caractères deviennent, en effet, un peu 
plus allongés, les panses des A plus grandes, les lignes plus 
rapprochées. Il en est ainsi jusqu'au folio i lo recto, où com- 
mence une écriture plus fine, moins anguleuse, plus agréable 
à l'œil. A partir du feuillet 126, l'encre prend une teinte plus 
foncée et le nombre des lignes augmente. 

Les quinze ou vingt dernières chartes du recueil semblent 
avoir été transcrites par autant de mains différentes. 

Nous avons à signaler, dans le Gartulaire, de nombreuses Lacune,. 
lacunes. La première se trouve au folio 8 verso, auquel suc- 
cède le folio 5i recto. Les quarante-trois feuillets qui manquent 



II AVANT-PROPOS. 

en cet endroit ne renfermaient pas moins de cent chartes. Une 
autre lacune existe au folio 78, où l'on passe de la charte 1 2^ 
à la charte 2 33. Ce ne sont pas là, malheureusement, les seules 
pertes : deux actes ont été lacérés au folio gS , un au folio 1 3 1 , 
deux au folio 160, un et demi au folio i8/i- La perte totale se 
peut évaluera cent quinze chartes, dont les Bénédictins n'ont 
publié qu'un petit nombre d'extraits. Ces divers fragments ont 
été classés dans notre Appendice, avec plusieurs autres docu- 
ments empruntés à la collection des Blancs-Manteaux, ou dé- 
tachés d'un second Cartulaire de Redon, duquel on a pu re- 
cueillir quelques feuillets. 
Copisip^ Parmi les copistes employés à la transcription des actes de 

notre manuscrit, il en est deux dont le zèle paraît avoir été 
tout particulièrement mis à contribution. Le pi^emier, nommé 
Judicael, figure tout à la fois comme témoin et comme rédac- 
teur dans une charte qui se réfère à l'administration de l'abbé 
Péréuès ( io45-io6o) , et se termine par le distique suivant : 

Christe, tuum faraulum conserva nunc et in œvum. 
Et sibi nunc istum doua perscribere librum. 

L'autre scribe s'appelait Guégon, et c'est dans un acte de 
1089 qu'il est fait mention de lui. A partir de celte époque 
jusqu'au milieu du xii'' siècle, pas une pièce, nous le répétons, 
qui n'accuse une main diflerente. Les abréviations, assez 
rares jusque-là, se multiplient, et, dans plusieurs chartes, les 
qualités, surnoms ou sobriquets des témoins sont placés, en 
interlignes, au-dessus de leur nom. 

Tous les actes insérés dans ce recueil ne voient pas le jour 
pour la première fois. Dom Lobineau, et, après lui, Dom 
Morice en ont publié, dans les Preuves de fhistoire de Bre- 
tagne, des fragments plus ou moins tronqués; mais il suffira 



de iVdition. 



AVANT-PROPOS. m 

de -comparer ces extraits avec les actes que nous donnons in 
extenso, pour comprendi-e toute l'importance des passages sup- 
primés. N'ayant point étudié les antiques coutumes de la Bre- 
lagne insulaire, moins soucieux d'ailleurs qu'on ne l'est au- 
jourd'hui de connaître la langue, les mœurs, les institutions 
des vieux âges, Dom Lobineau ne se fit pas plus de scrupule 
que la plupart de ses confrères de scinder les textes cju'il livrait 
à l'impression. De là des coupures on ne peut plus regrettables 
et qu'on aurait peine à s'expliquer, si l'on ne se rappelait com- 
bien le point de vue des historiens du xvii'' et du xviii'' siècle 
différait du nôtre. 

Le livre que nous publions renferme cinq parties : les Pro- piai 
légomènes du Cartulaire; le texte des chartes dont il se com- 
pose; une notice latine sur l'abbaye de Saint-Sauveur de Redon ; 
les anciens Fouillés des neuf diocèses de Bretagne; enfin les 
tables, le dictionnaire géographique et ïindex onomasticus. 

Les Prolégomènes du Cartulaire sont divisés en douze cha- Pioié- 
pitres contenant chacun un certain nombre de paragraphes. 

La péninsule armoricaine ayant reçu, du v^au vi" siècle, de 
nombreuses colonies sorties de l'île de Bretagne, nous avons 
dû rechercher, naturellement, à quelle race appartenaient les 
anciens habitants d'Albion, les Belges, les Bretons, etc. Ce 
point éclairci, nous faisons connaître, en peu de mots, les 
relations amicales qui régnèrent entre les exilés et leurs hôtes 
les Armoricains, jusqu'au jour où ces derniers, mêlés aux 
Francs, durent être considérés en ennemis par les fugitifs qu'ils 
avaient naguère accueillis en frères. 

Le récit des victoires nombreuses mais inutiles des géné- 
raux de Charlemagne en Bretagne, et l'histoire de l'abbaye 
de Redon, depuis sa fondation jusqu'à la Révolution française, 
remplissent notre second chapitre. Là se trouvent aussi des re- 



gonioiies. 



,v AVANT PROPOS. 

cherches sur les institutions municipales, le commerce et l'in- 
dustrie de la ville de Redon. Viennent, après cela, quelques 
préliminaires de géographie historique, où sont indiquées 
avec précision les limites de lArmorique à diverses époques, 
celles des anciennes cités de la presqu'île avec leurs subdivi- 
sions territoriales, telles, par exemple, que les pagi, les cen- 
taines, les commotes, les trêves, etc. 

On nous avait reproché, et non sans quelque apparence de 
raison, d'avoir négligé la géographie gallo-romaine du pays. 
Un tel reproche ne saurait nous atteindre aujourd'hui, car 
chacun des paragraphes consacrés à la description des anciens 
diocèses est précédé d'une notice aussi complète qu'il nous 
a été possible sur la situation de chaque contrée sous les Gau- 
lois et pendant la domination romaine. Nous n'avons négligé, 
dans ce travail, aucune source d'information, et hous avons 
scrupuleusement fait connaître les nombreux débris d'antiqui- 
tés romaines découverts sur le territoire des Osismes, des \é- 
nètes, des Curiosolites, des Rhedons et des Nannètes. 
Géographie Le travail que nous donnons sur la géographie ecclésiastique 
présente sans doute plus d'une lacune. Toutefois le lecteur, 
nous l'espérons, ne méconnaîtra point l'utilité de ces re- 
cherches. 
PouHiés. Les pouillés étant véritablement la base de toute histoire 
diocésaine, nous avons eu soin d'indiquer les sources où nous 
avons puisé les nôtres. 

Pour compléter nos travaux sur la géographie civile et ecclé- 
siastique de la Bretagne, nous donnons une carte dressée sur 
une réduction des feuilles du corps d'état-major. On y trou- 
vera marquées les principales voies romaines, les limites des 
diocèses, des doyennés, des pagi, et celles de la langue bre- 
tonne au ix" et au xif siècle. 



ccciésias 
liqne 



semenis. 



AVANT-PROPOS. v 

Après les notices géographiques dont nous venons do parier, 
on ne lira peut-être pas sans quelque intérêt les recherclies re- 
latives aux demeures des princes bretons avant le x" siècle, aux 
habitations des mactyerns, aux châteaux de l'époque féodale, 
à la navigation, aux écluses, aux voies publiques mentionnées 
dans le Cartulaire. Mais c'est dans les six derniers chapitres de 
l'ouvrage que sont traitées les questions auxquelles s'intéres- 
sent plus particulièrement les lecteurs modernes, c'est-à-dire 
celles qui ont trait aux institutions, au régime féodal, à l'or- 
ganisation judiciaire, à l'état des personnes et des terres, aux 
arts et métiers, aux redevances et aux services, aux poids et 
mesures, aux prix des terres et des animaux, etc. 

Les Prolégomènes sont suivis d'Eclaircissements où certains Édaircis- 
faits sont complétés, d'autres rectifiés, et où quelques textes 
inédits, tels, par exemple, que les curieux memenls de la forêt de 
Brécilieii, sont donnés in extenso. 

Les tables sont au nombre de cinq : " labie 

L La table des sujets traités dans les Prolégomènes, avec 
celle des documents et dissertations insérés dans les Eclaircis- 
sements; 

II. h' Index chronologicus chartaram, où les actes sont classés 
par ordre de dates; 

III. L'Index generalis, qui contient les noms des personnes 
et des lieux, les litres des offices et des dignités, en un mot 
l'indication de tout ce qu'il imjDorte de connaître ; 

IV. V Index de l'Appendice, c'est-à-dire d'un certain nombre 
de chartes arrachées du Cartulaire et dont nous avons pu 
recueillir des fragments; 

V. Enfin une table générale qui fait connaître les diverses 
parties de l'ouvrage. 

A la suite de Y Index generalis nous donnons un dictionnaire 



VI AVANT-PROPOS. 

géographique où l'on trouvera le nom latin de chaque ville, 
paroisse, trêve et village, traduit en français, avec la date du 
document qui les mentionne. Un errata, qu'il faut lire, ter- 
mine le volume. 

Tel est le plan de ce livre, préparé depuis tant d'années, et 
dont plus d'une circonstance imprévue a retardé la publication. 

Il ne me reste plus qu'à remercier publiquement ceux 
de mes compalriotes qui ont bien voulu m'assister dans mon 
pénible labeur. Je citerai en première ligne MM. Audren de 
Kerdrel et de la Borderie, anciens élèves de l'Ecole des chartes, 
dont le patriotisme n'a pas reculé devant la tâche ingrate de 
conférer ma copie avec le manuscrit original du Carlulaire. 
MM. de Blois, de la Monneraye, Le Jumeau de Kergaradec, 
Pol de Courcy, de la Bigne-Villeneuve, Gautier du Mottay, 
Louis Galle, qui connaissent si bien, eu.K aussi, la vieille terre 
qu'ils habitent, m'ont fourni, de leur côté, de précieux rensei- 
gnements. Enfin le concours bienveillant du savant commis- 
saire chargé de la surveillance de cette publication ne m'a 
jamais fait défaut. Disciple de M. Guérard, devenu maîlre lui- 
même, M. Léopold Delisle est certainement l'homme de France 
que consultent avec le plus de profit les investigateurs du 
moyen âge, et, pour mon compte, j'éprouve le besoin de lui 
offrir ici l'expression de mon affectueuse gratitude. 



Paris. !e i" novcnil)re 1862. 



TABLE 



DES 



MATIERES DES PROLECi OMETTES. 



CHAPITRE PREMIER. 

l'agrs. 

S I. Anciennes populations de l'île de Bretagne i 

S II. Les Bretons après la conquête romaine vi 

$ 111. De la péninsule armoricaine pendant l'occupation romaine. — De l'al- 
liance des Francs et des Armoricains. — Conséquence de cette alliance 

pour les Bretons réfugiés en Armorique x 

S IV. Lutte des Bretons contre les Francs sous les Mérovingiens .\v 

CHAPITRE IL 

S I. Les Bretons sous les Carlovingiens. — Avènement de Nominoê \l\ 

§ IL La Bretagne sous Nominoë. — Saint Conwoion. — Fondation de l'ab- 
baye de Redon xxv 

S lil. L'abbaye de Redon après la mort de Louis le Débonnaire. — Conquêtes 

de Nominoê. — L'abbaye de Redon sous Erispoë et ses successeurs. . . xx.xn 

i IV. L'abbaye de Redon depuis 85 1 jusqu'à la mort d'Alain le Grand. — In- 
vasions normandes et destruction de la Bretagne xxxvii 

.^ V. L'abbave de Redon depuis le retour d'Alain Barbe-Torte jusqu'à la prise 

de Redon par Jean IV xi.v 

S Vi. La ville de Redon, ses institutions municipales, son industrie, son com- 
merce LVM 

.< VIL Des corps de métiers et du commerce maritime à Redon i.xiv 

S VIII. L'abbaye de Redon depuis le xv' siècle jusqu'à la révolution française. . . . lxxi! 

CHAPITRE m. 
Géographie historique. — Préliminaires lxxvii 



VIII TABLE DES PROLEGOMENES. 

Pages. 

S L Des diverses applications du mot Armorique lxxviii 

S II. Des cités et des pagi, en général lxxxi 

S m. Le comté , comitatus lxxxii 

S IV. La centaine, la vicairie, la plcbs, la concHta lxxxiii 

S V. La commoie,]a. trêve, le village lxxxvii 

S VI. Des noms de lieux en général xc 

CHAPITRE IV. 

$ I. Les Nannèles. — Limites de leur cité. — Leurs villes principales. 

— Origine des pagi. — Voies romaines xciv 

S II. Des anciennes subdivisions du pays nantais , . ci 

S III. Divisions ecclésiastiques. — Origines du diocèse de Nantes cix 

S IV. Limites du diocèse de Nantes cxiv 

S \. Subdivisions ecclésiastiques ," arcbidiaconés , climats , dovennés. . . . cxvi 

S VI. Les Rhedons. — Leur capitale. — Voies romaines cxx 

S VII. Divisions ecclésiastiques. — Le diocèse de Rennes cxxv 

S VIII. Subdivisions ecclésiastiques, arcbidiaconés, doyennés cxxviii 

S IX. Les Vénètes. — Limites de leur cité. — Oppida. — Capitale. — 

Campagne de César. — La Vénétie sous la domination romaine. cxxx 
S X. Dariorigam ou Vannes après la conquête. — Travaux , établissements 

romain?. — Les Bretons en Vénétie. — Un roi de Vannes cxxxvi 

!i XL Des anciennes subdivisions territoriales de la Vénélie cxl 

S XII. Divisions ecclésiastiques. — Le diocèse de \ annes cxlii 

S XIII. Subdivisions ecclésiastiques cxlv 

S XIV. Les Osismes. — Situation et limites. — Capitale , voies romaines. — 

Divisions de leur cité après l'arrivée des Bretons cxLvm 

S XV. La Cornouaille. — Ses limites. — Ses pagi. — Le Poukarr ci.v 

S XVI. Corisopitum CLXi 

S X\ II. Divisions ecclésiastiques. — Diocèse de Cornouaille ou de Quimper. 

— Considérations générales sur l'église bretonne r,Lx\ i 

S XVIII. Subdivisions ecclésiastiques, arcbidiaconés, doyennés clxxiii 

$ XIX. Le Léon et ses limites. — Origine de cette dénomination ci.xxvii 

S XX. Divisions ecclésiastiques. — Fondation du diocèse de Léon clx.xx 

S XXI. Subdivisions ecclésiastiques ci.xxxii 

S XXII. Les Curiosolites. — Limites de leur cité. — Etablissements ro- 
mains CLXXXIII 

S XXIII. La Domnonée , ses limites, ses princes clxxxvi 

S XXIV. L'évêcbé de Trégucr, ses limites. — Rectifications liistoriques .... ci.xxxviii 

S XXV. Subdivisions ecclésiastiques cxci 

S XXVI. Evècbé de Saint-Brieuc. — Origine?. — Limites cxciii 

S XXVII. Subdivision? ecclésiastiques cxcvi 



s xxviu. 

s XXIX 
s XXX. 
s XXXI 
s XXXII 
s XXXIU. 
s XXXIV. 
i XXXV. 



s 1. 

ÎJ II. 

s III. 

s IV. 



.s 1. 

■i II. 
r. m. 

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s 1. 
s II. 

s m. 

N IV. 
s V. 

s VI. 

•i VII. 

!î VIII. 



TABLE DES PROLEGOMENES. ix 

Page» 

L'évêclié cl'Alel. Ses limite.^. — Le Poutre-cocl cxcvii 

Subdivision.s ecclésiastiques, archidiacoiiés , doyennés cr.ii 

Diocèse de Dol. — Juridiction de sainl Samson cciu 

Palais, demeures des princes bretons au ix' siècle ccvii 

Hai)ilalions, châteaux des mactycrns au ix° siècle ccix 

Châteaux construils en Brelagne après l'expulsion des Normands. . ccxi 

Des moulins ccxii 

Navigation, porls, écluses, ponts, voies publiques ccxiii 

CHAPITRE IV bts. 

Mœurs, usages, faits particuliers ccxvi 

De la langue des Gaulois et des anciens Bretons. . , ccxxiv 

Des noms propres cliez les anciens Brelons ccxxvii 

Des surnoms ccxxxiii 

CHAPITRE V. 

Des instilutioiis bretonnes en général ccxxxvi 

Du Brenin et de ses privilèges ccxxxviii 

Des hommes libres et de l'organisation du clan chez les Brelons 

insulaires ccxxxix 

Des compositions CCXLI 

CHAPITRE VI. 

Du régime féodal chez les Bretons armoricains ccxlv 

CHAPITRE VU. 

De l'organisation judiciaire chez les Bretons armoricains ccl 

Preuves testimoniales; conjuraleurs cclii 

Des boni homines ccliv 

Des scabins cclv 

Consentement des parents et des seigneurs dans les actes devantes 

ou de donalioiis; symboles d'investilure Ibid. 

Des formules. — Annonce de la fin prochaine du monde. — Ana- 

thèmes ceux 

Les dates cclxi 

Des sceaux et de l'annonce du sceau cclxih 



TABLE DES PROLEGOMENES. 



CHAPITRE VIII. 

Pages. 

S 1 Etal des personnes. — Aperçu général cclxvii 

.S II. Hommes libres d'une dignité supérieure cclxviii 

S III. Hommes libres du second et du troisième ordre cci.xi.v 

S IV. De la servitude chez les anciens Bretons ccr.xx 

S V. De la condition des populalion.s rurales en Armorique. — Du colo- 

nat, du servage, du viliainage cclx.wii 

S VI. .Arts et métiers cclxxxviii 

S VII. Des officiers civils ccxc 

S Vin. Des olEciers ecclésiastiques ccxct 

CHAPITRE IX. 

S I. De la condition des terres ccxcii 

S II. De l'alleu ccxcv 

S III. Des hereditates , des bénéfices, de la précaire ccxcvn 

§ IV. Des différentes espèces de biens. — Ln manse, le ran, le tigran , etc. . ccxcviii 

CHAPITRE X. 

S I. Des impôts publics et des redevances privées ceci 

S II. Des redevances et des services ccciii 

S III. Des services cccvii 

CHAPITRE XI. 

Des poids et des mesures cccix 

S 1. Mesures de superficie cccx 

S II. Mesures de capacité pour les grains cccxiii 

S III. Mesures de capacité en Vannes, Rbuys el Auray cccxiv 

!» IV. Mesures de capacité en Hennebont cccxv 

Mesures de capacité dans la juridiction de Guéméné-sous-Henne- 

bont Ibid. 

Mesures de capacité en la Roclie-Moisan-sous-Hennebonl Ibid. 

Mesures de capacité dans les fiefs de Léon-sous-Hennebont Ibid. 

Mesures de capacité en TreisFaven Ibid. 

Mesures de capacité en Nauslang cccxvi 

S V. Ploermel (Mesures de) Ibid. 

S VI. Quiniper-Corentin {Idem) Ibid 

S VII. Huelgoct {Idem) cccxvii 



s VIII. 
s IX. 
s X. 
s XI 
.s XII. 
s XIII. 
s XIV. 
s XV. 

!» XVI. 

s XVIl. 
.s XVIII. 
s XIX. 
s XX. 
s XXI. 
s XXII. 
s XXIII. 
s XXIV. 
s XXV. 
s XXVI. 
s XXVII. 
s XXVIII. 
s XXIX 



s I. 
s II. 
s III. 



TABLE DES PROLEGOMENES. .xi 

fages. 

Duault (Mesures de) cccxvii 

Carliaix [Idem) Ibid. 

Cliâleaulin de Cornouaiilo [Idem) (xcxviii 

Pontcroix [Idem) Ibid. 

Ponl-l'Abbé et Cap-Caval (Idem) Ibid. 

Conc, Fouesnanl el Rosporden (Idem) r.ccxix 

Lesneven (Idem) Ibid. 

Saint-Renan (Idem) Ibid. 

Brest et Léon (Idem) cccxx 

Morlaix (Idem) Ibid. 

Lanmeur (Idem) , Ibid. 

Lannion (Idem) cccxxi 

GocUo (Idem) Ibid. 

Guingamp (Idem) Ibid. 

Minibriac (Idem) Ibid. 

Penthièvre et Lamballe (Idem) cccxxii 

Montconlour (Idem) Ibid. 

Dinan (Idem) r.ccxxili 

Reli (Idem) Ibid. 

Loyaux (Idem) Ibid. 

Guérande [Idem) cccxxiv 

Mesures de capacité pour les liquides Ibid. 

CHAPITRE XII. 

Prix des terres cccxxvii 

Du revenu de la terre cccxxxiii 

Valeur des animaux cccxxxvi 



ECLAIRCISSEMENTS. 



I De la transmigration des Bretons en Armorique, par Dom Le 

Gallois cccxLin 

II. De la manière dont s'effectua le passage des Bretons en Armo- 

rique cccxi.iv 

III. Les Bretons s'établissent, avec la permission des Romains, dans 

la presqu'île armoricaine, alors très-peu peuplée cccxlv 

IV. Distinction faite entre la Bretagne et la Remanie Ibid. 



xn TABLE DES PROLEGOMENES. 

\ Des rapports qui esislaienl entre les Gallo-Francs et les Bretons .... cccxlv 

\ I. De la fable de Conan Méiiadec cccxlvi 

\ II. Des limites du territoire breton cccxlvii 

VIII. Des premières contrées occupées par les Bretons en Armorique cccxlviii 

IX. Observations de Paul-Hector Scotti sur la réforme projetée à Redon. . Ibid. 

X. Le mot plebs employé en Normandie avec le même sens que chez les 

Bretons cccxlix 

-XI. Pouillé de Nantes !.. Ibid. 

XII. Fouille de Rennes Ibid. 

XIII. Pouillé de Vannes ccci.iv 

XIV. Des Curiosolites de César et des Corisopiles de la Notice des Pro- 

vinces CCCLIX 

XV . M. Bizeul conteste que la Bretagne ait été colonisée par les Bretons. . ccclxvi 

XVI. Redevances des villains ccclxvii 

XVII. Du nombre des soldats romains pl.icésen Armorique, vers le v' siècle. . ccclxxi 

XVIII. Usements de la forêt de Brécilien ccci.xxii 

XIX. De la servitude en Bretagne ficcxcii 

XX. Lisie des abbés de Redoii Ibid. 



PROLÉGOMÈNES. 



CHAPITRE PREMIER. 



s I". 
Anciennes populations de l'île de Bretagne : les Belges, les Bretons, les Kymri. 

Mon intention n'est pas de rechercher à quelle époque l'île de Bretagne 
reçut ses premiers habitants. Laissant de côté les temps qui précédèrent la 
période historique, j'essayerai seulement de mettre en lumière les faits à 
peu près certains que nous ont transmis les principaux historiens de l'anti- 
quité. C'est Jules César, le mieux informé de tous, que je vais d'abord in- 
terroger : 

«L'intérieur de la Bretagne est habité, dit -il, par des peuples nés, selon 
«la tradition, dans l'île elle-même, et le littoral, par des Belges qu'y avait 
« attirés l'amour de la guerre et du pillage. Ces derniers ont presque tous 
« conservé, dans leur nouvelle patrie, le nom des cités d'où ils sont sortis. . . . 
«Parmi les Bretons, les Cantii, qui habitent le bord de la mer, sont de 
M beaucoup les plus civilisés ; leurs mœurs diffèrent à peine de celles des 
«Gaulois^. 1) 



' «Britannise pars interior ab lis incolitur, (iquibus orti ex civitatibus eo pervenerant. . . 

(iquos natos in insula ipsa memoria prodilum «Ex bis omnibus longe sunt bumanissimi qui 

B dicunt : maritima pars ab iis, qui prœds ac «Cantium incolunt, quae regio est maritima 

» belli inferendi causa ex Belgio Iransierant ; qui « omnis , neque raultum a gailica ditferunt con- 

« omnesfere iis nominibus civitatnm appeilaTitur, « suetudine. > ( De Bell gall. V, xii et xiv.) 

A 



II PROLÉGOMÈNES. 

Ainsi, selon César, la Bretagne, primitivement habitée par des popula- 
tions réputées autochthones, aurait été, plus tard, envahie par des Gallo- 
Belges qui s'établirent sur le sol conquise Cette opinion, Tacite l'adopte, 
de son côté , comme la plus \Taisemblablc : 

«Quels ont été, dit le grand historien, les premiers habitants de la Bre- 
utagne, des indigènes ou des étrangers? C'est ce qu'il est difficile de 
«savoir dans ces pays barbares. . . A tout prendre, cependant, il est à pré- 
«sumer que les Gaulois ont occupé le littoral voisin du leur. Les cérémo- 
« nies religieuses y sont nées des mêmes superstitions; le langage diffère 
« peu ■-. » 

Voici maintenant un troisième témoignage, celui du vénérable Bède, 
Ihomme le plus savant de son siècle, et qui connaissait à fond les origines 
de la nation bretonne : 

« Primitivement, l'île de Bretagne eut pour habitants les Brittones, dont 
«elle a reçu son nom, et qui, sortis du tractas armoricanus, s'adjugèrent les 
« régions méridionales du pays ^. » 

De ces textes rapprochés il est permis, ce semble, de conclure qu'à une 
époque dont il est impossible de fixer la date*, Albion fut d'abord occupée 
par des tribus détachées des premières peuplades établies en Gaule ; et que, 
après un laps de temps plus ou moins considérable, d'autres tribus, parties 
des mêmes rivages , c'est-à-dire des contrées occupées par les Belges , vinrent 
s'emparer de la lisière maritime qui s'étend du pays de Kent aux promon- 
toires de l'ouest. 

Le mot Belgœ, mal interprété par quelques savants allemands, a fait 
croire que les Belges, en général, étaient des Germains^. C'est une grave 



' f ... Et bello illato , ibi retnanseruiit atque 
angros colère cœperunt. « (De UcU. gall. V. xii.) 

' «Ccctcrum Britanniam qui mortales initio 
a coluerint, indigeoœ an aùvecli , ut inter Barba- 
»ros, parum compertum . . . In universum (a- 
« men a;stimanliG«(/oi vicinum solum occupasse 
"Credibile est; eorum sacra deprebendas, su- 
«perstitionum persuasione : sernio haud mul- 
ttum diversus. B [Agricol. xi.) 

' «In primis bsec insula Brittones, a quibus 
«nomen accepit, incolas babuit, qui de tractu 
< armoricano , ut fertur, Britanniam advecti, 
«australes sibi parles illius vindicarunt. » (Bed. 



« Uisl. ecclcs. 1. I , c. I , Monnm. Britann. histor. 
in-fol, p. 109.) 

* Whitaker (Genuine histor^ of the Britons) 
a essayé de préciser cette date; mais ses asser- 
tions ne reposent que sur le témoignage de 
Ricbard de Cirencester, dont voici les paroles : 
a Ann. mund. M. M. M. — Circahîec tempora cul- 
« tam et babitatam Britanniam arbitrantur non- 
" nulli. 

^ Holtzraann a été plus loin encore : il a 
prétendu démontrer l'unité absolue des races 
tudesque et gauloise. 



PROLÉGOMÈNES. m 

erreur, à laquelic on eût échappé si l'on s'était souvenu que i?. description 
de la Gaule, dans les Commentaires, est purement géographique. César, 
se fondant sur le témoignage des Rhemi, déclare, il est vrai, que, de son 
temps, la plupart des peuplades de la Belgique descendaient des Germains, 
parmi lesquels il place les Condruses, les Éburons, les Cérèses, les Péma- 
nes, etc.'; mais, d'un autre côté, la commune origine des Gaulois et des 
Belges proprement dits est établie en vingt endroits des Commentaires et 
notanunent dans le passage où, après avoir dit que la Gaule se divise en 
trois régions (Belgique, Aquitaine, Celtique), César ajoute que, de tous les 
Gaulois, les Beiges sont les plus braves, parce que, voisins des Germains, 
ils leur font continuellement la guerre : « Horum omnium fortissimi sunt 
«Belgae. . . proximique sunt Germanis. . . quibuscum continenter bellum 
(I gerunt ^. » 

Il serait difficile, on en conviendra, de trouver un texte qui établît plus 
catégoriquement que les Belges n'appartenaient pas à la même nation que 
les Germains. Il existe, d'ailleurs, d'autres preuves à l'appui de cette opi- 
nion , et je demande la permission de les énumérer ici très-sommaire- 
ment. 

I. Les Tectosages, reconnus comme Gaulois par tous les historiens, et 
les Vénètes armoricains, qui faisaient aussi partie de la Celtique , sont appe- 
lés Belges, les premiers par Cicéron et par Ausone^, les seconds par Stra- 
bon*. 

IL Peu d'années avant l'expédition de César en Gaule, les Suessiones 
avaient eu pour roi Divitiac, qui régnait en même temps sur la Bretagne, 
et dont le nom, tout gaulois, indique clairement l'origine^. 

III. Saint Jérôme, dans son Commentaire sur l'Epître de saint Paul aux 

' Plerosque Belgas esse orlos a Ger- elaiv ol uaufiot^^iiCTavTss ■npàs Kaiaapa. (Strab. 

«manis, Rbenumque antiquitus traductos. . - 1. I , cb. iv, éd. Didot, p. 1G2.) 
Gaffoiçuequi ealoca incolerent, expulisse. . • '■• oApud eos [Suessiones] fuisse regeni no«- 

oCondrusos, Eburones , Ca:rœsos, Pajmanos, " tra ctiam menwria Oivitiacum, totius Galliœ 

.qui uno nomine Gerriiani appellantiir. a (Cœs. «potentissimum, qui quum magna; partis ha- 

de BcU. gall. II, iv, — cf. Tacil. German. . rum regionum,lum etiam Britanniœimperium 

xxvin.) «oblinuerit.» (Ca;s. de Bell. gall. Il, iv.) Il n'y 

^ De BcU. gall. 1, i. avait rien assurément de plus Gaulois que ces 

^ Cicer. Pro Fonteio; Auson. De clar. urii. Belges établis sur l'une et l'autre rive du dé- 

Narbonn. troit. Aussi accourent-ils au secours des Vé- 

* MsT« Se là Xe)(6évta if)vi\ là Xomà ^e>.ySv uètes, dès que César les vient attaquer. (V. De 

toi IV éBvv tûv isapaxsavnûv, uv Oiéveroi fiév BeU, gall. III, i.x, in fine.) 

1. 



IV 



PROLEGOMENES. 



Galates, déclare formellement que ces Calâtes parlaient à pea près la même 
langue que les Trévires^; et pourtant, de tous les peuples belges, aucun ne 
fut plus souvent que ce dernier envahi par les tribus germaines. 

IV. li est incontestable que les noms d'hommes, de peuplades et de 
lieux étaient à peu près les mêmes chez les Belges insulaires et continentaux 
que chez les Gaulois de la Celtique. Or, comment ne pas admettre , d'après 
cela, je ne dirai pas, si l'on veut, l'identité, mais la proche parenté des deux 
peuples^? 

V. Enfin , la profession du druidisme , chez les Belges comme parmi les 
Celtes^, dans la Caule comme dans l'île de Bretagne, achève de démontrer 
que l'origine des Belges est toute gallique*. Je ne sache pas, en effet, que 
personne jusqu'ici ait cru pouvoir attribuer aux Germains la même reli- 
gion qu'aux Gaulois^. 

Maintenant, étant admise la très-proche parenté des Gaulois et des 
Belges, une autre question se présente: les Belges doivent-ils être considérés 
comme les descendants des Cimbres? Malgré les savantes dissertations pu- 
bliées dans ce sens, j'avoue que je ne saurais admettre le système. En effet, 
si les Belges étaient des Cimbres, pourquoi les écrivains grecs et latins ne 
donnent-ils ce nom h aucune peuplade de la Gaule ou de l'île de Bretagne? Ce 
n'est pas tout : l'histoire rapporte que les Cimbres exerçaient de continuels 



' Galalas. . . linguam eamdem pêne habere 
quam Treviros. [Comm. Epist. ad Galat. 1. II, 
c. m.) César rapporte qu'Arioviste avait dû 
apprendre le gaulois: «Qua (lingua galiica) 
« muita jam Ariovistus, ionginqua consuetudine 
« utebatur. o (De Bell. gidl. I, XLVlii.) 

- Il suffît de feuilleter les anciens géo- 
graphes, ou simplement la Britannia de Cam- 
den , pour se convaincre qu'un très - grand 
nombre de noms de lieux étaient communs à la 
Gaule et à l'île de Bretagne. Quant à la ressem- 
blance qui existait entre les noms des diverses 
tribus irlandaises, calédoniennes, belges, gau- 
loises, rien de moins contestable. On verra, 
par exemple , en feuilletant Ptolémée et les 
autres géographes anciens, qu'il y avait des 
Atrebatcs dans le Berkshire actuel, des Morini 
dans le pays de Dorchester, des Rémi dans la 
Britannia prima , des Hœdui dans le Somerset- 
shire, des Cenomanni et des Pariiii dans la Bri- 



tannia sceunda, des Mcnapii en Irlande (Water- 
ford) , des Carnonacœ en Ecosse, des Brigantcs 
en Irlande, en Ecosse, en Gaule, etc. C'est à 
peine, selon Whitaker, s'il existait dans l'île une 
douzaine de tribus qui n'eussent point leurs 
homonymes parmi les anciennes peuplades de 
la Gaule. (Voyez, plus loin, Éclaircissements.) 

' J'emploie ici le mot Celtes dans le sens 
restreint d'habitants de la Celtique. 

' «Disciplina in Britannia reperta atque inde 
«in Galliam translata esse existimatur; et nunc 
«qni diligentius eam rem cognoscere voltint, ple- 
« rumque illo discendi causa proficiscuutur. » 
(Cœs. de Bell. gatl. VI, xiii.) 

' M. Alfred Maury, tout en soutenant que 
César a exagéré les différences qui séparaient 
les Gaulois des Germains {Revixe germ. déjà 
citée, p. 12), n'admet pas, cependant, que 
le druidisme ait été la religion de ce dernier 
peuple. 



PROLÉGOMÈNES. v 

brigandages de ce côté-ci du Rliin , et qu'ils n'eurent pas d'adversaires plus 
persévéï'ants que les Belges. Or, un tel antagonisme, prolongé pendant 
tant de siècles, ne rend-il pas peu vraisemblable la commune origine des 
deux peuples? Comment admettre, d'ailleurs, que l'un d'eux, abjurant tout 
à coup de séculaires inimitiés, ait poussé l'abnégation jusqu'à échanger son 
nom contre un nom déshonoré'? 

Quant aux Belges de l'ile de Bretagne, leur origine cimbrique ne repose 
pas, selon moi, sur des fondements plus solides. Non -seulement ce nom 
de Kymri, dont le patriotisme gallois a fait tant de bruit, ne se trouve ni 
dans César, ni dans Tacite, ni dans Dion Cassius, ni dans Hérodien, 
ni dans aucun géographe grec ou latin ; mais il y a plus : vous le chercheriez en 
vain dans les auteurs qui ont écrit sur la Bretagne depuis la chute de l'em- 
pire romain. Saint Gildas, qui était né dans fîle, n'y a vu que des Britanni 
et des Domnonii; le vénérable Bède, qui savait tant de choses, ignorait ce- 
pendant qu'il y existât des Kymri; et c'est chose toute simple, puisqu'ils 
n'ont paru dans l'histoire qu'à une époque relativement moderne. En effet, 
c'est après le triomphe définitif des Anglo-Saxons qu'un petit nombre de 
clans bretons, réputés étrangers dans leur propre pays'^, durent s'associer 
pour défendre le coin de terre où ils s'étaient réfugiés; et c'est alors qu'ils 
furent appelés Kymri, c'est-à-dire hommes du même pays, compatriotes, 
de cym, avec, et de hro, pays. Ici l'étymologie ne saurait être contestée, 
car c'est dans les antiques coutumes de Galles que nous la trouvons : 
Il Le Cymro, y est-il dit, est l'homme libre d'origine, c'est-à-dire issu de 
«père et de mère Cymri, sans aucune tache de servage ou d'esclavage, sans 
(I aucun mélange de race '. » 

On le voit donc, le mot Cymro servait à désigner Vétat mais nullement 
la nationalité d'une personne. A Rome, le civis optinio jure, c'est-à-dire le 
citoyen investi du privilège de porter les armes et d'assister aux assemblées, 
s'appelait Qairiie : le Cymro n'était pas autre chose. Mais le mot, je le ré- 

' Selon Festus, le mot cimbri, dans les dia- des étrangers, le pays oii les Bretons vaincus 

lectes germaniques, signifiait latrones. Les Gau- s'étaient réfugiés. De là le nom de JVales ou 

lois, ajoute-t-il , f interprétaient dans le même Galles. 

sens. Or, que les Belges de la Gaule et de la ' An innate Bonhedic is a Cymro by father 

Bretagne aient consenti à échanger leur vieux and motber, wlthout bond, withoutalltud, with- 

nom contre un nom ignominieux, cela, je le out mixture of kin. [Ancient laws of fVales, 

répète, me paraît absolument inadmissible. traduction d'Owen , édit. in-S", t. I, p. 5o8, 

- Les Saxons appelèrent M^ealas, ou terre n° 29.) 



Vi 



PROLEGOMENES. 



pète, remontait à une époque si peu reculée', que les clans bretons, qui, 
du v' au vil' siècle, vinrent occuper une grande partie de la presqu'île armo- 
ricaine, ne purent l'y transporter avec tant d'autres noms empruntés à la 
mère patrie^. Aussi, Sidoine Apollinaire, Jornandès, saint Gildas, le con- 
tinuateur de la chronique du comte Marcellin, Grégoire de Tours, Marius 
d'Avenches, Fortunat, Gurdestin, Éginbard, Ermold le Noir, ne parlent- 
ils que des Britanni ou des Brittones ^. Or, ce silence sur les Kymri ne prouve- 
t-il pas qu'enti'e leur nom et celui des Cimbri existait une simple analogie 
de sons, qui n'implique nullement l'identité de race entre les Bretons et 
les Cimbres*? 



S IL 
Les Bretons après la conquête romaine. — ■ Us passent dans l'Armorique. 

J'ai raconté ailleurs l'histoire des Bretons insulaires sous la domination 
romaine^. Asser\'is les derniers par les maîtres du monde, ils eurent l'hon- 
neur de secouer le joug les premiers. En iog, se voyant livrés sans dé- 



' Je dois dire que le barde Lywar-Hen a 
écrit les vers qui suivent : 

Cyn bum cain waglawd, bum hy, 
Am cvnnwysid yn nghyvyrdy 
Powys , parad»vys Kymry. 

Avant que je marchasse à l'aide de béquilles .j'étais 
intrépide f j'étais reçu dans les assemblées de Powys , ce 
paradis des Kymri. 

[Let Bardes brcton$, tradails par M. H. de la Villemarqué , 
a" édit. Didier. lS6o,p. laS.) 

Qu'où veuille bien se rappeler ici que les vers 
de Lywar-Hen out été composés au vu' siècle, 
et remarquer, en second lieu , que dans les vers 
du barde comme dans les coutumes de Galles, 
le mot Kymry signifie tout simplement : o Un 
« bomme libre ayant le droit de porter les 
« armes et d'assister aux assemblées du pays, o 

' Voyez, plus loin, le cbapitre intitule : 
Géographie de la Bretagne. 

' Sid. Apoll. l.vii. — Jornandès, De Rébus 
gedcis, XLY. — Gildas, ap. Monnm. Britann. 
histor. in-fol. i848. p. 6-i6. — Excerpt. ex 



Append. ad Marcetlini coinitis C/iroiiic. ap. 
D. Bouquet, t. II, p. 21. — Gregor. Turon. 
Franc.hist. IV, 4, 20; T, i6, 27, 32, etc. Marii 
Avenlicensis chron. ap. D. Bouquet, t. II, p. 17. 

— Fortunat. ap. D. Bouquet, t. II, p. i8o-482. 

— Gurdestin. Vit. S. Guengualoei , in Cartulario 
ahbatiœ Sanctœ Criicis Kemperlegensis , p. 9. — 
Ermold. Nigell. Carm. Ludoiici PU, ap. Pertz, 
Mon. hisl. Germ. t. II, p. 490 et seq. 

* De savants écrivains allemands repous- 
sent, comme nous, la prétendue fraternité des 
Belges et des Cimbres; ainsi Zeuss dans son 
Histoire des Alhmarids et des tribus qui en sont 
issues; ainsi M. Brandes {Dos ethnographische 
Vcrhaltnlss der Kelten,heips\g, in-8°, 1867.) — 
(Voyez aussi, dans la Renne germanique du 
3i octobre iSSg, un remarquable article de 
M. Alfred Maury, sur les études celtiques en 
.Allemagne. ) 

' Histoire des peuples Bretons, t. I, p. 1 46 
et suiv. 



PROLÉGOMÈNES. vir 

fensc aux insultes des Barbares, ils chassèrent leurs chefs romains et 
se proclamèrent indépendants'. On sait quel fut, pour les malheureux 
Bretons, le résultat de cette levée de boucliers. Peu d'années s'étaient 
à peine écoulées, et déjà, ayant conscience de leur faiblesse, ils imploraient 
In pitié de l'empereur. Deux fois cet appel fut entendu, et deux fois les 
troupes impériales réussirent à rejeter de l'autre côté du mur de Sévère les 
Pietés et les Scots dont l'audace s'accroissait toujoiu's. Mais, lorsque les Ro- 
mains durent enfin quitter ces rivages, ils déclarèrent aux Bretons qu'il ne 
fallait plus compter sur les secours de la métropole. Les levées nombreuses 
ordonnées par les derniers empereurs avaient trop affaibli la population de 
l'île pour qu'elle pût résister longtemps à des attaques incessamment renou- 
velées. Assaillis, vers Zi/|6, par les Pietés unis aux Barbares de la Scotie, 
les malheureux insulaires supplièrent Aëtius de leur prêter quelque assis- 
tance : «Les Barbares, disaient-ils, nous poussent vers la mer, et la mer 
« vers les Barbares; nous n'avons qu'à choisir entre la mort par le fer ou 
((par les flots ^l» Ce cri de détresse émut sans doute le général romain; 
mais l'empire était alors menacé de tous les côtés, et la Bretagne dut aviser 
à se défendre elle-même. Ce fut alors qu'un Brenin appelé au commande- 
ment suprême du pays conçut la fatale pensée d'invoquer, contre les Pietés 
et les Scots, l'assistance d'une troupe de guerriers païens dont il avait pu 
apprécier le courage^. Le succès parut d'abord justifier la politique du 
prince; mais bientôt on s'apei'çut, dit saint Gildas, que la mission de ces 
terribles alliés était moins de défendre que d'opprimer la Bretagne*. Les 
victoires faciles qu'ils avaient remportées sur les Pietés n'attestaient que trop 
la faiblesse des Bretons. De là des exigences que rien ne pouvait assouvir, 
et des menaces qui devaient bientôt se traduire en agression. Peu d'an- 
nées plus tard, en effet, l'île tout entière devint le théâtre d'une lutte 
effroyable. Les murailles des colonies s'écroulaient, dit Gildas, sous les 
coups redoublés du bélier; l'épée frappait les colons, les clercs, les prêtres; 
et les places publiques offraient l'horrible spectacle de tours, d'autels ren- 



' Zoz. Hist. VI, 5. « tyranno Gurlhrigerno Brilannorum duce, cœ- 

* ((Repellunt nos Barbari ad mare, repeliit ocantur.» {Gild. ch. xxiii, p. i3.) 

«nos mare ad Barbares; inler haec oriuntur * « Terribiles infixit ungues (juasi pro 

"duo gênera funerum : autjugulamur aut mer- «patria pugnaturus, sed eam certius impu- 

«gimur.» (Gild. loc. cit. ch.xvii.p. 12.) «gnaturus.» [Ibid.p. i4.) 
' » Tuni omnes consitiarii una cum superbe 



viii PROLÉGOMÈNES. 

versés, de cadavres abandonnés à l'avidité des oiseaux de proie ^. Au milieu 
de ces calamités , les Bretons semblèrent parfois se retremper par l'excès 
même de leurs infortunes. Mais les invasions se succédaient comme les flots 
de la mer. Attaqués de tous les côtés à la fois, privés de leurs chefs les plus 
braves, ils sentirent enfin faiblir leur courage, et un jour vint où l'ennemi, 
comme un torrent de feu, balaya tout devant lui^. Les clans dispersés s'ar- 
rêtèrent à des partis divers. Les uns, malgré leur terreur, ne voulurent pas 
abandonner le sol natal. Cachés au fond des bois , dans les montagnes . au 
milieu de rochers inaccessibles, ils y traînaient une vie à tout instant me- 
nacée. D'autres, épuisés par la faim, tendaient les mains aux vainqueurs, 
résignés à une perpétuelle servitude. Mais la majeure partie des vaincus 
[magna pars incolaram^) allèrent chercher un refuge sur le continent. «Us 
«s'embarquaient, dit saint Gildas, en poussant des cris de désespoir [cum 
« alulata magno), et, tandis que le veiît gonflait leurs voiles, ils faisaient en- 
« tendre sur les flots les lamentations du Psalmiste : « Seigneur, vous nous 
«avez livrés comme des agneaux à la boucherie, et vous nous avez dispersés 
« parmi les nations*. » 

Il ne faut pas inférer, toutefois , des récits du saint abbé de Rhuys , que 
les misérables restes de la nation bretonne furent transportés tout d'un coup 
sur les plages armoricaines. Il est certain, au contraire, que les émigrations 
se prolongèrent pendant près d'un siècle et demi, suivant les vicissitudes de 
la lutte héroïque soutenue par les Bretons sur quelques points de leur ter- 
ritoire. La bataille de Crayfort, gagnée par les Saxons en !i5-j , avait eu 
pour résultat la conquête du pays de Kent. C'est peu de temps après, selon 
toute probabilité, que l'angle sud-ouest de la péninsule armoricaine reçut 
une colonie de Cornuvii chassés par les Barbares de la station militaire de 
Pons-Elii. Ces Cornovii, réunis aux habitants de la cité de Corisopito, vinrent 
fonder ensemble, dans un coin du pays des Osismes, un petit état qu'ils ap- 



' Giid. loc. cit. cb. xxiv, p. i4. 

- « . . .Waili ab Anglis diffugiebant tanqaam 
«Ibi ignis fuisset. » [Citron, sax. ad. ann. 478, 
ap. Gibson; et ap. Mon. Britann. hist. p. 29g.) 

' Eginhard. Annales , ad aon. 7S6. 

* ' Itaque nonnuili miscrariim reliqaiarum in 
«montibus deprehensi acervatiai jugulabantur; 
oalii famé confecti accedentes , manus boslibus 
«dabanf, in œvum servituri, si non tamen con- 



n linao trucidarcntur. . . Alii transmarinas petebant 
erecjiones cum ululatu magno, seu celeusniatis 
B vice , hoc modo sub velorum sinibus can- 
n tantes : Dcdisti nos tanqaam ovcs escariim et in 
« genlibus dispersisti nos; alii montanis coHibus , 
nminacibus prœruptis valiati, et deusissimis 
«rupibus ïitam, suspecta senipev mente, cre- 
dentés, in patria licet trepidi perstabant. » 
(Giidas, loc. cit. ch. xxv, p. i4.) 



PROLÉGOMÈNES. 



IX 



pelèrent Cornovia ou Cornohia, et dont la capitale, en souvenir de la ville 
d'où les avaient expulsés les Saxons, fut aussi nommée Corisopitum^ . 

Riothime , Riwal I, Fracan, Conolhec, princes insulaires autour desquels 
s'étaient groupés un certain nombre de clans fugitifs, débarquèrent aussi, 
vers la même époque , le premier sur les bords de la Loire, les trois autres 
sur les côtes septentrionales de la péninsule. Nous aurons à raconter ail- 
leurs, avec quelques détails, l'histoire de ces divers établissements. Bor- 
nons-nous i\ constater ici que c'est peu de temps après la bataille de Char- 
ford, perdue par les Bretons en 5o8^ , que la presqu'île reçut ses plus nom- 
breuses colonies d'exilés. En 5 1 3 ou 5 i A , un second Riwal , fds d'un prince 
de la Domnonée insulaire, abordait en effet, avec une flotte très -nom- 
breuse, dans le pays des Curiosolites'. Ce tenitoire était alors occupé par 
des pirates frisons; mais Riwal marcha contre eux, les força de remonter sur 
leurs barques, et fonda ainsi, sur le continent, un autre royaume de Dom- 
nonée, dont les terres furent partagées h l'amiable entre les Bretons et les 
indigènes armoricains. On peut croire que c'est à cet événement que fait 
allusion Eginhard, historien très-bien renseigné, lorsqu'il rapporte qu'une 
(jiande partie des habitants de l'île de Bretagne abandonnèrent leur patrie 
envahie par les Anglo-Saxons, pour venir s'établir, aux extrémités de la 
Gaule, dans le pays jadis occupé par les Curiosolites et par les Vénètes*. 
1\ est à présumer que ce dernier peuple avait reçu sur son territoire, 
dès la fin du v" siècle, quelques-unes des tribus bretonnes que Sidoine 
Apollinaire place dans le voisinage de la Loire. Mais c'est au début du 
vi° siècle qu'il est fait mention, pour la première fois, d'un comte du Bas- 



' Voyez, plus loin, le chapitre relatif.! la 
Cornouaille. 

'' Chron. sax. ap. Mon. lirilaiin. hisl. p. 3oi. 

^ oCuni niultitudine navium; cum copiosa 
« navium multitucline ac valida manu.» [Acla 
Ord. S. B. saec. III, p. 3o3. — Ducliesn. Vita 
S. Judoci, I, 653.) 

' «Cum ab Anglis et Saxouibus Brilannia 
ninsula fuisset invasa, magna pars incolardiw 
Cl Ëjus, mare trajiciens, in ultimis Gallia; Gnibus, 
«Venetoruni et Coriosolitarum rcgiones occu- 
« paverat. » (Eginb. adann, 786.) 

Eginhard, mort en 844, écrivait ceci à une 
époque où le souvenir des émigrations bre- 



tonnes était encore vivant; historien sérieux, Il 
avait puisé aux sources les plus authentiques. 
Eh bien! le croirait-on? malgré le témoignage 
formel qu on vient de lire et qui concorde si 
parfaitement avec les récits de saint Gildas , de 
Jornandès, de Grégoire de Tours, de Fortunal, 
et des bagiograpbes les plus autorisés, il s'est 
rencontré des écrivains qui, systématiquement 
réfractaires à l'évidence, traitent de fables ie 
fait , si bien avéré , des émigrations bretonnes. 
(Voyez dans la ,\vi° session du Congrès scien- 
tifique de France, t. II, p. 54-55 , un mémoire 
sur la carte romaine de la péninsule armo- 
ricaine.) 

B 



X PROLEGOMENES. 

Vannetais, nommé Guéroc ou Waroc I. Quant au pays de Léon, la Vie de 
saint Paiil-Aurélien est le premier document oîi l'on nous apprenne que 
des Bretons y existaient, vers 620, sous l'autorité d'un prince nommé 
Withur^ 



i m. 

De la péninsule armoricaine pendant l'occupation romaine. — De ralliance des Francs 
et des Armoricains. — Conséquences de celle alliance pour les Bretons. 

Cinq peuplades gauloises occupaient , à l'époque de la conquête romaine, 
le territoire de la presqu'île nommée aujourd'hui Bretagne. C'étaient les 
Redons, les Curiosolites , les Osismes , les Vénètes et les Nannètes. 

Après la défaite de la flotte vénète , la péninsule tout entière s'était sou- 
mise au ioug. Les vainqueurs, pour asseoir leur domination, sillonnèrent le 
pays de routes stratégiques, établirent des postes fortifiés dans toutes les po- 
sitions militaires de quelque importance, et s'efforcèrent, autant qu'il était 
en eu.\, de substituer la civilisation romaine aux mœurs et aux institutions 
gauloises. On a beaucoup vanté les bienfaits dont les maîtres du monde 
dotèrent nos ancêtres vaincus. Sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, 
f exagération doit être évitée. Pendant huit années, la Gaule, traversée en 
tous sens par les armées romaines, avait eu à subir les calamités d'une 
guerre d'extermination , et deux millions de ses défenseurs avaient été tués 
sur les champs de bataille ou emmenés en esclavage. Rançonnée, pillée 
par ses vainqueurs'^ elle n'en fut pas moins condamnée, la guerre finie, à 
leur payer une contribution de huit millions de sesterces '. Mais, en échange 
de son indépendance, disent les historiens, elle reçut de ses maîtres deux 
bienfaits inestimables : les lois romaines et la paix intérieure. 

Il est certain que, grâce aux institutions des vainqueurs et au repos 
qu'elles donnèrent à la Gaule, d'importantes améliorations, de nombreux 
travaux d'utilité publique y furent exécutés. Des municipes s'élevèrent, 
des écoles publiques s'ouvrirent dans la plupart des villes importantes; et 
telle fut l'ardeur avec laquelle les chefs de l'aristocratie gauloise adoptèrent 
la langue, le costume, les mœurs des conquérants, que, dès le règne d'Au- 

' Botlaad. Vita S. PauU Aurelmm, 12 niart. ' Plut, in Cu'jrare. 

t. Il, p. M fi- 11 7. ^ Ihid. 



PROLEGOMENES. x. 

guste, s'il faut en croire Strabon, les vieilles coutumes gauloises ne se re- 
trouvaient plus que de l'autre côté du Rhin'. Les tyerns gaulois, dès lors, 
vécurent beaucoup moins dans leurs domaines. En dissolvant les collèges 
druidiques, Claude précipita cette révolution. Admise au droit de cité, sous 
Caracalla, la Gaule devint bientôt à demi romaine^. 

Tacite rapporte avec quelle facilité son beau père Agricola réussit à faire 
adopter aux Bretons les mœurs et la corruption romaines^. F^es Gaulois, 
dont l'esprit était beaucoup plus cultivé, firent naturellement des progrès 
encore plus rapides dans cette voie «qui les devait conduire à la servi- 
tude''. » La presqu'île armoricaine se couvrit d'élégantes villas^. I^es ruines 
de Corseui attestent que, durant les premiers siècles de la conquête, d'im- 
portantes constructions s'élevèrent dans le pays. 

Cependant il faut se garder- de croire que la prospérité matérielle se 
soit maintenue au delà du règne des Antonins. Si quelques villes du midi , 
telles que Narbonne, avaient conservé une partie de leur puissance com- 
merciale*^, le reste de la Gaule était en proie à la misère et à la servitude, 
conséquences inévitables des règlements qui asservissaient l'ouvrier à son 
travail et des impôts qui pesaient si lourdement sur les classes laborieuses. 
Dès la fin du iif siècle, des écrivains clairvoyants avaient fait entendre de 
sévères avertissements. L'esprit de système a taxé d'exagération les généreux 



' Nuri (lèv oZv sv etpyfvri -acivrcs eiai SeSovXtà- 
(lévoi xaî ÇwDTEs Kaià Ta TSpoaliy fiata iSv éXov- 
T(à)v avToùs J*Ci)(iaiù}v, aAA' sk tQv 'SS'xXrtiù^v ypôvmv 
TOÎtTO i%^^âvo\isv Tsepi «Jt^v ex [re] tùjv fJ^é^pi 
vîiv a'jftjievovtoiv ■eapà loU TepftcivoU voixifiwv. 
(Strab. Geog. éd. Didot, I. IV, cb. i. , p. i 62.) 

Ji y avait, en effet, de l'autre côté du Rliin, 
des populations gauloises, des Ménapiens, par 
exemple : Ad ulramque ripam flaminis [Rheni] 
agros, œdificia, vicosque habebant (Menapii). 
(Cœs. de Bell. gall. IV, iv.) — Tacite (Germ. 
xxvin) fait remarquer que les Helvètes et les 
Boïens, peuples gaulois, habitaient la Ger- 
manie, entre la forêt Hercynienne, le Rhin et 
le Mein. 

= Plin. XXXIV, xLViii. 

' « . . Ut bomines dispersi et rudes, eoque 
«in bello faciles, quieti et otio per voluptates 
«adsuescerent, etc. » (Tacit. Agricola, \xi.) 



' . . .Id apud imperitos /i«mani(a5 vocaba- 
tur, quuni pars servitutis esset. » (Tacit. Inc. 
cit.) 

' Nous avons décrit ailleurs la villa romaine 
du Pérennou , située vers l'embouchure de 
rOdet (Finistère). Les bords du Morbihan, du 
côté d'Aradon, étaient, à la h lire, couverts d'é- 
tablissements romains. Jamais, dit-on, révolu- 
tion plus brusque ne s'est opérée dans les 
mœurs d'un peuple : «La Gaule, barbare sous 
«César, était civilisée sous Auguste.» Cette 
phrase se lit partout; mais elle n'en est pas plus 
exacte. Une étude approfondie des monnaies 
de la Gaule, monnaies d'autant plus belles 
qu'elles sont plus antiques, fera justice, pour 
toujours, de ce vieux préjugé de barbarie. 

° « Toto tibi navigat orbe KttTi-uXovs. » (Auson . 
Clar. arb. Narbonn.) 



XII PROLEGOMENES. 

chrétiens qui, prenant en pitié les populations ruinées, dénonçaient avec 
énergie les meurtrières exactions du lise'. Mais lorsqu'on a lu, avec un peu 
d'attention, quelques pages du Code tliéodosien sur les terres abandonnées, 
l'on est bien force de reconnaître la fidélité des peintures navrantes d'un 
Lactance ou d'un Salvien. 

On sait que la plupart des villes, restées ouvertes durant la paix romaine, 
durent s'enclore de murs, vers la fin du iii° siècle. La misère, amenée par la 
cherté des denrées, l'égnait dans l'intérieur de ces villes, tandis que, au 
dehors, la guerre civile et les Barbares amoncelaient les ruines. 

Pendant la longue anarchie qui suivit la captivité de Valérien , la situa- 
tion de la Gaule devint intolérable -. En moins de sept années , Posthumus et 
son fils, les deux \ ictorinus, Laelianus, Marins, Tétricus avaient tour à tour 
occupé, dans la Gaule, le trône des Césars. Une femme, surnommée la mère 
des Camps, avait même exercé le pouvoir souverain. Mais bientôt ce fut la sol- 
datesque qui gouverna, en réalité, sous les noms de quelques princes succes- 
sivement assassinés, et dont le dernier, dégoûté de l'anarchie militaire, livra 
son armée et sa personne à l'empereur Aurélien, dans les plaines de Chàlons. 
La Gaule, déjà dépeuplée par les proscriptions de Maximien et par les im- 
pôts qu'il y avait établis', vit une partie de son territoire saccagée par des 
mains gauloises. Autun , qui avait appelé Claude , fut pris et pillé par les 
soldats de Tétricus. Alors f excès de la souffrance amena l'un de ces terribles 
soulèvements populaires qu'on voit éclater à certaines époques sinistres de 
l'histoire. Les paysans abandonnèrent les champs, et, réunis, sous le nom 
de Bagaudes, en bandes nombreuses, ils portèrent partout le fer et la 
llamme. Maxiniien , à la tète de ses légions, put écraser facilement, sur les 
bords de la Marne, ces masses indisciplinées; mais les désastres qu'elles 
avaient causés étaient irréparables. 

«Les champs, dit un écrivain qu'on n'accusera pas, comme Lactance. 
«d'être un ennemi de l'empire, les champs, dont le produit ne paye jamais 
u les frais de culture, sont forcément abandonnés; ils le sont aussi à cause de 
ula misère des cultivateurs qui, écrasés de dettes, ne peuvent ni diriger les 

' M. Fauriel lui-même n'a pas su échapper d impartialité. — 'S. Ambros Tobia, m, 

à certaines assertions qui étonnent de la part lo et ii. 

d'un écrivain aussi clairvoyant. Lehuérou, dans ' Pacat. Paneg. in Theod. 25, 2fi. — Qaid 

son beau livre des Institulions merovinyienncs , ego rejeram vacuatas suis municipibus civita- 

3 rétabli les faits avec autant de science que tes, etc. 



PROLEGOMENES. 



XIII 



«eaux ni couper les bois. Aussi tout un territoire, autrefois habitable, est- 
« il aujourd'hui hérissé de broussailles , ou empeste par des marécages . . . 
«Que dirai-je de l'état des autres cités du pays, dont la vue, tu l'as avoué, 
« César, t'a arraché des larmes ? A partir du point où la voie de Belgique 
«fait un coude, la route militaire elle-même est si rocailleuse, les pentes 
«en sont si rapides, que les charrettes à moitié pleines ou même vides 
<i y peuvent à peine passer '. » 

Constantin, à la vue de cette effroyable dévastation, donna de l'argent 
à la ville d'Autun , et envoya , pour la repeupler, un grand nombre d'ar- 
tisans enlevés à la Bretagne, après la défaite de Carausius -. En 335, à 
la suite d'une irruption de Germains en Gaule, Julien écrivait aux Athé- 
niens : « Le nombre des cités dont les murailles ont été détruites s'élève à 
«quarante-cinq, sans compter les châteaux forts et les postes moins im- 
« portants ^. d 

La péninsule armoricaine, dont le sol était, en grande partie, couvert 
de forêts, et qui, outre les ravages du fisc et de la bagaudie, avait eu à 
subir de continuelles descentes de pirates sur ses côtes, la péninsule devint 
l'un des pays les moins peuplés de la Gaule. Procope rapporte, en effet, qu'au 
vi'^siècle, de nombreux essaims d'hommes, de femmes et d'enfants quittaient 
l'île de Bretagne, pour aller s'établir dans fArmorique, contrée la plus déserte 
du pays des Francs *. Cette dépopulation de la presqu'île armoricaine , pré- 
cisément à l'époque où les Anglo-Saxons conquirent file de Bretagne, 
explique très-bien la facilité avec laquelle les Bretons fugitifs furent ac- 
cueillis sur le continent. Ermold le Noir, malgré la haine nationale qui 
l'anime contre les exilés, est obligé de reconnaître, lui-même, qu'ils furent 



' » . . . Ager qui nunquam respondet impen- 
>i diis, ex necessitate deseritur, etiam inopia rus- 
•'ticanorum quibus aère aiieno vaciilantibus nec 
«aquas deducere nec silvas licuit exi;idere. Ita 
« quidquid olim fuerat lolerabilis soli aut corrup- 
« tum est paludibus , aut sentibus impeditum . . . 
«Quid ego de ceteris civitatibus iilius regionis 
«ioquar, quibus illacryniasse te ipse confessus 
«es?... Statim ab eo flexu e quo rctrorsum via 
nducil in Belgicam, vasta omnia .inculta, squa- 
«lenta, muta, tencbrosa; etiam mililaris via sic 
« confragosa et alterius montibus ardua atque 
«praeceps, ut vix semiplena carpenta . inter- 



«duui vacua, transmiltal.» (Eumen. Grat. act. 
ch. VI et vu.) 

' Eumen. Paner/, m Const. ap. D. Bouquet, 
t. I,p. 714. 

' Julian. Epist, ad S. P. Q. Athen. ap. D. Bou- 
quet, Hist. de Fr. t. I , p. 725. 

* Toffavrv Se r\ rùvSe tcHv édvùiv isoXv- 

civOpœtiia ÇiivZTai ouffa, étrle dvi 'jsâv iios xaià 
•nroAAoùff èvQévèc ^etavialé^ievot ^ ^v yvvm^l xai 
'jsataiv eV Opayj ovs ^ùjpovotv ' 01 Se avroùs 
ivomi^ovaiv éi yv> tvs a^eTépcts tî^v épi}^oiép<iv 
Soxoiaav eTvai. (Proeop. de Bell. Goth. IV, 20.) 



XIV PROLEGOMENES. 

reçus comme des hôtes par les Gallo-Romains de l'Armorique^ Cette bonne 
harmonie régna pendant quelque temps entre les deux peuples. Alliés l'un 
et l'autre aux Romains, ils combattirent plus d'une fois les Barbares sous les 
mêmes enseignes. Riothime n'avait pas hésité à intervenir, avec ses douze 
mille Bretons, dans la lutte d'Anthémius contre Euric, roi des Wisigoths '^. 
Les exploits de Gradlon, comte de Cornouaille, sur les bords de la Loire, 
ravagés par des pirates saxons, témoignent aussi de la solidarité qui existait 
alors entre les deux nations, pour la défense du pays : 

«Le front ceint d'une couronne, Gradlon, vainqueur des guerriers du 

« nord , n'avait de rivaux ni en gloire ni en puissance La Loire elle- 

« même avait été témoin de ses hauts faits ; car, sur les bords de ce (leuve , 
«il avait coupé la tête à cinq chefs de guerre, pris le même nombre de 
« vaisseaux et triomphé dans cent combats ^ ! » 

Mais, après la mort d'Egidius, lorsque les Armoricains, suivant l'avis de 
leurs évêques, se furent décidés non-seulement à se confcdérer mais même à 
se fondre avec les Francs, les Bretons, on le conçoit, durent s'éloigner d'an- 
ciens alliés qu'ils allaient bientôt avoir pour ennemis. C'est dans les pays de 
Rennes et de Nantes, et dans la partie orientale de l'ancien pagus venetensis, 
que la lutte s'engagea entre les Gallo-Francs du pays de Romanie, et les 
Bretons, dont le territoire, dès le vi' siècle, avait reçu le nom de Bretagne'^. 



' Hic populus veniens supremo ex orbe Britanni 

Quos modo Brittones fVancîca lîngua vocat. . . 
Nam telluris egens, vente jaclatus et imbri, 

Arva capit prorsus, alque Iributa parât, [bat. 
Tempore nempe illo hoc rus cpioque Gaiius babe- 

Quando idem populus fluctibus actus adest. 
Sed quia baptysmi fuerat hic tinctus olivo . 

Mox spatiare licet, et colère arva simul. 

(Ermold. Nigell. Carm. Ludoi. Pn. 
ap Pertz, t. II, p. 490.] 

- 1 . . .Anthemius imperator protinus sola- 
otia Britonum postulavit. Quorum rex Riothi- 
«mns.cum xii millibus veniens, in Biturigas 
"civitatem, Oceano e navibus egressus, suscep- 
« tus est. » ( Jornand. De Rchns (/eiicis, c. xlv. ad 
ann. 470.) 

Ce sont ces Bretons, super Ligtrim silos, 
qu'Arvandus poussa le roi Euric à attaquer. 
(Voy. Sid. ApoH. E/nst. I, 7, ad ann. '169.) 



' Redimitus lempora mitra 

Detractis fulget, cunctisque potentior, ipsa 
Barbara prostrale gentis post beila inimice ; 
Jam tune quinque ducum truncato vertice, cvulis 
Cum totidcm, claret centehis victorin armis. 
Testis et ipse Liger iluA ius est , cujus in altis 
-Acta acriter fuerant tune prxlia tanta. 

Ces vers de Gurdestin avaient été écrits sur 
un feuillet arraché, avec plusieurs autres, du 
Cartulaire original de Landévenec. Mais M. de 
la Borderie a découvert une copie du même 
cartulaire, faite au x\' siècle, et qui n'oflre pas 
de lacune. (Voy. Bibl. imp. suppbm. latin 
n° 201, petit in-fol.) 

' Voyez, dans les Acta SS. 0. S. B. sa-c. I, 
p. 1 80, les deux chapitres de la Vie de Samson 
où le mot Romania, appliqué à la Gaule méro- 
vingienne, est opposé à celui de Britannia, qui 
désigne le territoire des Bretons. 



PROLÉGOMÈNES. xv 

Cet antagonisme entre les Bretons, si jaloux de leur autonomie, et les Armo- 
ricains , sonmis et mêlés aux Francs, dérange le système de D. Morice, qui 
prétend faire régner sur la péninsule tout entière, dès le iv" siècle, le fabuleux 
Conan Mériadec ^ Mais les récits qu'on va lire donneront pleinement rai- 
son à Dom Lobineau, dont l'opinion, assise sur une base vraiment histo- 
rique, mérite seule de faire autorité. 

.^ IV. 
Lulte des Bretons et des Gallo-Francs durant la période mérovingienne. 

Clovis, après son alliance avec les cités armoricaines, y avait été accepté 
comme l'héritier des empereurs romains en Gaule. De là, chez tous les 
descendants du vainqueur de Tolbiac, la pensée bien arrêtée de placer un 
jour sous un même sceptre tous les pays situés entre le Rhin, les Alpes, les 
Pyrénées et la mer. D'un autre côté, chez les Bretons chassés d'Albion 
par des peuples germains, existait finébranlable volonté de défendre 
jusqu'à la mort, contre les Francs, l'indépendance que leur avaient ravie, 
de l'autre côté du détroit, les éternels ennemis de leur race. Néanmoins, 
et quoi qu'en aient pu dire l'abbé Gallet et D. Morice^. aucun conflit 
n'éclata entre les deux peuples sous le règne de Clovis. Les Francs, rap- 
porte Ermold le Noir^, étaient alors engagés dans des guerres plus impor- 
tantes, et les Bretons ne refusèrent point, plus tard, de reconnaître la 
suprématie nominale des rois mérovingiens, pourvu que ces princes res- 
pectassent leur indépendance nationale. On sait qu'en 56o le roi Clotaire 
envahit la Bretagne et qu'il y livra bataille à Chramne et à Conober, l'allie 
du malheureux prince; mais, après cette expédition, la paix fut rétablie, 
et elle se maintint pendant près de seize ans. Le partage de l'héritage de 
Clotaire entre ses quatre fils, Charibert, Contran, Sigebert et Chilpéric, ce 
partage, en brisant l'unité de l'empire franc, fit naturellement ajourner 
toute pensée de conquête en Bretagne. Dans les arrangements qui inter- 

' Voir, plus loin , Éclaircissements. Idcirco haec tantes res est dimissa per annos . 

- Voir D. Mor. Hisi. de Bref. t. I, et les Gens magis atque magis crescit et arva replet. 

Mémoires de Gallet, dans ce même volume. (Ermold. Nigell. ap. Pem, i II , p. «9» 

ver», lô *t seq) 
^ Francia in alterius pulsabat régna triampkis , 

Asperiora quidem qax sibi visa forent; 



XVI PROLÉGOMÈNES. 

vinrent entre les jeunes princes, après la mort de leur père, il est à remar- 
quer que la souveraineté immédiate des territoires de Rennes, de Nantes 
et de Vannes fut transportée du royaume de Paris au royaume de Sois- 
sons, qui appartenait à Chilpéric , le dernier des fils de Clotaire. Il est donc 
permis de supposer que l'inexpérience du jeune prince fut l'une des causes 
qui poussèrent Waroch, comte du Bas-Vannetais , à prendre les armes 
contre les Francs. Chilpéric , à cette nouvelle , donna l'ordre à ses géné- 
raux de faire marcher contre les Bretons les troupes de la Touraine, 
du Poitou, du Bessin, du Maine, de l'Anjou et de plusieurs autres pays^. 
Les Francs allèrent asseoir leur camp sur les bords de la Vilaine. \\ aroch 
se tenait avec ses troupes sur la rive opposée, comme pour disputer le 
passage à l'armée ennemie; mais, pendant la nuit, rassemblant ses bandes, 
il traverse le fleuve en silence , tombe sur les Saxons de Bayeux et les 
extermine en grande partie. Cependant, trois jours après, le rusé Breton se 
hâtait de faire la paix avec les généraux de Chilpéric, s'engageant, par ser- 
ment, à rester fidèle au roi et même, ajoute Grégoire de Tours, à restituer aux 
Francs la ville de Vannes , si l'on consentait à lui en confier le gouvernement. 
En retour, il promettait de payer, chaque année, et sans sommation préalable, 
tous les tributs auxquels la ville était assujettie^. L'affaire ainsi conclue, 
les Francs se retirèrent; mais Waroch , infidèle à ses promesses, chargea En- 
nius, évêque de Vannes, de demander à Chilpéric de meilleures conditions. 
L'évêque ayant été exilé par le roi , Waroch se mit à ravager les environs 
de Rennes, bridant, pillant, emmenant les habitants en captivité. Le 
duc Beppolen, auquel le roi Contran, tuteur du fils de Chilpéric, devait 
confier plus lard le fjouvernement des trois cités d Angers, de Nantes et de 
Rennes, fut, envoyé contre les Bretons et dévasta par le fer et par le feu 
quelques parties du pays rennais; mais cela ne fit, à ce qu'il paraît, qu'exciter 
leur fureur^. Peu de temps après, le comté nantais subissait les mêmes dévas- 
tations. En vain saint Félix , évêque de Nantes, cssaya-t-il de mettre un terme 

' «Debinc Turoiiici, Pictavi, Bajocassini, «qucqite cwitatem rejiidit, sub ca condilione, 

" Cenomanni , cam aliis mulds, in Britanniam a ui, si mereretur eam perjiusioncm régis regeie, 

a ex jussu Chilperici régis abierunt. » (Greg. «tribula vel omnia, quje cxinde deliebantur. 

Tur. Hist. Franc. \, 27.) On remarquera que «annis singulis, nulloadraonente, dissolveret. » 

ces milices dirigées contre les Bretons appar- (Greg. Tur. loc. cit.) 

tenaient aux anciennes cit(^s armoricaines. ' « Britanni quoque graviter regionem Rhe- 

'•' 1' Sacramento se constrinxil, quod «donicani vastaverunt, incendio, pra;da , cap- 

« (idelis régi Chiiperico esse deberet. Venetos «tivitate Bippolenus vero dux contra Bri- 



PROLEGOMENES. 



XVII 



à ces calamités : les Bretons s'engagèrent à réparer le dommage; mais, 
selon l'usage, dit Grégoire de Tonrs, ils ne firent rien de ce qu'ils avaient 
promis'. Allié à Vidimacle, qui semble avoir été le chef des Bretons éta- 
blis sur la pointe de terre située entre l'embouchure de la Loire et celle de 
la Vilaine, soutenu secrètement par la reine Frédégonde, Waroch envahit 
de nouveau, vers 887, le territoire des Nannètes, où tout fut mis à feu et 
à sang-. A la première nouvelle de cette incursion, Gontran envoya une 
armée en Bretagne, avec ordre à ses généraux de tout passer au fil de fépée, 
si les Bretons ne se hâtaient de réparer le mal qu'ils avaient fait. Effrayés, 
Waroch et Vidimacle souscrivirent à toutes les conditions; et le roi Gon- 
tran leur ayant envoyé des ambassadeurs qui les rejoignirent sur la limite da 
pays de JSantes (in terminum namneticum), ils confessèrent franchement 
leurs méfaits : «Nous savons bien, dirent-ils, que ces cités appartiennent aujc 
ujils de Clotaire. . . Aussi nous empresserons-nous de réparer le dommage que 
« nous leur avons causé contre toute justice '\ » 

L'aifaire terminée de la sorte, les ambassadeurs francs se retirèrent; mais 
ils n'étaient pas de retour à la cour de leur maîti'e, que déjà les Bretons 
avaient recommencé leurs incursions. Cette fois, ils vinrent faire la vendange 
dans les vignobles nantais, et le vin récolté /u< transporté dans le pays de Van- 
nes^. Ces violences , qui comblaient la mesure , excitèrent chez le roi Gontran 
la plus vive indignation. Cependant, son armée déjà rassemblée et prête à 
marcher, il ne hoiujea pas, dit Grégoire de Tours ^. 

Deux ans plus tard, de nouveaux ravages sur les territoires de Rennes 
et de Nantes forçaient Gontran à diriger contre les Bretons une armée for- 
midable, commandée par ses deux meilleurs généraux, les ducs Ebrachaire 
et Beppolen. Ce dernier périt dans les marais de fOust, où l'avait attiré 



c lannos dirigitur, et loca aliqua Brilanniœ ferro 
«incendioque opprimit; quœ res majorera in- 

saoiani excitavit. « (Greg. Tur. V, 3o ) 

' >iBritanni eo anno valde infesti circa ur- 
nbem fuere Namneticam atque Hhedonicam. 
« Ad quos cnm Félix episcopus legationem mi- 
nsisset, eraendare promittentes, nihil de re 
«promissa tenere volueruiit. » (Ibid. V, 3o.) 

» Ibid. IX, 18. 

" «Scimus et nos civitates istas Chlotarii régis 

1 finis redhiberi tamen, quie contra ralio- 



■ nem gessinius, cuncta componere non mora- 
«mur » (Greg. Tur. IX, 18.) 

* i . . .Warochus autem oblitus sacramenti 
«et caulionis suae, omnia postposuit quae pro- 
« misit : vineas Namneticorum abslulit, et viiide- 
« miam colligens, vinum in Veneticum Irans- 
« tulit. D [Ibid. loc. cit.] 

' «Rex Guntchraranus valde furens exerci- 
«tura commoveri jussit, sed quievit. t [Ibid. 
loc. cit.] 



xvni 



PROLEGOMENES. 



une habile manœuvre de Waroch; l'autre, évitant l'ennemi, réussit à gagner 
la ville de Vannes. Là, l'évèque Rëgalis, à la tête de son clergé et des habi- 
tants de la ville, se présenta devant le duc; et, après avoir prêté serment 
entre ses mains, il lui adressa ces paroles remarquables : «Nous n'avons 
« rien à nous reprocher envers les rois nos seigneurs , car jamais nous n'a- 
« vons eu la présomption de nous élever contre leur puissance; mais, tenus 
"en captivité par les Bretons [in captivitate Britannoram posili), nous subis- 
«sons le joug d'une lourde servitude'. » 

Ce texte, l'un des plus curieux que Grégoire de Tours nous ait transmis, 
sufErait, à lui seul, pour établir les deux points essentiels que nous nous 
proposons de démontrer, savoir, que la presqu'île armoricaine ne fut pas 
d'abord occupée tout entière par les clans venus de l'île de Bretagne, et 
qu'après le traité de 697, les Armoricains des comtés de Rennes, de Nantes 
et du Vannetais oriental, furent traités en ennemis par les Bretons, leurs 
anciens alliés. La thèse, hâtons-nous de le dire, n'est pas nouvelle : elle 
est consignée dans l'Histoire de Bretagne de Dom I^obineau, dont nous ne 
faisons guère aujourd'hui, tous tant que nous sommes, que mettre en relief 
et compléter les savants aperçus : « Les contrées de l'Armorique occupées 
«' par les Bretons, dit le grand bénédictin, furent toute ia côte septentrio- 
« nale, où sont les diocèses de Saint-.Malo, de Dol , de Saint-Brieuc, les pays 
«de Tréguier, de Léon et de Cornouaille, et une (jrande partie du territoire 
ude Vannes. La ville de Vannes et celles de Nantes et de Rennes, avec leurs 
'(territoires, demeurèrent donc aux anciens peuples de l'Armorique. Le peu de 
(< communication qu'ils eurent avec les Bretons, dans ia suite, fait juger ^u'i7s 
« ne les souffraient s'établir chez eux qu'à regret '^, tout leurs anciens alliés qu'ils 
«étaient; mais les Bretons vinrent en assez grand nombre pour prendre de 



' « Ebracharius vero usque Veuelos uibem 
« accessit. ... Ad eum veniens ( Warochtis ) 
«pacem petiit. . . promittens se nunquam con- 
iitra utilitatem Guntcbramni régis esse ven- 
«turum. Quo recedenle, et Regaiis episcopus 
« cum ciericis et pagensibus urbis suœ similia 
«sacranienla dcdit, diccns : Quia nihil nos nos- 
11 tris doniinis culpabilcs suinus , nec unquam contra 
« utilitatem eoram supcrbi extitimus . sed in capti- 
a vitale Britannoram positij gravi jago sabditi su- 
^mus.^ (Greg. Tur. X, X.) 



Tout le monde connaît ces vers d'Ermold 



le Noii 



, Fines 



quo 3. 



ens mimica 



Trans mare lintre volans ceperat insidiis ; 
Hic populus venieDS supremo ex orbe Britanni , 

Quos modo Brittones fraucia lingua vocat. 
Nam telluris egeus, vento jactatus etiaibri, 

Arva capit prorsus, etc. 

Il faut faire ici une large part aux préventions 
du poète- courtisan contre une nation ennemie 
des Francs ; mais il est évident qu'en dépit d'une 



PROLÉGOMÈNES. xix 

^1 force la position du pays, si l'on eût refusé de la leur accorder de bonne 
Ki grâce ^ )) 

Ces assertions , contestées, de nos jours, par quelques savants plus versés 
dans l'étude de l'archéologie que dans celle de l'histoire ^, ont été naguère 
discutées avec talent par l'un des érudils les plus distingués de la Bre- 
tagne^. Les arguments d'un autre ordre qui se produiront durant le cours 
de notre travail achèveront, croyons-nous, de placer l'opinion de Dom 
Lobineau au-dessus de toute espèce de controverse. 



CHAPITRE II. 



s I. 

Les Bretons sous les Carlovingiens. — Avènement de Nominoë. 
— Fondation de l'abbaye de Redon. 

A la suite d'une bataille très-sanglante, dont Frédégaire n'indique même 
pas le résultat, mais qui a été décrite au xv'' siècle par Le Baud, avec la 
même précision que s'il eût pris part à l'action *, à la suite, dis-je, de cette 
bataille, Waroch et son fds disparaissent de l'histoire. Il est probable que 
les Francs, peu de temps après, réussirent à reprendre Vannes, car on lit 
dans un catalogue des évêques de cette ville qu'elle avait pour comte, au 
vu' siècle, un certain Ogier, dont le nom n'est assurément pas breton. 

En ôgy, Théodebert et Théoderic, les deux héritiers de Childebert, 
ayant guerroyé contre Clotaire II et battu ses troupes en diverses rencon- 

ancienne communauté d'origine, les Armori- ' BomLohineau , Hisl.de Bretagne, t. \, p. -j. 

cains , mêlés aux Francs, finirent par être traites * Mémoire sur la Carte romaine de la péninsule 

en ennemis par ces mêmes Bretons auxquels armoricaine , Aans le Recueil des Congres scienti- 

leurs pères avaient accordé l'hospitalité. On ne Jiqaes de France, t. II , p. 54-55 , ivi° session, 

saccage pas un pays habité par des frères, ^ Annuaire historique et archéologique de Bre- 

comme les Bretons de Waroch et de Vidi- fajne,parM. Arthur de la Borderie, chap. iv, v, 

macle saccageaient les comtés de Rennes et vi, vu. — Paris, Durand, 1861. 

de Nantes. '' Le Baud , Hist. de Bretagne, cb. x , p. 80. 



XX PROLEGOMENES. 

très, ce dernier céda à l'un des vainqueurs une partie de ses états, et h 
l'autre tout le territoire renfermé entre la Seine, la Loire et l'Océan , jusqu'à 
la frontière des Bretons. «Ces mois jusqa'à la frontière des Bretons iont voir, 
(I dit judicieusement Dom Lobineau , que Clotaire n'avait ni ne prétendait 
«aucun droit de souveraineté sur la nation bretonne. Ce qu'il cédait à 
h Théodoric, par cet article, c'était le domaine et la souveraineté des évéchés de 
" Nantes, de Rennes, et ses droits sur la ville de Vannes ^ » 

On a vu plus haut que cette dernière ville avait été, dès l'origine, un objet 
de convoitise pour les Bretons du Bas-Vannelais , qui sentaient la nécessité de 
porter leur frontière jusqu'à la Vilaine. Sous Waroch II , l'antique oppidum 
vénète fut plusieurs fois enlevé aux Francs. Mais il n'est guère probable 
que les Bretons en aient conservé la possession aussi longtemps qu'on l'a 
supposé^, puisque, selon Dom Lobineau, un comte franc, vers le milieu 
du vif siècle, gouvernait la ville. Par quel heureux concours de circons- 
tances les Bretons réussirent-ils, plus tard, à s'en emparer? Nous l'ignorons 
absolument. Il est certain seulement que la place était entre leurs mains 
en l'année ySo, où le roi Pépin le Bref la vint reprendre à la tète d'une 
armée ^. S'il fallait en croire l'Annaliste de Metz, les Francs, victorieux dans 
cette expédition , auraient fait la conquête de toute la Bretagne. Mais le 
fait n'est pas exact. C'est, en effet, dans la seconde moitié du règne de 
Charlemagne, en 786, que, pour la première fois, les Francs tentèrent 
sérieusement do subjuguer les Bretons. «Ce peuple, tributaire des rois 
«francs, dit Éginhard, s'était soumis, bien qu'à contre-cœur, à leur payer 
.1 une redevance. Mais, en ce temps-là (ann. 786), il refusa de le faire, et 
.( Audulfe, chef de la table du roi, reçut la mission, qu'il accomplit avec 



' D. Lobineau, Hist. de Brct. t. I, p. 22. 

' «L'expédition d'Ebraklier terminée, dit 
«M. de la Borderie, Warocli s'empara de nou- 
«veau de ta \itle de Vannes, qu'il avait été 
«contraint d'abandonner une seconde fois, et 
n il est assez probable que les Bretons la gardèrent 
a depuis cette époque, jusqu'à l'époque où Pépin 
die Bref la reprit sur eux, en 753.» (V. Bulletin 
arch. de l'Assoc. bretonne, Y y o\. 2'liv. anu.i85i, 
p. 76.) 

Nous avons dit plus liaut te motif qui nous 
enipécbe de croire à cette possession de ta ville 
de Vannes par les Bretons du Bas-\ annetais. 



depuis la mort de Waroch jusqu'au milieu du 
viu' siècle, c'est-à-dire pendant près de deux 
siècles. Comment admettre, d'ailleurs, que 
maîtres, pendant si longtemps, d'une place 
aussi importante, les comtes de Broerech 
n'aient pas réussi à donner la Vilaine pour 
frontière à leur état? 

' «Inde rex Pippinus revertens (e Saxo- 
«nia)... exercitum in Britanniam duxit, et 
(1 Venedis castrum conquisivit totanique Britan- 
niam subjugavit partibus Francorum. » ( Script, 
rer.yall. et franc t. V, p. 336.) 



PROLEGOMENES. 



\xi 



«une rapidité merveiHeuse, de réprimer l'audace de cette nation perfide'. » 
Un autre chroniqueur rapporte que ce même Audulfe pénétra au cœur de 
la péninsule et s'empara de la plupart des châteaux et des places de guerre 
de l'ennemi-. Il est certain, pourtant, que ni l'occupation du pays ne fut 
alors plus étendue, ni la soumission du peuple plus effective qu'elles ne 
l'avaient été en ySS, sous Pépin le Bref, puisque c'est treize ans plus tard, 
à la suite d'une brillante expédition du comte Guy (799), que, pour la 
première fois, au dire d'un auteur contemporain, la Bretagne fut conquise 
tout entière par les Francs^. Cette conquête, au surplus, dut être elle- 
même à peu près illusoire, car les Bretons, dont le patriotisme n'est que 
mobilité aux yeux d'Eginhard*, se lassèrent vite du joug de l'étranger et re- 
prirent les armes en 81 1 . Ce nouvel acte de perfidie aurait été , s'il faut en 
croire le biographe de Charlemagne , presque aussitôt réprimé par l'armée 
franque victorieuse^. Mais l'assertion ne doit être acceptée qu'avec une 
grande réserve; car un autre écrivain , lui aussi contemporain des faits qu'il 



' « Is populus a regibus Francorum 

osubactusac tributariiis factiis, inipositum sibi 
« vectigal, iicet invitu3,solvere solebat.Cumque 
(1 eo tempore dicto audicns non esset , missus 
l'illuc regios mensœ prcepositus Audulfus, per- 
•! Gdœ gentis contuniaciam mira celeritate com- 
'ipressit, regique apud Wormaciam et obsides 
«quos acceperatetcomplures ex populi primo- 
.1 ribus adduxit. » (Eginh. in/iai. ad ann. 786.) 

Voici les judicieuses r(5fle.\ion3 de D. Lobi- 
neau sur ce passage d'Eginhard : « Il n'y a gufere 
" d'apparence que les Bretons soient demeurés 
« soumis pendant le faible gouvernement des 
« derniers descendants de Clovls , pour se rëvol- 
» ter contre le plus puissant roi qu'ail eu la mo- 
■I narcliie depuis sa fondation. Tous les autres 
« bistoriens ne se sont jamais avisés d'apporter 
« d'autre raison des démêlés qu'il y a eu entre les 
«rois de France et les princes bretons, que les 
« courses des Bretons sur les terres du royaume. 
«On voit, dans tous les partages des rois de lapre- 
« mière race, que leur royaume ne s'élendaitque 
«jusqu'aux limites de la Bretagne. Le seul pays 
« de Vannes fut pendant plus de deux cents ans 
« le sujet et le théâtre de la guerre entre les Bre- 
« Ions et les Francs. » ( Hist. de Bret. t. I , p. 28.) 



^ oMisit exercituni suuni rex (ICarolus) par- 
» tibus Britanni^ una cum misso suo Audulfo 
osiniscalco, et inibi multos Brittones conqui- 
«sierunt una cum multis castellis et firmitati- 

«bus eorum in locis palustribus et capi- 

« taneos eorum ad synodum prœsentaverunt 
«donino régi ad Vurraatiam.» [Script, rtr. (jall. 
et franc, t. V, p. 21.) 

' « . . .Wido cornes, qui in Marca Britannia; 
« prœsidebat , una cura sociis comitibus , Brilan- 
« niam ... in ditionem recepit ... et tota Bri- 
«tannorum provincia, qnoD ndnqdam antea a 
« FRANCIS FUEBAT, subjugata est. » [Script, rer. 
(jaU.elJ'raiw. t. V,p.52; cf. supra, not. 3.) 

' «... Videbatur quod ea provincia tum 
«esset ex tola subacta, et esset, nisi perfida- 
« gentis instabiiitas cito id aliorsum more solito 
« commulasset. B (Eginb. .4nn. ad. ann. 799.) 
Pour les bistoriens francs, sans exception, c'est 
perfidie, brigandage, etc. que de défendre son 
pays contre leurs rois. 

^ «... In très partes regni sui tolidem exer- 
«citus misit. . . tertium in Britones ad eorum 
« perfidiam puniendam.Qui omnes, rébus pros- 
«peregeslis, incolumesregressi sunt. s (Eginh. 
Ann. ad ann. 8i 1.) 



XXII PROLEGOMENES. 

raconte, semble attribuer la pacification de 81 i moins aux exploits des Francs 
qu'à l'habileté politique d'un certain Géraud , abbé de Saiut-Wandriiie , qui, 
envoyé par son maître dans l'île de Jersey, auprès d'un chef breton nommé 
Amwaritlî, ie décida à faire la paix '. Quoi qu'il en puisse être de cette con- 
jecture, il est permis de croire, du moins, que les victoires des Francs 
furent moins décisives qu'on ne le prétend. Et, en e£Fet, l'année même où 
mourut le grand empereur fut signalée par la révolte de Jarnithin, prince 
du Broerech, auquel, selon fusage, le commandement suprême des 
troupes avait été décerné^. Cette entreprise n'eut pas de suites; mais, 
quatre ans plus tard , à la voix d'un nouveau chef nommé Morvan , toute la 
Bretagne courait aux armes. A l'exemple de son père, Louis dépêcha vers 
le pentjern fabbé d'un monastère voisin. Mais Witchard fut moins heureux , 
dans sa mission pacifique, que ne lavait été l'abbé Géraud. L'empereur dut 
venir lui-même, à la tête d'une armée formidable, combattre les rebelles, 
qui lui firent d abord éprouver un échec ^. 

La lutte recommença quelques semaines plus tard. Louis, cette fois, 
put arriver facilement jusqu'à Vannes, où il tint une assemblée générale. De 
là, le prince, entrant sur le territoire breton'^, alla asseoir son camp sur les 
bords de l'Ellé. Morvan, dont les tioupes étaient éparpillées dans les bois, 
au milieu des broussailles, derrière les rochers^, guettait f occasion de 



' « . . .GeroaldussanctiWandregesiliabbas, 
«jussa Caroli Aaijiuti, quadam iegatione fun- 
•1 gebatur in iu.sula cui nomen est Augia , quam 
« Brilonum gens incolit , et est adjacens pago 
11 Contantino, cui tempore iilo pnefuit dus voca- 
bulo Aniwarilh ; prospereque gestis et pro 
«quibus directus fuerat impetratis, etc. » (Du 
Chesne, t. III, p. 386.) 

^ Vid. infra Chartul. roton. oh. Cîîiv, p. 102. 

' Le Cartuiaire de Redon (vid. inf. cb. cslti , 
p. 112) mentionne en ces termes l'échec de 
l'empereur, échec dont Éginhard se garde bien 
de parler : Factura est hoc sub die m nonas 
«fcbruarii, i feria. . . m anno postquam exivit 
• domnus Hludovicus de Britannia anle Mor- 
nman.ii Le fait est confirmé par Réginon, qui 
le place, par erreur, en l'année 836, où Louis 
ne guerroya pas contre les Bretons : «Bri- 
«tones rebellare incipiunt, contra quos 



«imperator exercitum producit.sed non adeo 
«prcevaluit. t (Regin. Citron, ap. Periz , 1. I, 
p. 567.) 

' His ita dispositis, ipse cum maximo exer- 
B cilu Britanniam adgrcssus, generalem con- 
« ventum Venedis babuit. Inde memoratam 
1 provinciam ingressas, caplis rebellium muni- 
» lionibus, brevi totam in suam potestatem non 
iimagno labore redegit. » (Eginh. Aim. ad ann. 
818, édit. Teulet.) 

Ermold le Noir constate aussi que l'empe- 
reur jugea nécessaire d'entrer en Bretagne avec 
une très-nombreuse armée : e«m maximo exer- 
citu : 

Francia cuDcta ruit, venimit gentesque subactae. 

{Carm, Lad. Pti , ap. Pertï , t. II , p. 5o3, vers. ÏI9.) 

^ Per dumosa procul , silicum per densa reposti 
Apparent rari , etc. 

[Ihid. p. ^96 , vers. 355 et sqq.) 



PROLÉGOMÈNES. xxin 

tomber sur l'ennemi à l'improviste , lorsqu'il périt de la main d'un obscur 
soldat franc ^ Cette mort mit fin à la guerre. Mais , quatre ans plus tard , elle 
éclatait de nouveau, sous la conduite d'un autre pentyem nommé Wiomarc li. 
«Après l'équinoxe d'automne, dit Eginhard, les comtes de la Marche bre- 
II tonne entrèrent sur les terres du rebelle , et tout y fut ravagé par le fer et 
i( par le feu -. » Ces excès ne firent, à ce qu'il paraît, qu'ajouter aux propor- 
tions de la révolte; mais la répression en dut être ajournée à cause d'une 
grande famine qui désolait la Gaule '. Au commencement de l'automne 
suivant, l'empereur, ayant rassemblé de tous les côtés des forces considé- 
rables, prit le chemin de Rennes, ville voisine des frontières de la Bretagne, dit 
Eginhard. L'armée impériale, divisée en trois corps, traversa, sans s'écarter 
jamais des grands chemins *, la péninsule tout entière , et soixante jours lui sulFi- 
rent pour dompter l'insurrection. La paix conclue, la plupart des t)'erns 
bretons se rendirent à l'assemblée d'Aix-la-Chapelle, où parut Wiomarc'h 
lui-même, « ce peifide qui avait semé tant de troubles dans son pays, et qui, 
«par une obstination insensée, avait provoqué la colère de l'empereur^. » 
Louis témoigna une grande bienveillance au guerrier breton , qui avouait 
être venu se livrer, plein de confiance, à la merci du monarque. Wiomarc'h, 
comblé de présents, fut autorisé à rentrer chez lui avec tous les chefs de sa 
nation; mais, à peine de retour dans son domaine, «il rompit la foi pro- 

' Coslus erat quidam francisco germine natus H existait, en efl'et, au ix' siècle, en Bre- 

Nontamen e primo, necgenerosamanus, etc. tagne, de grandes voies de communication, 

(Carm. toi. Pli. p. 497, vors. a35ei sqq.) comme l'altestenl les nombreuses ctiartes du 

' «... Post equinoctium automnale a co- Cartulaire de Redon, où sont mentionnées 

nmitibus Mare<e britannica: in possessionem des viœ publicœ. Ces chemins publics étaient, 

«cujusdam Britonis qui rebellis tune extilerat, pour la plupart, des viœ militares, des roules 

« nomine Wiliomarcbus, espeditione facla,om- stratégiques. Le pays en avait été sillonné du- 

«niaferro et igné vastata sunt. » (Eginb. Ann. rant les premiers siècles de la conquête ro- 

ad ann. 822.) maine, et on en retrouve aujourd bui de noni- 

■' «... Imperator vero iter quod in Britan- breus tronçons. 

oniam facere paraverat propter famem qua; ■■ « Affuerunt in eodem conventupene omnes 

nadbuc pranalida eral, usqiie ad initium au- « Britanniœ primores intcr quos et Wihomar- 

« tomni aggredidistulit. Tum demum, a(/unu/« « clius qui periidia sua et totam Britanniam 

« undique copiis , Redonas civitatem terminis Bri- « conturbaverat et obstinatione stuUissima ad me- 

«tanniœ conliguum venit. Et indc, diviso in « moratam cxpcditionem illo faciendam impe- 

ittrcs partes exercitu . . . Britanniam ingressus, « ratoris animum provocaverat , tandem saniori 

«totam ferro et igné vastavit.» [Ibid. ad ann. « usus cousilio, ad lldem imperatoris, ut ipse 

Sai.) «diccbat, venire non dubitavit. » (Eginb. Ann. 

* Caesar agens Francos per calles dirigit amp/o^. ad ann. 02 5.) 
(ErraoH. Nigel. ap. PerU, l. II, p. ôo4, vers. i33.) 



xxiv PROLEGOMENES. 

" mise, pour retomber dans la perfidie ordinaire à sa race ; et il ne cessa de 
« faire tout le mal possible à ses voisins , employant le pillage et l'incendie . 
"jusqu'au jour où il fut cerné et tué, dans sa propre demeure, par les 
«hommes du comte Lantbert^» 

A cette nouvelle, les Bretons découragés mirent bas les armes, et leurs 
principaux chefs allèrent, selon l'usage, renouveler au César germanique 
des serments tant de fois oubliés. C'était à Ingelheim, cette année-là, que 
Louis le Débonnaire tenait son plaid générai^. Or, parmi les tyerns que les 
comtes de la Marche bretonne devaient présenter à l'empereur, dans son pa- 
lais aax cent colonnes^, se trouvait un jeune homme auquel le Cartulaire de 
Redon semble attribuer une haute origine*, mais dont aucun acte éclatant 
n'avait jusqu'alors signalé la carrière. Cet étranger se distinguait-il de 
ses compagnons par quelque qualité remarquable, ou bien se recomman- 
dait-il seulement à la bienveillance impériale par l'éclat de sa naissance et 
le rang qu'avaient occupé ses ancêtres? L'histoire se tait sur ce point. Mais 
quelques mots d'Ermold Nigel autorisent à penser que l'espoir de main- 
tenir les Bretons dans le devoir, en les plaçant sous l'autorité d'un chef 



I 



' oCui eu m imperalor et iguosceret et mu- 
n iicribus donatum una cum caeteris gentis su«e 
oprimoribus domuni remearepermitteret, pro- 
«missam Cdem, ut priusconsueverat, gentilitia 
« perfidia commutavit, ac vicinos siiosincendiis 
Cl et direptionibiis in quantum poluit infestare 
«non cessans, ab hominibus Lantberti coniitis 
« in domo propria circonveutus atque interfec- 
■itus est.» (Eginh. jlnn.ad3nn.S25. — Cf. avec 
l'Astronome, Vit. Lud. Pn,Pcrtz, t. II, p. 026.) 

- « . . . Imperator. . . circa kalendas Junii 
nad (ngelbeira venit, habitoque ibi conventu 

«non modico, etc venerunt et ex Brit- 

" tonum primoribus quos iliius limitis cus- 
otodes adducere voluerunt. i (Eginb. Ann. ad 
ann. 826.} 



' Estiocus ille (Ingelheim) sitas rapidi prope flu- 
mina Rheai 
Que domus ampla patet centum perfixa co- 

Itimnis, etc. 
{ Ermold. ap. Perti, t. II, p. 5o5 , vers. Si el sqq. ) 

' Les moines de Saint-Florent-de-Glonne , 
pour se venger de Nominoê, qui avait brûlé 
leur monastère en 8i4 , prétendirent qu'il était 
CIs d'un pauvre colon *. Mais Éginbard nous 
apprend que les Bretons conduits à Ingelheim 
par les comtes carlovingiens appartenaient tous 
à la classe la plus élevée du pays [ex Brittonam 
pTimoribus). D'ailleurs, comment admettre, de 
la part de l'empereur, le choix d'un obscur la- 
boureur pour remplacer le comte Guy, le véri- 
table conquérant de la Bretagne"? 



Voici l'histoire inventée par les moines de Saiut-Florent : 
Quidam fait hoc tcmpore 
NomeDoias Domioe ; 
Paupcr fuit prcgenie, 
Agrum colebat voinerc ; 



Sed reperit largissimam 
Thesanram terrs cooditom , 
Quo plariiDoram divitam 
jQDiit sibi soiatiom. 
[Cartal. roaye de Saiat-Florent.) 
" Lu acte de iiotre cartulaire prouve que Guy i-lait comte de Vauiics en 826. ( V. infra, cb. CCLVI , p. 206.) 




m»'^ 



Imprimerie Impériale. 




/■//(■ lin-A.liviL ( Vo/tt„u- /Ip/anc/uf /•'/ /. 



't,:-./i/,uiiy /ti</rW à S'-O'ftifuié't'i', .i-,- /r,'iit'<-K/ UHf,-iu<f /mi ,'i /.t /O/i/tf/Myit,- /iii/H'l-ùt/f , 



PROLÉGOMÈNES. xxv 

national et respecté , fixa sur Nominoë le choix du prince'. Eclairé sur le 
caractère d'un petit peuple qu'il était moins difTicile peut-être d'exterminer 
que d'asservir, Louis se flattait sans doute qu'un jeune prince breton lui 
serait un utile auxiliaire dans l'œuvre qu'il poursuivait, œuvre de fusion 
comme celle qui s'était accomplie, sous Clovis , entre les Francs et les Ar- 
moricains-. Mais Dieu , qui se joue des vains projets de l'homme, réservait 
d'autres destinées au nouveau duc des Bretons. Ce qu'avaient vainement 
tenté les Waroch, les Jarnhitin, les Morvan, les Wiomarc'h, il devait, lui, 
l'exécuter, à force de courage , de sagesse et de persévérance. 

S II. 
La Bretagne sous Nominoë. — Saint Conwoion. — Fondation de l'abbaye de Redon. 

Imposer aux Bretons, si jaloux de leur indépendance, l'autorité d'un 
chef élu par f empereur; amener tous les petits princes qui se partageaient 
la péninsule à reconnaître, dans une certaine limite, un pouvoir supérieur; 
enfm, contraindre, en même temps, et les Bretons à ne plus sortir de leurs 
frontières, et les Francs à respecter désormais le territoire de leurs voisins, 
c'était là, certes, l'œuvre la plus difficile qui se pût imaginer. Cependant, 
grâce à une habileté consommée, Nominoë parvint assez vite, d'une part, 
à faire reconnaître son pouvoir pnr les tyerns, ses compatriotes, et, d'autre 
part, à tenir en bride les chefs francs des Marches de Bretagne, qui s'é- 
taient habitués à traiter le pays en terre conquise. L'empereur, malgré les 
calomnies de ses courtisans, dont f élévation de Nominoë avait profon- 
dément blessé l'orgueil, appuyait avec la plus généreuse confiance tous 
les actes de sou jeune lieutenant. En 83o, toutefois, un comte de Barce- 
lone, «homme fort attaché aux intérêts de f empereur, mais encore plus à 
« ceux de l'impératrice ', » Bernard , récemment nommé à la plus haute 

' Caesar namque duces custodes ponit opimos ; « princes , et c'était en quelque sorte leur rendre 

Si cupianl, nequeant bella movere magis. „ Ja liberté, dont ils étaient si jaloux, que de 

(Ermold. Nigell. 1. IV, vers. U3-i44, a ieur donner pour maître un bomme de leur 

ap. Peru , i. II , p. 5a.) ^ ^^jj^^ ^ jjj_ Lob|neau , Histoire de Bretaync, 

- II Ceux d'entre les Bretons qui aimaient à t. 1, p. 3o, n° cxiii.) 

remuer pouvaient ne pas souhaiter pour mai- ' C'est au grave D. Lobineau que nous em- 

1 tre un homme si fidèle et si soumis ; mais cet pruntons ces malicieuses paroles. ( Histoire de 
«homme fidèle et soumis était un de leurs Bretagne, t. l, p. ii.) 

D 



XXVI PROLEGOMENES. 

charge de la cour, réussit un instant à persuader au monarque que Nomi- 
noë le trahissait. Excité par l'astucieux chambellan qui setait promis de 
faire donner le comté de Vannes à l'une de ses créatui'es, l'empereur avait 
quitté Aix-la-Chapelle pour aller prendre le commandement d'une armée 
dans les Marches bretonnes'. Bernard, dévoré d'impatience, pressait Louis 
de faire diligence. Son ardeur immodérée donna l'éveil aux grands de 
l'empire. Les uns s'imaginèrent qu'il ambitionnait le royaume d'Aquitaine, 
d'autres qu'il voulait faire périr l'empereur, pour partager son trône avec 
l'impératrice. Ce quil y a de certain, c'est que des murmures s'élevèrent, 
et que, prenant pour prétexte le mauvais état des chemins, les milices ras- 
semblées se débandèrent"-. 

Pendant ce temps, Pépin s'avançait à la tête de ses troupes, annonçant 
hautement l'intention de traiter Bernard en ennemi. On sait que l'empe- 
reur, dépouillé de sa couronne, fut emprisonné par ses fils, et qu'il ne re- 
prit, quelques mois plus tard, l'exercice du pouvoir que pour subir la honte 
d'une nouvelle déposition en 833. Nous aurons à raconter avec quel éclat 
se manifesta, dans ces circonstances, la fidélité de Nominoë envers le vieil 
empereur; nous mettrons en lumière les curieuses protestations que ren- 
ferme le Cartulaire de Redon. Mais, comme c'est entre la première et la se- 
conde déchéance de Louis le Débonnaire que fut fondée l'abbaye de Saint- 
Sauveur, le moment est venu, ce semble, d'en raconter les origines. 

11 y avait à Vannes, du temps de l'évêque Régnier [Ra(jinanus), un jeune 
prêtre aussi célèbre par ses vertus que par ses talents^. Conwoion, — 
c'était ie nom qu'il portait, — était né à Comblessac, paroisse du diocèse de 
Saint- .Malo, et son père, nommé Conon, descendait, selon l'hagiographe, 
d'une famille sénatoriale '. Élevé, bien jeune encore, à la dignité d'archi- 
diacre, Conwoion prit de bonne heure en dégoût ses honneurs, sa renom- 



' « Anno Iiicarnationis Domini 83o conven- 
. lus ibidem (Aquisgrani • factus est, in quo sta- 
» tuit [Imperator] cttm univcrsis Francis liosti- 
«liter iû parùbus Britanoisproficisci, maxime 
«pe:suadente Bernardocamcrario. « { Vid.Pertz, 
Mon. htst. Germ. t. I . p. ^23.) 

- « Quod iter populus moleste ferens , prop- 
• 1er dijficultatem itincrii, eum sequi noluerunt. » 
(^ait. Bert. ap. Script, rer. gall. et franc, t. VI, 
n. 192.) 



'0 Ob meritorum exceilentiam atque 

« facundia; affluenliam, ecclesije venetensis dia- 
«coiii arcem, exhortante Romario (Rainario) 
« ejusdem uibis poutifice, meruit conscendere. » 
[Vha S. Conwoion. apud Acta 0. S. B. sic. IV, 
pars II, p. 189.) 

' ollle Conwoion fîlius cujusdam nobilis- 

«simi est viri, nomine Cononi de plebc 

nCambliciaca, et geoere senatorio. » [Ibid. 
p. i9i.) 



PROLEGOMENES. xxvii 

mée; et, un jour, accompagné de cinq prêtres auxquels il avait fait part de 
son désir de vivre au désert, il quitta la ville épiscopale. Après avoir cherché 
quelque temps une solitude où, loin du bruit, il pût se livrer à l'étude de 
la vraie philosophie ', Convi^oion s'arrêta près du confluent de l'Oust et de la 
Vilaine, dans un lieu nommé Roton'-', auquel de hautes collines servaient 
comme d'enceinte fortifiée^. Ravis de la sauvage beauté de ce site, les six 
futurs bénédictins résolurent d'y planter leur tente, et Conwoion, ayant 
appris que le territoire appartenait à un mactiern nommé Ratwih', se rendit 
auprès du prince dans sa résidence de Lis-Fan *, située dans la paroisse de 
Sixt-le-Martyr. Ralwili, qui, dans ce moment-là , tenait , selon l'antique usage, 
ses assises au bord d'une fontaine , accueillit avec faveur la requête des moines. 
Séance tenante, il leur concéda le terrain de Rolon, ce à quoi consentit 
gracieusement son fds Catworet, en présence de CatwaJlon, de Mainworon 
et de cinq autres témoins dont les noms indiquent clairement l'origine 
bretonne *. Mais tous les seigneurs des environs ne se montrèrent pas, tant 
s'en faut, aussi généreux envers les moines. Certains tyerns, qui appartenaient 
probablement à la parenté de Ratwili, s'efl'orcèrent , an contraire, d'ellrayer 
les bons moines et de les faire déguerpir''. Pour couper court à ces machi- 
nations, Conwoion fut obligé d'en appeler à Nominoë lui-même, qui tenait 
alors sa cour à Botnnmcl '. Louhemel se présenta donc devant le lieutenant 
de l'empereur, et là, au milieu d'une nombreuse assistance, il s'exprima en 
ces termes : « C'est de la part de Conwoion, mon abbé, et des moines, nos 
«frères, que je viens ici vous demander, au nom de Jésus-Clirist, pro- 
1 tection et assistance. Etablis en un lieu désert, nous voulions y bâtir un 

' ' Mundi gloriam l'ugiL-ns el vcrœ ^ /.ii-fa» j c'est-à-dire la cour du Hêtre. 

Il philosophis dare operam gliscens. » ( Vita - o . . . Venit Conwoion ad Ratulli tiran- 

S. Conwoion. p. i 8g.) n nura, deprecans eum sedentem sccus fontem, 

" Le mot iio(on signifie gué [vadwn) dans «in loco nuncupante Lesfau, ut tocum coa- 

tous les dialectes bretons. Ce mot n'a rien de «gruum ad opus Dei isercendum largiri di- 

conimun avec celui de Redon, qu'on lui a subs- «gnaretur, quod et fecil présente et con- 

titué à une époque relativement moderne. «senlienle tllio suoCatuoreto. »( Vid. inl. C/iar(. 

■' « In venetensi territorio, solitudinis Roton. ch. i.) 

nlocum, Rotbonum nuncupatum, petiit, juxia ° « Delerrebant cos per circuitum 

«sinum duorum nobilium lluniinum situm. «multi adversarii et cupiebanl impedire sanc- 

« Ipse vero locus adeo naturali positione insi- «tum opus quod inclioaverant, et non sinebanl 

« gnis babetur, ut amœnit^ile sua ca;teris Bri- oeos perficere.» (I i(a 5. Coiuiioion. apud Mabill. 

< tanniœ gallicanœ locis prœslet, montibusque, Acta 0. S. B. loc. cit. p. igS.) 
«proceritate sua polo vicinus, quasi quibusdam ' J'ignore où étaient situés Botnumel et 

« niœniis ambiatur » [Ibid. p. i8g ) Coetlou, autre demeure de Nominoë. 



XXVIII PROLÉGOMÈNES. 

«oratoire, où, chaque jour, nous pussions invoquer Dieu pour le salut de 
(; ia Bretagne entière. Mais nous avons pour voisins des tyerns chez lesquels 
«n'existent ni la crainte de Dieu ni le respect des hommes, et qui s'oppo- 
11 sent, autant qu'ils peuvent, à notre dessein. Et pourtant, ce n'est ni la 
«crainte de la misère, ni l'envie de nous créer des richesses mondaines, 
« mais uniquement le désir de gagner le Ciel , qui nous a rassemblés dans ce 
(I lieu solitaire ' . » 

A ces mots, Illoc, l'adversaire des moines, se leva furieux : — « Prince, 
<( s'écria -t-il, ne prêtez pas l'oreille aux calomnies de ces enjôleurs : le lieu 
(I qu'ils occupent m'appartient par droit héréditaire. » 

Ces paroles excitèrent chez Nominoë la plus vive indignation : — « Penses- 
II tu donc, ennemi de Dieu, dit-il, qu'il vaille mieux livrer cette terre 
c à des impies et à des larrons qu'à des hommes de bien , prêtres et moines. 
Il dont la vie se passe à prier Dieu , chaque jour, pour le salut du monde ^? » 

Cette foudroyante apostrophe ferma la bouche à Illoc. H sortit de la 
salle, la rage dans le cœur, et plus résolu que jamais de tirer des moines la 
vengeance la plus éclatante. Ayant en effet rassemblé les membres de sa 
parenté, il convint avec eux que les habitants de Roton seraient chassés, et 
même, s'ils résistaient, tués sur place. Mais, au moment oii la troupe se 
disposait à exécuter la sentence, le récit d'une guérison miraculeuse, opérée 
par les serviteurs de Dieu, vint jeter la terreur dans l'âme de leurs enne- 
mis; et, à partir de ce jour, dit l'hagiographe , aucun d'eux n'osa plus rien 
entreprendre contre les moines de Roton ■'. 

Régnier, évêque de Vannes, et Richouin, comte de Nantes, furent pour 
le monastère de Saint-Sauveur des ennemis plus persévérants et beaucouiJ 
plus dangereux. L'un ne pardonnait pas à saint Conwoion, qu'il avait com- 

' " Elegit ilaque revereudus Con\oio- « lius est utrum in lîo loco impii aut lalroiies 

■nus idoneum atque Cdelem nomine «habitent, quam sacerdotes et monacbi viri 

« Louheniel et transmisit euni in lega- njusti, etc. a (Vita S. Conwoion. p. ig/i.) 

■I tionem ad Nominoe principem Reperit ■ «Consilium iniit cum propinquis qui in 

Il eum ( Liouheniel) in aula qua? dicitiir Botnu- iciicuitu eorum [monachorum] conniianebant, 

nniel.» ( Vila S. Conuoioii. apud Mabiii. Acta «et mandavitiiiis ut ejicerent eos foras aut in- 

0. S. B. Inc. cil. p. 193.) utcrficerent Quod miraculum invidus 

° « Meus est ille locus queui ilii se- «supradictus Illoc audiens cum consiliariis suis, 

■ ductores occupaverunt et mihi debetur jure « nimio timoré sunl perculsi, nec ausi suni ali 

haereditario. Tune iNominoe indignatus est «illo usquam malum contra servos Dei maclii- 

« furore nimio . . . et ait ad supradictum perfi «nari.» [Ibid. p. 197.) 
« Juni : Dicnobis, inimice Dei, numquid me 



PROLÉGOMÈNES. xxix 

blé de ses faveurs, d'avoir quitté Vannes et entraîné au désert l'élite du 
clergé de la ville; l'autre en voulait à l'abbé de Redon d'être l'ami, et, jus- 
qu'à un certain point, l'auxiliaire d'un homme dont la haute fortune humi- 
liait son orgueil. Conwoion ne ressentit que trop les effets de ce double 
ressentiment. En 882, il s'était rendu près de l'empereur, au palais de 
Joac, en Limousin, pour y faire confirmer la donation de Ratvvili; mais à 
peine avait-il exposé sa requête, que Régnier et Richouin, dans le but de 
la faire échouer, dirent à fempereur : u Fermez l'oreille , ô César, aux dis- 
II cours de ces moines, car le lieu qu'ils vous demandent est un point des 
«plus importants pour la sécurité de votre empire. » A ces mots, dit l'hagio- 
graphe, l'empereur ressentit une violente colère, et il ordonna qu'on chas- 
sât les moines de sa présence'. Quelques mois plus tard, à Tours, Conwoion. 
accompagné du vénérable Condeloc, se présentait de nouveau, avec d'autres 
visiteurs bretons, dans la salle ou siégeait l'empereur. Il n'avait pas encore 
ouvert la bouche et déposé ses présents, qu'il recevait l'ordre de sortir du 
palais. Ce double échec ne découragea pas saint Conwoion '^. En rentrant 
dans son logis , il dit simplement à Condeloc : « Dieu , qui tient dans ses 
Il mains le cœur des rois, n'a pas voulu nous ouvrir celui de l'empereur; 
« rendez-vous donc, cher frère , sur le marché , et y vendez la cire que nous 
« avions apportée pour le prince'. i> Cela fait, ils s'en retournèrent tristement 
à leur monastère, où, quelques mois plus tard, Nominoë, accompagné des 
principaux seigneurs de Bretagne, vint visiter le saint édifice'. Il y fut reçu 
d'une façon vraiment royale. Conwoion et tousses moines, allant au-devant 
de lui, l'accueillirent avec toutes sortes d'honneurs, et le ramenèrent à 
l'abbaye en chantant des hymnes et des cantiques. Ce jour-ià, ajoute fha- 



' « Perre\it Conwoion ad palatium 

«Ludovici imperatoris in terrilorio Limodiœ. 
H . . . rogavit eum pro Dei raisericordia ut 
« daret ei adjutorium et iocum conimemoratum 

«sanctum, nomine Rotonum Ad h.Tc 

«verba respondit Ricowinus cornes necnon et 
jRainarius ponlifei. . . : Domine Auguste. . . ne 
«uudias sermonem eorum, quia Iocum quem quœ- 
" nint t in eo potest reqnnni vestruni conj'ortan 
■• et roborari. Cumquc ilie audisset, indignatus 
«est vehementer et cœpit dicere : Ejicile eos a 
«pi'œsentia nostra , nam liodie quod petunt a 
« nobis nullo pacto récipient. Statim sanclus Dei 



Conwoion cum suis ejectus est a conspectu 
«imperatoris.» [Vita S. Connoion. apud Mabiil. 
Àcta 0. S, B loc, cit. p. 200.) 

- « Licet erat mœrens corde, spiritu tamen 
n in Deo confidebat semper. » [Ibid. p. 200.) 

' «... Reversusque ad liospitium dixit con- 
« frairi suo Cumdeiuc : Nondum aperuit Domi- 
« nus cor Imperatoris, ut daret aiiquid nobis, 
iquia cor régis in manu Dei est. Tu vero, ca- 
« rissime i'ratcr, festinanter perge ad nundinas, 
B et vende ceram quam atlulimus. » ( Ibid. p. 200 
in fine.) 

^ Ibid. p. 201. 



XXX PROLEGOMENES. 

giographe auquel nous empruntons ces détails, Nominoë ressentit dans son 
cœur ane grande joie ; et, ayant consolé les moines, il leur promit de leur 
faire du bien tous les jours de sa vie^ 

Avant de quitter le monastère, le prince, qui venait d'apprendre la dé- 
position de Louis, à Saint-Médard de Soissons (833), n'hésita pas à rati- 
fier, au nom de l'empereur détrôné , la concession que ce dernier avait 
toujours refusé d'approuver; et il y ajouta le territoire de Ros qu'environ- 
naient les deux rivières d'Oust et de Vilaine^. 

J'ai eu occasion de faire ressortir, dans un autre ouvrage , la hardiesse , 
mais, en même temps, la profonde habileté de Nominoë en cette circons- 
tance. Si, d'un côté, le prince faisait violence, en quelque sorte, à la 
volonté hautement exprimée de f empereur, de fautro, il manifestait ou- 
vertement, en face des fils rebelles de Louis, et sa fidélité et son dévoue- 
ment à son vieux maître. Ces sentiments éclatent en effet dans la charte 
de concession rédigée dans fabbaye de Redon, le i /i des kalendes de 
juillet, étant commencée la vingt et unième année du règne de Louis ^ : «Con- 
« sidérant, y est-il dit, les chagrins et les tribulations qu'éprouve en ce mo- 
« ment fempereur Louis, notre souverain, nous avons concédé aux moines 
«bénédictins de Roton le territoire appelé Ros, etc. et cette aumône nous 
u l'avons faite à l'intention de notre maître, afin que, grâce aux prières des 
«moines, Dieu daigne lui venir en aide*.» 

Nominoë comptait si bien que sa conduite dissiperait les injustes préven- 
tions suscitées contre lui et contre ses protégés par Bernard , Ricouin et 
Régnier, qu'avant de quitter Redon il invita saint Conwoion à se joindre 
à l'ambassade qu'il envoyait à Louis pour le complimenter sur sa déli- 
vrance^. Ce fut dans le palais impérial d'Attigny que les deux envoyés 
furent reçus par le monarque. Cette fois, au lieu d'ennemis puissants, 

' "... Gavisus est Nominoë iilo die gaudio ationem quam babet domnus noster imperalor 

omagno, consolatusque est sanctos Dei viros, «Lodovicus. . . donavi (monacbis rotonensi- 

«promisitqueeis sebenefacturum omnibus die- «bus). . . partem quœ vocatur Ros. . . m elee- 

« bus vilœ suœ. « (Vita S. Conwoion. apud Mablll. « niosina domni Imperatoris , ut ciini dominas, per 

Acta O. S. B.loc. cit. p. 201 in fine.) «orationeni eorum, udjuvare difjnetur. « (Vid. 

- « Vid. infra, cb. H, p. 2. infra, ch. ii, p. 2.) 

' «... Factum est hoc in loco nunGupanlc ^ « . . . Praecepit abbati ut stalim pergerel 

«Roton, XXI anno imperii doniti Hiodowici. . . «ad supradiclum imperalorem una cuni misse 

«V feria, xiv kal. jul. » «suo Domine Worworet. ( Vita.S. Conwoion. loc. 

* aEgo, in Dei nomine, missus imperatoris cit. p. 201 in fine.) 
« Nominoë , considerans querelam et tribula- 



PROLEGOMENES. xxxi 

saint Conwoion rencontra deux évoques de Bretagne, dont l'un, de race 
gallo-franque , ne lui prêta, il est vrai, aucune assistance, mais dont l'autre, 
Breton d'origine, prit en main sa cause avec un grand zèle'. Cette inter- 
vention d'Ermor, évoque d'Alet, fut couronnée d'un plein succès. L'empereur, 
éclairé par le prélat, se rendit à la prière et à l'intervention de son fidèle A'o- 
minoê, et, par un diplôme solennel, il fit cession à l'abbaye de Saint-Sau- 
veur^ de la paroisse de Bain et de celle de Langon. 

Deux ans plus tard (836), la discorde s'étant mise entre les Bretons et 
les Francs, parce que ceax-ci voulaient, selon leur coutume, occuper toute la 
Bretagne à main armée^, Nomiuoë dut envoyer des ambassadeurs à Louis le 
Débonnaire pour demander s'il autorisait de telles invasions^. Conwoion , qui 
accompagnait la députation, fut accueilli, cette fois encore, avec une grande 
bienveillance par l'empereur. Le prince , malgré les machinations d'un cer- 
tain comte Gonfroi, qui se flattait d'obtenir l'investiture du comté de 
Vannes^, accéda à toutes les demandes de l'abbé de Redon, et les trois 
paroisses de Renac, Platz et Arthon furent ajoutées au domaine de l'ab- 
baye ^. 

La persévérance de Nominoë , la résignation calme et sereine de saint Con- 
woion avaient donc enfin triomphé de tous les obstacles. Depuis ce jour, la 
prospérité du grand monastère alla toujours croissant; les donations y af- 
fluèrent de tous côtés', et, parmi les princes du pays, ce fut à qui y vien- 
drait prendre l'habit monastique, consacrer à Dieu quelqu'un de ses en- 
fants, ou marquer la place de son tombeau*. 

' « Eo namque tempore erat Heimor episco- ' a . . . Transmisit. . . Norainoe legatos suos 

«pus simul et Félix in palalio régis. . . Statim oad Imperatorem , qui ei dicerent utrum ex 

« ut audivlt Hermor causas . . . gavisus est inti- ojussione illius haec ita esseut » (Fifo 5. Con- 

« mavitque régi omnia de eo. Tune immutavit woion. p. 202.) 

« Dominus cor Imperatoris. i { Vita S. Conwoion. ^ Exstiterat quidam cornes. Domine 

apud Mabill. /oc. cit. p. 202 m /îne.) oGonfredus, qui sperabat totam provinciam 

- Vid. Append. ch. VI, p. 355. Venelise ex jussione Imperatoris possidere. » 

^ «... Franci volebant per vim totam Bri- [Ibid, p. 202.) 

«tanniamoccupare, sicutantea solebanl facere, ' Vid. Append. cb. ix, p. 357.) 

«sed fortissimus princeps Nominoe, quantum ' Vid.infra, cb. m, iv, vu, ix, xi, su, xiii. 

ovalebat, iliis contradicebat, » (Vila S. Con- xiv, etc. 

woion. ap. Mabill. (oc. cit. p. 202.) ' Vid. infra, ch. m, su, et Append. cb. iv. 



xxsii PROLÉGOMÈNES. 



§ III. 

L'abbaye de Redon après la mort de Louis le Débonnaire. — Conquêtes de Nominoé. 
— Le monastère de Saint-Sauveur sous Erispoë et ses successeurs. 

On a rendu hommage, et c'était justice , à la fidélité dont Nominoë ne 
cessa de donner des preuves à Louis le Débonnaire , son bienfaiteur. Mais 
il faut avouer, pour rester tout à fait dans le vrai, que les moyens mis en 
œuvre par le libérateur de la Bretagne ne répondirent pas toujours au noble 
but qu'il sut atteindre. Dans deux circonstances importantes, à l'avènement 
de Charles le Chauve et dans l'affaire des évêques expulsés de leurs sièges 
sous prétexte de simonie, la conduite du prince ne fut pas, tant s'en faut, 
à fabri du reproche. Le testament de Louis le Débonnaire attribuait, 
comme on sait, à son fils dernier né la possession de la Gaule sous la 
suprématie de Lothaire. Or, Charles le Chauve, ayant fait demander à No- 
minoë s'il voulait le reconnaître pour roi , reçut du prince une réponse affir- 
mative : «Le duc breton, dit Nithard, historien très-bien informé^ envoya, 
« d'après favis de son conseil , des présents au roi Charles , et s'engagea , par 
«serment, à lui être fidèle à l'avenir-. » Nominoë n'était pas prêt, sans doute, 
et il lui fallait gagner du temps. Mais un tel acte suffît pour faire appré- 
cier le caractère de l'homme : c'était, avant tout, un politique; il le montra 
bien , un peu plus tard , dans sa lutte contre les évêques gallo-francs dont 
il voulait se débarrasser. 

Ce serait ici le lieu de raconter et la longue histoire des prélats simo- 
niaques, et celle de l'établissement de plusieurs sièges et d'une métropole 
dans le nouveau royaume de Bretagne. Mais le récit de cette grave affaire , 
où saint Conwoion servit, sans s'en douter, d'instrument à la politique de 
Nominoë, trouvera plus loin sa place. Aussi bien devons-nous achever de 
faire connaître, dans un même tableau, par quelle série de luttes héroïques 

' Nitliard, petit-fils naturel de Charlemagne, orimorum, Carolo munera mitlit ac sacrumeitto 

vivait à la cour de Charles le Chauve. ^Jidemdemcepsservandamillijlrmavit.T:{fiiÛ>aTd, 

^ nProtinus ad Nominoium ducem Britanoo- Hist. 1. II, ap. Script, rer. gall. et franc, t. VII, 

« rum niittit, scire cupiens si se sua» ditioni p. 18, et Baluz. Capital, t. II, p. 42.) 
a subdere vellet , qui , adquiescens consiliis plu- 



PROLEGOMENES. xxxiti 

les diocèses de Rennes et de Nantes, avec la partie orientale du pagus vene- 
tensis , furent, définitivemeut unis à la Bretagne. 

Après la sanglante bataille de Fontenai , où le sang breton ne fut pas épar- 
gné ^ Nominoc jugea que le moment était venu de secouer le joug. Allié au 
franc Lantbert, qui, n'ayant pu obtenir le comté Nantais^ s'était, de dépit, 
jeté dans la révolte, Noniinoë s'empara d'une grande partie du pays de 
Rennes, tandis que son collègue, vainqueur sur les bords de l'Isac, étendait 
ses conquêtes au sud de la Loire. Cbarles le Cbauve, informé de cet évé- 
nement, et jugeant qu'une démonstration était nécessaire , vint camper aux 
portes de Rennes, à la tête d'une grande partie de ses troupes. Mais, à 
l'approcbe des Bretons, il se retira en toute hâte, remettant à plus tard sa 
vengeance. Ce fut seulement en 8A5 que le roi des Francs, avec l'armée 
la plus formidable qui eût jamais envahi la péninsule, vint livrer bataille 
aux Bretons non loin des murs de l'antique monastère de Ballon, dans 
la paroisse de Bain. Tout le monde a lu la description et sait le résultat 
de cette grande bataille, qui dura deux jours entiers et valut à Nomi- 
noë la couronne de Bretagne^. L'année suivante, Charles le Chauve 
eut la tentation de prendre sa revanche; mais il se décida prudemment 
à traiter avec les Bretons , dont l'indépendance fut alors pleinement re- 
connue. 

A l'époque où s'accomplirent les grands événements dont il vient d'être 
parlé (8/16-8/19), '3 limite qui séparait les Bretons des Gallo-Francs leurs 
voisins se pouvait indiquer, assez exactement, par une ligne idéale qui, 
partant de l'embouchure du Couesnon et passant à Montfort-la-Canne, venait 
aboutir à la ville de Vannes. Mais, durant les trois années qui s'écoulèrent 
de 8/19 à 85 1 , Nominoc ajouta au territoire breton les comtés de Rennes, 
de Nantes et de Retz, ce qui constitua le duché de Bretagne, tel qu'il existait, 
sous le nom de province, avant la Révolution de 1789. 

Ce fut en 85o, après l'inique expulsion d'Actard du siège de Nantes, 
que Nominoë se décida à guerroyer de nouveau contre Charles le Chauve. 



' a[Apud Fonlanidum campum] Francise, ttatem, ac ne iUis associaretur, etc.n {Chron. 

«Aquitaniae Britanni.Tque omnes pêne Nann. apud Script, rer. (jatl. el franc, t. III, 

u milites mutiiis conciderevuineribus.» {Frajm. p. 335.) 

hist. Franc, ap. Duch. t. III, p. 335.) ' Voy. mon Histoire des peuples bretons, t. I, 

* " . . . Res timens ne non fidelis sibi exis- p. 336, et la description de la bataille dansRe- 

«teret (Lanlberlus) propter Rrilunnorum viciai- ginon (ap. Perlz, Mon. hist. Germ. t.I, p. Syo). 



^ 



xxxiv PROLÉGOMÈNES. 

En quelques semaines , la ville et le comté de Rennes furent conquis , l'Anjou 
ravagé et sa capitale prise d'assaut. «Mais les Nantais, aussi bien que ceux 
«de Rennes, étaient trop français, dit D. Lobineau, pour ne pas donner de 
«l'exercice aux Bretons. Ils se liguèrent ensemble en faveur de Charles, et 
« ils furent assez habiles pour tromper Nominoë. Pendant que ce prince , se 
« reposant sur la fidélité de ces deux villes , étendait ses conquêtes dans le 
«Maine et dans l'Anjou, Charles, appelé par ceux de Rennes et de Nantes, 
«enti'a pour la troisième fois en Bretagne, se rendit maître de ces villes 
«sans aucune résistance et y mit de fortes garnisons '. » 

On le voit donc, au milieu du ix" siècle, comme au temps de Waroch 
et de l'évêquc Régalis, les habitants de Rennes et de Nantes faisaient corps 
avec ia nation franque, et la domination bretonne leur semblait un joug 
dur à porter-. 

Cependant, attaqué sur ses derrières, Nominoë s'en revint, h marches 
forcées, vers Rennes, qu'il emporta sans coup férir, si grande était la ter- 
reur de la garnison, qui fut envoyée prisonnière en Breta(]ne^. De Rennes, l'ar- 
mée bretonne marcha sur Nantes dont les défenseiu's, commandés par un 
comte franc, nommé Amauiy, se rendirent au premier choc. Les forti- 
fications de ces deux villes furent démantelées*, afin d'en maintenir les 
habitants dans le devoir, et Nominoë, débarrassé de toute inquiétude de 
ce côté, recommença, avec une inexprimable furie , disent les chroniques 
franques^, ses conquêtes dans le Maine. L'année suivante, le roi breton 
réunit ses tioupes à celles du comte Lantbert, pour attaquer Charles le 
Chauve au cœur même de ses états. Il traversa rapidement l'Anjou et le 
Vendômois, et il se disposait à entrer dans le pays charlrain, lorsque la 
mort vint l'arrêter. Cet événement excita une grande joie parmi les Francs, 
qui voulurent y voir un châtiment de Dieu , justement irrité contre le persé- 



' D. Lobineau, Histoire de Bretagne, t. I, 
p. ig, n° 58. Voici le texte où ces événements 
sont racontés ; « Karoius rcx cuui esercitu us- 
«qiie ad Redonas oppidum pervenit, ubique 
« custodiam disposuit. » ( Ckron. Fonlanell. apud 
Paru, t. II,p. 3o3.) 

- « In captivitatc Britannorum positi, 

gravi jugosubditi sumus. » ( Vid.supi'a,p.xviil.) 

' « . . . . Ab urbe recedente (KarolT)), No- 
«menoius et Lantberlus ciim fidelium copia 



« eanidem urbem oppugnare molili sunt. ' hio 
« metu territi custodes nostri in ditionem vene- 
«runt, in Brilanniaint^ae exiliati suiit.ii ^Chron. 
Fontanell. apud Pertz, t. Il, p. 3o3.) 

* « Nomenoius Rlicdonas et Namnetas ca- 
«piens, parlem murnrum portasque earum 
ndestruxit. » (Chron. Aquit. apud Pertz, t. [I, 
p. 253.) 

' Ad Cenomannos cum indicibili furia 

«pervenerunt. » [Chron. FontiineH. loc. cit.) 



XXXV 



PROLÉGOMÈNES. 

cuteiir du clcrcjc el le spuUatcur des églises^. Cette croyance populaire est consi- 
gnée dans la plupart des chroniques du temps. Les unes prétendent que le 
héros breton tomba sous le glaive d'un ange; les autres racontent qu'au 
moment où le prince se disposait à monter à cheval , saint Maurille, évêque 
d'Angers, se montra fout à coup, et que, lui ayant reproché tous ses 
crimes, il le frappa de son bâton et l'étendit sans vie-. Les jugements des 
Bretons sur le libérateur de leur patrie furent naturellement tout autres. 
Les moines de Redon, qui, l'année précédente, avaient irrité Nominoë, en 
faisant confirmer par Charles le Chauve les privilèges de leur abbaye*, ne 
se montrèrent pas ingrats envers leur fondateur : le corps du héros fut 
enseveli, avec un pieux respect, dans l'église du monastère*. 

Cependant, délivré du vainqueur de Ballon et se flattant de laver, par 
une victoire, la honte de ses défaites, Charles le Chauve était entré en Bre- 
tagne , pour la quatrième fois, à la tète d'une armée nombreuse^. Erispoë, 
qui venait de succéder à son père, n'hésita pas, bien qu'inférieur en forces, 
à attendre fennemi de pied ferme. On ignore en quel lieu se livra la ba- 
taille, mais il est certain qu'elle se termina par la défaite des Francs, qui 
avaient pris l'habitude , dit la Chronique de Fontenelles , de fuir devant les 
Bretons®. Privé d'une partie de son armée, dont plusieurs chefs étaient 
restés sur le champ de bataille, Charles le Chauve fit proposer la paix à 
son jeune vainqueur, qui l'accepta, mais à des conditions assez dures pour 
le vaincu. Erispoë reçut, en effet, f investiture des comtés de Rennes, de 
Nantes, de Retz'', et le roi des Francs dut lui confirmer, en outre, tout ce 



' \. Sirmond. Concil. yall. t. ]II, p. 6g. 

' « , . . Abangelo percussusinteriit. » [Chron. 
Aquil. apud Pertz, t. II, p. 253.) « . . .Moritur 
«divine percussus, nani. . .cuni equum ascen- 
«dere vellet...vidit ante se Sanctum Mauiiiio- 
« iiem episcopum adstare sibi haec. . .ingemi- 
«nantem: Desinc, crudfUsprœdo, ccclesias Dei 
ndevastare. His dictis, baculuni , queni manu 
agestabat, eievans, eum in capite percussit, 
« qui a suis in domum reportatus , vitam cuni 
t regno Gnivit. « ( Regin. ap. Pertz , 1. 1 , p. 67 1 .) 

' Vid. infra, Append. cli. xxviii, p. 363. 

'' Voyez , dans l'Appendice , la Notice sur l'ah- 
baje de Redon. 

^ n Karolus rex commovit univer- 

« sum exercituni suum : putabat enini quia pos- 



«set universam Britanniam armis capere 

«At. . .mandavit (Erispoë) ut omnesparati es- 
«sent. . . Statini Britones cuncti a sedibus suis 
l' surrexerunt. j (Vita Sunctt ConHoion. apud 
Mabiil. ssec. IV, pars 11, p. 199.) 

' «Inde (Karolus) in Britanniam iter suum 
iiindixit; commissoque cum Britonibus prœlio, 
nfugaci more siiorum plurimi Franci perierunt , 
» nobiles, comités et duces, seu reliqua manus. 
( Frag. Chron. Fontanell. ap. Pertz, t. II, p. 3o3.) 

' Respogius filius Nomenogii ad Carolum 
nveniens, in urbe Andegavorum, datis mani- 
» bus suscipitur, et tam regalibus indumentii 
«quam paternae potestalis ditione donatur, ad- 
n ditis insuper ei Redonibus , Nannetis el Ra- 
tlense. t lAnn. Berlin, ap. Script, rer. yalt. et 

E. 



xvxvi PROLÉGOMÈNES. 

que Nominoë avait conquis dans le Maine et dans l'Anjou. De là cette for- 
mule finale de plusieurs chartes de notre Cartulaire, qui se réfèrent à la se- 
conde moitié du ix' siècle : h Fait à le , Erispoë (ou Salomon) 

<i gouvernant toute la Bretagne jusqu'à la rivière de Maine ^ » 

A cette époque, les Bretons, si longtemps cantonnés dans leur pays. 
firent des pointes de divers côtés. Depuis 826, le territoire situé entre la 
ville de Vannes et la Vilaine , et toute la partie inférieure du fleuve depuis 
Langon , étaient , en quelque sorte , habités par un peuple nouveau. Ce 
serait une erreur de croire, toutefois, que rassimilation des Gallo-Francs et 
des Bretons y ait été immédiate. Un curieux passage de la vie de saint Con- 
vvoion prouve, au contraire, que, plusieurs années après les conquêtes de 
Nominoë, il existait, entre Vannes et la Vilaine, des populations qui, sans 
interprètes, se faisaient entendre des Francs, et qui, dans l'occasion, pre- 
naient parti pour eux contre les Bretons. 

C'était en 85 1 : les troupes de Charles le Chauve, comme on l'a vu plus 
haut, avaient envahi la Bretagne. Or, tandis que le vaillant Erispoë se pré- 
parait à mener à l'ennemi ses guerriers accourus de toutes parts, il arriva 
que deux tyerns, en quête l'un et l'autre de butin, vinrent prendre gite 
dans un village de la paroisse de Peillac. Avertis qu'il y avait des Bretons 
en ce lieu , les Francs s'y rendirent , pendant la nuit , et en occupèrent toutes 
les issues. Le matin venu, un habitant du village, s'avancant vers les sol- 
dats, leur dit : « Si vous cherchez les Bretons, sachez qu'ils sont là-bas, dans 
«ujieaire, cachés dans de la paille.» Les Francs se dirigèrent de ce côté, 
et, ayant découvert les deux seigneurs, ils les tuèrent à coups d'épées, je- 
tèrent leurs cadavres dans le chemin , et mirent en un lieu apparent leurs 
têtes séparées du tronc'-. 

On peut juger, d'après ce récit, si conforme aux faits rapportés plus 
haut, du crédit qu'il faut accorder à certain écrivains, dont l'érudition peut 
être très-variée, mais qui, ne voulant voir que des GaUo-Romains et ensuite 
des Gallo-Francs dans la péninsule armoricaine, se sont imposé la singu- 



/ranc. l. VU, p. 68. — Cf. Prud. Trec. Ann. ngressu, ad arcam pergunt, ibique eos iati- 

ap. Pertz, t. I, p. 46().) otantes reperiunt, eductisque gladiis, statim 

'■ Voy. ch. Lxxii.p. 57, et xxïivde i'Append. «eos trucidaverunt et corpora eorut» in pla- 

- « . . . Cum vero Franci villam circumda- «tels projecerunt, el capita seorsum posue- 

irent, unus e populo dixit : Si Britones quae- orunt. » [Acta 0. S. B. apud Mabill. ssec. IV, 

critis, ecce latitant in paieis. Illi vero, concito pars 11, p. 199.) 



PROLEGOMENES. xxxvii 

lière mission de prouver, maigre les témoignages formels des Sidoine 

Apollinaire, des Grégoire de Tours, des Fortunat et de tant d'autres, 
qu'il n'y a jamais eu de Bretons en Bretagne. 



S IV. 

L'abbaye de Redon depuis l'avènement d'Érispoë (85i), jusqu'à la mort d'Alain 
le Grand (907). — Invasions normandes et destruction de la Bretagne. 

Cependant la péninsule armoricaine, si souvent ravagée par les hommes 
du nord', allait devenir leur proie. En 8/i3, soixante-sept vaisseaux nor- 
mands, partis des rivages de la Neustrie, se montrent tout à coup devant 
le bourg de Batz. De là, remontant la Loire, ils arrivent sous les murs 
de Nantes, où les habitants des contrées voisines et même de plusieurs 
villes situées au loin étaient venus, en très-grand nombre, chercher un 
refuge contre les barbares^. C'était le jour de Saint- Jean-Baptiste; l'évèque 
Gunhard était à l'autel, célébrant les saints mystères, lorsque les pirates, 
brisant à coups de hache les portes de la cathédrale, s'y précipitèrent comme 
des bêtes fauves'. Leur aveugle fureur n'épargna personne; mais, vers la 
fin du jour, fatigués de carnage, ils transportèrent sur leurs vaisseaux les 
trésors entassés dans l'église*, et s'éloignèrent à toutes voiles. 

Moins de dix ans après, une autre troupe, qui venait de ravager les bords 
de la Seine jusqu'à Rouen, remontait la Loire sous la conduite d'un chef 
nommé Godefroid, et Nantes, cette fois encore, tombait aux mains des 
pirates. Ceux-ci, après le sac de la ville, s'étaient réfugiés, avec un énorme 
butin, dans une île de la Loire, lorsque d'autres Normands, commandés 
par Sidric , vinrent les assaillir avec un renfort de Bretons dont ils avaient 
réclamé l'assistance. Les assiégés, comprenant tout le péril de leur situa- 
tion, prirent un parti qui les sauva : ils livrèrent à la bande de Sidric la 
moitié de leur butin, et, au point du jour, les deux flottes, au grand éton- 
nement des Bretons, mirent à la voile. Celle de Sidric prit le large et re- 

' Voir plus haut, p. xiv. ' «Effractisostiisfeûestrisquepropulsis, tem- 

' « Prœcursoris qus inierat Nativitas non « plum feraliter irrumpunt. » ( Citron. Namn. ap. 

«solum ex vicinis regionibus et vicis, immo D. Lob. t. II, p. 35.) 

«etiam exprocul positisurbibus,attraxerat mul- ' «Clerus omnis cum monacbis ad urbem 

«titudinem. 1) (Chron. Namn. ap. D. Lob. t. I[, < copiosum ecclesia" tliesaurum secum habenles 

p. 35.) a coiifugerant. » (Ibid.) 



xxxvm PROLÉGOMÈNES. 

tourna dans la Seine; mais les navires de Godefroid, cinglant vers l'em- 
bouchure de la Vilaine, remontèrent le fleuve, et vinrent jeter l'ancre en 
face de l'abbaye de Redon. Déjà les pirates se disposaient à enfoncer les 
portes du monastère, lorsqu'un violent orage éclata tout à coup. Les Nor- 
mands, se croyant poursuivis par la colère divine, envoyèrent à l'abbave 
de riches présents, et firent allumer devant les autels une grande quantité 
de cierges. Le lendemain, ils décampèrent, après avoir placé des gardes 
autour du saint édifice pour le garantir contre toute insulte'. En revanche, 
ils portèrent le fer et la flamme dans les autres parties du pays de Broerech. 
Le comte l^ascweten, à la suite de plusieurs combats malheureux, tomba 
entre leurs mains, et ils ne consentirent à le relâcher, grâce à l'intervention 
des moines de Redon, qu'après avoir reçu de ces religieux un cahce d'or 
avec sa patène de même métal ^. Courantgen, évêque de Vannes, avait subi 
le même sort; mais sa captivité se prolongea plus longtemps. La présence 
d'Erispoë, de Pascweten et de Salomon, à Vannes, précisément h la même 
époque, semble indiquer que cette ville avait été sérieusement menacée 
par les Normands'. Ceux-ci, néanmoins, ne tardèrent pas à quitter le 
pays, qui, pendant quelques années, fut délivré de leurs incursions. Mais 
ils reparurent en 868. Abandonnant le comté nantais, où ils s'étaient, pour 
ainsi dire, établis à poste fixe, ils entrèrent dans la Vilaine et ruinèrent, cette 
fois, le monastère de Redon. Salomon, campé à Avessac [in procinctu belli, 
dit notre Cartulaire), maintint, pendant plusieurs mois, les Normands en 
respect. Mais , l'année suivante , il lui fallut acheter, au prix de cinq cents 
vaches, une paix dont l'un de ses lieutenants, l'héroïque Gunvand, ne 
voulut pas subir la honte*. 

Après la destruction de Saint-Sauveur, Conwoion vint solliciter de Salo- 
mon un lieu de refuge pour ses religieux. Le prince , qu'obsédait sans cesse 
l'image d'Erispoë frappé, par son ordre, au pied des saints autels, accueillit 
avec empressement les moines fugitifs. Espérant, k force de charité, se 
faire pardonner son forfait, il donna à l'abbé de Redon le palais de Plélan, 
et voulut que, non loin de là, s'élevât un grand monastère [monasteriam 
non ignobile), qui porterait le nom de monastère de Salomon 5. 

En 869, après la mort de saint Conwoion, Rilcant, son successeur, 

' VilaS. Conwoion. ap. Acta O.S. B. s»c. IV, ' Vid. Append. ch. xL, p. 369. 

pars 11, p. 221-222. * Reginon, Chron. ap. Pertz, t. I, p! 586. 

'^ Vid. infra,cb. x.wi, p. a 1 . = Vid. iufra, ch. ccxli, p. 189. 



PROLÉGOMÈNES. \xxix 

étant venu solliciter du prince la confirmation de tous les dons et pri- 
vilèges dont il avait comblé la nouvelle abbaye, Salomon s'empressa d'ac- 
céder à ce vœu. Dans la charte dressée à cette occasion , le roi énumère 
avec complaisance les présents qu'il a faits au monastère, où l'abbé Con- 
woion et la reine Guenwreth avaient été naguère enterrés'. Ce sont d'abord 
les reliques de saint Maxent, «dont la perte a été un deuil pour l'Aquitaine 
(I et qui seront une gloire pour la Bretagne ; » puis , un calice d'or d'un travail 
merveilleux^, pesant dix livres et orné de trois cent treize pierres précieuses, 
avec une patène, de même poids, où cent quarante-cinq pierres fines sont 
incrustées; un évangéliaire recouvert d'or artistenient ciselé, et orné de cent 
vingt pierres précieuses; une petite châsse en ivoire indien, remplie de reli- 
ques, et sortant des mains d'an ouvrier consommé; une grande croix d'or, d'un 
travail exquis et sur laquelle sont enchâssées trois cent soixante et dix pierres 
fines; une chasuble de drap d'or, présent de Charles le Chauve au roi de 
Bretagne, son compère^; enfin, outre bien d'autres présents, trois cloches 
d'une grosseur extraordinaire [mirœ macjnitudinis). Cette curieuse énuméra- 
tion n'est pas un hors-d'œuvre ici : elle atteste que la Bretagne, vers la fin 
du ix' siècle et avant de devenir la proie des Normands, n'était pas, tant s'en 
faut, un pays misérable et barbare*. 

Cependant, ni les fondations d'abbayes ni les aumônes aux pauvres et 
aux églises ne pouvant calmer ses remords, Salomon avait fait vœu d'aller 
chercher à Rome , qui était alors le refuge des grands pécheurs repentants ^, 
l'absolution de son forfait. Ce projet fut soumis aux états du pays; mais le 
roi, n'ayant pu obtenir leur assentiment, parce que les Normands rava- 
geaient, en ce moment-là, le littoral breton, voulut acquitter son vœu d'une 
autre façon. Il envoya au pape une statue d'or de même taille que lui, une 
couronne enrichie de pierreries, qui valait neuf cents sous, sans compter 



' Vid. infra, ch. ccxLi, p. 189. 

' « Calicem aureum ex auro obrizo , mirijico 
opère fabricatum. » (Ibid.) 

' «Casulam sacerdotalem . . . ex auro coo- 
npertam, quara mibi meus coiupatcr Franco- 
t rum piissimus rex Karolus pro magno , nt est , 
« traosmisit dono. » (Ibid.) 

* M. Pardessus, dans son Tablenu du com- 
merce avant la décoaverle de l'Amérique (Paris, 
i834, p. LXl), a fait remarquer que, dès le 



vi' siècle, le commerce de la ville bretonne 
d'Aiet avait une certaine importance. — Voyez 
à l'appui la ViedeS.Malo,àctaO.S. £. sxcul.I, 
p. 21 S- 2 19. On verra plus loin que, dès la 
première moitié du xi" siècle, après la des- 
truction de la Bretagne par les iVormands, la 
petite ville de Redon semble avoir eu des corps 
de métiers organisés. 

' «Vovimus Romam ire, orationis causa.» 
(Vid. infra, ck. L.\xxi.x,p. 67, ann. 871.) Le? 



XL PROLEGOMENES. 

beaucoup d'autres présents tels que chasubles , étoffes de laine de diverses 
couleurs, peaux de cerfs, etc. ^ En retour, Salomon sollicitait de la bien- 
veillance du souverain pontife quelque relique de saint pour son monastère 
de Plélan. Cette requête fut favorablement accueillie. Le pape Adrien en- 
voya au monai'que le bras de saint Léon , qui avait eu les yeux crevés et la 
langue coupée par les Romains. 

Tandis que ces choses se passaient en Bretagne, le chef des Normands 
de la Loire, Hastings, était allé recruter dans le nord de nouvelles bandes. 
A son retour, le pirate, qui, selon la Chronique de Saint Florent^, pro- 
fessait une sorte de christianisme , résolut de se créer un établissement fixe 
dans le royaume des Francs. La ville d'Angers, admirable position militaire 
qui, dominant le cours de la Mayenne, offrait aux Normands l'avantage 
d'une station centrale, fut choisie par Hastings comme le poste le plus 
important pour lui. En 878, les pirates remontent donc la Loire, et, 
entrant dans la Mayenne, ils viennent planter leurs échelles sous les murs 
d'Angers. La ville fut emportée sans coup férir, caria plupart des habitants, 
saisis de terreur, avaient pris la fuite. Maîtres d'une position d'où ils pou- 
vaient braver toutes les attaques, les Normands y font venir leurs femmes 
et leurs enfants. Les fossés de la ville sont élargis, les murailles réparées; 
puis, quand leur repaire est devenu inexpugnable, les pirates recommen- 
cent leurs dévastations dans les contrées voisines du fleuve ^. 

Charles le Chauve, en apprenant, selon l'énergique expression des chro- 
niques, que cette peste avait pénétré dans les entrailles du paj5*, envoya des 
messagers convoquer, par tout son royaume, les hommes en état de porter 



Bretons, que plusieurs bistorieus anglais et 
français se sont ingéniés, de nos jours, à trans- 
former en soliismatiques, avaient coutume, 
dès le temps de saint Gildas (voy. EpistoL), 
de faire de» pèlerinages aux tombeaux des apô- 
tres; ils allaient à Rome en si grand nombre, 
avantys 1, qu'un saint personnage decetempsià 
crut devoir fonder un monastère pour les re- 
cueillir lorsqu'ils seraient malades : 

«Quinlilianus. . . nobile génère fuisse tradi- 
« tur, cujus pater ilem Quintilianus monaste- 
« rium Meleretense . . . construxit propriisque 
«dotavit rébus, ttc j:eiwdochiuni Bntomim Bo- 
(niam pergenùum esse volnil.e (Mabill. Ann. 



Bened. t. II, p. (33, n. xlvii, et Labb. 1. 1 Bibl. 
novœ, p. 43o.) 

' Statuam auream nostrse magnitudinis tam 
n in latitudine quam in altiludine cum Japidibus 
diversi gencris , ctc.i (Vid. infra, Cartal. cb. xc, 
p. 68.) 

' n Etenim utcumque Christianus dicitur 
«fuisse.» {Chron. S. Florent. D. Mor. Pr. t. I, 
p. 119.) 

' Chron. monast. S. Sergii, apud Script, rer. 
/ranc. t. VIII, p. 53. 

' (1 . . . Tam perniciosa pestis in visceribus 
«regni sui inclusa. • [Lac. sup. cit.) 



PROLEGOMENES. xli 

les armes. A l'appel du monarque , SaJomon accourut. On sait que ce prince , 
à l'exemple de César en Espagne, fit creuser par ses soldats un large fossé 
au-dessous du niveau de la Mayenne, et que les eaux de la rivière, se pré- 
cipitant dans ce canal, laissèrent à sec la flotte normande. L'occasion était 
belle pour délivrer ses sujets du fléau qui les désolait; mais Charles le 
Cliauve, dominé par une honteuse cupidité ', consentit à traiter avec les 
assiégés, et ceux-ci, sans être inquiétés, purent se retirer dans une île de la 
Loire. 

Salomon revint dans ses états couvert de gloire. Mais cette gloire ne dé- 
sarma point ses ennemis : meurtrier d'Erispoë, il périt de la même mort 
que iui'^. A celte nouvelle, Charles le Chauve publia un capitulaire dans 
lequel il revendiquait la possession du royaume de Bretagne, auquel, di- 
sait-il, la nécessité des temps l'avait obligé de renoncer^. Cette revendica- 
tion, toutefois, n'aboutit à rien : les états du grand Nominoë restèrent entre 
les mains de Gurvvand comte de Rennes, de Pascweten comte de Vannes, 
et de plusieurs autres petits princes respectivement indépendants, tels que 
les comtes de Cornouaille , de Léon, de Poher, etc. Malheureusement l'am- 
bition qui avait ai'mé contre Salomon les comtes de Rennes et de Vannes 
les poussa bientôt à se combattre l'un l'autre. La guerre civile désola la 
Bretagne. Battu par un rival dont la seule présence vaut une armée*, 
Pascweten appelle les Normands. Gurvvand, avec une poignée d'hommes, 
est partout vainqueur; mais il meurt au milieu de son triomphe. Pascweten 
lui survit, pour périr assassiné par les Normands : juste punition d'une al- 
liance impie avec les oppresseurs de son pays. 

Plusieurs actes du Carlulaire de Redon mettent en scène les deux princes. 
Un jour, en SyS, le comte de Rennes était venu prier Dieu dans l'église 
du monastère de Plélan , où avait été enseveli le corps da roi Salomon , sa 
victime^. Poursuivi sans doute par le souvenir de son crime, le héros con- 
céda aux serviteurs de Saint-Sauveur et de Saint-Maxent une partie de la pa- 
roisse de Pléchatel, dont l'autre moitié avait été donnée à la même abbaye 
par Salomon, pendant l'année et à l'époque où. Gurwand et Pascweten poursuivaient 

' oRex turpi cupiditate superalus pecuuiam «super altare occidit. n [Hincmari remensis An- 

«recepit. » (Rcgin. ap. Pertz, Mon. hist. Germ. nales,af. Periz, t. I, p. 497.) 

t. ir, p. 585.) = Baluz. Capitul t. II, p. 266. 

^ « Dignam vicem recipien», qui seniorem ' Voyez Regiu. ap. Pertz, t. I, p. 586 et suiv. 

suum Herispogium in ecclesia ejus pcrsecu- ^ «In plèbe Lan, ubi et Salomon supradictus 

«lionem fugienlem et invocantein Dominum, «jacet corpore.i (V. infr. cb. ccxLiii, p. igS.) 

F 



xut PROLÉGOMÈNES. 

ce prince et le mettaient à mort^ . Ainsi le même repentir amenait le mem-lrier 
de Salomon à compléter une ancienne donation du meurtrier d'Érispoë. 

Les largesses de Pascweten envers l'abbaye de Redon furent nombreuses 
et importantes-. En 876, après la mort de sa femme Prostlon, le comte, 
étant venu prier au tombeau de cette princesse, dans l'église de Saint- 
Sauveur, déposa sur l'autel une croix d'or et des vêlements ecclésiastiques 
d'un grand prix; le même jour, il livrait aux moines, en toute propriété, 
les deux domaines de Ranhocar et de Rancaranton, situés l'un et l'autre 
dans la presqu'île de Guérande, où les Bretons, je l'ai dit plus haut, sem- 
blent avoir pris pied dès la fin du v° siècle. 

La haine qui avait animé Pascweten et Gm'vvand se transmit, non moins 
ardente, à leurs héritiers. La guerre civile, suite naturelle de leurs intérêts 
opposés, s'étant rallumée, plus implacable que jamais, les Normands réus- 
sirent à s'emparer de tout le territoire qui s'étend de la Loire jusqu'au 
Blavet^. Resté seul, en face de l'ennemi, sur le champ de bataille où Ju- 
dicaël, le petit-fils d'Erispoë*, avait été conmie enseveli dans un glorieux 
triomphe 5, Alain , comte de Vannes , livTa aux Normands un furieux combat 
sur les bords de la Vilaine. La victoire fut complète, et quatre cents pirates 
à peine, sur quinze mille, réussirent à regagner leur flotte-. Cet éclatant 
fait d'armes valut à Alain le surnom de Grand'' et le fit accepter pour roi par 
la Bretagne entière. L'indomptable énergie de ce grand homme, quand 
tout cédait autour de lui ^, força les Normands, chassés de la Loire et de 
la Vilaine, à regagner enfin les bords de la Seine^. Durant les joui's de paix 
que tant d'héroïsme avait assurés à son pays, Ahiin le Grand, ce père de la 

' « Hoc factuni est in illo anno et in illo tem- « gloriam nominis sui cxaltare, non expcctato 

• pore quando debellabant et persequebantur (lAlano cum sociis, piaelium consent, multa 
«Pascuetlien et Guruuant ipsum Salomonem, « miliia hostium caedit, reliquos iu quemdam 
uquemet perimenint. » (Vid. infra.ch. ccxLiii, « vicum fugere compuiit. Quos cum ultra qiiam 
P- '94') "opoileret improvide persequeretur, ab ipsis 

" Vid. infra, ch. CCLX, p. 209. «exliiiguitur. » (Regin. Clironicoii, p. 602.) 

' « Illi (Britones) , dumauxitium ferre ' Ibidem, loc. cit. 

■ aiter alteri récusât, quasi victoria unius non ' Boc bras, dans le Cartuiaire. 

«omnium foret, graviter ab boste lœduntur; ' « Dani.. .Burgundiam, Neustriam et Aqui- 

• cœduntur passini et usque Blavittam fluvium «taniani, niiHo resiitente , igné ei ferro devas- 
nomnis eorum possessio diripitur. » (Regin. «tant.» [Annal Vcdasdni, apud Pertr, t. I, 
Chronicon, ap. Pertz, t. I, p. 602.) p. .tjG.) 

* «Judicbeil ex C lia Herispogii régis natus. » ' «Britanni vero viriliter suum defenderunt 

[Ibia. p. 587.) «regoumatquealllictos Danos Sequanam redire 

^ Judicbeil, qui erat adoiescentior, cupiens « compuleruiit. » [Ib'id. loc. cit.) 



XLIII 



PROLEGOMENES. 

patrie, comme le nomme un moine contemporain', avait coutume d'habiter 
le château de Rieux ou une autre maison forte [castram Sei] située dans la 
paroisse de Plessé. Or, un jour que le prince était à Rieux, se reposant des 
fatigues de la guerre-, on vint lui annoncer tout à coup que son fils Guéroc 
touchait à ses derniers moments. Alain, qui avait éprouvé ^ combien étaient 
efficaces les prières des moines de Redon , recourut à leur intercession 
pour sauver l'enfant; et, tandis que fabbé Fulchric et ses religieux invo- 
quaient Dieu, prosternés devant l'autel, le duc, plein de foi en la miséri- 
corde divine, faisait don à Saint-Sauveur des deux paroisses de Marzac et de 
Macérac*. 

Le comté de Nantes, en raison du voisinage de la Loire, était alors l'une 
des contrées où les Normands avaient accumulé le plus de ruines^. Pas une 
église, pas un monastère n'y étaient restés debout. Alain le Grand, grâce au 
concours de l'évêque d'Angers, dont il sut honorer le zèle'', entreprit de 
rendre au diocèse nantais une partie de sa splendeur. Non-seulement il lui 
restitua toutes ses anciennes possessions et lui accorda la jouissance de 
tous ses droits antérieurs, mais il lui donna, en outre, deux abbayes dont 
l'une s'élevait aux portes mêmes de Nantes \ et dont l'autre, nommée Cana- 
biac, était située dans le Cotentin^. 

La mort d'Alain le Grand, qui arriva en 907, fui pour la Bretagne le 
signal d'effroyables désastres. A cette nouvelle, les Normands, dont les 
incursions avaient cessé depuis 891, accoururent, et leur fureur, dit la 



' (lErat prœfatus pater palria; in castello 
«Reus quietissime liabitans. » (Voyez la charte 
citée en note, p. 875 , Append.) 

* j Facta itaque pace bellisque per 

.lejus subjeclionem cessantibus n 

(Voyez la cbarte citée en note, p. 875, Ap- 
pend. ) 

' AtteintenefTetd'une grave maladie, en 87 8, 
Alain restitua 5 l'abbaye de Redon ta propriété 
de la paroisse d'Arzon, dont les comtes de 
Vannes l'avaient dépouillée pendant les trou- 
bles des invasions normandes. (Voyez charte 
ccxxxv, p. 182. — Voyez aussi deux autres 
donations d'Alain le Grand , chartes ccxxxviii 
et ccxxxix, p. 181 et 187.) 

' Voy. Append. cbarte li, p. SyS, et note 1, 
p. 375. 



^ «Hic (Fulcberius namn. episcopus) valde 

« pauper pro Normannoruni vastitale villœ 

oetenim et vicini Ligeri totius sua- parrochiœ 
dévastât! erant et sine ullo habitatore de- 
jserti, etc.» (Voy. Chron. Nannet. apud D. Lo- 
bin. t. II, p. â4.) 

' Voyez la donation de l'abbaye de Saint- 
Serge d'Angers, par Alain le Grand, apud 
D. Lobin. Hist. de Bret. t. II, p. 65. 

" « . . . Abbatiolam (conferimus) quanidam, 
opertinentem ad ecclesiani B. Aodrea>, quœ est 
«constructa extra murum .Namnetis, inter 
«Sanctum Donalianum et murum civitafis su- 
«per fluvium Herdœ. » [Chron. Nannet. apud 
D. Lobin. t. II, p. 46.) 

' In territorio cujus vocabulum est Cana- 
«biacus in pago Ctmstantino. » [Ibid.) 

F. 



xLiv PROLÉGOMÈNES. 

Chronique de Nantes, recommença à bouillonnera De tontes les invasions 
celle-là fut la plus terrible: devant elle, ajoute le viei] historien, la Bre- 
tagne trembla d'épouvante^. Et cependant, pas un prince, pas un chef de 
guerre ne se leva pour combattre. Les rois de France, énen^és et sans cou- 
rage, ne savaient plus se défendre^. Quant aiuc fils d'Alain Re-bras\ héri- 
tiers dégénérés d'un grand homme, ils avaient déserté le champ de bataille *. 
Villes, églises, monastères, tout fut livré aux flammes. Alors se renouve- 
lèrent, sur les rivages de la péninsule, les scènes de désolation dont l'îie de 
Bretagne avait été le théâtre aux v° et vi" siècles. Les comtes, les mactierns, 
cherchèrent un refuge en France, en Bourgogne, en Aquitaine '^. Matuédoi, 
comte de Poher et gendre d'Alain le Grand, s'enfuit, avec son fils et avec 
ses vassaux, chez Adelstan, roi des Angles''. De leur côté, les moines quit- 
tèrent le pays, emportant les reliques de leurs églises, qu'ils voulaient dé- 
rober aux profanations des Normands*. Le corps de saint Magloire fut 
transporté à Paris , celui de saint Corentin à Marmoutier, celui de saint 
Guénolé à Montreuil-sur-Mer, celui de saint Samson à Orléans, et enfin ceux 
de saint Méen et de saint Judicaël à Thouars, puis à Saint-Florent de Sau- 
mur. L'histoire de la translation jusqu'à Auxerre du corps de saint Maxent, 
que des religieux de Redon allaient rapporter aux Poitevins , lorsque les Nor- 
mands leur barrèrent le passage, cette histoire, longuement racontée dans 
notre Cartulaire, n'est pas l'un des épisodes les moins curieux de fOdyssée 
des moines fugitifs de ce temps-là ®. 

Tandis que princes, nobles et prêtres se réfugiaient ainsi sur la terre 
étrangère, les populations rurales étaient livrées sans défense à toute la 
rage des Normands^". Pour peindre au vif les suites d'un tel abandon, l'une 



' « Ceepit ebullire rabies Normanno- 

orum taiis qualis nunquam steterat. » [Chron. 
Nann. ap. D. Bouqut-t, t. Mil, p. 2-5-276.) 

^ » Couticmuit terra a faeie eorum. » 

[Ibid.) 

•' « Reges enim Francia; omnino annulati et 
saunihilati eraiit, nullaque fortitudo, nulliis 
« vigor defensionis in eis erant. » [Ibid.) 

* Re-bras, c'est-à-dire te grand roi. 

* B Filii Alani magni minime patris 

« vestigia sequentes , omnino defecti fuerunt. » 
[Chron. Nann. t. VIII, p. 275-276.) 

' iiTerriti comités ac mathiberni dispersi 



asunt per Franciam, Biiryundiain et Âquita- 
« ni'aiH. B [Chron. Nann. t. VIII, p. 275-276.) 

' « Fugit Matuédoi cornes de Poher, 

«ad regem Anglorum Adelstanum, cum ingenti 
« multitudine Briionum, ducens secum filium 

«suum Alanum quem genuerat ca;^(ia 

«Alani mmjni.i: [Fbid.) 

' Voy. Duchêne, Hist. Franc, t. 111, p. 336. 

' Vid.infra, ch. cCLXxxiii, p. 228. 

" < Pauperes vero Britanni terram co- 

« lentes sub potestate Normannorum remanse- 
« runt absque rectore atque defensore. » ( Chron. 
Nann. lac. cit.) 



PROLEGOMENES. xlv 

de nos chartes emploie ces mots : Britannia destracta est. Et en elVct, partout 
où avaient passé les Normands, pas une babitation n'était restée debout, pas 
une voix humaine ne se faisait entendre '. La péninsule, livrée en proie aux 
pirates par le comte Robert, frère du roi Eudes, devint un vaste désert^ 
comme au temps de Procope. Aussi, des antiques institutions apportées 
sur le continent par les Bretons insulaires, la trace se peut-elle à peine 
retrouver dans les chartes postérieures à la mort d'Alain le Grand. La 
langue bretonne, parlée, avant l'occupation normande, dans les sept dio 
cèses de Dol, de Saint-Malo , de Saint-Brieuc, de Tréj^uier, de Léon, de 
Cornouaille, de Vannes, et dans la presqu'île de Guérande, recula vers 
l'occident et ne fut plus en usage, comme l'indique la carte placée en tête 
de ce travail, qu'à l'ouest d'une ligne qui court de l'embouchure de la Vi- 
laine à la rivière de Châtelaudren , pour aller de là aboutir à la mer^, entre 
Etables et Saint-Quay *. 



S V. 

L'abbaye de Redon depuis le retour d'Alain Barbe-Torte jusqu'à ia prise de Redon 

par Jean IV. (Ann. gSy-iSG^-) 

Cependant l'an looo, objet de la terreur universelle, avait sonné. Les 
populations, rassurées sur l'existence du monde, et, en même temps, déli- 
vrées du fléau des invasions normandes, reprirent courage au travail. 
Bientôt les campagnes désertes se repeuplèrent. Les églises furent recons- 
truites, les murailles des villes et des châteaux relevées. En même temps 
que le duc et les seigneurs, les moines étaient rentrés dans leur patrie. Ce 
fut grâce à leur exemple et à leur charité que la classe rurale, abattue et 
ruinée, put se remettre à l'œuvre. Entourés de tout ce qu'il y avait d'hommes 

' Nulia ibi tune habllationis tlomus erat, Quimper en iSdg, M. de Kerdrel a établi les 

«nuUa homiuis tonversatio.» [Vita S. Gildœ deux points suivants : i° du ix° au xii' siècle, la 

ap. Acta 0. S. B. sa?c. I, p. i ug.) langue bretonne a peidu seize à dix-buit lieues 

' «Civitates, castella, ecclesiœ, domus, mo- de teri-ain; 2° les limites actuelles de cet idiome 

«nasteria virorum atque sanctimonialium igni sont à peu près celles qu'il avait au commence- 

« tradebantar, donec in solitudinem et vastum ment du xu' siècle. (Voyez Bull, archéot. de 

oeremum omnino regio tota Dei judicio redi- l'assoc. brel. 1849, '■ ^' P- '"^-l 

iigeretur. » [Ibid. p. i48.) ' Dans la baie de Saint-Brieuc. (Voyez notre 

■' Dans un savant mémoire lu au congrès de carte.) 



xLvi PROLEGOMENES. 

pieux et énergiques dans le clergé, ils entreprirent, sans hésiter, une œuvre 
dont le succès semblait à peu près impossible'. Les forêts, qui avaient 
remplacé les cultures, furent défrichées; les maisons rebâties; les vignes, 
les arbres fruitiers, les vergers replantés'-. Les miracles accomplis par les 
moines des v" et vi" siècles étaient presque égalés. 

Ce fut l'abbé Catwallon, frère du duc Geoffroi I", qui, après ces temps 
diCTiciles, reçut la mission de réparer les désastres accumulés depuis plus 
d'un siècle sur le monastère de Redon. Chargé par son prédécesseur, fabbé 
Maynard, de fadministration de Belle-Ile, où les Normands avaient exercé 
d'horribles ravages, Catwallon y avait déployé une intelligence et un dé- 
vouement admirables. Dans ses nouvelles fonctions, il lui fut donné, grâce 
à la renommée de ses vertus que rehaussait f éclat d'une naissance illustre, 
de rendre à Saint-Sauveur une partie de son ancienne splendeur. Les Nor- 
mands, nous l'avons dit, n'avaient laissé debout à Redon que les murs de 
l'antique monastère. Catwallon eut donc à remplir, sur les bords de la Vi- 
laine , à peu près la même tâche que Félix , moine de Fleuri , dans la pres- 
qu'île de Rhuys. Des terres concédées à saint Conwoion et à ses successeurs 
par la piété des princes et des seigneurs, la plupart étaient devenues stériles; 
le reste avait passé entre des mains laïques. L'abbé Maynard, le prédéces- 
seur de Catwallon , avait dû s'occuper, avant tout , durant son administration , 
de faire restituer à l'abbaye les biens usurpés par les seigneurs. D'un 
autre côté, il avait fallu repeupler de colons des domaines à peu près aban- 
donnés depuis plus d'un demi-siècle. Cette double tâche accomplie, il était 
nécessaire de reconstruire le monastère qui menaçait ruine. Pour se pro- 
curer des ressources, tout fut mis en œuvre par Catwallon. A sa demande, 
la petite paroisse de Guernvidel lui avait été concédée par Junkeneus, ar- 
chevêque de Dol ; il obtint ensuite du duc Alain III , son neveu , la resti- 
tution de la paroisse d'Arzon, qui, depuis la donation d'Alain le Grand, avait 
été enlevée à l'abbaye de Redon '. 

Vers le même temps, l'île de Saint-Gutvval, dans la rivière d'Entell, 
devenait aussi la propriété de Saint-Sauveur. Ici nous demandons la per- 

' nVidebatur laboriosum valdc ag- ' «... Convenerunt ad eurn optimi et reli- 

ngredi tam iiumensum opus; sed ilie (abbas ogiosi viri quorum adjulorio et ccciesias res- 

Ruyensis) , habens Cduciam in Domino, non » tauravit et domos œdificavit, vineas plantavit 

adubitavit invadere illud. « (Vita S. Gild. loc. oatque pomaria. » [VitaS. Gild. loc. sup. cit.] 
sap. cit.] ' Vid. infra, cbarl. ccxxiv, p. 182. 



PROLÉGOMÈNES. xlvii 

mission de Iranscrire quelques lignes d'une des chartes les plus curieuses de 
notre Cartulaire. La scène se passe , — le préambule n'est pas inutile , — dans 
cette presqu'île de Quiberon (Keberoen) dont les antiques forêts ont dis- 
paru depuis longtemps, mais où, en 1087, le duc Alain III, avec ses prin- 
cipaux officiers, venait se livrer au plaisir de la chasse. 

(1 Dans l'intérêt des hommes du temps présent et des siècles futurs , il 
«nous paraît utile de raconter, par écrit, la visite de l'abbé Catwallon dans 
«l'île de Saint-Gutwal , où, depuis la destraction de la Bretagne par les Nor- 
umands, habitait un homme honorable nommé Gurki. Or, sur l'ordre et 
"d'après la volonté da duc Alain, auquel on donnait aussi le titre de roi, 
(d'abbé Catwallon vint demander à Gurki, avec beaucoup de douceur et 
11 d'humilité, si, dans l'intérêt du salut de son âme, il n'avait pas la pensée de 
(I faire don de son île aux moines de Saint-Sauveur '. A ces mots, Gurki frémit 
(I d'indignation [exhorruit) , car c'était un homme farouche , Normand de race, 
11 et qui portait toujours des vêtements de laine blanche'-. Toutefois, Dieu 
«aidant, et grâce aux exhortations du pieux Catwallon, Gurki finit par 
«octroyer de cœur ce qu'on lui demandait, c'est-à-dire la propriété perpé- 
«tuelle de l'île de Saint-Gutwnl, avec ses dépendances. Et cette concession 
M fut accordée avec d'autant plus de bonne grâce que l'abbé et les moines 
«avaient admis Gurki, comme un des leurs, dans la fraternité de leur église. 
« Néanmoins ce même Gurki désira conserver une partie de l'île de Saint- 
« Gutwal , qu'il fit séparer de l'autre partie par un retranchement et par 
«un fossé. Le terrain réservé devait revenir aux moines quand Gurki ne 
« serait plus •'. » 

Après cette donation ariachée, non sans peine, au farouche descendant 
des destructeurs de la Bretagne, l'abbé Catwallon dut recourir à un expédient 
assez singulier pour se procurer l'argent nécessaire à la reconstruction de 
son monastère. Il donna à l'un des moines de son couvent la mission de 
faire le négoce des vins avec l'Anjou. Mais, comme le duc de Bretagne était 
alors en guerre avec Foulque-Nerra, comte d'Anjou, Catwallon flit obligé 
de solliciter, pour son mandataire, la protection de la comtesse Hildegarde', 

' Ij'île de Gurlii avait appartenu primitive- ' « Abbas Calwallonus rotonensis cœnobii 

ment à saint Gutwal. Catwallon la réclamait ncum sibi commisse grege Haldegardœ Ande- 

sans doute à titre (le restitution à l'église. « gavorum regin<e salutarium munus oratio- 

■ Ce Normand vêtu de blanc était probable- « nuni. 

ment un catéchumène. «Gratias referimus quod per nuntios et 

' Vid. infra, eh. ccCLXxiii, p. 326. «litteras fréquentes humililatem nostrara visi- 



xLviir PROLÉGOMÈNES. 

de laquelle il obtint sans peine la faveur de faire transporter des vins en 
Bretagne, sans payer aucune espèce de droits. 

Avant de transmettre sa charge à un successeur, Catwailon put se réjouir 
de voir son œuvre à peu près accomplie. Pérénès et Almod ne furent 
des administrateurs ni moins zélés ni moins habiles. L'abbaye de Redon, 
pendant leur gouvernement, qui se prolongea pendant plus d'un quart de 
siècle, vit s'accroître considérablement son revenu par de nombreuses do- 
nations '. Un seul prélat, Quiriaque, évêque de Nantes, essaya de mettre 
obstacle à cette prospérité. Il avait cependant confirmé, dès 1062, toutes 
les donations faites au monastère de Redon dans son diocèse; mais, s'étant 
brouillé plus tard avec Almod, il crut devoir révoquer cet acte. Sur la 
" / plainte de l'abbé de Saint-Sauveur, f affaire fut portée en cour de Rome. 
Almod y sut si bien plaider sa cause, qu'une sentence de déposition frappa 
Quiriaque. L'abbé de Redon fut moins heureux, et cela devait être, dans le 
procès qu'il intenta aux moines de Marmoutier pour les chasser du prieuré 
de Béré, fondé à la porte de Chàteaubriant par un seigneur de ce nom. 
Aainqueurs d'abord et mis en possession de Béré, les moines de Saint-Sau- 
veur durent, à leur tour, céder la place à leurs rivaux. Le procès dura qua- 
rante-sept ans et ne se termina, en 1 1 1 o, au concile de Nantes, où le légat 
du Saint-Siège l'avait déféré, que grâce à la modération et au désintéresse- 
ment des rehgieux de Marmoutier. L'abbé Guillaume, qui gouvernait ce mo- 
nastère, offrit en effet aux moines de Redon divers domaines en compensa- 
tion de Béré. L'éloquence de Robert d'Arbrissel, qui tonna, en plein concile, 

« tare non esdedignata.obsecrans in orationibus « Dei munificentia vindemiis. De qiionon iguavi 

onostris tui meminisse. Unde si tibi dura ali- tsoiiicitudine formidamus ne ob discordiam 

(iqua per nos confidis proplliari, scito quia, fquœinter doniinum tuum et principem Bri- 

alicet sumus peccatores, pro nobis ipsis non « tanniœ agitalur, ab aliquo patiens impediatur. 

«sufficientes, tui quotidie memoriam aginius tTuoitaque eum commitlimus iutaniini, pos- 

« ad Dominum. Jamdudum enim nobis non «tulantes, ut pro Salvaloris, cui famuiamur, 

« incognitum est quam sincerissime Deo re- a honore , in quocumque negotio eguerit sub- 

oligionis exbibeas cultum, et Dei servis obse- «sidio, ei non negligas adsistere, sed et de te- 

1 quium : quae si fama silentio tegeret, ipsorum « loneis in omni loco et porta, qui vestrae ditiooi 

■■ ciaritas operum non taceret. Hoc unum om- «snbjacct, oramus ut liberam abire sinas, sicut 

1 nimodis nionemus, ut in bono ardentius pro- r in te confdimus.V aie. t (Voyez D. Bouquet, 

c Ëcere studeas. Quoniam igitar monasterium nos- Script, rer. gall. et franc, t X , p. 5o3 , et Annales 

utrum, (juodveliistalesui pœnevicinum estrainœ, 0. S. B. t. IV, p. Sîi.) 

iproximn Martio restaurare, si annuerit Divi- ' Vid. infra, ch. cccill, cccxxvi, CCCXXVII, 

» nitas , (/is/)osuimas ; transmittimus ad te hune cccLxrv, cccLXT, cccLxsix, etc. 
cfratrem gratia mercandi vinum in concessis 



PROLÉGOMÈNES. xlix 

contre les querelles scandaleuses des serviteurs de Dieu les uns contre les 
autres, amena un accord auquel le légat et les divers prélats donnèrent 
toute leur approbation. 

Cependant, en i i 12, le duc Alain Forgent, sentant sa fin approcher, 
avait pris la résolution de terminer dans la solitude une vie dont il s'était déjA 
proposé d'expier les fautes en allant combattre les infidèles en Palestine. La 
retraite du prince à Saint-Sauveur de Redon donna naissance , quelques 
années plus tard , à de violents débats entre les moines de cette abbaye et 
ceux de Sainte-Croix de Quimperlé. En 1026, le duc Geoffroi I"' avait 
donné à Saint-Sauveur, où son frère Catwallon était moine, l'île de 
Guedel'^, enlevée récemment au jeune comte de Cornouaille, Alain Cai- 
gnard. Or, ce prince, peu d'années plus tard, ayant fondé, au confluent 
de l'Isole et de l'EUé, une abbaye en l'honneur de la sainte Croix, lui 
concéda le même domaine de Belle-Ile, dont il avnil obtenu la restitution 
du duc Alain III, en récompense d'un service important 3. Cette donation 
n'avait rencontré aucune opposition de la part des moines de Redon, 
puisque parmi les témoins signataires de l'acte figure l'abbé Catwallon, 
qui concourut avec joie, est-il dit dans la charte, i'i faire élire pour abbé de 
Sainte-Croix un moine de son couvent, le pieux Gurloès *. Cependant il 
paraît que la prise de possession de l'île par le comte de Cornouaille ne 
se put eflectuer pacifiquement, et que, dans le conflit, cent vingt des ser- 
viteurs de Saint-Sauveur furent tués ou blessés ^. Restés maîtres du terrain , 
les religieux de Quimperlé gouvernaient paisiblement leur île depuis plus 



' D. Lobineau , à la page go de son Histoire 
de Bretagne, rapporte que l'île deGuédel, ou 
Belle-Ile , fut donnée à Saint-Sauveur par Geof- 
froi I", duc de Bretagne et frère de Catwallon 
abbé de Redon; mais, à la page i 26, le savant 
bénédictin, par distraction, fait d'Alain III un 
frère de Catwallon et le donateur de Belle-Ile. 
Alain III, fils de Geoiïroi I", et, par consé- 
quent, neveu de Catwallon , s'était borné à con- 
firmer la donation faite par son père. 

' «... Bellambabebat insulam, nomme britan- 
« nico Guedel nunciipatam , quam olim Norman- 
« norum rabies devastaverat. » (D. Mor. Pr. t. I, 
p. 365. Voyez plus loin, cb. ccscvi, p. 246.) 

^ .Alain Caignard avait enlevé, pour le duc de 
Bretagne, qui l'épousa, la jeune Berlbe, fille 



d'Oudon , comte de Blois et de Cbartres. Ce 
Ait le jour de leur mariage qu'Alain de Cor- 
nouaille réclama et obtint les terres dont Geof- 
froi favait dépouillé. Rellelie élait la plus con- 
sidérable. 

* oGurloesiusdelectus est de cœnobio Sancti 
«Salvaloris, abbate ("atwallon ipsius ioci et fra- 
« tribus asseotientibus, et in ejus ordinatione 
ï alacriter exislentibus. « (D. Mor. Pr. t. I, 
p. 365-366.) 

' C'est Hervé lui-même qui fait mention de 
ce fait: nHcrveus igitur. . . in primis Beliam in- 
isulam ab Alano consule suomonasierio injuste 
(I ablatam fuisse, et iiide suos monacbos cum in- 
« lerfectione cxx borainum espulisse. » (D. Mor. 
iV. t. I, p. 532.) 

6 



L PROLÉGOiMÈNES. 

d'un demi-siècle, lorsque, en i i 17, Hervé, abbé de Redon, s'avisa tout à 
coup de revendiquer Guedel pour son abbaye. Le droit, on en a pu juger, 
était manifestement du côté de Sainte-Croix. Mais Hervé comptait sur la 
souveraine protection du jeune duc Conan III, qui, élevé pour ainsi dire à 
l'ombre du monastère où Alain Fergent habitait encore ', devait être porté 
d'entraînement à tout accorder aux compagnons de son père-. Conan, en 
effet, n'hésita pas à donner gain de cause aux moines de Redon, et à les 
faire remettre, de vive force, en possession de Relie-Ile^. Le prince alla 
plus loin : abusant de son autorité, il ne craignit pas de défendre aux moines 
de Quimperlé d'en appeler, contre lui, au jugement du Saint-Siège*. Mais 
le légat du pape, Gérard, évêque d'Angoulême, n'en défendit qu'avec plus 
d'énergie la cause de la justice. Le prélat fit signifier à l'abbé de Redon 
l'ordre de quitter Belle-Ile, dans le délai d'un mois, sous peine de dépo- 
sition pour lui et d'interdit pour son abbaye. Hervé n'ayant tenu compte de 
l'avertissement, la double sentence fut prononcée. En même temps, le duc 
recevait du légat une lettre dans laquelle il lui déclarait, avec ménagement 
mais non sans fermeté, que le glaive de saint Pierre se lèverait sur lui s'il 
persistait à suivre de pernicieux conseils ^. Conan, ramené par les exhorta- 
tions de sa pieuse mère, la duchesse Ermengarde , se décida enfin à ne plus 
soutenir, seul contre tous, une cause détestable. Il rompit avec Hervé, et, 
s'étant rendu à Redon, il y déclara , dans une assemblée où se trouvaient sa 
mère, sa sœur Havoise, les évéques de Quimper, de Rennes, de Nantes et 
de Vannes, qu'il tenait pour non fondées les prétentions de l'abbé de Redon , 
et qu'il restituait Belle-Ile à ses légitimes possesseurs^. Cette noble conduite 
ne fut pas imitée par Hervé. Forcé d'abandonner Belle-Ile, il refusa de res- 
tituer les revenus qu'il y avait perçus depuis fexpnlsion des moines de 
Quimperlé. Le concile de Reims, devant lequel ce nouveau procès fut porté. 



' Alain Fergeut ne mourut qu'en 1119- 

^ Voyez plus loin, Append. cb. lxvii ,p. SSg. 

^ « ;. .Abbas Roton. . . Beilam insulam. . . 
«per vioientiam Conani Britanniée comitis in- 
•j grcssus, homines Kemperelegiensis monasterii 
oarmata manu inde espulit. a (D. Lob. Pr. t. II, 
p. 272.) 

' oQuod autem audivimus quia personis 
« terrae vestrae interdicitis ne ad justitiam sancta! 
«Romana; Ecclesia; veniant , valde miramnr, 



«quod nec reges, nec céleri principes facere 
«praesumunt.» (D. Mor. Pr. i. I,p. 535.) 

' oQuod si pravi) alicujus consilio facere vo- 
oiueritis, noveritis pro ccrto sancl^ Homana^ 
«Ecclesia? seutenliani et gladium B. Pétri voliis 
«et principatui veslro imminere.» [Ibid, loc. 
cit.) 

' Ibid. p. 538, ann. 1118. — Conau recon- 
naît, dans cet acte, que l'abbé Her\ë juife m(cr- 
diclns altjuc rxcnmmnntcatiis fiierat. 



PROLEGOMENES. li 

donna gain de cause à Quimperlé; mais Hervé, ne tenant aucun compte 
ni de cette décision ni des menaces du Saint-Siège, aima mieux, disent, il 
est vrai, ses adversaires, être privé de l'exercice de sa charge et de l'usage des 
sacrements que d'accepter une sentence dont lui seul contestait l'équité. 

Lorsque, au sein des ordres monastiques, de telles luttes éclataient, on 
peut juger à quelles violences devait être exposée l'Eglise , de la part d'hommes 
de guerre grossiers et avides. Chaque fois qu'un événement de quelque 
gravité venait agiter la société, c'était à qui en profiterait pour mettre la 
main sur les biens des moines. Les mactierns, c'est-à-dire les chefs hérédi- 
taires des paroisses, ne savaient pas toujours eux-mêmes résister à la ten- 
tation. Nous voyons, par exemple, dans le Cartulaire de Redon, un tyern 
nommé Ratfred profiter de l'espèce d'interrègne qui suivit le meurtre 
d'Erispoë pour s'emparer audacieusement des propriétés de l'abbaye dans la 
paroisse de Bain '. Cet esprit de rapine s'accrut naturellement à la suite des 
invasions normandes, lorsque les églises devinrent elles-mêmes la proie des 
seigneurs laïques. Plus tard, même dans ce xii" siècle, qui passe avec raison 
pour le plus religieux du moyen âge, nous retrouvons, à quelques nuances 
près, et le même amour du pillage et la même absence de respect pour les 
lieux les plus vénérés. Parmi les seigneurs dont l'abbaye de Redon eut à 
déplorer tout particulièrement les violences, durant cet âge d'or de la foi 
catholique, il faut citer, en première ligne, Olivier de Pontchàteau et Sa- 
vari, seigneur de Donges. Le premier, homme d'un naturel féroce, sangui- 
naire^, s'était fait le chef d'une troupe de bandits, qui comptait dans ses 
rangs plusieurs barons du voisinage. C'était le pays de Redon qu'ils avaient 
choisi comme le principal théâtre de leurs brigandages. 

Indigné des atrocités qu'on lui dénonçait , Conan III n'hésila pas à mar- 
cher contre Pontchàteau, qui s'était barricadé, avec sa bande, dans l'église 
même de Saint-Sauveur. Cet édifice, souillé par d'horribles profanations, 
fut assiégé comme une place forte et enlevé d'assaut par l'armée du duc. 
Celui-ci se crut obligé de déployer contre les principaux coupables une 
grande sévérité : Pontchàteau fut enfermé à la tour de Nantes'; Savari 
paya ses méfaits par la perte de son château ruiné de fond en comble*. 

' Voyei plus loin, charte cv, p. 79. «De carcere Nainnetensi ubi cuni aliis ba- 

* " . . . erat enim vir mira; ferocitatis et niul- « ronibus siib comité Conano vinctus fuerat. > 

« tum effundens sangiiinem. » (Vitl. Append. ( Appencl. cli. Lxx, p. 392.) 

ch. i.xx, p. 392.) ' « . . . Tenipore destructiimis castelli Don- 



LU PROLEGOMENES. 

Une lettre adressée au pape par le duc Conan III, peu de temps après 
les événements dont on vient de lire le récit, atteste que de graves désordres 
s'étaient introduits dans cette partie de la Bretagne, et que le prince se 
sentait impuissant à les réprimer : » Les méfaits des habitants de cette con- 
(itrée, écrivait-il au souverain pontife, se sont tellement accumulés, qu'il 
(■ne m'est plus possible d'exercer, comme il conviendrait, ma mission de 
«gardien des églises; à vous donc, Très-saint Père, de faire justice des 
«malfaiteurs' !» Le légat du Saint-Siège, Gérard, évêque d'Angoulème, fut 
chargé d'assembler un concile en Bretagne pour mettre un terme à un 
tel débordement d'iniquités, et, le 28 octobre 1 1 2y, Hiidebert, archevêque 
de Tours, consacra de nouveau l'église de Saint-Sauveur, avec l'assistance 
de Guy, évêque du Mans; de Hamelin, évoque de Rennes; de Donoual, 
évêque d'Alet; de Galo, évêque de Léon, et de Robert, évêque de Cor- 
nouaille. Les plus illustres personnages du pays, prêtres et laïques, avaient 
voulu prendre part à cette grande solennité : c'étaient le duc de Bretagne 
et sa mère; les abbés de Saint-Mclaine, de la Chaume, de Saint-Giidas-des- 
Bois; GeoU'roi et Alain, vicomtes de Porhouet; Even, seigneur d'Elven; 
Jarnogon, fils de Riou; Payen, seigneur de Malestroit; Guethenoc de 
Rieux; Savari de Donges; Garsire de Retz; Geoffroi de Chàteaub riant; Séné- 
brun de Bain; Haimon de la Guerche; Raoul de Montfort, et enfin Olivier 
de Pontchàtcau lui-même, qui, mis en liberté sur la prière de l'abbé de 
Redon, la veille seulement de la réconciliation de l'Eglise, y vint déclarer 
qu'il donnait à Saint-Sauveur la seigneurie de Ballac avec toutes ses dépen- 
dances ^. 

L'abbé Hervé, après tant d'épreuves, pouvait espérer qu'il finirait en 
paix sa carrière. Mais non; cinq années s'étaient à peine écoulées depuis 
la grande cérémonie dont nous venons de parler, et déjà Pontchàteau , en- 
traîné par d'anciens compagnons de débauches, avait recommencé sa vie 
criminelle. A la tète d'une troupe de bandits ^, il exerça d'hoiTibles ravages 
sur les terres de l'abbaye, dans la paroisse de Mouais, et dissipa en d'i- 



« rjiae , Savarico vicecomile a Conauo Britanno- « precorque ut de malefacloribus pjus justitiam 

«rum comité exba?redato, elc.» (Titres de Mar- « faciatis. » (Voyez plus loin, charte CCCXLVII, 

inoutier, ap. Lobin. t. H.p. i - i.) p. 298.) 

' . . . . Accumidata Britannorum perCdia ' Voy. Append. cb. lxx, p. 892. 

c a modo custodire ut deceret eam [abbatiam] ' » Stipatus praedonura caterva.» [Ibidem, 



«non possum reddo igitur vobiseam. . . cb. lxxii, p. Sgi.) 



PROLEGOMENES. un 

gnobles plaisirs les cinq cents sous qu'il avait retirés de son butin '. Long- 
temps insensible à toutes les plaintes comme à toutes les menaces , Olivier 
de Pontchâleau recula cependant devant les foudres de l'Eglise. L'excom- 
munication lancëe contre lui par Brice, cvêque de Nantes, le terrassa. Il 
confessa ses fautes, et, pour les réparer, il donna aux moines qu'il avait 
tant de fois pillés la terre de Brengoen^, ou de la vallée boisée', dans la 
paroisse de Pirric. 

Nos lecteurs, en parcourant les chartes assez nombreuses où il est parlé 
des violences exercées par certains seigneurs contre les moines, remarque- 
ront sans doute un fait caractéristique : c'est le profond sentiment de foi 
qui se retrouvait toujours au fond du cœur de ces hommes de sang et de 
rapine. Si rudes, si orgueilleux, si indomptables qu'ils fussent, presque tous 
craignaient le jugement de Dieu*, et ne voulaient pas mourir dans l'impé- 
nitence finale. La moindre circonstance suffisait pour les amener à rési- 
piscence. A l'appui de cette assertion, j'ai cité, dans un autre ouvrage^, la 
lutte de Tlionias de Saint-Jean contre les moines du Mont Saint-Michel. 
Thomas, qui se faisait construire une forteresse, avait mis au pillage non- 
seulement les forêts de Nérum, de Crapalt, de Bivie, qui appartenaient à 
l'abbaye du Mont Saint-Michel, mais encore les fiefs de plusieurs vas- 
saux du monastère. Les moines, avertis de ces dévastations, composèrent 
aussitôt une prière, ou plutôt une litanie, qui se chantait à f autel de l'ar- 
change saint Michel, et dans laquelle ils invoquaient Dieu pour faire cesser 
les méfaits du chevalier. A cette nouvelle, Thomas de Saint- Jean, plein 
de colère et en même temps d'effroi^, courut à l'abbaye, suivi de ses 
frères et de ses nombreux vassaux. Il demanda aux moines pourquoi ils 
élevaient ainsi la voix contre lui et contre ses frères. Les religieux, étran- 
gers à toute crainte'', lui répondirent , u Parce que, contre toute justice, tu 

' « . . . praedamque D. solidos vendens dis- infra , cli. cccLvni , p. Sog, ann. 1086-1091.) 
«traliit et in malos usus dispergit.» (Append. ' Essai sar l'histoire, la langue et les instita- 

ch. LXXii, p. 394.) lions de la Bretagne armoricaine, Paris, i8io, 

' Ihid. p. 3o5-3o7. 

' Nemas vallis, dit avec raison le rédacleur ' » . . . Hoc autem Tliomas audito exhorruit, 

de la charle (Append. cli. lxxiii, p. 395) , de ici festinus, ic/«(/«n'tund«s, ad Montem Sancti 

preii, arbres, bois; etdecwnij vallée; coni, dans nMicbaelis cum fratribus. . . venit.» (D. Mor. 

le français du moyen âge (Voyez le Diction. Pr.l. I,p. 543.) 
britanno-latimini de Davies, au mot cwm.) ' « . . . Monacbi nihil percunctaotes necme- 

'' Je ne trouve dans le Cartulaire de Redon «tuentes, dixerunt eo quod nemora eorum dis- 

qu'un seul exemple d'impénitence finale. (Voy. «sipaverat, etc.» [Ihid.) 



LU PROLÉGOiMENES. 

(1 as envahi les terres de l'Église et dévasté ses forêts. » Ces paroles suffirent 
pour désarmer le coupable : il se jeta aux pieds des moines et implora leur 
pardon, déclarant «qu'il ne voulait pas affaiblir la puissance de cette sainte 
«Eglise qui avait été sa mère et sa nourrice ^ » 

Quelque chose de semblable se passait presque toujours entre les abbés 
de Redon et les seigneurs dont ils avaient eu à subir les violences -. La 
plupart du temps, les coupables, accompagnés de leurs parents et de leurs 
amis, venaient, au pied de l'autel, confesser leurs fautes avec une franchise 
et une humilité vraiment touchantes. Voici, par exemple, comment s'expri- 
mait, en i 1 li!i , un chevalier blessé à mort tandis qu'il mettait le feu à des 
moissons, dans la paroisse de Plélan : « Moi, misérable, indigne de vivre sur 
(lia terre et d'être reçu dans le ciel; moi qui, depuis l'adolescence, n'ai 
«cessé de provoquer, par mes crimes, la colère de mon Créateur et de 

limon Rédempteur moi qui ai fait souffrir des maux sans nombre aux 

"Vassaux de cette abbaye de Saint-Sauveur, je m'abandonne, je me livre. 
Il je me conlie au Seigneur, pour être jugé non par sa justice, mais par sa 



Il miséricorde ^. 



Longtemps cet esprit de foi avait été, de la part de nos ducs bretons, 
une sauvegarde pour les églises du pays; mais il n'en fut plus ainsi lorsque, 
après le meurtre du jeune Arthur par Jean-sans-Terre, Alix, l'héritière du 
duché, eut épousé Pierre de Dreux, surnommé Maucierc. Sous ce prince 
despote et rusé, la noblesse et le clergé, qu'il avait eu fhabileté de diviser, 
furent en butte à toutes sortes de violences et d'exactions. En vain le Saint- 
Siège lança-til ses foudres: Maucierc n'en eut souci, et il persista dans ses 
méfaits jusqu'au jour où, forcé de céder la couronne à son fils majeur, il 
quitta la Bretagne pour aller combattre les infidèles dans la Terre-Sainte. 

Jean I", dit le Roux , sut mieux résister que Maucierc à la violence de 
son caractère; mais, chez lui, la volonté n'était pas moins absolue, ni l'a- 
vidité moins insatiable. Ses officiers, qu'il n'hésitait pas à désavouer dans 
l'occasion , sans cesser cependant d'exciter leur convoitise , mirent la main 
sur les revenus de l'abbaye de Redon , et finirent par tout enlever, jusqu'aux 
ornements de l'église. «Il y en a qui prétendent, dit la chronique manus- 

' . . . Nolumus minuere débita et consue- ^ Vid. infra, ch. ccxcvii, cccxlti, ccclxxi, 

• tudines liujus sanctae ecclesiae cujus benelicio cccLxxsii, et Append. cli. LVi, p. 377. 

• et nulrimento educati et procreati sumus.» ' Vid. infra, ch. cccLXXxix.p. 3i6. 
(D. Mor. Pr. t. I,p. 544.) 



PROLEGOMENES. 



LV 



(( crite , qu'ils l'ouillèrcnt dans la terre avec tant d'adresse , qu'ils trouvèrent 
« les trésors que les religieux y avoient cachés, laissant ce pauvre lieu en une 
«désolation extrême, l'ayant entièrement détruit, en ayant chassé l'abbé et 
«contraint les moines à prendre la fuite et abandonner le monastère qui 
« demeura à la discrétion de ces pillards un assez long temps , pendant lequel 
«plusieurs barons et seigneurs du pays s'emjxirèrent des plus belles terres 
« et possessions du couvent, qu'ils annexèrent à leurs revenus '. » Celte persé- 
cution dura jusqu'à l'an 1286, et lorsque, à cette époque, l'abbé Daniel et 
ses religieux purent rentrer dans leur monastère, grâce à l'intervention du 
pape Alexandre IV, ils n'y trouvèrent que des ruines. Redon était redevenu, 
comme au ix° siècle, une sorte de désert peuplé de bêtes fauves '\ Mais la 
piété des fidèles vint en aide, avec une ardeur admirable', à la détresse 
des moines. Parmi les bienfaiteurs de l'abbaye, la chronique cite, en pre- 
mière hgne, une comtesse Agnès, dont la charité se montra inépuisable. 
Mais quelle était cette comtesse Agnèsi' «Je regrette fort, dit l'auteur de 
«la notice, que, dans les chartriers du monastère, il ne soit fait mention 
«que du nom de cette dame, sans lui donner autre qualité que celle de 
«comtesse, ni dire d'où elle estoit*. » 

Relevée de ses ruines dans la dernière moitié du xnf siècle, l'abbaye de 
Saint-Sauveur n'avait pas tardé à recouvrer une partie de son antique splen- 
deur. Malheureusement, de nouvelles révolutions vinrent mettre un terme 
à cette prospérité. En 1 S/i 1 , Jean III, duc de Bretagne, étant mort sans hé- 
ritier direct, son frère, Jean de Montfort, s'était adjugé la couronne. Mais 
un compétiteur n'avait pas tardé à descendre dans l'arène : c'était Charles 
de Blois, qui revendiquait le duché du chef de sa femme, Jeanne de Pen- 
thièvre, et dont les droits avaient été reconnus, à Conflans, dans une as- 
semblée convoquée par ordre du roi de France. 



' Notice man. sar l'abb. de Redon , Moitasti- 
con Bencdict. t. XXXVHI, p. 23. 

' Monasticon Benedict. t. XXXVIII, p. 120, 
Bibl. Inip. mss. « Vi.\ ulluni rotonensis abbatix 
t superfuerit vestigium. » 

' ... iTanta fuit erga sanctuni lociim et 
'limmensa fidelium ad prsefatum monasterium 
«redivivo lapide instaurandum liberalitas, ut, 
«nisi cunctorum oxtitisset miseria, vi\ de e«ci- 
«dio Rotoncnsi apud orancs mentio fuisset. » 



{Chronicum rotonense apud Monusticoii Benedict. 
tom. XXXVIII, p. 121.) 

* L'auteur de la Notice française sur l'ab- 
baye de Redon suppose que la comtesse Agnès 
était la femme de Tbibaut IV, roi de Navarre et 
comte de Cbampagne, dont la fille, Blancbe de 
.\avarre , avait épousé Jean I", duc de Bretagne. 
D'autres croient, avec la Cbronique de Vitré, 
qu'Agnès était la femme d'un vicomte de Beau- 
mont. 



Lvi PROLÉGOMÈNES. 

La Bretagne devenait ainsi le champ de bataille où, pendant près d'un 
quart de siècle, allaient se débattre les intérêts opposés de la France et de 
l'Angleterre. Par malheur, dans ce duel acharné, l'abbaye de Redon prit 
parti pour celui des deux champions dont la fortune devait trahir la cause. 
Saint-Sauveur était alors gouverné par Jean de Tréal , homme remarquable , 
et dont la famille était alliée au\ Rieux, aux Malestroit , aux Cliâteaubriant. 
Persuadé que le droit n'était pas du côté de Montfort, l'abbé de Redon 
n'avait point hésité à se prononcer en faveur de Charles de Blois. Ce fut là, 
pour sa communauté , la cause de calamités sans nombre : « Ceux de Redon , 
11 dit l'un des chroniqueurs de l'abbaye , furent les premiers qui se ressen- 
« tirent de ces temps malheureux; car, s'estant déclarés pour Charles, le 
-.1 droit duquel sembloit le plus apparent, les soldats s'approchèrent de Re- 
II don, s'en rendirent les maistres, entrèrent de force en l'église, pillèrent 
« tout ce qu'ils peurent y rencontrer, emportèrent l'argenterie de la sacristie 
net commirent mille autres sacrilèges, profanant de rechef ce lieu sacré, 
«prétendant le fortifier comme une place desjà acquise au comte leur mais- 
(1 tre ; de plus, ils s'emparèrent des terres et possessions de l'abbaye, chas- 
"sèrent les fermiers des métairies, ravirent tout ce qu'ils y rencontrèrent, 
«abbatirent les boys de haulte futaye, et commirent toutes les insolences 
1' qu'on se peut imaginer. Ils retournèrent par après en l'abbaye, enlevèrent 
Il les meubles du monastère, chassèrent les religieux, desquels ils en mal- 
« traitèrent quelques-uns, se saisirent de la personne de l'abbé, qu'ils consti- 
(I tuèrent prisonnier avec quelques siens religieux , comme rebelles à Testât, 
«après avoir commis mille excès sur leurs personnes, et ne les voulurent 
«rendre sans une grosse rançon qu'ils imposèrent sur le dit abbé, lequel, 
11 estant fort connu à cause de sa famille, fut élargi sous la caution de plu- 
11 sieurs seigneurs qui le piégèrent o ses religieux ^. » 

De retour à son monastère « qu'il trouva presque réduict au mesme estât 
Il que du temps de l'abbé Daniel , » Jean de Tréal établit un impôt de douze 
deniers par livre sur les marchandises apportées à Redon, impôt dont le pro- 
duit fut appliqué « à clore la ville de bonnes et fortes murailles, el à fenlourer 
«de bons fossez pour oster le moïen aux ennemis de la surprendre-.» 

Ces bonnes et fortes murailles empêchèrent en effet Redon d'être surpris 
et pillé, une seconde fois, p;ir les routiers anylais qui servaient sous la ban- 

' \o'tr Monast. Benedict. t XSXVIII, p. 26. — ' Ibid. 



PROLÉGOMÈNES. lvii 

nit-re de Montfort. Mais elles n'arrêtèrent pas la marche triomphale du prince. 
Après la bataille d'Auray, en i 36/i , Montfort s'étant présenté devant Iledon , 
à la tête de son armée, Jean de Tréal sortit de la ville, "accompagné de 
«quelques religieux et de quelques habitants principaux; puis, ayant fait 
«fermer les portes derrière lui, il alla au-devant du duc, et prononça 
«une harangue si remplie d'éloquence qu'il gaigna les bonnes grâces du 
«prince, lequel promit audit abbé, aux religieux et habitants de Redon, de 
«leur maintenir, garder et accomplir les libertés, noblesses , franchises , droits 
net diverses coutumes, tant de leur église et monastère que des habitans et 
« demeurans en la dicte ville, faubourgs et territoires. . . '; après quoy, les 
(I portes de la ville estant ouvertes, le duc fist son entrée solennelle à Redon, 
H et fut receu par l'abbé, les religieux et les habitans, avec tout le contento- 
« ment possible et tesmoignage d'une réjouissance publique^. » 

Depuis ce jour, Jean de Tréal jouit de toute la faveur du duc, qui l'ap- 
pela dans son conseil d'état', et ne cessa de se montrer le fidèle gardien 
des privilèges de Saint-Sauveur*. 



S VI. 
La ville de Redon, ses institutions municipales, son industrie, son commerce. 

Les mots franchises , libertés, noblesses, ont été prononcés tout à l'heure; 
c'est donc ici le lieu de dire quelques mots de la manière dont la bour- 
geoisie et les classes ouvrières étaient organisées à Redon, sons le gouver- 
nement des ducs de Bretagne et des rois de France. 



' Ce traité de Jean le Conquérant avec l'abbé 
de Redon se trouve tout au long an tome II 
des Preinies de l'histoire de Bretagne par 
D. Lol)ineau,p. 5o6. 

* Notice manuscrite sur l'abbaye de Redon, 
apud Monasl. Benedict. t. XXXVIII, p. 26. — 
Voyei aussi les lettres du duc, données en 
i382, par lesquelles il déclare que les abbé, 
couvent et habitants de Redon, qui avaient 
suivi le parli de Charles de Blois, «seront par- 
«donnésde tous cas, crimes, malfaits, qu'eux 



»ou chacun d'euï pourroieut avoir encourus.» 
(Append. n" III, p. àoà, et Coll. des Blancs- 
Manteaux, nib\. Imp. n° !>(,, p. 53j-533.) 

' «Depuis ce temps-là le duc fit grand estât 
■ Je l'abbé de Redon, lequel il créa pour eslre 
«l'un de ses conseillers d'cstat, litre qui depuis 
« resta à ses surccsseurs abbés qui ont toujours 
« esté honorés de ceste qualité dans les lettres 
«des princes.» [Monast. Benedict. t. XXXVIII, 
p. 269.) 

' Vid. Append. ch. iv, p. Ito/i. 

Il 



Lvm PROLÉGOMÈNES. 

Je crois avoir établi ailleurs, quoique d'une façon par trop sommaire ', 
les points assez importants que voici ; 

1. L'histoire de Bretagne n'offre point d'exemples de communes révol- 
tées, venant imposer des lois à une aristocratie tyrannique^. 

IL Le mot commune n'est écrit dans aucune charte de Bretagne'; le ré- 
gime nuiiiicipal n'y a été fondé qu'au commencement du xv° siècle. 

III. Avant l'établissement de ces municipalités, dont l'organisation était 
bien plutôt ecclésiastique que civile*, les intérêts soit des bourgeois, soit 
des paysans, étaient gérés par des fabriqueurs nommés par le général de la 
paroisse ^. 

Toutes les recherches auxquelles je me suis livré, dans ces derniers 
temps, sur les communautés de villes, et sur celle de Redon en particu- 
lier, sont venues confirmer mes assertions d'il y a vingt ans. Nulle trace, 
en effet, de municipalité romaine® ni de commune jurée en Bretagne, pen- 
dant le moyen âge. Mais plusieurs documents attestent que, pour n'avoir 
point conquis de libertés communales, les armes à la main, nos bourgeois 
n'en jouissaient pas moins de certaines franchises. Ces franchises étaient 
certainement très -modestes; mais elles suffisaient aux populations dans un 
temps où l'Eglise exerçait un si puissant empire, même dans la vie civile", 



' Après avoir bien voulu constater que, dans 
mon Essai sur l'histoire, la langue et les insti- 
tutions de la Bretagne armoricaine, j'ai réfuté 
M. Daru et autres écrivains qui appliquent faus- 
sement à la Bretagne les tliéories de M. Augus- 
tin Thierry sur l'origine des communes, M. de 
la Borderie a exprimé le regret que le cadre de 
mou livre m'ait obligé à me restreindre à des 
aperçus trop sommaires sur la question. (Bull. 
archéol. de l'Assoc. hret. i853, t. IV, p. 2o5, 
note 2.) Le sujet, en effet, a été traité en courant 
dans mon ouvrage. Toutefois, je dois me félici- 
ter d'avoir fourni à deux érudits tels que MM. de 
la Borderie et de Geslin-Bourgogne l'occasion 
d'appuyer de preuves si convaincantes ma pro- 
position de i84o : L'origine des municipaUtés est 
bien plutôt ecclésiastique que civile, en Bretarjue. 

' Voir Essai sur l'histoire, la langue et les 
institutions de la Bretagne armoricaine , par Au- 
réiien de Courson, Paris, i84o, p. 3/i3. 

' «L'origine de nos communes est bien plu- 



«tôt ecclésiastique que civile.» (Voir mon Essai 
sur l'histoire, etc. de la Bretagne armoricaine, 
p. 326.) 

4 Ibid. p. 332. 

' MM. de Geslin et de Barthélémy oui éta- 
bli que, jusqu'en 1729, personne ne s'était 
avisé, à Saint-Brieuc, qu'on pût séparer 1rs in- 
térêts de la commune de ceux lie ta paroisse. 
Aussi n'y avait-il qu'une seule assemblée pour 
administrer l'une et l'autre. Le procureur syn- 
dic de la communauté de ville était thésaaricr et 
fabriqueur de la paroisse. ( Voy. Evêchcs bretons, 
par MM. de Geslia et de Barthélémy, t. I, 
p. 25'i , et cf. avec mon Essai, p. 33i et suiv.) 

' Rennes et Nantes exceptées , bien entendu. 

' Dons les remarquables considérations que 
M. Guérard a placées en télé du premier vo- 
lume des Cartulaires de Notre-Dame de Paris, 
on lit ce qui suit: «Quelles institutions pou- 
« valent élre plus chères au peuple que celles de 
«l'Eglise? Quel autre édifice que le temple lui 



PROLÉGOMÈNES. i.n 

et où lii plupart des villes, du moins en Bretagne, n'étaient, en réalité, 
que de petites forteresses, des places de refuge, dans lesquelles l'autorité 
militaire devait naturellement prévaloir. Divers actes publiés par les Béné- 
dictins, ou qui se trouvent parmi les documents manuscrits des Blancs- 
Manteaux, prouvent que, sous celte espèce de régime de guerre, les bour 
geois n'étaient pas gouvernés d'une façon despotique. On avait coutume de 
les consulter dans les circonstances importantes, soit qu'il s'agît de fonder 
quelque communauté religieuse, d'établir un nouvel impôt ou de traiter 
avec l'ennemi de la reddition de la ville. M. de la Borderie a cité, dans les 
bulletins arcbéologiques de l'Association bretonne, un document inédit de 
i36o, où l'on voit les bourgeois de Vitré venir, en grand nombre, à la suite 
de leur seigneur et des gentilsbommes de la baronnie, donner leur consen- 
tement à l'établissement de religieux augustins dans l'un des faubourgs de 
la ville. Le consentement des bourgeois de Redon fut aussi jugé nécessaire 
par Jean de Tréal, abbé de Saint-Sauveur, lorsque, avant la bataille d'Au- 
ray, il crut devoir entourer Redon de murailles et de fossés'. Quant aux 
traités qui faisaient passer une cité des mains d'un souverain dans celles d'un 
autre, les bourgeois étaient toujours appelés à y intervenir: c'est ce qui eut 
lieu à Quimper, en i3/i2; à Saint-Malo, en i38/( , iSgS, i 4 i 5; à Rennes, 
en 1 Syg; à Guérande, en i38i,etc^. 

Dans les aflaires qui intéressaient la généralité des habitants d'une ville, 
les bourgeois se faisaient représenter en justice par un procureur spécial , 
ayant mission de défendre les droits de la communauté. C'est ainsi que, 

«rappelait des idées de bienfaisance, d'ordre «cent ans. . . que, par avant les guerres et la 

« et de paix J Tous avaient sujet d'aimer le tem- « mort du duc Jean , oncle de Monsieur le duc 

• pie. Pour le serf, c'était uu asile contre la «derroin décédé, la ville de Redon n'estoit au- 
« cruauté de son maître; les pauvres y venaient «cunement forte, et quand les guerres furent 
«chercher le pain, les malades la santé. Celait «commencées, et que Charles de Blois s'appe- 

« le centre de toiis les intérêts le refuge de » loit duc et occupoit le duché, l'abbé .'ean, o 

» tous les malheureux. L'Eglise était la colonne « l'assentemcnt des hahilans de ladite ville de Re- 

« du moyen âge, sans laquelle l'édifice social et « don, ordonna qu'elle fust dose et douvée, et, 

«la civilisation antique fussent tombés ensemble «pour ce faire, l'ut ordonné un subside, savoir 

« dans l'ahime. » ( Cart. de Notre-Dame de Paris, i est d'ouyt deniers par livre de chacune denrée 

préface, p. lu.) «qui seroit vendue en ladite ville et portd'icelle 

' Ou lit dans une information de i4o8 «pour « de quelque denrée que ce fust, etc. » ( B(ancs- 

«les devoirs deus à l'abbaye de Redon sur la ri- Manteaux, n° 46, p. ôSg.) 

• vière de Vilanie,» la déposition que voici t '^ Voy. D. Mor. Pr. t. II, p. 216, 217, 2^0. 
« Dit et recorde par serment Guillaume leLam- — Trésor deschortes, j. sis etj. 2!ili. — Titres 
«herl, natif de la ville de Redon... de l'âge de du château de Nantes, arm. L, cass. B. 



Lx PROLEGOMENES. 

dans la seconde moitié du xi' siècle, un procès fut soutenu devant la cour 
du duc, au nom des habitants de Redon, qui refusaient de payer certaines 
redevances réclamées par les moines^-, c'est ainsi qu'en 1289 un procu- 
reur des bourgeois de celte ville , nommément désigné , intervenait dans une 
transaction passée en justice entre le sire de Rieux, d'une part, et l'abbé 
et les habitants de Redon, d'autre part, au sujet de la réparation d'une 
écluse dite la porte redonaise, «laquelle estoit assise sur la Vilaine, au pont 
de Rieux ^. » 

Cette intervention des bourgeois, soit par eux-mêmes, soit par leurs dé- 
légués, lorsqu'il s'agissait des grands intérêts de la cité, atteste bien, comme 
il a été dit plus haut, que les seigneurs des villes, laïques ou ecclésias- 
tiques, n'y exerçaient pas une autorité arbitraire. Mais il faut reconnaître 
que les prérogatives dont nous venons de parler étaient purement faculta- 
tives, et qu'elles ne sauraient être assimilées aux droits dont jouissaient les 
cités municipales. 

Durant le xv' siècle, l'enceinte des villes ayant commencé à s'agrandir, 
par suite du développement de l'industrie et du commerce , la nécessité 
d'un conseil régulier et permanent se fit sentir, et un certain nombre de 
municipalités furent créées en Bretagne'. Mais, chose remarquable, dans 
cette nouvelle organisation il est facile de reconnaître des traces nom- 
breuses de l'ancienne administration paroissiale. A Saint-Brieuc, par exem- 
ple, rassemblée des bourgeois conserva longtemps le nom de (jcnéral, qui 
désignait anciennement la réunion des paroissiens, et c'était la communauté 



' Voy. Appendice, cli. lxi, p. 383. 

^ «Sçachent tous que, comme content fut 
(I csmeu par noslre court, à Ploerniei , entre re- 
«ligieux homme Jean, humble abbé de Redon 
«en icel tems, et le couvent diceu lieu, ou non 
« de eux et de lor nioustier, et Raoul Bcnoist et le 
commundcs borqeys de Rodon^ ou non de eux et 
«des autres borgeis, d'autre parlye, et Guil- 
laume sire de Reux, mener, o l'autorité Guil- 
(1 laume sire de Loheac , Barnabe , sire de Der- 
B val , et Brient le Bœuf, sire de Nozé , chevaliers, 
« tutours tît curalours audit Guillaume , sire de 
a Reux, menor, donné et établi par Guillaume 
«jadis sire de Reux, chevalier, deffunt père à 
jiceluy Guillaume, menor, en son testament... 
«sur le débat de une porte assise au pont de 



«Reux, laquelle appelée communément Redo- 
«nense. . . En la parfin. . . vindrent les ditles 
npartyes sur les choses dessusdites, en telle ma- 
«nière que ledit abbé et ledit couvent, ou non 
• davant dit , et ledit Raoul , ou non de ce et des 
« autres borqeis de Rodons sont tenus à moitié au 
a répareement ou l'amendemeut ou en la faczon 
ode ladite porte et dou cordage que mcstitra ou 
«peutavoir ou pont... et en toutes choses à ladite 
«porte nécessaires, c'est à sçavoir ou pont levi 
«à laisser passer les vaisseaux par la porte des- 
« sus dite. » [Bl. Mant. n° 46, p. 629, ann. 1 288.) 
' Voy. Privitéijes octrovés par les ducs de Bre- 
tagne et rois trhs-cliiétiens aux maires et écheiins, 
bourgeois et habitants de la ville de .\antcs (Nantes . 
Verger, p. 9 à 11). 



PROLEGOMENES. lxi 

de ville qui nomiiiail les trésoriers de la fabrique '. On a cité un fait qui 
prouve bien aussi que la nouvelle municipalité bretonne ne fit pas scission 
avec l'ancienne organisation paroissiale : dans beaucoup de villes de Bre- 
tagne, au xv° et au xvi° siècle, le lieu de réunion du conseil des bourgeois 
était l'église ou (juelque chapelle qui en dépendait-. 

Il m'a été facile de me convaincre, en feuilletant quelques actes de la 
communauté de Redon, que là aussi le régime municipal ne fut que le 
simple développement de la vieille organisation paroissiale. Toutefois il 
est à noter que, dans cette ville d'origine toute monacale, et qui devait 
tant à la crosse, félément civil, comme on parle de nos jours, tendit, dès 
le règne de Louis XIV, à se séparer de l'élément ecclésiastique ou paroissial. 
Louis le Grand, on le sait, se souciait peu que les villes de son royaume 
conservassent des privilèges incompatibles avec le nouvel ordre de choses 
qu'il voulait établir. De là le choix d'officiers , de gouverneurs et d'intendants 
de provinces, exclusivement dévoués à la volonté du maître, et qui, pour 
que cette volonté ne rencontrât jamais d'obstacle, s'eflbrcèrent, autant qu'il 
était en eux, de détruire toutes les vieilles coutumes de la province, de la 
cité, de la paroisse. Le meilleur moyen pour y parvenir, — le duc Mau- 
clerc et son fils Jean le Roux l'avaient bien compris, dès le xni° siècle, — 
c'était d'affaiblir la puissance du clergé, gardien naturel des traditions anti- 
ques. A Redon, ce fut un sieur Gicquel de Beaumont, procureur-syndic, 
qui, le i6 août i658, commença l'attaque contre les moines, dans l'assem- 
blée municipale, en venant se placer dans le banc où avait coutume de s'as- 
seoir le président de la communauté de ville. « Après avoir pris les voix, en 
«l'ordre ordinaire, à la pluralité d'icelles, il fut advisé, suivant la coutume, 
«que ledit sieur de Beaumont, syndic, prendrait pîace après messieurs les 
«religieux, recteur, alloué, lieutenant et procureur fiscal; à quoi ledit sieur 
« de Beaumont ne voulut obéir, et a protesté vouloir se pourvoir contre 
« ladite délibération. » Le droit était évidemment du côté de l'abbé et du 
chapitre de Saint-Sauveur, seigneurs spirituels et temporels, par indivis, de la 
ville de Redon. Mais Gicquel de Beaumont s'adressa au comte de Talhouet, 
gouverneur de la ville , « lequel biffa et bâtonna , de sa propre autorité, ladite 

' Les Evéchés de Brelagne, t. I , p. 2b4- Dame-du-Mur, à Morlaix; celle de Sainl-Jac- 

' Ainsi la cliapelle de Notie-Dame-du-Gut^o- ques, dans l'église paroissiale de Notre-Dame 

det, àQuimper-, celle de Notre-Dame-du-Creis- de Gningamp-, celle de Notre-Dame-de-Coetcol- 

kcr, à Saint-Paul-de- Léon; celle de Notre- vezou, à Tréguier, etc. 



Lxii PROLEGOMENES. 

«délibération, et se porta à des excès étonnants contre les religieux et 
«contre les juges. » En effet, le 26 août, M. le gouverneur convoqua une 
assemblée «dans laquelle z7 régla les rangs à sa fantaisie, n Sur la protesta- 
tion des religieux, le parlement de Bretagne rendit, le 28 mai, un arrêt 
par lequel la prétendue ordonnance signée Talhouet sur le registre de la com- 
munauté était déclarée nulle , et qui , faisant droit aax demandes desdits reli- 
gieux, ordonnait «qu'aux assemblées ordinaires et extraordinaires de ladite 
;i maison commune , auraient entrée et voix délibérative : le gouverneur, 
«l'abbé de Redon, deux religieux députés du chapitre, le vicaire perpétuel, 
«les juges, procureurs et greffier de ladite juridiction; trois gentilshommes 
u ordinaires et domiciliés avant les trois ans en ladite ville (lesquels ne porte- 
«roient épées ni autres armes); deux procureurs, deux notaires royaux et 
«deux de la juridiction; le syndic en charge et les autres anciens syndics; 
«les miseurs et controlleurs qui auroient rendu leurs comptes, pavé leur 
«débet et rendu par inventaire les papiers de ladite communauté; quatre 
« marchands domiciliés depuis les cinq ans dans ladite ville et faubourgs, les- 
M quels marchands, procureurs et notaires seroient élus en assemblée, au 
«commencement de chaque année.» Il était ordonné, par ce même arrêt. 
'( que les syndics , greffiers ou secrétaires de la communauté seraient assis 
uau bout de la table, si mieux n'aimait le syndic se mettre après lesdits reli- 
«gieux, vicaire perpétuel et officiers de la juridiction abbatiale de Redon. 
n suivant la coutume antique^. » 

Après ce règlement conforme à l'ancien usage, on pouvait croire que la 
paix était rétablie entre les religieux et certains laïques de la communauté 
de ville. Mais il n'en fut rien. «Quelques jours avant la publication dudit 
«règlement, c'est-à-dire le 6 mai lôSg, ils s'avisèrent (les adversaires des 
"moines) de s'assembler tumultuairement, et firent une délibération de la 
«communauté, par laquelle ils prièrent le gouverneur d obtenir et de faire 
« donner un arrêt du conseil du roy, qui réglât les places que devaient oc- 
(I cuper messieurs les habitants de Redon et messieurs les religieux de l'ab- 
«haye de Saint-Sauveur-.» 

L'affaire, en effet, fut évoquée au conseil du roi, qui fit défense au par- 
lement d'en connaître^. Cependant, sur la requête des religieux, le même 



Arrêt du 23 mai iGSg, coté F. ^ Édit du li janvier 1660, coté H. 

Archives de Redon , document coté 9. 



PROLÉGOMÈNES. lxiu 

conseil dut renvoyer les parties devant le parlement de Bretagne, qui donna 
gain de cause, cette fois encore, à l'abbé de Saint Sauveur'. Les choses res- 
tèrent en cet état jusqu'en ly/iS. Mais, à celte époque, «un certain aujbi- 
(I tieux et ennemi de la paix surprit h la religion du roy un arrêt de son 
" conseil, qui, renversant l'ordre ancien , si sacjeincnt établi par les arrêts du par- 
u lenieni, mit tout dans le trouble et dans la confusion. » Par cette nouvelle 
décision royale, un arrêt qui avait été rendu, le 21 avril lySg, pour la 
ville de Vitré, fut déclaré applicable à celle de Redon; et l'on notifia aux 
religieux que leur prieur aurait seul, désormais, le droit d'assister, mais non 
avec place d'honneur, aux délibérations de la communauté de ville. Les 
bénédictins protestèrent contre cette inique violation des usages anciens; 
ils firent observer qu'à Rennes « l'évêque occupait encore le premier rang 
dans les assemblées de ville; l'abbé de Saint-]\Ielaine, le second; deux cha- 
noines de la cathédrale, le troisième, et, enfin, deux religieux de Saint- 
Melaine, le quatrième. D'après cela, pouvait- on alléguer un seul motif 
raisonnable pour enlever des prérogatives toutes semblables à l'abbé de 
Saint-Sauveur et à ses religieux? N'était-ce pas chose inouïe que de placer des 
juges, un procureur fiscal, d'anciens syndics, avant le prieur de l'abbaye, 
c'est-à-dire des officiers inférieurs avant le seigneur ecclésiastique qui les 
nomme? Est-ce que dans toute assemblée politique où entrent des gens 
d'église, ceux ci n'occupent pas toujours le premier rang? etc. » — J'ignore 
quel fut le résultat final de ces légitimes réclamations; mais il m'a paru que 
je devais placer sous les yeux du lecteur un résumé succinct du mémoire 
très -intéressant, quoique un peu prolixe, du prieur et des religieux de 
Saint-Sauveur. De ce mémoire ressort un fait curieux, c'est que, vers la fin 
du xYu' siècle, les bourgeois de Redon, excités contre les moines par quel- 
ques-uns de leurs magistrats municipaux et par un gouverneur de ville, 
s'associèrent, sans en avoir conscience, à une lutte dont le résultat ne de- 
vait pas être seulement fatal aux droits et privilèges des moines. Ce résultat 
ne se fit pas attendre; la Révolution, imposant silence à toutes les voix, vint 
renverser, du même coup, royauté, noblesse, clergé, provinces, commu- 

' Voir le registre de la communauté de ville nombre de douze pour voter, « la communauté 

de Redon, 1 3 février 1 663. — Un arrêt du par- «appellera les manjuMcrs oa , à leur défaut, 

lement de Bretagne, sous la date du igjanvier «d'autres habitants ayant qualité requise pour 

1675, porte que, si les membres de la commu- oparachever le nombre douze.» Cet apjiel des 

nauté de Redon ne se trouvent pas réunis au murijttiUirrs confirme ce que j'ai dit plus haut. 



LMV 



PROLÉGOMÈNES. 



naiités de ville, et créer un nouveau genre de commune qui n'emprunta 
rien, celle-là, à l'antique municipalité chrétienne. 

S VII. 

Des corps de métiers et du commerce maritime à Redon. 

I. Après l'histoire de la communauté de ville ^ vient naturellement celle 
de la classe ouvrière, à Redon. Un mot donc sur l'organisation des corps 
de métiers sous le gouvernement paternel^ des abbés de Saint-Sauveur; 
puis, avant de clore ce chapitre, nous examinerons l'état du commerce 
maritime en Bretagne, et particulièrement dans le pays de Vannes, depuis 
les temps mérovingiens jusqu'au milieu du xv' siècle. 

L'oisiveté des moines a servi de texte, depuis la Réforme , à d'incessantes 
attaques contre les ordres religieux^, et ces attaques, on le verra plus loin, 
n'ont pas toujours été sans fondement. On a tort d'oublier, toutefois, que, 



' Communauté de ville : cette expression , j'au- 
rais dû le faire remarquer dans le paragraplie 
qui précède, n'est employée qu'en Bretagne 
pour désigner le conseil des boaryeois, l'assem- 
blée municipale. Le mot commune ne date que 
de la Révolution française dans notre pays. 

' Il fait bon vivre sous lu crosse, dit le vieux 
proverbe allemand. 

' Les moines , en général , ont compté d'im- 
placables ennemis même pai'mi certains éru- 
dits du xviii' et du xix' siècle. Mais ils ont été 
appréciés et défendus par les savants les plus 
éminents des temps modernes, par les Jean de 
Mûller, les Guizot, les Mignet, etc. 

Dans sa remarquable Histoire de la propriété 
en Occident, M. Edouard Laboulaye s'exprime 
ainsi : «La religion, la terreur de lenfer, le 
« désir de gagner le ciel, la crainte de la fin du 
» monde , la fuite de l'oppression séculière , les 

remords mille causes , en un mot , cou- 

« tribuèrcnt à cette fortune inouïe du clergé , et 
■jamais, on peut le dire, meilleur usage ne fut 
n fait d'une aussi grande puissance. C'est aux 
« monastères , c'est à la sécurité dont le respect 



« des saints environnait ces pieux asiles que nous 
n devons ce que nous sommes ; ce sont les moines 
qui ont défriché et peuplé les immenses soli- 
« tudes qu'avaient faites la nature, i'avarice ro- 
• maine ou la conquête; ce sont eux qui ont mis 
«en valeur la France, l'Allemagne, lltalie, 
« l'Angleterre. Il est venu , sans doute , une 
«époque où, leur tutelle finie, ce peuple de 

B travailleurs, que les moines avaient créé 

«a enveloppé dans une commune liaine les 
«oppresseurs du siècle présent et les bienfai- 
« leurs du siècle passé ; mais c'est au philosopbe 
« lie s'élever au-dessus de ces préjugés du vulgaire 
» et de rendre justice à ces vertus i)u'on mécon- 
naît trop aujourd'hui. Comme agriculteurs et 
«comme savants, les moines ont été nos pre- 
« miers maîtres. Et si dans nos villes on élevait 
des monuments aux promoteurs de la civili- 
«sation, le premier, le plus beau, appartien- 
drait, je ne crains pas de le dire, à Tordre des 
n Bénédictins, n ( Hist. de la propriété en Occi- 
dent, 1. VI, c. XV, p. 3o6-3o7.) 

M. Guérard, dans son Polyptitjue d'Irminon, 
a écrit quelques pages admirables d'éloquence 



PROLECOMKNES. 



i.xv 



durant une longue période du moyen Age, la maxime de saint Paul, Qui 
ne veut pas travailler, ne doit point mmujer^, fut appliquée, avec une grande 
sévérité, dans les monastères d'hommes et de femmes^. Les moines devaient 
en efiet gagner leur nourriture par un travail manuel de plusieurs heures ', 
la tâche de la journée était réglée pour tous, et, douze fois dans l'année, 
le cellerier était obligé de rendre au supérieur un compte exact de la be- 
sogne de chacun *. L'oisiveté étant « l'ennemie de l'âme ^, » les religieux , selon 
le précepte de saint Augustin, travaillaient comme maçons, charpentiers, 
forgerons, cordonniers'^, etc. Mais c'était particulièrement à la culture des 
champs que le grand nombre se consacrait. La faucille que les moines de 
Saint-Benoît portaient toujours à la ceinture n'était pas un vain symbole : 
elle les avertissait, à tout instant, que la terre réclamait leurs sueurs, et 
que l'agriculture devait être le but constant de leurs travaux. Aussi l'his- 
toire du moyen âge, du v'' au x° siècle, n'est-ellc, comme l'a dit excelletn- 
ment M. de Pétigny, que Ykistoire du défrichement de l'Europe centrale par 
l'ordre de Saint-Benoît'' . 

Les merveilles de cette transformation de terres abandonnées, de ma- 
récages pestilentiels, de forêts impénétrables, en campagnes couvertes de 
moissons et habitées par des populations saines et robustes, ces merveilles 
ont été célébrées par les écrivains les plus éminents de l'Europe moderne ^. 
Mais l'organisation des gens de métiers ne pouvait pas exciter l'intérêt des 
érudits au même degré que celle des ouvriers agricoles, dont le nombre 
était si considérable, et qui formaient comme la base de l'édifice féodal. 
D'ailleurs, outre que le premier sujet n'offre pas, à beaucoup près, la même 



et de vérité sous ce titre : les Bénédictins. Voici 
les dernières lignes de ce morceau : « Sur cette 
n grande ruine de la religion et de la monarchie 
« (SaintGermain-des-Prés) tout le monde rend 
«maintenant justice aux hommes pieux et sa- 
« vants qu'elle rappelle ; leur mémoire sera sans 
«doute en perpétuelle estime, ainsi que leurs 
«ouvrages; et désormais personne ne leur dis- 
nputera ce titre de citoyens utiles, dont ils se 
«sont montrés à la fois si dignes et si jaloux. » 
(Prolégomènes, p. g.) 

' S. Paul. Epist. ad Thess. 3. 

^ Reij. S. Ccsarii arelat. c. ii, x, xiv, etc. 

' Vo)'. Reg. S. Macar. alex. xi. — Reg. sancti 



Basilii, interr. lwi, ccii, cm. — Saint Aug. De 
opère monach. xxxvu. — Reg. S. Bened. c. XLVlir, 
De opère maniuim ijiiotidiano. — Bej. S. Isidor. 
hispal. c. VI. 

'' S. Hier. Prœftit. ad. reg. S. Pacli. 

^ Otiositas iniœica est anima». [Reg, S. Bened. 
c. XLVIII.) 

' s. August. De opère mon. xiv. 

' M. de Pétigny, Origines de la féodalité, 
iVIém. de la Société des sciences et lettres de 
Blois, t. II, p. 116. 

' Jean de MûUer, MM. Guizot, Guérard, 
Mignct, Ozanam, de Montalemberl , de Péti- 
gny, E. Laboulaye, Lehuërou, etc. 

1 



Lxvi * PROLÉGOMÈNES. 

importance et la mûme variété que le second, les documents nécessaires, et 
particulièrement ceux qui se réfèrent aux temps anciens , font à peu près 
défaut. La récente publication de nombreux cartulaires permettra-t-elle , 
comme on l'espère \ de faire revivre le peuple du moyen âge dans sa vie 
d'atelier, comme d'autres l'ont fait revivre dans sa vie agricole et munici- 
pale? Malheureusement, notre Cartulaire n'offrira que bien peu de maté- 
riaux pour ce travail important. 

Tout le monde sait que, dès l'origine des monastères, les religieux y 
exerçaient divers métiers. Il y avait, parmi les compagnons de saint Pa- 
côme, non-seulement d'habiles copistes de manuscrits, mais encore des 
boulangers, des tanneurs, des forgerons-, etc. Saint Jérôme parle avec 
admiration de l'ordre qui régnait dans les communautés orientales : » Les 
K frères de même état, dit-il, sont réunis dans le même atelier sous la 
<( direction d'un préposé; les tisserands sont ensemble, de même les tail- 
'( leurs, les foulons, les charpentiers, etc.'» On lit dans la Vie de saint 
Eloi, par saint Ouen, que l'abbaye de Solignac, en Limousin, renfermait 
beaucoup d'artisans experts en divers métiers, et qui, dociles h la règle du 
Christ, étaient toujours prompts à obéir*. Or, qu'il y ait eu en Bretagne, 
dès l'époque mérovingienne , un certain nombre de ces artifices diversarum 
artium periti, il n'est guèie possible d'en douter, lorsqu'on se rappelle ies 
magnifiques travaux exécutés, par Tordre de saint Félix, dans la cathédrale 
de Nantes ^ La charte où le roi Salomon énumère les objets précieux 
dont il avait enrichi le monastère de Plélan, atteste que, sous les Carlovin- 
giens,la Bretagne possédait aussi d'habiles ouvriers •*. Les uns, mohies ou 
frères convers, s'occupaient, dans l'intérieur des monastères , à façonner 
le lin, la laine, le bois, le fer, l'ivoire, l'argent et l'or; les autres, serfs 
volontaires ou artisans plus ou moins libres, travaillaient hors de l'en- 
ceinte du couvent, et formaient, à eux seuls, une population considérable''. 

' Histoire des classes ouvrières, par M. E. Le- « rum artium periti, qui Clirisli tempore per- 

vaiseur, préface. «fecti, semper ad obedientiam sunt parali. » 

' Pallad. Vit. Pcitrum. ( Vita S. Eligii, c. xvi) 

^ «Fratres ejusdem artis in unam domum * Fortunat. ap. D. hou(\ael. Script, rer. <jall. 

»sub uno prœposito congrcgantur. . . sarcina- et franc, t. II, p. 48 1. 

« tores, carpentarii, fulloiios, galliearii seorsum " Voy. plus loin, p. 189, ch. CCXLI. 

«a suis prœpositis gubcrnantur. » (S. Hieron. ' Autour de l'abbaye de Centule, fondée par 

Prsef. Regiil. S. Pacli. t. I, p. 26.) saint Riquier, s'était agglomérée ime popula- 

* «Habentur ibi et artifices plurimi diversa- tion de quatorze mille âmes. Or, aujourd'bui , 



PROLÉGOMÈNES. lxvii 

De là l'origine d'un grand nombre de villes parmi lesquelles se peuvent 
citer, dans la presqu'île armoricaine, Saint-Brieuc, Tréguier, Dol, Quim- 
perlé, Redon, etc. C'était, en effet, à qui viendrait se placer sous la tutelle 
des fils de saint Coiomban ou de saint Benoit. Tandis que le flot des inva- 
sions barbares emportait les derniers vestiges de la civilisation romaine, 
tandis que le désordre, la guerre, l'anarcbie régnaient partout, au fond des 
fijrêts naguère habitées par des bètes fauves et infestées par des brigands', 
se reconstituaient la famille, la cité, le gouvernement. En ce temps-là, 
dit un ancien hagiograpbe, non-seulement les campagnes, les villes, les 
bourgades, les lieux fortifiés, mais même les plus agrestes solitudes des 
Gaules voyaient surgir des armées de moines , des essaims de jeunes vierges 
consacrées à Dieu; et des monastères soumis aux règles de Saint- Benoît et 
de Saint-Colomban s'élevaient, en très-grand nombre, là même où naguère 
on en comptait à peine quelques-uns^. Fondée beaucoup plus tard que ces 
communautés primitives, l'abbaye de Redon ne put jouir que d'un petit 
nombre d'années de paix. Mais, lorsque l'épéo d'Alain Barbe-Torte eut 
délivré la Bretagne du fléau des invasions normandes, les moines, réfuo^iés 
d'abord à Plélan , puis en France et en Angleterre, s'empressèrent de revenir 
et de relever leurs monastères ruinés. Avec le travail , la prospérité ne tarda 
pas à se rétablir. Cette prospérité donna naissance, — cela n'est pas sans 
exemple, — à une sorte de lutte entre les religieux de Saint Sauveur et le 
commiyi des habitants de la ville (rdgus totias villœ), qui prétendaient se 
soustraite à toute espèce d'impôt. Les moines durent en référer au duc 
Conan II, un jour qu'il était venu visiter l'abbaye : «Or, le prince, ayant 
(c rassemblé les seigneurs de sa suite, leur soumit la réclamation des religieux, 
«avec prière de l'examiner et de lui faire connaître leur avis. Les deux 
«parties comparurent donc devant leurs juges, et ceux-ci, le duc présent, 



Saint-Riquier mérite à peiue ie nom de bour- 
gade. — Voir de curieux détails sur ceUe ab- 
baye, au tome II des Annales de l'ordre de Saint- 
Benoit, p. 333. 

' «Ubi quondam déserta silvarum ac litlo- 
« rum pariter intuta advense barbari aut latrones 
« incolae frequenlabaiit , nunc venerabiles et an- 
«gelicisanctorum choii urbes, oppida.insuias, 
« silvas ecclesiis et monasteriis numerosis plèbe 
«consona célébrant.» (S. Paulin. Noiau. episc. 



ad Viclricium Rotomag. episc. cpist. axviu.) 
- f Hujus tempore , per Galliarum provincias 
oagmina nionacborum et sacrarum puellarum 
« examina non solum per agros, villas vicosque 
«alque castella, verum etiam per eremi vasti- 
«talem ex régula duntaxat beatorum patrum 
«Benedicii et Coluiubani pullulabant, cum 
a ante illud tenipus monasteria vis pauca illis 
« reperirentur locis. » ( Vita S. Salaberg. ap. Acta 
O. S. B. sa;c. Il, n. 7, p. /,25.) 



Lxvm PROLÉGOMÈNES. 

(I condamnèrent les habitants de Redon à payer aux moines tous les impôts 
«qu'on a coutume de percevoir dans ies autres villes du pavs. En conse- 
il quenrc, il lut arrêté, par décision des nobles et par autorité du prince, 
u que le receveur de l'abbaye prélèverait un droit sur le pain , la \àande et 
(f autres denrées de même nature; que, sur le vin, l'hydromel, la cervoise 
« et la liqueur aromatisée (pigmentani) les religieux prendraient une bouteille 
«par muid; que les drapiers, sans préjudice d'autres devoirs, oflViraient, à 
« Noël, une tunique à l'abbé; qu'à la même époque, et, en outre, au temps 
«de Pâques, certains cordonniers payeraient douze deniers et fourniraient 
«des chaussures [subtalares] ; que d'autres, faisant usage de peaux d'agneaux 
«et de moutons, se tiendraient, aux deux époques précitées, à la disposi- 
«tion de l'abbé de Saint-Sauveur, pour exécuter, dans l'intérieur du mo- 
«nastère, tel travail qui leur serait indiqué par les frères; enfin, que les 
«selliers présenteraient une selle à Pâques, et une seconde le jour de la 
«Nativité du Sauveur '. » 

Ces renseignements laissent beaucoup à désirer; mais, tout incomplets 
qu'ils soient, ils n'en établissent pas moins que, dès le xi" siècle, divers 
corps de métieis existaient à Redon. Nous aurons grand soin de noter, 
plus loin, la profession de tous les artisans cités comme témoins dans les 
chartes de Saint-Sauveur. 

II. Nos recherches sur le commerce maritime des Bretons et parlicu- 
lièrement des Vénètes, au moyen âge, ne nous ont rien fourni de bjen im- 
portant. Il semble que, depuis la victoire navale de D. Brutus dai* la Vé- 
nétie, les Curiosolites, qui n'avaient pris aucune part à cette lutte fatale"-, 
aient hérité de l'ancienne activité commerciale de leurs voisins du sud. 
Aieth, en effet, était encore, au vi" siècle, im port assez fréquenté', tandis 
que le pays de Vannes, théâtre d'une lutte acharnée entre les Gallo-Francs 
et les Bretons ', semble être resté quelque temps à peu pi'ès étranger au 
commerce maritime. Cependant Grégoire de Tours parle de navires sur 
lesquels Waroch avail fait charger ses trésors, et qui devaient le transporter 
dans quelque île du Morbihan ^. 

' Voyez l'Appendice, cil. LXi,p. 383. ^ a . ..Civitas ergo illaeo tenipore (ann.n.Lxv) 

- Cësar ayant fait occuper par une légion le » popuiis et navalibus comnierciis frequentata. » 

pays des Curiosolites, ceux-ci ne purent pren- [Acta 0. S. B. sa-c. I, p. 219.) 

dre part à la guerre des Vénètes. (Cf. Caes. De ^ Voyez plus haut, S iv, p. xv et suiv. 

Hello ç/all, III, i\ el xi.) ' «Ferebant etiam quidam eo leniporo quod 



PROLEGOMENES. 



LXIX 



La marine bretonne avait pris, paraît-il, quelque accroissement sous ies 
Carlovingiens, car on lit ce qui suit dans la Chronique du moine de Saint- 
Gall : "Un jour que l'empereur Charles, qui aimait à voyager, prenait son 
«repas dans une ville de la Gaule narbonnaise, où il ëtait arrivé subite- 
«menl, sans se faire connaître à personne , il advint que des corsaires nor- 
« mands se présentèrent dans le port, pour y exercer la piraterie. La vue 
« de leurs vaisseaux fit naître diverses conjectures : les uns les croyaient 
« montés par des trafiquants juifs ou africains, les autres par des marchands 
«bretons. Mais, à la forme et à la légèreté des navires, le très-sagace 
Il empereur vit bien qu'on se méprenait : — Ces vaisseaux, dit-il, ne sont 
«pas chargés de marchandises, mais remplis d'ennemis très-dangereux'.» 

Évidemment, si des relations commerciales n'avaient point existé entre 
la péninsule armoricaine ot la province narbonnaise, l'idée ne serait pas 
venue d'atti'ibuer à des marchands bretons les navires montés par les pi- 
rates normands. 

Mais dans quelle mesure le port de Redon fut-il appelé, sous le règne 
du grand empereur, à participer aux bienfaits du commerce maritime.»' 
C'est ce qu'il nous est impossible de déterminer. Des nombreuses chartes 
carlovingiennes qu'on lira plus loin , une seule, dont la date peut être fixée à 
8^ 8, a Irait à la navigation , et il n'y est parlé que de droits à percevoir, par le 
seigneur de Bain^, sur les marchands et sur les navires, à leur entrée dans 
l'Oust'. Au surplus, quelle qu'ait pu être, dans ces parages, l'activité de 
quelques ports privilégiés, vers le milieu du ix'' siècle, il est certain 



« Waroclnis in insulas fugere cupiens , cum na- 
« vihus oneralis aura et urgenlo et reliquis rébus 
«ejus, commoto vento demersis navibus, res 
«quas imposuerat pertlidisset. o (Greg. Tur. 
Hist. Franc. X, 9.) 

Ces vaisseaux submergés étaient probable- 
ment une invention de Warocli, pour tromper 
l'avidité d'Ebrachaire; mais il n'en est pas 
moins certain que, dans ce temps-là, Warocb 
possédait des vaisseaux. 

' «Contigit quoque ad quandani maritimam 
«Gallia^ narbonensis urbem vagabundum Ca- 
«rolum inopinato venire. Ad cujus portum eo 
«prandente, sed ignorato, piraterium esplora- 
l' tores Nordmannorum fecerunt.Cumque, visis 



«navibus, alii Judœos, alii vero Africanos, alii 
» Britannos mercatorcs esse dicerent, sapien- 
« tissimus Carolus ex structione navium vel 
« agilitate non mercatores, sed hostes esse de- 
oprebendens, dixit ad suos : Ist.-e naves non 
« conferla; mercimoniis, sed hostibus fœta; sunt 
« acerrimis. » [Monach. S. Gall. ap. D. Bouquet. 
Script, rer. (jall. et franc. V, i3o. — Cf. avec le 
paragrapbc Intitulé les Nannetes, où nous par- 
lons des relations de Corbilon avec Narbonne et 
Marseille.) 

^ L'abbaye de Redon était située dans la 
paroisse de Bain. 

^ Voyez le Carlulaire de Redon, cli. cvi, 
p. 80-81. 



Lxx PROLEGOMENES. 

qu'elle fut complètement anéantie après la mort d'Alain le Grand Au fond 
de quel golfe, en effet, dans quelle crique ignorée les flottes normandes 
n'avaient-elles pas porté le fer et la flamme? 

Après le retour d'Alain Barbe-Torte, la navigation reprit sans doute un 
peu d'essor. L'exemption de tous les péages et impôts qui grevaient les 
marchandises, — privilège dont jouissait l'abbé Catwalion en i 026^, — fut 
un puissant moyen d'accroissement pour le commerce redonais. Cepen- 
dant, s'il fallait en croire le géographe arabe Edrisi, qui écrivait dans la pre- 
mière moitié du xn" siècle, Redon «située sur un territoire abondant et 
«fertile, et dont les maisons étaient jolies et bien habitées,» n'aurait été, 
dans ce temps-là, «qu'une ville sans importance'^. » Cela s'accorde peu, 
je dois le dù'e, avec les données fournies par l'histoire sur l'état florissant 
de l'industrie redonaise vers la même époque^, et surtout avec la prospé- 
rité inouïe de la ville monacale sous le règne dos premiers ducs qui succé- 
dèrent à Pierre de Dreux et à son fils Jean le Roux. On en pourra juger, au 
surplus, par l'extrait suivant, que nous empruntons à l'une des chroniques 
manuscrites du monastère : 

« Tous les debvoirs qui se levoient auparavant sur les marchandises et 
I denrées qui abordoient ou qu'on vendoit à Redon, tant en gros qu'en 
détail, tournoient au profit de l'abbé ou de son monastère, en vertu du 
«privilège concédé aux religieux de la dite abbaye par les pi'écédens ducs 
«de Bretagne, qui s'estoient déportés de ce droit en faveur du monas- 
« tère; d'où vient qu'en ce temps-là, comme le tribut estoitfoi't modique, le 
« trafic qui s'exerçoit à Redon estoit si grand qu'il sembloit estre le magasin 
«■de la province, où les marchands de Rennes, de Saint-Malo, d'Anjou, de 
«Normandie et de Mayne accouroient pour de là transporter en leurs pro- 
«vinces toutes sortes de marchandises qu'on y rencontroit en abondance; 
« et, en une enqueste faite environ fan iZioo *, par commandement et au- 
« torité du duc, touchant les debvoirs que l'abbé de Redon levoit sur les 
■ marchandises qu'on amenoit à Redon tant par eau que par terre , plusieurs 
« tesmoins déposent que quelquefois, en une seule marée, abordoient au port 
« de Redon plus de cent cinquante vaisseaux chargés de toutes sortes de mar- 

' Voyez plus haut, p. xLVii. ' Voyez plus Laut, p. Lxviii. 

- Géographie d'Édrisi, Vradmlt de i'aTSihe ea ' L'enquête est de li 08. (Voy. Eclaircisse- 

français, par M. Amédée Jaubcrt, Paris, i84o, ments.) 
t. II, p. 35i. 



PROLEGOMENES. i.xxi 

«chandises, et que les rues en estoient si remplies qu'à peine un homme à 
« cheval pouvoit-ii commodément passer. Mais, depuis que les guerres civiles 
« eurent commencé et que les ducs, pour subvenir aux frays d'icelles, eurent 
"imposé des tailles, tant sur leurs subjects par teste que sur les marchaii- 
(I dises, le commerce commença à diminuer de beaucoup, et l'abbé de Re- 
<i don perdit beaucoup des debvoirs qu'il avoit de coutume de lever aupa- 
«ravant^') 

On voit qu'il faisait bon vivre sous la crosse, à Redon, vers la lin du 
xiv" siècle. Cette prospérité étonnera probablement la plupart des lecteurs, 
qui, entendant supputer sans cesse les années de guerres dont nos pères 
subirent le fléau, en sont venus à croire que leur sort était tout à fait in- 
tolérable. Rien de moins fondé, pourtant, que les conséquences tirées de 
ces statistiques prétendues historiques. On pourrait tracer un effroyable ta- 
bleau de la période la plus paisible et la plus heureuse de l'histoire, en 
additionnant, d'après le même système, toutes les erreurs, toutes les vio- 
lences, tous les crimes commis pendant ce laps de temps. Mais procéder 
ainsi, ce n'est pas juger impartialement une époque. Que le xiv" et le 
xv" siècle aient été, pour la France particulièrement, un âge de fer; que 
les mœurs corrompues, les institutions devenues oppressives de ce temps- 
là appellent toutes les sévérités de l'historien, qui le peut nier? Mais, 
poxu' juger sainement une société si différente de la nôtre , il faut se dépouiller 
de toute idée préconçue, et considérer les faits dans le milieu où ils s'ac- 
complirent. On oublie trop, d'ordinaire, que tel ou tel événement qui rui- 
nerait aujourd'hui le pays, et désorganiserait complètement le gouverne- 
ment, ébranlait à peine la vieille France, divisée et subdivisée en une foule 
de petits étals. Une invasion avait-elle lieu sur un point du territoire : les 
villes, fortifiées pour la plupart, et qui renfermaient une bourgeoisie forte- 
ment organisée, échappaient, pour ainsi dire, aux fléaux de la guerre. Quant 
aux habitants des campagnes, ils se retiraient avec leurs bestiaux au fond 
des forêts ou dans les châteaux des seigneurs, qui leur devaient un asile 
dès que l'ennemi occupait le pays. La paix conclue, le travail reprenait, et 
la prospérité ne tardait pas à renaître. Voilà ce qui ressort de l'étude conscien- 
cieuse des faits. Que si, toutefois, mes assertions étaient contestées, je de- 
manderais qu'on voulût bien m'expliquer comment, en moins d'un dcmi- 

' Chronique de Redon, Monaiticon Benedict. t. XXXVIII, p. 26. 



LXXII 



PROLEGOMENES. 



siècle, de i36/i, où finirent les terribles guerres de la succession, jusqu'à 
l'année i/io8, où se fit l'enquête précitée, Redon put s'élever à ce degré 
de prospérité d'être considéré « comme le magasin de la province. « 

Malgré «l'heureuse situation de son port de commerce,» Redon est 
aujourd'hui, comme disait Edrisi, «une ville sans importance.» Point 
d'industrie, très-peu de commerce^; des navires en petit nombre. Il y a 
loin , certes, d'un tel état de choses à celui de l'année i 4o8, où, en une seule 
marée, «abordoient quelquefois à Redon plus de cent cinquante vaisseaux 
<( chargés de toutes sortes de marchandises ! » Mais une nouvelle ère de pros- 
périté va s'ouvrir pour la ville de Nominoé et de saint Convvoion. Ses rues, 
son port, trop souvent déserts, retrouveront leur activité passée-. 



S VIII. 
L'abbaye de Redon depuis le xv' siècle jusqu'à la révolulion française. 

Au xv'' siècle la décadence des communautés religieuses avait déjà pro- 
duit en France des effets déplorables. Le travail manuel était tombé en 
désuétude dans la plupart des communautés religieuses, depuis trois cents 
ans. D'un autre côté, la création des grandes universités ayant amené la 
suppression des écoles monastiques, toute l'activité des esprits s'était portée 
ailleurs. De là une complète révolution dans les mœurs des cloîtres : les 
caractères s'amollirent dans une sorte d'inaction , et, bientôt, un trop grand 
nombre de religieux, dominés par l'esprit du monde, s'abandonnèrent à 
leurs passions. Dès la première moitié du xuf siècle, de graves désordres 
s'étaient introduits dans l'abbaye de Redon. Le pape Grégoire IX avait dû 
y pourvoir en chargeant l'abbé de Savigny, le prieur des frères prêcheurs 



' L'État des douanes, pour l'annëe i84:, 
établit ainsi qu'il suit le mouvement du cabo- 
tage dans le port de Redon : exportation 6,88 1 
tonneaux-, importation, 7,2i3. Nous puisons à 
la même source les renseignements que voici, 
pour l'année i85i : Cabotage, exportation, 
8,70/1 tonneaux; importation, 8,790. Durant 
celle même année, quatre cent quatre-vingt- 
cinq bâtiments étaient entrés dans le port, et 



cinq cent soixante-cinq en étaient sortis. Tellt 
est donc la situation du commerce maritime de 
Redon : un ou deux navires chaque jour. 

- Le chemin de fer de Paris à Rennes doit 
être bientôt ouvert jusqu'à Redon. Cette ville 
sera mise en communication, par d'autres 
voies, avec Vannes, Auray, Hennebont, Lo- 
rient, Quimperlé, Quimper et Brest. 



PROLEGOMENES. ixxiii 

de Dinan et l'archidiacre de Sablé de rétablir le bon ordre et la régu- 
larité parmi les moines de Saint-Sauveur. Mais ceux-ci, loin de remplir 
la promesse qu'ils avaient faite de s'amender, se livrèrent à des désordres 
encore plus révoltants, et ils en vinrent , pour employer les paroles mêmes 
du pape, à être l'opprobre de leur ordre '. Il nous est révélé, par un autre 
document tiré des archives de Savigny ~, que l'abbé et les moines de Redon 
poussaient si loin l'oubli de leurs devoirs que le monastère tombait en ruine , 
faute de réparations, et que toute œuvre pieuse et charitable y avait à peu 
près cessé. 

Grâce à la vertu et à l'énergie de quelques-uns de ses abbés, Saint-Sau- 
veur se releva de cette dégradation. Mais ce fut pour subir, un peu plus 
tard, les tristes abus auxquels donna naissance l'introduction des coni- 
mendes. Ces commendes, dom Lobineau les a caractérisées en quelques 
mots aussi vrais qu'énergiques: «Au commencement, dit-il, elles avaient 
(1 plus l'air d'un véritable brigandage que d'une administration légitime '. » 
Ce fut là, jusqu'à la fin, le fléau des monastères'. Cependant, malgré ces 
désordres, la vieille abbaye bretonne n'avait pas perdu tout prestige. De 
nombreux pèlerins continuaient de venir prier dans la vieille église qui 
possédait les reliques de saint Conwoion et de tant d'autres personnages 
vénérés. Les ducs de Bretagne, de leur côté, se montraient pleins de res- 
pect pour l'antique sanctuaire de l'indépendance nationale. L'un d'eux, le 
duc François I", fut tout particulièrement le protecteur et l'ami des moines 
de Saint-Sauveur. Non content de leur avoir accordé toutes sortes de pri- 
vilèges , il voulut faire ériger Redon en évêché ^. Sur les instantes prières 
du prince, le pape Nicolas V avait en effet décidé qu'un dixième diocèse 
serait créé dans la Bretagne. Ce diocèse devait se composer des paroisses 



' Appendice, p. Sgg. 

- Ibid. p. ioo. 

' Dom Lob. Hist. de Bretagne, t. I, p. 733. 

* M. Guérard, avec une impartialité qu'il 
ne faut pas moins admirer que sa science, car 
rien n'est plus rare, s'exprime ainsi : «H est 
« pour l'église des époques malheureuses où ses 
« ministres , livrés à tous les désordi-es du siècle , 
« semblent avoir perdu le souvenir de leurs de- 
I' voirs. Mais ces temps de honte , qui suivirent 
« immédiatement la tiolation de sa constitution 
«par le pouvoir temporel, doivent être imputés 



n moins à l'église elle-même qu'à ses oppres- 
oseurs. » [Cartul. de N. D. de Paris, préface, 
t. I, p. XXVII.) 

^ aFranciscus ille, Brilannia; dui , fuit Ro- 
« thonensis monasterii amautissimus et fidelis- 
«simus protector, quia eidem monasterio anti- 
« qua confirmavit et roboravit privilégia , nova 
u concessit... Delatum corpus ejus sepultnm est 
H in monasterio Sancti Salvatoris ante majus 
«altare.» [Drev. chron. fundat. monast. S. Salv. 
Roton. p. 5 9.) 



Lxxiv PROLEGOMENES. 

qui dépendaient de i'abbaye, et d'un certain nombre d'autres paroisses dé- 
laclices des évêchés de Rennes, de Nantes et de Sainl-Malo. L'évêque de 
Saint-Brieuc avait déjà reçu la mission de faire exécuter la bulle pontiii- 
cale'; mais les trois prélats intéressés adressèrent des réclamations au Saint- 
Siège et, comme dans l'intervalle arriva la mort du duc François I", son 
projet fut abandonné pour toujours. 

Sous François 11, fabbaye de Redon reçut la visite de l'ennemi le plus 
puissant et le plus dangereux des Bretons. On lit, en etfet, dans une dépêclie 
adressée par les ministres de Louis XI au comte du Maine, les curieuses 
paroles que voici : 

uEt tout après (c'est-à-dire après le voyage de François II à Tours), pour 
Il un vœu que le roi avait à faire à Saint-Sauveur de Redon, qui est au pais 
» de Bretaigne , il alla (Louis XI) accomplir le dit voiage à tout petit nombre 
«de gens, et de là revint au château de Nantes, avec icelui petit nombre, 
«faire bonne et privée chière avec le dit duc, parce qu'il lui montra si 
(( grand signe d'amour qu'il ne pourrait au monde plus -. » S'il faut en croire 
la tradition, ce serait à la suite de ce pèlerinage, dont la Clu'onique de Re- 
don fixe la date à l'année 1/161, que le roi de France aurait fait don à l'ab- 
baye d'un grand Christ d'argent qui décorait le maître-autel, et de six grands 
chandeliers de même métal. 

Le trésor de Saint-Sauveur renfermait des objets plus précieux encore, en 
l'an 1 /188. A cette époque où la guerre civile désolait la Bretagne, où la pé- 
nurie d'argent était telle que la duchesse Anne elle-même en était réduite 
à faire appel à la bourse de chacun de ses sujets, l'histoire nous apprend que 
les moines de Redon oiTrirent à leur souveraine un calice d'or du poids de 
quinze marcs, sept onces, deux drachmes, et en outre trente marcs d'ar- 
gent^. Avec cette somme la bonne duchesse put défendre quelques jours 
de plus l'indépendance de ses états. Ainsi, le dernier acte des moines de 
Redon, à la veille de l'union de la Bretagne à la France, avait été un acte 
de dévouement au pays. 

' D. Lobincau , Pr. t. II , col. iio3. aprovinciœ Britannicse subjectis magnam vim 

' Ibid. col. )2ii8. Imlnwlioiis pour le comtedu .auri et argent! fuerit nmtuala.quos inler Ro- 

Maine, tic. « Ibonenses monachi, ut cstrenia' principissx 

' «Anno i488, bellis civilibus iterum jac- a inopiœ minime déesse viderenlur, e sacratioris 

B tata provincia, ita ut extincta pêne reipublicœ « ."erarii sui gaza calicem quindecim marcharum 

• salus videretur, in tantani pecuniarum angus- net scptein uneiarum et duanim drachmarum 

I liam redacta est Anna ducissa, ut a singuiis « auri obrizi ponderis cum triginta atiis mar- 



PROLEGOMENES. i.xxv 

A partir de cette époque, les annales de la vieille abbaye carlovingieinic 
n'ofl'rent plus, à vrai dire, aucun fait digne d'intérêt. Renfermés dans l'in- 
térieur de leur monastère, sans influence dans les conseils des princes el 
auprès des classes inférieures, dont les intérêts temporels leur sont devenus 
à peu près étrangers, les religieux semblent prendre à tâcbe de justilier les 
accusations qui, de tous côtes, commencent à s'élever contre eux. Toute 
tentative de réforme suscite parmi eux une résistance poussée parfois jus- 
qu'à la révolte. Le cardinal Salviati, abbé commendataire de Saint-Sauveur, 
éprouva les effets de ce mauvais esprit. II lui fallut, pour faire exécuter « la 
«dévote réformalion » ordonnée par le Saint-Siège, recourir ;\ l'intervention 
du prince. Le parlement de Bretagne, saisi de l'affaire, dut nommer mes- 
sire Pierre d'Argentré, sénéchal de Rennes, pour « pourvoir, à l'ayde de bras 
«séculier, à ce que icelle refformation fust inviolablcment entretenue, et 
« pugnition faicte des contraventions à la dite reflbrmation '. )> 

Parfois, c'était l'abbé lui-même dont la conduite envers ses moines appe- 
lait les rigueurs de la justice. L'Italien Paul Hector Scotti se trouva dans 
ce cas. Quoique les revenus de Vabbaye fussent alors très-considérables, 
comme le prouve un Aveu au roi dont on lira plus loin quelques fragments^, 
Scotti ne voulait remplir aucune des charges auxquelles il était tenu envers 
les religieux^. Il fallut en appeler au parlement, qui, par arrêt du 
2 A octobre iS^yS, condamna l'abbé à «entretenir convenablement trente 
«religieux dans le monastère, à leur fournir un théologal, un prédicateur 
« pendant f A vent et le Carême, el enfin à faire bâtir et meubler une infir- 
«merie. » 

Arthur d'Epinay, qui remplaça Scotti, suivit une tout autre voie. Homme 
pieux et dévoué, il lit rebâtir la maison abbatiale et introduisit dans le 
monastère les Pères de la société réformée de Bretagne. L'abbé d'Epinay 
mourut en 1618. Quatre ans après, il était remplacé, à Redon, par un 
homme dont le nom est h lui seul toute une histoire, par Armand du 

acliis e.xemerunt. D [Brcv. citron. cahier de vélin conicnaut quatorze feuillets. 

fundat. moiiastcrii Sancli Sahatoris Rotoneiisis, (Voy. Eclaircissements.) 

p. 61.) ' Voy. Eclaircissements. 

' Appendice, p. /io8, doc. XI et xii. Les ^ Un autre arrêt du parlement en date du 

arcliives d'Ilic-cl-Vilaine (Redon, liasse i5) i5 août iSyS porte «qu'un conseiller fera 

renferment les statuts donnés pour la réforme «descente à l'abbaye de Saint-Sauveur de Re- 

de l'abbaye par les commissaires délégués par «don pour dresser procès-verbal des malver- 

le cardinal de Tournon ; ces statuts forment un c sations commises , etc. > 



r.xxvi PROLEGOMENES. 

Plessis, cardinal, duc de Richelieu. L'immortel prélat, on le pense bien, 
eut à peine un moment pour visiter ce coin de l'Armorique. Mais son pas- 
sage à Saint-Sauveur ne fut pas stérile. A peine installé , il fit reconstruire 
une partie des bâtiments réguliers, qui tombaient en ruine, et, le 
28 octobre 1628, il introduisait dans son abbaye les bénédictins de la 
congrégation de Saint-Maur. 

Le court séjour du cardinal à Redon produisit encore un autre résultat, 
et celui-là d'une importance capitale. En visitant le littoral breton, Riche- 
lieu fut frappé des immenses ressources qu'offrait à la marine le pays des 
anciens Vénètes. La situation de Locmariaker\ celle de la rade fermée de 
Blavet- attirèrent singulièrement son attention; et, lorsque, après avoir 
visité Brest, il revint à la cour de Louis XIII, dans son esprit avait germé 
une pensée longtemps méditée par d'Ossat : la France, grande puissance 
militaire, doit être, en même temps, une gi'ande puissance maritime! 

Après Richelieu, trois Choiseul-Praslin dont les uns quittèrent la crosse 
pour l'épée^, et dont le dernier dut rentrer dans le monde pour y perpé- 
tuer sa race*; puis deux La Tour d'Auvergne, revêtus des plus hautes di- 
gnités de f église^, occupèrent successivement le siège abbatial de Redon. A 
ces illustres personnages succéda, en 17/17, ^^^bé Desnos, vicaire général 
de Saint- Brieuc, nommé plus tard à l'évêché de Rennes, et qui mourut 
dans fexil en 1 793. 



' Richelieu avait voulu, comme on sait, 
fonder au havre du liea de Morbihan une compa- 
ynie pour l'établissement du commerce général du 
royaume, tant par terre que par mer, au Levant, 
Ponant et voyages de longs cours. (Voir les lettres 
patentes accordées par Louis XIII, à Nantes, au 
mois de juillet 1626, à ses bien-amés G. de Bruc 
•et Jean-Baptiste du Val; — Bcvue des provinces 
de lUuesi, >" liv. i856, et 5° liv. 1857.) Le 
parlement, en refusant d'enregistrer les lettres 
patentes de la Société et compagnie du Morbihan, 
empêclia Richelieu As réaliser un projet qui 
fut exécuté plus tard, et dans un autre lieu, 
par Colbert. 

= Le Blavet forme la rade actuelle de Lo- 
rient. La ville de Port-Louis, située à l'entrée 
de cette rade, "s'appelait autrefois Blavet. 

• César de Choiseul-Praslin, chevalier de 



Malte, occupa le siège abbatial depuis 1 643 jus- 
qu'en l'année i648, où il fut tué à la bataille 
de Trancheron. — Alexandre de Choiseul, 
frère du précédent, nommé abbé en i648 , re- 
nonça à l'état ecclésiastique, en 1652 , pour em- 
brasser la carrière des armes. 

' Auguste de Choiseul, frère des deux pré- 
cédents, fut pourvu en i652 et se démit en 
1681, étant devenu l'héritier de sa maison. 

' Théodose de la Tour d'Auvergne, duc 
d' Albret , prit possession de l'abbaye en 1 68 1 et 
s'en démit en 1 692 , en faveur de son frère. Il 
mourut à Rome doyen du Sacré-Collége. — 
Henri Oswald de la Tour d'Auvergne fut 
nommé abbé de Redon en 1692, sacré arche- 
vêque de Vienne le 10 mai 1722, et fait car- 
dinal en 1787 




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AVEC SES PRINC PALES DIVISIONS ECCLESIASTIQUES ET CIVILES. 
SKS AA'CI£XS PAGI ET SES VOJES ROMAINES, 

DHKSSKE A L'AIDE DE DOCUMENTS ^lA^USCRITS ET EMPRISES 

PAR 

il. AïTïiÉLaEW IDE CDITMSOJ^ 

1865. 



Explication des sio*nes. 



o 



i l'if.f f/>/tiai/n:y rvco/t/tups. 

Conunu/to ou (\n} nai'lv ttrvlon . 
Comiiutne tut f^itn/uwic hre/on fJ fiutnvm»'.. 
Comtnuiw on l'on ne piirïv yuo f'tutnt-utiA-, 
i.nniii'A' t/t' /fi /(i/u/nr hfvfn/uw tiu /.l '' xièt'iv. 



Échelle de ÎSÔTÔôô 



5o ooo JQèti'es . 



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PROLÉGOMÈNES. lAxvn 

A l'époque où parut le décret de dissolution des communautés reli- 
gieuses, celle de Saint-Sauveur ne renfermait plus que sept religieux'. 

Ainsi finit, après plus de neuf siècles de durée, la grande fondation reli- 
gieuse et politique du libérateur des Bretons. J'aurais voulu passer l'éponge 
et tirer le rideau SUT les tristes années écoulées de 16A2 i\ 1 792. De la sorte, 
les annales de la royale abbaye se seraient ouvertes et fermées, à huit cents 
ans de distance, par deu.\ noms éclatants : Nominoë ! — Richelied I l'un, 
le héros de l'indépendance bretonne; l'autre, le fondateur implacable de la 
monarchie une et despotique. 



CHAPITRE III. 

GÉOGBAPUIE HISTORIQUE. 



PRELIMINAIRES. 

Les moines de Saint-Sauveur de Redon ne possédaient de propriétés que 
dans les cinq évêchés de Vannes, Rennes, Nantes, Cornouaille et Saint- 
Malo. Mais comme les quatre autres diocèses de la péninsule, c'est-à-dire 
ceu,x de Léon, de Tréguier, de Saint-Brieuc et de Dol, furent formés de 
démembrements des anciennes cités des Osismes, des Curiosolites et des 
Rhedons, ces quatre nouveaux diocèses doivent entrer aussi dans le cadre 
de mon travail, dont la première partie sera consacrée à la géographie po- 
litique et la seconde à la géographie ecclésiastique. 

Avant de donner la topographie de chacune des cinq cités de la pres- 
cpi'île armoricaine , j'examinerai un petit nombre de questions générales, 
qu'il importe d'éclaircir, dès ici, pour n'avoir point à y revenir sans cesse : 

L Des diverses applications du mot Armorique. 



' L'auteur d'une note insérée dans le Nou- évalué à yo.ooo livres, «quoique le gouverne- 
veau Dictionnaire de Bretagne d'Ogée a cru « ment en eût pris déjà une bonne partie. » 
devoir reproduire une odieuse calomnie de [Ogéc, Dictionnaire historique et géographique de 
I époque révolutionnaire, où l'on accuse les la province de Bretagne , l. II, p. liào, note 2, 
sept religieux chassés de Saint -Sauveur de 1 856, in- 4°. ) On le voit, selon l'usage, ce sont 
s'être partagé au poids le trésor de l'abbaye, les victimes qui sont incriminées. 



Lxxvni PROLÉGOMÈNES. 

II. Division des cités gauloises en piigi. 

III. Le comitatus sous les Francs. 

IV. La centaine, la vicairie ou viguerie, la plels, la condita. 

V. La commote, la trêve [Tref), la ri7/a, le hameau, la terre, Bot, Kaer, 
Ran , etc. 

VI. Des noms de lieux. 

$ I". 
Des diverses applications du mol Armorigue. 

Le mot Armoriqne , mal compris, a donné lieu, durant le moyen âge et 
même de nos jours, à de très-graves erreurs ^ Je vais donc rappeler ici. 
en très-peu de mots, ce qu'on a compris, à diverses époques, sous cette 
dénomination. 

César est le premier historien qui fasse mention des cités armoricaines. 
C'étaient, dit-il, des contrées voisines de l'Océan : n civitates. . . quœ Ocea- 
«num attingunt, quœque, Gallorum consuetudine , Armoricse appellan- 
(1 tur-. 1) Cela est clair : pour les Gaulois, comme pour les Bretons, l'Armo- 
rique, Armor^, c'étaient toutes les cités baignées par la mer, civitates qaœ 
Oceanum attingunt. Cependant Adrien de Valois et d'Anvillc, deux géo- 
graphes éminents, ont paru croire que les Romains, à l'époque de la con- 
quête, appelaient plas particulièrement Armoricains les peuples situés entre 
la Seine et la Loire. Cette opinion se fonde sans doute sur un texte bien 



' «Cësar, dit M. de Pétigny, ne parait 
«comprendre sous le nom d'Armorique que ia 
Cl province actuelle de Bretagne. » Et, à l'appui 
de cette assertion, le savant écrivain cite ce 
passage de la Guerre des Gaales : i Universis 
.1 civitatibus quœ Oceanum attingunt , quœque , 
« Gallorum consuetudine , Armorica; appellan- 
«tur, quo sunt in numéro Curiosolites, Rhedo- 
(I nés, Âmbibari , Caletes, Osismii , Lemovices , 
<i Veneti , Unelli. b Tons ces peuples étaient donc 
établis sur le sol breton, selon l'auteur. Il y a dans 
ces paroles presque autant d'erreurs que de 
mots. En efftt, il est évident que César ne dé- 
signe pas la j^n^raiij^jmais seulement une partie 



des cités armoricaines {quo sunt in numrro, etc.). 
En second lieu, M. de Pétigny oublie que, des 
huit peuples nommés plus haut, quatre , c'esl- 
à-dire les Calètes, les Lemovices, les Ambi- 
bares et les Unelles, occupaient des territoires 
qui ne firent jamais partie de la Bretagne. (Voy. 
Pétigny, Etudes sur les lois et les institutions mé- 
rovingiennes, 1. 1, p. 33, note i.) 

2 De Bell, tjall. VII, Lxxv. 

^ Armor, de ar ou uar, sur, mor, la mer. On 
dit, en Léon, ï'Armoriqne de Landéda, VArmo- 
riquc de Plouguernean. Plusieurs paroisses et 
villages du littoral breton s'appellent encore 
aujourd'hui l'ylrmor. 



PROLEGOMENES. ,ax,x 

connu (l'IIiitiiis '. Mais, outre que ce texte n'a pas, à beaucoui) près, la 
même vaieur que les paroles toujours si précises de César, peut-être en 
force-ton un peu le sens. Quoi qu'il en soit, d'Anville reconnaît, et c'est 
là le point essentiel, que, depuis la lin du m' siècle jusqu'au commence- 
ment du v", les mots traclus Armoricaniis et Nervicanus servaient h designer 
un vaste district militaire, qui comprenait tout le littoral gaulois, du Rhin 
à la Garonne, et dont le chef avait mission de repousser les attaques des 
pirates germains-. Ce fait admis, rien de plus facile à comprendre que l'er- 
reur de la plupart des chroniqueurs et des hagiographes du moyen âge, qui, 
confondant l'Armoriquc du iv" siècle avec la Bretagne de leur temps, crurent 
devoir faire aborder Maxime et ses Bretons sur les bords de la Rance [Rin- 
cius], tandis qu'un auteur contemporain affirme qu'ils prirent terre vers l'em- 
bouchure du Rhin *. 

Au v' siècle s'opère une nouvelle modification : les limites de l'Armo- 
riquc se resserrent, à la suite d'événements racontés en détail par Cons- 
tance, le biographe de saint Germain d'Auxerre', et auxquels le moine Eric 
fait allusion dans les vers suivants : 

Gens inler "eminos noiissima clauditur aiiines, 

Armoricana prius veleri cognomine dicta, 

Torva , ferox, venlosa, procax, incaula, rebellis; etc. 

Enfui, au vi' siècle , l'Armoriquc ne comprend plus que les deux diocèses 
de Rennes, de Nantes , et quelques cantons situés à l'est de la ville de 
Vannes. « Finalement, dit le docte d'Anviile, ce nom à! Armoriqae s'est ren- 
'i fermé dans la Bretagne, après que les Bretons d'outre-mer, fuyant le joug 
Il des Saxons et des Angles, s'y furent établis. Le neuvième canon du concile 
H tenu à Tours en Sôy est remarquable par la distinction qu'il fait, dans cette 
« Armorique , des nouveaux habitants d'arec les anciens qui sont appelés Romains^. •> 



' a Ceterœ civltates positœ m ullimis 

« GalUœJliiibus, Oceano conjuucta-, t|uœ Armo- 
«ricœ appellantur. » [De Bell. ju//. VIII, xxxi.) 

" « Carausius , . . cum apud Bononiam pcr 
« tractum Beigica; et Armoric.-e pacanduni mare 
I accepisset , quod Franci et Saxones infcsta- 
«bant, etc. o (Eutrop. 1. IX, c. xxi.) 

' Zos. Hist. apud D. Bouq. Script, rer. gall. 
I , p. 583. — Le fait d'une descente de Bre- 
tons, dans le (roc(«j Armoricanas , avec le tyran 



-Maxime, est donc incontestable, comme je l'ai 
soutenu, en i8/ii, contre M. Varin; mais ce 
qui n'est pas vrai, c'est la fondation, dès le 
iv" siècle, d'un royaume de la Petite-Bretagne, 
dans la presqu'île armoricaine. 

* Le prêtre Constance composa, vers 488, 
la Vie de saint Germain d'Auxerre. (Voy. Boll. 
3i juillet.) 

' D'Anviile, Notice de la Gaule, au mot Ar- 
moricanus tracius, p. io3. — On trouve dans la 



LxxN PROLÉGOMÈNES. 

Il est très-remarquable, en eflel, que le nom à'Armoriciue et d' Armoricains , 
employt^ dans l'Histoire de Zosime, dans la Notice des dignités de l'Empire, 
dans le Panégyrique d'Avitus, dans la Vie de saint Germain d'Auxerrc par le 
prêtre Constance, etc. disparaisse, pour ainsi dire, et que, vers la fin du 
v' siècle, puis au vi', Sidoine Apollinaire, Jornandès, Grégoire de Toiu's, 
Marins d'Avenches, n'appellent plus que Britaniii les habitants d'une grande 
partie de la péninsule ^ Ce seul fait aurait dû suffire, ce semble, pour prou- 
ver à quelques écrivains de notre temps la fausseté d'un système qui veut 
que les Gallo-Romains des cités de Rennes et de Nantes-, décimés par la 
guerre et par les excès du fisc, aient absorbé les Bretons dont les flots cou- 
vraient le pays'. 

Je m arrête ici, et, pour être plus clair, je me résume : 

1 . Les mots civitales Armoricœ s'appliquent, dans César, à toute la région 
maritime de la Gaule. 

2. Des géographes prétendent, à la vérité, que les Romains, lors de la 
conquête, appelaient plus particulièrement Armorique la contrée située entre 
la Seine et la Loire. Mais il est certain que, vers la fin du in° siècle, tout 
le littoral gaulois fut placé sous le commandement d'un général dont le dis- 
trict , nommé tractas Armoricanus et Nervicanas, s'étendaiLdes bords du Rhin 
à ceux de la Garonne. Il en était ainsi quand Maxime vint en Gaule, et de 
là la fable d'un royaume de la Petite-Bretagne, dès 383. 

3. Au v" siècle, l'Armorique ne comprend plus que la région située 
entre la Seine et la Loire : gens inter geminos clauditar amnes. 

h- Au déclin du vi" siècle , toute la région armoricaine , devenue franque , 

Vie de saint Sanison, écrite au vii° siëcle, cette « qua; a pra?dicta uibe sc\ circiter miltibus ad 

même distinction entre le pays des Bretons, « septentrionalcm plagam vergit , oriundus fuit. 

Britannia, et le territoire occupé par les Gallo- « Est cnim pra-fala civitas parllbus sita armori- 

Francs, Romania. [Voy. Acla S. S. 0. S. B. ssec. «canis in ultcriore Gallia primaque Aquita- 

I, p. i65,De actibns quce citra mare in Britannia n nia, etc. o [VUa S. EUgii, ap. Aclier. Spicileg. 

ac Bomaniajecit sanclus Samson. — Cf. SS Sg et t. II, I. I, c. 1, p. 78.) 

69 , p. 180.) " H faut ajouter: et de quelques cantons de 

' Ce n'est pas à dire, toutefois, que le mot la Vénétie. Là existait, nous l'avons montré 

Armorique ait cessé d'être employé après Forlu- plus haut, un fond de population armoricaine; 

nat et aprts le concile de 567, comme l'a écrit mais elle avait abdiqué volontairement, entre 

mon savant ami M. Arthur de la Borderie les mains des Francs, en Ag6, l'autonomie dé- 

[ Annuaire de la Bretagne, p. 110-111). Au fendue avec tant d'héroïsme et de persévérance 

vu' siècle, saint Ouen plaçait encore la ville par les Bretons. 

de Limoges dans V Armorique : «Eligius Lemo- ' V. Procop. Hist. ap. D. Bouquet, Script. 

" vica Galliarum urbe in villa Catalanense rer. gall. et franc, t. II, p. 3o et 3i . 



PROLÉGOMÈNES. lwm 

à i'exceptiou de la pointe de terre occupée par les Bretons, [)crd son vieux 
nom. L'antique dénomination (ïArinnricjiie ne se retrouve plus que dans 
les livres de quelques clercs érudits, tels que Fortunat et saint Ouen. 

.5. Dès la (in du yf siècle, le territoire occupé par les Bretons ccssl 
d'être l'/lrmorH/iie pour devenir la Bretagne. Pans le ix' canon du concile 
de Tours, en 56y, comme dans la Vie très-ancienne de saint Samson , les 
Armoricains, ou Gallo-Uomains, sont nettement distingués des Bretons. 



SU. 



Des cités et des paji , en général. 



L Selon la Notice des Provinces, la péninsule armoricaine comptait, au 
début du \° siècle, les cités suivantes : 

Civitas Redonum ; 

Civilas Nannetum; 

Civitas Coriosofltum ' ; 

Civitas Venetum; 

Civitas Osismiorum. 

II. César et Strabon avaient attesté, quatre siècles auparavant, que les 
cités de la Gaule et de la Bretagne se divisaient en plusieurs cantons ou 
pcifji. On en comptait quatre dans la cité des Helvètes'-, autant dans celles 
des Bretons du Cantiam^ et des Galates de l'Asie Mineure''. M. Guérard a 
donc pu soutenir, avec beaucoup de vraisemblance, que les pays du moyen 
âge représentent tantôt le territoire d'une ancienne cité gauloise, tantôt une 
partie seulement de ce territoire. Mais l'opinion du docte écrivain n'est 
vraie que partiellement, car il reconnaît qu'un grand nombre de pacji de 
l'ordre inférieur ont une origine beaucoup moins ancienne. Un certain 
nombre, en effet, ne prirent naissance qu'après l'établissement de la mo- 
narchie mérovingienne^; d'autres s'étaient formés d'après la configuration 



' On verra plus loin que cette leçon doit être 
préférée à celle de Coriosopilum. 

^ «Omnis civitas Ilelvctia in quatuor pagos 
«divisa est.» (Cîcs. de Bell. <jull. I, xii.) 

' ' Quibus regionibus (Cantii) quatuor 

«reges praeerant ; Cingetorix, Carvilius, Taxi- 
«maguius. Segovax, etc.» 'Und. V, xxii.) 



" Tpiâîv oè évtiov èBvSv ôfioyÀâtTjiv khi 

xœt' oAAo ovSèv e^îjAAaj'fx^ucoi', ëHnaiov St£/.6v7ei 
sis T£TT3(pas fiSpiSas TSTpap^iav e^fa'Aetrat', etc. 
(Strab. éd. Didot. 1. XII, c. v, p. 485.) 

' Voir, dans V Annuaire de la Société de l'his- 
toire de France pour i838, l'excellent travail de 
M. .Aiig. Le Prévost, p. 231-272. 



Lxxxii PROLEGOMENES. 

du soi ou en raison de certaines circonstances particulières dont il sera 
parié plus loin. 

m. Rennes et Nantes, vers ia fin de l'empire, formaient de grands pays 
(pagi majores), dont les limites étaient exactement celles des diocèses du 
même nom. Aussi, dans notre Cartulaire, les mots «in civitate, in pago, in 
ti episcopatu Nannetico vel Redonico,» désignent-ils la même circonscrip- 
tion. Dans la Vénétie occidentale, chez les Curiosoiiles et les Osismes, où 
les Bretons s'étaient établis, du v'' au vi° siècle, les divisions politiques et 
ecclésiastiques s'organisèrent suivant d'autres règles. Mais dans ia Bretagne, 
comme dans les comtés gallo-francs de Rennes,. de Nantes et de Vénétie 
orientale, il y avait, outre les grands pays, des districts d'un ordre infé- 
rieur, des pcuji minores, dont l'origine, plus ou moins ancienne, était très- 
diverse. 

$ III. 

Le comté, comitatns. 

11 existait, sous les Mérovingiens, dans les trois pays de Rennes, de 
Nantes et du Haut-Vannetais , des officiers nommés comtes, et dont l'au- 
torité, à ia fois militaire et judiciaire, s'exerçait ou sur la totalité ou sur 
une partie du territoire des anciennes cités. Mais, chez les Bretons, les 
comtes n'avaient rien de commun avec ceux du pays franc, car, si les der- 
niers, pour emprunter le langage de Dom Lobineau, étaient «des officiers 
« par commission , » les premiers , au contraire , étaient « les seigneurs héré- 
"ditaires des territoires placés sous leur dépendance ^ » On pourra s'en 
convaincre en lisant les récils de Grégoire de Tours sur les comtes Cho- 
nober, Macliau, Budic et Waroch^. Tous ces princes étaient, en elfet, de 
véritables petits souverains [regali) auxquels obéissaient, dans certaines li- 
mites, des chefs d'un rang inférieur, des princes de paroisses, ou mactyern, 
qui," eux aussi, transmettaient à leurs enfants, par iiéritage, et leur fonction 
et ia seigneurie où elle s'exerçait^. 

' Voir D. Lobitieau, //i\>f. de Bret. 1. 1, p. i4. souverains bretons s'appelaient comtes, et non 

' Vid. Greg. Turon. Hisl. Franc, lib. IV, pas roii; mais il n'en nomme pas moins rejna 

cap. IV et x\.— lbid. iib. V, cap. xvi, xvii, x.xx, les états gouvernés par ces princes ou reguU. 

xxxii . etc. Grégoire fait observer que les petits ' Voir le chapitre relatif aux maciyem. 



PROLÉGOMÈNES. 



LXXXIIl 



.S IV. 
La centaine, la vicairic ou viguerie, la pkbs, la condila. 

1. Quoique les comtes de Rennes, de Nantes et du Ilaut-Vaniietiiis 
fussent administrés, au ix" siècle, d'après les règlements établis par Cliarle- 
magne, il n'est fait mention que deux fois, dans notre Cartulaire, du petii 
district nommé centaine. La Centena Laliacensis était Laillé, paroisse peu 
considérable du diocèse de Rennes'. Molac, paroisse aussi, mais située dans 
l'cvêche de Vannes, formait l'autre centaine^-, d'où l'on peut inférer que, 
dans les deux pays, la centaine et la paroisse représentaient la même cir- 
conscription. 

IL La vicairie n'avait pas de limites plus étendues, car la Centena La- 
liacensis est aussi nommée vicaria^. Dans la Cornouaillc, la vicairie élait, de 
même, assimilée au plou'^. Il faut dire, cependant, qu'il existait dans le pays 
de Rennes , au xi' siècle , une villicalio qui s'étendait sur plusieurs paroisses ^. 
Mais celte villicatio exceptionnelle, qui embrassait tout le territoire de l'an- 
tique pagus du Désert, peut-elle être assimilée à la vicaria de l'époque carlo- 
vingienne? Il y aurait beaucoup de bardiesse A l'affirmer. 

III. Le mot plcbs qui, dans les cbartos des autres pays, indique une pa- 
roisse baptismale, ollVe en Bretagne un sens particulier. Cbez les anciens 
Bretons le mol p/oue/ désignait tout à la fois un territoire cultivé, une peu- 
plade organisée, une paroisse*. Les fugitifs du v° siècle transportèrent na- 
turellement le mot et l'institution sur le sol où ils venaient fonder urffc 



' Appcnd. ch. x\xv, p. 367. 

- Charlul. Rolon. cl). CCLII, p. 2o3. 

^ Ibid. ch. cxxv, p. 95. 

* « Ego Gradlonus res tradidi de mea propria 
olia?redita(e Sancto Raliano quandam tribum... 
(I in vicaria qua; vocatur Clioroe. » [Cari, de Lan- 
déi'diiec, D. Mor. Pr. t. I, col. 178.) Clioroe, c'est 
la commune actuelle de Coray (Finistère). 

Dans un acte du même Cartulaire, acte an 
tëricur à 900, la paroisse de Plouneour est 
aussi appel(5e vicaria: « IraJidit [Budic] duas 
«villas in vicaria Eneur. » [Cartul. de Landév. 
ap. D. Mor. Pr. t. I, p. 33.5.) 



* « per omnes circnmjacenles parochias, 

Il lioc est quanlumcunquc cxlenditiir Lupicini 
« villicatio, qua; etiam vulgari vocabulo viatura 
iidicitur, ipsorum monachorum homines nulli 
«alleri quam nionachis tlielonei eonsueludi- 
«nem persoivant.» (D. Mor. Hist.dc lircl. Pr. 
t. I, p. 4 10.) 

' Plwif en le mot gallois, et Davics le tra- 
duit ainsi : « plebs , populus , antiquis; Aobis 
« vrro parochia sonat. » On sait que dans les an- 
ciens dialectes gormain|_le mot plougU signifie 
charrue. 



I.XXXIV 



PROLEGOMENES. 

patrie. Le chef de ploa, princeps plebis , tyrannas, tyern, inactyern (car il 
portait ces divers noms), était ordinairement le fils, le neveu, le parent de 
quelque hrenin insulaire, autour duquel s'était groupé un certain nombre 
de compatriotes fugitifs comme lui. Débarqué en Armorique avec ses com- 
pagnons, le mactyern devint le souverain d'une petite peuplade sur laquelle 
il exerça toute l'autorité d'un chef de clan des temps antiques. La Vie de 
saint Guénolé, écrite au ix° siècle par Gurdestin abbé de Landévéncc, ren- 
ferme un curieux passage qui peint au vif la situation que je viens d'indiquer : 

«Un homme illustre, de la race des rois de l'île, Fracan, ayant ouï dire 
« qu'il y avait encore, en Armorique, des forêts où fon pouvait vivre en paix, 
H monta sur un vaisseau avec un petit nombre des siens; et, favorisé par un' 
"bon vent de nord-ouest, il vint prendre terre dans la baie de Bréhec'. 
«Delà, longeant le rivage, il découvrit un terrain d'une certaine étendue 
«et comme d'un seul tenant (quasi unius plebis). Des bois touffus l'entou- 
« raient de tous côtés, et non loin de là coulait un fleuve nommé Sanguis-. 
«Fracan s'établit avec sa petite tribu sur ce territoire, que rendaient fertile 
« les eaux de la rivière ' et dont le climat lui offrait toute sécurité. » 

Or, ce coin de terre armoricaine*, occupé, à la fin du v' siècle, par 
Fracan f insulaire, s'appelle encore aujourd'hui Plou-Fracan , c'est-à-dire la 
tribu, le territoire, la paroisse de Fi'acan. Après cela, est-il besoin d'autres 
renseignements sur les pfoa de la Bretagne armoricaine? 

IV. J'arrive maintenant aux condita, sur lesquels on a beaucoup disserté, 
mais sans rien établir de certain. 

Les condita, dont il est parlé dans d'anciennes chartes de la Bretagne, 



' La baie de Brélicc est située dans la pa- 
roisse de Pioulia (Côtes-du-Nord). 

- Cette rivière, voisine de Plou-Fracan, 
porte aujourd'hui le nom de Gonet, mot breton 
qui signifie, en effet, du sang. 

' <i Inler lia,'C aiitem vir quidam ilius- 

« Iris nomine Fracanus, Catoni régis Brilan- 

I' nici viri secundum s;eculum fauiosissimi coii- 
sobrinus tandem Armoricum, ubi tune 

• opacum adbuc sine clade audiebatur siluisse 
a lerrae spatium , rate conscensa aggreditur ena- 
> lato cum paucis poQ,to britannieo tellureni, 
"Circio leniter tljule delatus in porluni qui 

• Brahetui dicitur, in quani statim proxima 



" qua'quc perluslrans, (hora enim diei erat 
" quasi undecima), funduni quemtlam repcrieus 
«non parvum, sed quasi unius plebis, sylvis 
" dumisque undique eircuniseplum , modo jani 
I ab inventore nuncupalum, inundatione cujus- 
• dam fluminis, qui proprie Sanijuis dicitur, 
1 locupletem, fretus cum suisinliabitare cœpit, 
«jam securus a morbis.» (Gurdestin. Cart. de 
Lrjndér. D. Mor. Pr. t. I, e. 170.) 

' On remarquera que Gurdestin appelle Ar- 
morique le pays où Fracan prit terre, dans la 
seconde moitié du v' siècle. Et, en effet, la Pe- 
lilc-Bretayne n'était pas encore fcndi'e à cette 
époque. 



PROLEGOMENES. lxxxv 

du Maine, de l'Anjou el de la ïourainc, ont-ils une origine civile ou 
ecclésiastique? En général, on croit que cette dénominalion territoriale 
équivaut à celle Ac finis ou de terminus. M. Guérard, entre autres, a sou- 
tenu cette opinion : l'expression conàita désignerait, s'il faut l'en croire, une 
contrée, un canton, abstraction faite de tout rapport avec la topographie 
ecclésiastique. M. J. Desnoyers ne partage pas cet avis; l'origine ecclésias- 
tique des condita lui semble un fait presque certain : c'était une subdivi- 
sion topograpliique de diocèse. Quant aux mots plebs condila, l'auteur sup- 
pose qu'ils indiquaient une paroisse supérieure à la simple pleis, une 
église bâtie en pierre et plus vaste que les autres'. 

Aucune de ces assertions ne me paraît fondée. 

Et d'abord, le mot condita, chez les Bretons, n'a jamais désigné un 
territoire plus étendu qu'un simple ploa. Il suffît, pour s'en convaincre, 
de jeter les yeux sur cette liste complète des condita de notre Cartulaire : 

Condita Trehetwal- — Trebetwal était un village de Ruffîac, au diocèse 
de Vannes. 

Condita plebs Bain ^ — Bains , même diocèse. 

Condita plebs Mallacam" — Molac, ibid. 

Condita plebs Placitam ^ — Brains , ibid. 

Condita plebs, viens, Carantoer'^ — Carantoir, ibid. 

Condita plebs Rufiac '' — Rufiac , ibid. 

Condita plebs Rannac^ — Ranac, ibid. 

Condita plebs Siz * — Sixt , ibid. 

Condita plebs Cadoc vcl Caduc i" — Pleucadeuc , ibid. 

Condita plebs Lubiaccnsis^^ — Lusanger, dans le diocèse de Nantes. 

Condita plebs Coiron^'- — Couéron, ibid. 

Condita plebs Savannac '' — Savenay, ibid. 

Condita Darwalensis ^'* — Derval , ibid. 

' Voir le consciencieux et très-utile ti-avait ' Chailul. Itoloit. \>. 12, io5, 107, 119, 

de M. J. Desnoj-ei's, intitulé : Topoyraitlne ecclé- 121, i3i. 

iiastiquc de la France, dans YAnn. de la Sociéu' * Append. p. SSy. 

de l'Uist. de France, ann. i853 , p. 191. " Ibid. p. 36o. 

* Ckartul Ro(on. p. i5i. '" Chartal. Roton. p. 2o5. 

^ Ibid. p. 91, i/io. " Ibid. p. 173, 17/1, 175, 177, 178, 179. 

Ibid. p. 201, 202, 2o3. '^ Ibid. p. 47. 

Ibid. p. à-. " Ibid.f. 16.. 

'■ Ibid. p. 27, 69 , 100. " Ibid. p. 176. 



lAxxvi PROLEGOMENES. 

Condita Turricensis ^ — Tourie , au diocèse de Rennes. 

Condita Alyam"^ — Aiigan, au diocèse de Saint-Malo. 

Condita Wern ^ — Guer, ihid. 

Bains, Molac, Augan, Couéron, Savenay, Rufiac, Caranloir, Pleucadeuc 
étaient, dès le ix° siècle, des paroisses d'une certaine étendue. Mais je ferai 
remarquer que Lusanger, Trebetwal , Brains et Rannac n'avaient pas, à 
beaucoup près , la même importance-, que les Condita Lubiacensis et Trehetwal 
étaient de simples trêves de Derval et de Ruffiac, et que Rannac et Placitam 
sont désignés, dans des chartes de 85 1 et 85y, sous le nom de plehicalœ. 

On voit donc que le mot condita , chez les Bretons du moins, ne désignait 
ni un canton, ni même une paroisse considérable. 

Quant à la liaison intime qui, selon M. J. Desnoyers*, aurait existé entre 
les condita et certaines divisions ecclésiastiques, doyennés, archidiaconés, 
arcliiprétrés, je déclare , pour mon compte , n'en pas avoir trouvé la moindre 
trace dans le Cartulaire de Redon. Aussi, après de longs tâtonnements, me 
suis-je arrêté définitivement à l'opinion que j'avais soutenue au congrès de 
Redon, en iSSy, savoir, «que l'origine des condita est toute romaine et 
« militaire. » En effet , si l'on veut bien jeter un coup d'œil sur une carte de 
la Bretagne , on remarquera que les condita sont tous placés dans le voi- 
sinage de voies romaines, dont des tronçons ont été naguère retrouvés. 
M. Bizeul, l'infatigable archéologue, a constaté, par exemple, qu'un de ces 
antiques chemins traversait la paroisse de Ruffiac. D'autres vestiges ont 
été trouvés dans la forêt de Domnèche, qui faisait partie du territoire de 
Derval. Cette voie, connue dans le pays sous le nom caractéristique de 
Chaussée à h Joyance, coupait, de l'est à l'ouest, la trêve de Lusanger [Con- 
dita Lubiacensis). A Bains, mèsne observation : la voie romaine qui va à 
Lohéac, par les bourgs de Lieuron et de Saint-Marcellin , traverse la pa- 
roisse, du nord au midi, en laissant le boui'g à un quart de lieue à l'ouest; 
elle passe aussi, selon M. Bizeul, sur la chaussée de l'étang dit de la Ba- 
taille. Le même archéologue affirme que la voie qui menait de Condate à 
Vorganiani. par Salis, entrait à Carentoir au sortir de Comblessac. Or, si 
ces données sont exactes, n'est-il pas vraisemblable que les condita datent 
de l'époque où les légions, longtemps cantonnées sur les bords du Rhin, 
durent occuper plusieurs contrées de l'intérieur? On sait que les historiens 

' Chartal. Boton. ch. XLI , p. 3?. ' Charlul. Rolon. cli. cxcvii, p. i5/i. 

- Ibid. cb. V, p. 5. * Loc. supr. cil. 



PROLEGOMENES. 



LWXVI! 



de l'époque impériale appelaient condita mililana des greniers où ies troupes 
romaines, qui ne traînaient pas après elles, comme les nôtres, d'immenses 
impedimenta, trouvaient des vivres, des fourrages, etc. ' Or, quoi d'étonnant 
que, dans la IIP Lyonnaise, alors le principal théâtre des ravages de la Ba- 
gaudie, les Romains aient jugé nécessaire d'établir, en plus grand nombre 
qu'ailleurs, des magasins de ravitaillement? Ce ne sont là, je me hâte de le 
reconnaître, que de simples inductions. Mais à de pures hypothèses j'ai cru 
pouvoir opposer une opinion qui s'appuie du moins sur des faits, et qui. 
peut-être, ne paraîtra pas sans. quelque valeur, quand on relira ce peu de 
lignes de notre incomparable du Gange : «Nescio an vox hœc (condita) sit 
" ab horreorum conduis, ita ut sic appellata fuerint loca in quibus illa eranl. 
» quae horrea fscalia dicuntur in 1. 1 6 God. Tbeod. de Suscepior. (12,6), cu- 
ti jus modi erant in provinciis cpiorum meminit Ammianus, Hb. XXVIII, 
«p. 385, éd. Valesii^. )) 



S V. 
La commote, compot; la trêve, le village, trcf, Iribus, villa, kaer, bol. 

La cité des Helvètes, divisée, selon César, en quatre pagi, renfermait 
quatre cents vici et douze oppida^. Or, je trouve la trace certaine de cette 
antique division territoriale chez les Bretons insulaires , ces religieu.\ gar- 
diens des coutumes paternelles *. 

« Avant la conquête du royaume de Londinium par les Saxons, le Brenin 
u Dunwallon y avait établi des règlements d'une sagesse incomparable. Ces 



' «Laborabat prsterea ut condita mililana 
adiligenter agnosceret. » (Spartian. Vit. Adrian. 
imp. c. XI.) — V. Ap. Capitolin. Vit. Cordian. 
c. xxvm — Cod. Theod. (II, i4) de Condilis 
in publias horreis, — Eumen. Gro(. act. ad 
Constant, cap. x. — Mabiii. Analecla, t. III, 
p. 190, 213,272. 

- Glossar. mediœ et iiijimw lutinitalis, Caiig. 
éd. Didot, ad verb. Condita, t. II, p. Sao. 

' B . . Oppida sua omnia, numéro ad duo- 
1 decim , vicos ad quadrinfjcnlos , reiiqua privata 
«a-dificia incendunt. » (Cxs. de Bell. gall. I, i.) 
— • Au ch. XII du même livre, César rapporte 



que la cité des Helvètes était partagée en quatre 
cantons. C'est donc cent iici par canton. Gi- 
raud de Gambrie dit, d'un autre côlé, dans 
son Itinéraire (i. I , c. vu ) : « Cantredus tanta est 
« terrfB portio quanta ccntum villas continere 
» soie!. » On s'est demandé si le mot Contrée ne 
viendrait pas de Canlrcf (Kanl-Tref) ; mais il 
vaut mieux s'en rapporter à du Cange, qui le 
fait dériver du latin Conlrala. 

' •< Siluram insulani cujus bomines 

«eliamnum custodiunt morem vetustum. j (So- 
lin. cap. XXII.) 



i.xx\viii PROLÉGOMÈNES. 

(i règlements étaient encore en A'igueiir du temps d'Hocl le Bon, fils de Ca- 
«dell, qui, toutefois, dut modifier et même abolir certains usages. Mais 
«quant aux divisions de la terre, il les laissa telles qu'elles étaient sous 
«le prince Dunwallon qui avait mesuré tout le pays, calculé la longueur de 
«ses chemins, établi la somme de ses produits'. La mesure du pouce avait 
«été basée sur la longueur de trois grains d'orge; trois pouces faisaient une 
«palme; trois palmes un pied; trois pieds un pas; trois pas un saut; trois 
«sauts un sillon [erw).ïi y avait quatre cnvs dans chaque tyddyn^; quatre 
utyddjn dans chaque randir^; quatre randirs dans chaque ^avael'^; quatre 
v^avael dans chaque trêve ou village; douze maneols, plus deux trêves, 
«dans chaque commote^. Deux commoles formaient un cantref, c'est-à-dire 
«une réunion de cent villages''.» 

Cette division , d'une régularité si étrange, paraît impraticable. Cepen- 
dant il est certain qu'elle a été longtemps en vigueur dans le pays de 
Galles, en Irlande', et qu'elle a été introduite dans l'Armorique, au 
vi' siècle, par les Bretons fugitifs. Les mots ran, partage de terre; compot, 
commote (moitié du caniref); tref, village; ces mots, souvent inscrits dans 
le Cartulaire de Redon, attestent que les Bretons y firent dominer les cou- 
tumes de leur pays. Mais jusqu'à quel point ces usages durent-ils se modi- 
fier en passant sur le continent? La commote se composa-telle toujours 
de cinquante trêves ou villages? Ces trêves restèrent-elles ce qu'elles étaient 
dans l'ile? Je ne puis le dire; mais il est certain que la commote du pays 



' L'usage des registres de population et des 
statistiques, si nouveau chez les peuples eu- 
ropéens, existait cliez les barbares Gaulois : 
rlncastris Helvcliorum tabula? reperlse suni 
H iitteris graecis confecL-e , et aJ Caîsarem re- 
nlatœ, quibus in tabulis nominatini ratio con- 
«fecta erat, qui numerus domo eïissent et 
■1 eorum qui arma ferre possent ; et item se- 
oparatim pueri, senes mulieresque. » (Ca;s. de 
Bf/Z-jaH. J,.txix.) 

- TyJd^'n, teuementum, pra"diuni (Davies). 

^ Randir : Uhan, partage; tir, terre 

* Cavael, tcnementum. 

^ Il y avait environ cent cinquante ccmmotes 
dans toute la Cambrie, et chacune renfermait 
deux ou trois clans. L'ëtendue de la commote 
variait selon les pays Au xvii' siècle l'ile d'An- 



glesey contenait quarante-huit paroisses répar- 
ties entre sis comniotes. 

' Anctent Laws oj JVales, London, i84i, 
éd. in-8°, t. I,p. 185-187. 

' On lit dans le savant ouvrage de Sir Ja- 
mes Ware sur les antiquités de l'Irlande : 
« Momonia continet cantredas 70 ; Lagenia , 3 1 ; 
'' Conatia ,3o; Ultaria, 35; Media, iS.Cantreda 
r continet 3o villalas terrce, qu.-elibct villata 
• potest sustinere 3oo vaccas in pascuis, el 
.1 qua?libet villata continet octo carrucatas 
1 terra;. » Sir James ajoute: «Liber unde banc 
« divisionem rosumpsimus, descriptus est sub 
p initiuni regni Edvvardi primi et eitat etiani 
iinunc in bibliotheca viri illustrissimi D. J. 
r Usserii Armacbani. » (De Hibcrnia et antiqui- 
taiibus ejiis,iu[. J. Ware, Lond. i656.in-i2.) 



PROLÉGOMÈNES. i.xxmn 

de Ucdon renfermait, elle aussi, un certain nombre de trêves ou de vilto' -. 

» Vendidimiis rem proprietatis nostra' Ran Judwallon , silani in j)ago 

«nuncupante Broweroc, in condita plèbe Carantoerensi, in compoto Bachin, 
<i in villa qux vocatur Treb Arail^. » 

En général, les mots villa et villaris s'employaient, au rv" siècle, pour 
désigner un petit village, un bameau, avec leur territoire. Dans le pays bre- 
ton, les mots her, bot, ran, avaient aussi cette signification. 

De même qu'il existait cbez les Francs de grands villages se composant 
de plusieurs villœ, ou domaines, il y avait, cbez les Bretons, des trêves qui 
renfermaient plusieurs bameaux^. Ces trêves, lorsqu'on y avait bâti des 
églises, formaient de petites paroisses rurales. Voici, par exemple, quelques 
détails caractéristiques sur la fondation de la trêve de Landrévarzec , fune 
des plus anciennes du diocèse de Cornouaille : 

«Vers le même temps (au vf siècle), Hartbuc, venu d'outre-mer, acheta 
«du roi Gradlon, au prix de 3oo sous d'argent, une trêve ayant vingt-deux 
«villages et située dans le ploa de Britbiac^; et, comme cet homme n'avait 
« ni fils ni parents, il recommanda sa personne et ses biens au comte Grad- 
<i Ion. Après la mort de Harthoc, moi, Gradlon, j'ai recueilli cette terre, nom- 
« mée la trêve de Harthoc , avec toutes ses dépendances, prés, bois, eaux , terres 
«cultivées ou non cultivées, et j'en ai fait don à Saint-Guénolé, pour payer 
«les frais de ma sépulture et de mon tombeau*. » 

De nos jours encore, la réunion de deux ou trois maisons constitue ce 
qu'on appelle, en basse Bretagne, un village. 

' \oyc2 plus loin le chapitre sur la langue « soluni ; et ideo seipsum coinmendavitprx-dicto 

bretonne. «régi atque oninia sua. Sed lamen, dum ille 

«... Do et concède de niea propria lia;- o defunctus csset, ego, Gradlonus, accepi ipsani 

«reditate Sanclo Wingualoeo tribum «lerrani, qua- vocata est Tref Harthoc, cum 

iCarvan, xiv villas. » (Carlul. de Landi'icncc,D. « omnibus appcnditiis, pratis, sylvis, aquis, ter- 

Mor. Pr. t. I, col. 177.) — « Trèfles, oclo « ris cullis et incultis; Sancto Wingualoeo in 

« villas. . .Trercann , scptem villas et ununi scru- « dicumbilionne do et aflirnio propter sepultu- 

« pulum terra-. • (IbiJ. col. 1 78.) „ ram meam alqiie pretium scpnlcri mei. » {Cari. 

' Aujourd'hui /Jn'fc, chef-lieu de canton (Fi- de Landihâiec .D.Mor. Pr.t.l, coi. 177.) La trêve 

niiitere). dg Harthec s'appelle aujourd'hui l^andrévar- 

* «Sub eodem Icmpore émit Harthuc, liomo lec, /(m-(rc/-//«r(/ice, -c'est-à-dire, l'église, la 

c Irnnsmannus, quamdam tribum xxn villas, in paroisse (lan) de la trêve de Harthec. 
«plèbe qua; vocatur I5rithiac , per Irecenlos so- Le Carliilaiie de Landévénec n'a l'té écrit 

«lidos argentées, in jetcrnam ha;redilatem, a qu'au commencement du xi" siècle; mais plu- 

«Gradlone rege Britonuni. Et ille non habebat sieurs des actes qu'il renferme se rapportent à 

"fliios, ncque parentes, nisi tantum seipsum une l'poquc beaucoup plus reculée. 



xc PROLEGOMENES. 

s VI. 

Des noms de lieux. 

La langue bretonne, avant les invasions normandes, était parlée dans la 
plus grande partie de l'évèché de Vannes, dans le pays de Guérande et dans 
les diocèses de Cornouaille, Léon, Tréguier, Saint-Brieuc, Saint-Malo et 
Dol '. L'ancienne limite séparative enti-e le pays gallo et le pays bretonnant 
est marquée sur ma carte par une ligne qui, partant des bords du Couesnon, 
au nord de la péninsule , traverse le territoire de Pleine-Fougère , Cuguen , 
Lanrigan, Langouet, Langan, Mordelles, Bréal, Goven, Fougeray, Pierric, 
leGàvre, Quilly, Québillac, Cambon et Branbu, pour aller aboutira l'em- 
bouchure de la Loire, au sud, en laissant la ville de Donges un peu sur la 
gauche. 

Après l'occupation de la péninsule par les Normands, les limites du bre- 
ton durent nécessairement se resserrer. On peut estimer que cette langue , 
incessamment refoulée vers l'ouest, recula de quinze à seize lieues sur 
toute la ligne, excepté, toutefois, dans cette partie des anciens doyennés 
de Péaule et de la Roche-Bernard qui renferme les paroisses de Limerzel . 
Billiers, Camoel, Herbignac, Saint-Lyphard, Poulpu et Saint-Nazaire. Dans 
cette zone exceptionnelle, où l'on trouve encore un si grand nombre de 
terres et de villages dont les noms commencent par les monosyllabes ker, 
tref, pen, etc. et où le breton est resté mêlé, en proportion assez considé- 
rable, avec l'idiome des contrées voisines; dans cette zone, dis-je, la langue 
des descendants de Riothime et de Waroch perdit moins de terrain et per- 
sista plus longtemps qu'ailleurs. 

En examinant avec quelque attention les noms de paroisses inscrits sur 
notre carte , le lecteur remarquera que , en avançant vers la Bretagne breton- 
nante, les noms de lieux, presque semblables, dans les pays gallos de Rennes 
et de Nantes, à ceux du reste de la France, changent brusquement de phy- 
sionomie et commencent tous par des monosyllabes caractéristiques, de 
telle façon que les traces de l'occupation du pays par les Bretons insulaires 

' Il est parlé, dans un acte de io53, du don ocastello quod vocalur Combora, prope eccle- 

fait auï moines de S"-Florcnt d'une terre : «In osiam Sancti Martini quœ Unyua brilaimicadici- 

f archiepiscopatu Sancti Samsonis, non longe a a tur Treruahon. » ( Bl. Mant. u° 43 , p. SCg.) 



PROLEGOMENES. 



xci 



sont en quelque sorte inscrites à chaque pas sur le sol. Voici la liste à peu 
près complète de ces préfixes et de ces affixes, dont les uns sont des prépo- 
sitions, les autres des substantifs ou des adjectifs : 

Ar, sur; Ar-mor, sur la mer'; 

Aux, AoT, rivage de la mer^; 

Batz, écueil à fleur d'eau ^; 

Bot, village, habitation l'urale* ; 

Bras, grand , mais plutôt gros^; 

Bre, Bren, Bron, montagne, colline, mamelon'"', 

Bro, province, pays''; 

Carn, amas de pierres^; 

CoET, bois , forêt ^ ; 

CoMPOT, commote, demi-canire/" (demi-centaine) '"; 

CoNC, baie formant bassin et où des navires peuvent trouver un abri "; 

Cran, bois, forêt ^^; 

Cruc, acervus; tumulus'^; 

CwM, CoMB, CoNS, vallée ^'; 



' Ar (super), c'est aussi l'article le, la. 

^ Aot, Aut, litlus; tyern, prince; Aut-tyern, 
Audierae , petit port de la Cornouaille. 

' Baz, jnon profundus, deprcssus,» selon 
Davies. — » Bas britannice quod minus profun- 
n duu) , B dit Camden dans sa Briiannia. En 
terme de marine, 6osic signifie un écueil, un ro- 
cher caclié sous l'eau. 

" Bot, en gallois, Bod, mansio, habitatio; le 
mot a le même sens dans noire Cartuiaire. 

' Bras, en armoricain et en gallois. Davies 
traduit: crassus. — Le Bras, nom propre breton. 

' Bre, Bren, Bron. — Bre, plur. Brcon, mous, 
collis; Bryii, collis; Bron, mamilla (Davies), et 
il ajoute : «significat etiani coilem, ut femin. a 
«Bryn.» (Voyez, à la table, l'indication des 
actes où le mot est employé.) 

' Broweroc , Broguerec , patria Gueroci, Bro- 
werech. ( Voyez les chartes indiquées à la table 
sous ce mot.) Davies, dans son Dictionnaire bri- 
tanno-latinum écrit : « Bro, patria, regio, pro- 
« vincia.» 

* Carn, Carnedt/, agger, cumulus lapidum, 
dit Davies. — De là notre mot Carnac. 



' Coet, Coat,en gallois, Cocd , silva, lignum, 
arbores. (Davies.) 

'" Compot, en gallois, Cwmmwd, provincia, 
regio (Davies). Ce savant philologue ajoute : 
(iCjmmorf, cohabitantia , forte a cyd et bod. 
Cl armoriée, chom, morai'i.» 

" Conc, espèce de baie abritée; il y a plu- 
sieurs Conc en Bretagne : le Conc-Léon ou le 
Conquet, le Conc de Gaule ou Cancale, Conc- 
Keroeou le Conc de Cornouaille, Concarneau. 

'- Cran. — Zeus a remarqué, dans sa Grain- 
matica ceid'ca, que , chez les peuples de race cel- 
tique, le p se change souvent en e, fc ou </. 
Ainsi Kenliijiicrn pour Pcntiijuern. Ici Cran est 
évidemment le même mot que Pren. 

" Crue, acervus, tumulus; Crue - Ardon, la 
butte de Tumiac. (Voy. Append. p. SSy.) 

'* Coms, Cons , Cocn, gallois Cwm, vallis, 
convallis (Davies). Du Cange, au mot Ciimba, 
tom. II, p. 697 (éd. Didot), s'exprime ainsi : 
«Cumba declivisqui in vallem desinit, Armori- 
a cis combaut. » On trouve , en effet , ce mot dans 
un dictionnaire manuscrit de la Bibl. impériale , 
rédigé par Lagadec, dans la seconde moitié du 

L. 



xcii PROLEGOMENES. 

Faol , Fav , Fol; , hêtre ' ; 

Frot, Frout, torrent, eau courante-; 

GoR, au-dessus'; 

GuER , GoEZ, ruisseau ^; 

GuERN, Wern, iieu planté d'aunes ^; 

Gwic, bourg ""^ 

Hen, vieux (Henpont)^; 

HiR, long *; 

Kaer, Rer, Caer, village, château, métairie °; 

KiLL, ermitage, refuge, oratoire '°; 

Lan, église, monastère, terrain consacré"; 

Les, Lis, cour de justice, demeure seigneuriale, palais'-; 

Lin, étang, lac ''; 

LoG , loge , ermitage , oratoire "* ; 

Mael, bénéfice, seigneurie'^; 



x\' siècle. Mais la fonnu antique est Coiiu , 
Combs, Cons, Coen , comme on peut le voir dans 
notre Cartulaire. « Quemadmodum veteris Bri- 
« tannis Kam,i dit du Gange. 

Pour clievauchier le bruel de selve longue 
Si descendirent lès une l>assc conilie , etc. 

' Fan, Faou, Fou, hêtre; pagus en Fou, le 
pays du Fou. (Cartul. de Landévénec, D. Mor. 
Pr. 1. 1, col. 179.) 

- Frot , Frout, eu gallois, Ffrwd , torrens , 
fretum (Davies). 

^ Gor, «prepositio in compositione quae si- 
«gnificat supra, super.» (Davies.) 

' Gner, Goer, en gallois, Gofer, «rivus a 
1 fonte manans, efHuentia.fluxus (ont\s ; goferu , 
«fluere. n (Davies.) 

' Guem, Wern, en gallois, Givern, ainus 
(Davies). Le vieux mot français vergne offre le 
même sens; la vergne, la verne, Yaunaic. 
(Voy. cil. cxcvii.) 

■^ Gviic, viens. 

' Hen, vêtus, antiquus, senex (Davies); 
Henpont, etc. 

' Hir, longus (Davies); Enei Hir, l'ile 
longue. (Cartulaire de Landêvénec , ap. D. Mor. 
Pr.t. I.col. 377.) 



' Kaer, Ker, Caer, «urbs, murus; armorice , 
«urbs, villa, pagus.» (Davies.) Primitivement, 
le mot Caer désignait toujours une demeure 
rurale et fortifiée. 

'" KHI, Quil, gallois. Cil, secessus , recessus. 
Le monastère où habitait saint Coulm s'appe- 
lait I-Coulm-Kill. 

" Lan, gallois, Llan; sur ce mot, Davies 
s'exprime ainsi : Lhn vulgo sumitur pro fano 
.ivel templo; sed existimo potins significare cœ- 
« meterium. n 

'- Les, Lis: Lisfau, Lisfavin, etc. Davies-, 
dans son Dict. Britanno-latinam, écrit Uys et 
donne cette traduction : « Aula , curia, palatium , 
» forum judiciale.» — Gwrllys, homo curia;, 
dans les lois d'Hoel-dda. 

" Lin, Lcnii, étang; i(ymi, en gallois , lacus. 
( Davies. ) 

"' Loc. Ce mot n'a pas la signification du la- 
ças latin ; il désignait, chez les Bretons, un petit 
monastère, un ermitage, un lieu de retraite 
pieuse.( Voy. C/iartu/. Bolon. p. 1 1 : a LocumBot- 
« garth quod construxit Guoruuelet. t ) 

'* iVae/, lucrum, emolumentum (Davies). Ce 
mot répond à celui de bénéfice, ainsi Mael-Car- 
hais, Mael-Pestiïien, etc. 



PROLEGOMENES. 



\C1II 



Maen, Men, pierre '; 

Maes, Mes, champs, culture à la porte d'une ville -; 

Mar, Mer, Meur, Moit, grand, vaste, étendu^; 

MoR , mer ' ; 

Nant, ruisseau, rivière ^; 

Pen , tète , sommet , extrémité '^ ; 

Plou, tribu, territoire, paroisse; 

Ponz , PoRTH , pori , entrée , porte '' ; 

Pou , province , cité , territoire ^ ; 

PoDL, baie, excavation, trou'; 

Pren, bois, forêt '"; 

Ran, portion de terre, habitation "; 

Ros, terrain en pente douce et arrosé '-; 

Steyr, Ster, Ester, rivière"; 

TouL, même signification''; 

Tre, au delà; Poa-tre-coet , pagus transsiivam'^; 



' Maen, Men, saxum, lapis (Davies], même 
radical que dans le latin mœnia. 

^ Maes, Mes, ager. (Davies.) 

^ Mar, Môr, Mer, Meur, aacieu mot gaulois 
qui entre peut-être en composition dans Mar- 
moutier ( majus monasterium ) ; Maiir, magnus , 
en gallois; Lemcr, Lemeur (Le Grand), est un 
nom très -commun en Bretagne. 

* Afor, mare, fretum. (Davies.) 

' Nant, ruisseau; dans son dictionnaire la- 
tin-breton , Davies traduit ce mot par rivus. 

' Pen, selon Davies : o caput , dux , princeps , 
«prœcipuum, principium, initium, cacumen , 
« verteï , finis , extremum , quia hiec omnia sunt 
« ut caput in corpore. » 

' Porz, en gallois, Porlh, porta, portus, 
dit Davies. Porz Liocan, Staliocanus portos. 

' Pou, pagus, provincia, dit Davies. — Pon- 
tre-coet, traduit dans les chartes par ces mots : 
Pagus trans sjlvam; Pouhaer, pagus urbis. 

' Poul, fossa, dans Davies. Le mot entre eu 
composition dans un grand nombre de noms de 
lieux en Bretagne, ainsi : Poul du (mot à mot 



le Irou noir), petit port de la Cornouaille; Pen- 
poul, autre port dans le diocèse de Saint- 
Brieuc*; et une foule de villages, tels que 
Pouldergat, Pouldavid , Pouldreuiit, etc. 

'" Bren, Pren, en gallois, Prcn, «lignum, 
«arbor, » dit Davies. On lit dans l'une de nos 
chartes : iBrengoen, id esl nanus valUs.yi (Voy. 
Append. p. 3g5.) Cela est très-exact. 

" Ran, en gallois, Rhann, pars, poriio ; 
Rhannu, partiri. (Davies. — D. Mor. Pr. t. [, 
coi. 179.) 

'- Ro«,planilies irrigua , dit Davies ; planities 
viridans, selon Camden [Britannia). (Voy. plus 
loin Chartul. Roton. p. 2 et 3oi .) 

" D. Mor. Pr. 1. 1, p. S-]8 , fîuvius Slerr. — 
Vid. Chartul. Roton. p. 284, sgS. 

" Toul est un vieux mot très -usité chez les 
Bretons de l'île et du continent : Tonlgoet ou 
Toulcoet, le trou du bois , etc. Davies ëcrit : 
« Tudl, foramen, caverna. » 

'5 Tre (trans), en gallois, Tra;dans leCartu- 
laire de Redon, « Pou-tre-coet , pagus tran« 
« silvam. » 



Penpoal est devenue Paimpoî, sous les plumes adiniuistratives. 



xfiv PROLÉGOMÈNES. 

Tref, Trev, Treo, Treu, village, trêve >; 

Très, Traes, sable, grève, rivage ^ , 

Tron, Traon, vallée, vallon^; 

Les noms de lieux, ai-je dit ailleurs, sulFiraienl, à défaut de chartes, 
pour miirquer les frontières du pays oii s'établirent les émigrés du v' siècle. 
En eflct , lorsqu'on se dirige vers la contrée restée bretonne en dépit de 
tant de bouleversements, un fait étrange se présente : la plupart des noms 
de châteaux ou de grandes métairies sont formés de deux mots soudés en- 
semble, et dont le premier appartient à la langue française, tandis que le 
second est un mot breton : ainsi la Ville-Hélio\ la Ville Gourion, la Ville- 
Raut, etc. On remarquera que la premiève partie de ces noms [Ker) a été 
traduite, tandis que l'autre, dont on ignorait probablement la signification 
est restée bretonne. Ici donc la langue rend témoignage des combats soute 
nus, des pertes éprouvées et d'une résistance plus ou moins indomptable 
«Les langues s'en vont, disait naguère M. Alfred Maury, mais les lieux 
qu'elles ont habités gardent dans leurs noms l'empreinte puissante de leur 
H vocabulaire, et ces noms disent aux générations suivantes quelques mots des 
«idiomes qu'on ne parle plus. Voilà pourquoi les philologues ont recueilli, 
«avec tant de soin, les appellations, en apparence insignifiantes, de chélifs 
« villages et de localités peu connues. » 



CHAPITRE IV. 



s I. 

Les Nannètes. — Limites de leur cité. — Leurs villes principales. — 
Origine des pagi. — Voies romaines. 

L César ne parle qu'une fois des Nannètes. «Après avoir arrêté leur plan 
«d'opérations, dit-il, les Vénètes fortifient leurs villes, transportent des 

' Tref, Treu, Tre,nrhs, oppidum (Davics); ' Tron, Traon, vallée. 

en Armorique , c'est une petite paroisse rurale. * Villehclio pour Kcrhelio , la ville du lierre. 

^ Traes, Très, Traeth, arena, littus (Da- — La Fiffc-GourioB pour Kfrjourioa, la ville des 

vies). Plouneour-tres , etc. hauteurs, etc. 



PROLEC.OiMENES. xcv 

"Campagnes leurs blés dans les places foites, et rassemblent dans la Vénè- 

utie tous les navires dont ils peuvent disposer Ils s'associent, poiii 

«cette guerre, les Osismes, les Lexoves, les Nannètes, les Ambiliates, les 
«Diablintes, les Ménapes, et ils envoient demander du secours dans la 
« Bretagne, qui est située sur la côte opposée ^ » 

De tous les peuples de la péninsule, les Nannètcs et les Osismes furent 
donc les seuls appelés à combattre pour les Vénètes dont ils étaient, il est 
vrai, les plus proches voisins. A cette époque, selon Strabon, les Nannètes 
étaient limités, au midi-, par la Loire-, au nord, par le Samnon qui cou- 
lait entre eux et les Rhedons; au nord-ouest, par la Vilaine qui les séparait 
des Vénètes; à l'est, par la cité des Andégaves'. 

Le département de la Loire-Inférieure, dont le territoire, moins les can- 
tons situés sur la rive gauche du fleuve , représente la cité des anciens Nan- 
nètes *, est aujourd'hui l'un des plus fertiles et des plus peuplés de la Bre- 
tagne ^. Mais, à l'époque de la conquête romaine, il n'en était pas ainsi. 
D'immenses forêts couvraient l'intérieur du pays divisé, comme on sait, en 
plusieurs bassins dont les eaux se déversent dans le Samnon , le Don , l'Isac , 
l'Erdre et la Loire. 

Une terre n'est habitable que lorsqu'elle peut ofl'rir les ressources néces- 
saires à l'entretien de la vie. Les côtes, les vallées voisines des fleuves, en 
raison de leur fertilité exceptionnelle, furent naturellement les premières 

' oHls initis consillis, oppida niuniunt, fni- '' Ô ià Ae/jrjp fiTTolù Jlimovav le xr:! îixui- 

menta eï agiis in oppida comportant, naves vnâv èxSaA^ei. (Sli'ab. Gcofj. I. IV, ch. il. 

^in Veneiiam quam plurimas possuut, p. id8, édit. Didol.) 

«cogunt. Socios sibi ad bellum Osismios, ' Les documenls font défaut pour établir, 

'Lcxovios, Nannètes, Ambiliatos, Morinos, d'une manière précise , les limites des Nannètes 

«Diablintes, Menapios , asciscunt; ausilia e\ de ce coté-là. 

Britannia , qu.T contra cas regioncs posila est , '' Le département de la Loire -Inférieure 

«arcessunl.» (Cœs. de Bell. gall. lU , is.) renferme non-seulement tout le territoire des 

Les Nannètes, nommés ici, ne le sont pas au anciens Nannètes, mais en outre, sur la rive 

livre VII, cliapilre LX.\v,de laGuprre des Guides. gaucbe de la Loire, un certain nombre de pa- 

Mais il n'y a rien à inférer du silence de l'bis- roisses de l'ancien diocèse de Poitiers , pa- 

torien en cet endi'oit, puisqu'il y déclare que roisses restées unies au diocèse de Nantes, de- 

touto les nations armoricaines, universœ civitu- puis le milieu du ix" siècle. 
tes, dont il ne désigne qu'une partie [quo suiii * Le dernier recensement porte à 580,207 

in numéro Curiosolites , etc.), furent appelées à habitants la population de la Loire-Inférieure. 

fournir des troupes à Vcrcingétorix durant le Sur les 687,4 '12 hectares dont se compose le 

siège d'Alise. On a peine k s'expliquer que des département, on en compte 820,000 de terres 

paroles si claires aient donné lieu à tant dr labourables; loô.ooo de prés; 29,000 de vi- 

fausses interprétations. gnes; 34, 000 de bois; 1 25, 000 de landes. 



xcvi PROLÉGOMÈNES. 

occupées. C'est beaucoup plus tard, quand les progrès de l'agriculture eu- 
rent obtenu de la terre des produits abondants, que la population put s'a- 
vancer graduellement vers l'intérieur. Du temps de César, la culture nan- 
nète était, selon toute apparence, peu développée, puisque P. Crassus, 
campé sur le territoire des Andégaves , fut forcé d'envoyer chercher du blé 
chez les Curiosoliles et chez les Vénètes '. Toutefois, dès l'époque la plus 
reculée , les habitants de ce coin de terre paraissent s'être livrés avec ar- 
deur à la navigation; et ils y obtinrent de tels succès, que Corbilon, leur 
principal marché (ÈfjLTtope'tov) , devint non moins florissant que celui de 
Marseille et de Narbonne '■^. 

Mais quelle était précisément la position de cette place commerciale, dont 
les habitants, suivant Polybe, ne voulurent donner aucun renseignement à 
Scipion sur l'île de Bretagne ? Strabon dit formellement que la ville était 
située sur le bord de la Loire ^. Etait-ce vers l'embouchure du fleuve ou 
bien, en amont, sm* remplacement actuel de Nantes? Les opinions sont 
partagées : quelques-uns, et des plus doctes, tels que Adrien de \';dois. 



' r P. Crassus cum icgione seplima 

I proximus mare Oceanum in Andibus liiema- 
rat. Is , quod in his locis inopia frumenti erat , 

II praîfectos tribunosque militum complurcs in 
«' finitimas civitates frumenti . . . causa dimisit : 
quo in numéro erat . . . M. Trebius Gallus in 
oCuriosolitas, Quintus Yelanius cum T. Silio 
«in Venetos.» (Ca;s. de bell. gall. III, vu.) 

- Ù Se Xsi-) np pLSTri^ù lïiXTorwi' Te xai Nafx- 
vniûv éHëfi)./.£i. XîpÔTspov ëé KopSiÀcûv ùnvp^svy 
èfinopsiov iit't toiia tm -ooTajiw, irepi Jis eiprjKC 
Ho^v^ios f p.vr)f7deïs t2v vt:o IIv9eov ftt;9oA&jrT- 
3-£i'Tiji', ÔT( Ma<7(7a)iù>Ticv fier T^r <j^^p.i^dvT!i}v 
XKn:iù)Vi oCSsis e'r/^z ).éjsii' OTjèév ^vvp-Tjs a^iov , 
spwnjdsis itiô Tov "^xtnicovos -STepi tï)5 BpCTÎa- 
vtxîjSj ovSé Tùjv ex Nap^oïros, ovSé tiàv éx Kop- 
S;Aîji»os, l'hep ^ffar iptrjlai 'syôAefs twi» TatÎTir- 
UvÔéits «5' êÔâppy^fje TotrnvTx •^sûtjctadat. (Strab. 
Géog. 1. IV, cb. Il, p. i58, éd. Didot.) 

•' Ô ^è Ae/j'Tïp fisja^ù Hittrôvcov Te xai Nafzrt- 
Twi» êx^âXÀei, ïlpoTspov Se KopêtXàv vTïy^p^eVf 
êp-itopsTov êivi toutw tw isoTap-v. (Strab. Gengr. 
loc. supr. cit. ) — M. Bizeul , qui n'admet pas 
qu'aucune ville du pays nantais ait une origine 
plus antique que Blain , M. Bizeul, dans son 



opuscule intitulé les Xannetes ù l'époque cel- 
tique (p. 87), insinue, avec beaucoup d'art, 
que le géographe Pytbéas avait inventé beau- 
coup de fables sur Corbilon. Mais on ne trou- 
vera rien de cela dans le teste de Strabon . que 
j'ai transcrit plus haut. Les faussetés débitées 
par Pythéas avaient trait, non pas à Corbilon, 
mais à l'i'/e de Bretagne. Polybe rapporte, en 
termes fort clairs , en effet , que les Marseillais , 
interrogés par Scipion [plus de trois cents ans 
après Pythéas ) , ne donnèrent à l'Émilien aucun 
renseignement digne d'être transmis 'crepi Tris 
BpeT7ai>(XTi5; ce en quoi ils furent imités par les 
habitants de Narbonne et de Corbilon . villes 
considérées, avec Marseille, comme les plus 
importantes de la Gaule : oi'irep ftrav ipiaiai 
■a6}.tii lâv ToiuTiî. Ce n'est donc pas dans les 
écrits du n\enteur Pythéas, mais de la bouche 
même de Scipion que Polybe avait recueilli ce 
qu'il dit de Corbilon. Dieu me garde de soup- 
çonner la bonne foi de M. Bizeul , le plus loyal 
des hommes ; mais l'esprit de système fascine 
les esprits les plus droits, lorsqu'ils s abandon- 
nent à ses prestiges. ( V. Biieul , les Nannètes à 
l'époque celtique, p. 87.) 



PROLÉGOMÈNES. xcvii 

d'Anville et J'abbé Lebeuf, supposent que Corbilon s'élevait à Coiron \ 
gros bourg où la Loire offre un excellent mouillage; d'autres, tels que 
Sanson et Huet (le savant évèque d'Avrancbes), identifient Koibilon et Con- 
devmcam. Enfin , il en est qui placent le célèbre cmporiiim sur la petite rivière 
de Brivé [Brir cites portas), h serait téméraire, quant à présent, de trancber 
la question; mais celle de savoir si c'est à Nantes ou à Blain qu'existait la 
capitale des Nannètes, est loin d'olï'rir, selon moi, les mêmes difficultés. 

Personne n'ignore que Ptoléuiée, qui fait de Condevincum (KovSvovtyxov) 
le cliof-lieu des Nannètes, les établit d'abord au midi des Vénètes, sur les 
bords de la Loire, puis, par une interversion évidente, entre les Cénonians 
et les Abrincatui. Jusqu'ici, cedéplacement, dont on trouve plus d'un exemple 
chez le géograpbe de Péluse -, n'avait soulevé, parmi les savants, aucune 
espèce de discussion. Cependant, poussé par le désir de faire de Blain, sa 
ville natale, non pas seulement une importante station romaine, mais la 
capitale même des anciens Nannètes, un docte et vénérable écrivain s'est 
naguère imposé la tâche impossible de démontrer la double thèse que voici : 

1° Les Nannètes, placés par Ptolémée au delà des Andégaves, et dont 
Condevincum était sans doute la capitale, ne doivent pas être confondus 
avec les Nannètes de la Loire; 

2° La ville actuelle de Nantes n'était, primitivement, que le vicus-portas 
de la cité des Nannètes- Ligerains, dont la petite ville de Blain devait être 
et fut, jusqu'au iv" siècle, le chef-lieu, la capitale. 

La thèse, il le faut reconnaître, a le mérite d'être neuve; mais tous les 
arguments du savant géographe peuvent être victorieusement retournés 
contre lui. 



' Condita Coiron. (Voyez, plus loin, Clurtul. 
Roton. p. 4y.) 

^ Après avoir fait mention des Àidcrci-Ceno- 
manni, Ptolémée s'exprime ainsi : « A la suite 
»de ceux-ci sont les Namnètes, dont la capitale 
«est Comleviiicum, pu:s les Abrincatui qui ont 
«pour capitale Ingena, et s'étendent jusqu'à la 
t Seine, 21° i 5' long., 5o' 3o' lat. » Or, fait ob- 
server judicieusement M.Walckenaer, d'après 
«la position assignée ici aux Abrincaiui, non- 
seulement ils se trouveraient rejelés dans l'in- 
«térieur, mais ils seraient sur les bords de la 
«'Seine, et toueberaient cependant aux Nan- 



« nètes. Nous ierons observer que le texte de 
B Ptolémée oCFre dans cet endroit une répétition 
> évidente: car un peu plus liant, après avoir 
« parlé des Veneli, il dit : n Sous ceux-ci sont les 

« Namnitœ procbe la Loire. » Ces doubles 

n emplois proviennent de ce que Ptolémée, ou 
«Marius deTyr, dontla carte a servi à Ptolémée 
«pour dresser ses tables, formaient la descrip- 
« tion des côtes d'après des matériaux différents 
" de ceux qu'ils employaient pour décrire l'in- 
« térieur. C'est ce que Ptolémée nous apprend 
ti lui-même dans ses prolégomènes. « 



XCVIII 



PROLEGOMENES. 



Pour réfuter le système, il suffit de l'exposer en peu de mots^ 
Nous continuerons donc à croire, avec Adrien de Valois et d'Anville, 
que la capitale des Nannètes était placée non pas au fond des terres, mais 
sur leur grand fleuve, et que Condevincum (mol synonyme de Condate , con- 



' Dans le résumé qu'on va lire J'emploierai , 
autant que possible , les propres expressions de 
M. Bizeui : 

— Les Nannètes , comme les autres nations 
gauloises, n'avaient pas de villes. Leur chef- 
lieu devait cire un village composé de buttes 
rondes , couvertes de roseaux et de feuillage. 
Aussi ce ne sont pas les vestiges , mais l'empla- 
cement du principal établissement qu'il faut 
rechercher. « La capitale des Nannètes a\ ait 
« dû , comme toutes les autres , être transformée 
lien ville romaine. Je crois que des débris ré- 
«pandus sur un vaste terrain peuvent indiquer 
«l'emplacement de cette ville d'une manière 
«assez certaine. Nantes présente fans doule le 
a même indice , mais dans un espace resserré ; 
« il fallait donc chercher ailleurs, o Or, on re- 
trouve à Blain , dit M. Bizeui , la trace cer- 
taine de sept voies romaines qui mettaient cette 
petite ville eu communication avec lAnjou, le 
Maine, le pays des Rhedones ,\sl \\ilc de Vannes, 
la presqu'île de Rhuys et l'embouchure de la 
Loire. Ce n'est pas tout : sur un espace d'en- 
viron soixante-neuf heclores, s'exhument, soit 
à l'intérieur soit en dehors du bourg de Blain. 
de nombreux débris romains. Ces voies , ces dé- 
bris «prouvent de la manière la plus évidcnle 
«que ce point du vallon de l'Isac a été, dam l'o- 
«rigine, la capitale ou chef-lieu des Nannètes. » 
Les chaumières gauloises ayant promptemeni 
disparu , des maisons se bâtirent en forts ma- 
driers appuyés sur des .substructions en excel- 
lente maçonnerie à mortier de chaux et de 
sable, qu'on retrouve en beaucoup d'endroits. 
Mais l'incendie amena la destruction de Blain. 
Sous une couche de terre végétale , épaisse d'en- 
viron un pied, on trouve une seconde couche 
formée de charbon de bois. Là abondent les 
morceaux de briques à hypocaustes, les tuiles à 
rebords, les goulots e! les queues d'amphores. 



les monnaies du haut empire , etc. Si Nantes 
avait été la capitale des Nannètes, elle aurait 
reçu toutes les voies qui venaient aboutir à 
Blain ; mais la chose n'étant pas , il est évident 
que c'est à Blain qu'il faut placer cette capitale. 
Il ne reste dans la ville, à la vérité' , aucun vestige 
de fortiCcations avec muraille : « Le pays, peu 
«accidenté, ne présente pas, d'ailleurs, de po- 
«sitions fortifiées naturellement par des pentes 
«abruptes; n mais M. Bizeui a cru apercevoir les 
vestiges d'un opiiidiim dont les fossés devaient 
être remplis par l'eau d'un afllucnt de l'Isac qui 
coule non loin de là. Les rejets ou retranche- 
ments de ce camp auront sans doalc été aplanis 
par la culture. M. Bizeui avoue [Bail, de la Soc. 
arch. de Nantes, à' trim. iSSg, p. i63) «qu'il 
ne peut expliquer d'une manière complète les 
«motifs qui portèrent les Romains à fonder à 
Blain un grand établissement et à y amener 
«sept routes; il ajoute qu'il ne peut guère ex- 
« pliquer davantage les motifs de la décadence de 
l'antique oppidum. • Mais il affirme , néanmoins, 
que le vicus-portus, dont le commerce avait une 
certaine importance dès le règne de Claude et 
de Néron, ne devint la capitale des Nannètes 
qu'à la fin du iv° siècle ; iSon heureuse position 
« sur la Loire offrant à ce port tous les avantages 
«[avantages méconnus, à ce qu'il parait, par 
« les Gaulois et par les Romains '.],la population 
edevait naturellement s'j accroître. La compli- 
cation des intérêts et des affaires y nécessita 
«bientôt la présence de magistrats; bientôt la 
«ville terrienne, la cilé administrative, se vit 
« abandonnée. On peut calculer que Blain pros- 
opéra à peu près pendant trois siècles, sous la 

« domination romaine alors vinrent la 

«guerre, les dévastations, les incendies. Les 
habitants du plat pays , ne trouvant plus de sù- 
« reté dans les campagnes pour leurs personnes 
« et leurs richesses, allèrent bientôt se réfugier 



PROLÉGOMÈNES. xcix 

fluent) était la ville actuelle de Nantes, située, comme on sait, au point 
de jonction de l'Eidre et de la Loiret 

Avant d'en finir avec Corbilon et Condevincum , il n'est point inutile de rap- 
peler un passage de Strabon, auquel on n'a guère pris garde jusqu'ici, quoi- 
qu'il mérite d'être noté : «Il est, en Gaule, dit le géographe, quatre points 
«du littoral, où l'on a coutume de s'embarquer pour la Bretagne, savoir : 
«l'embouchure du Rhin, de la Seine, de la Loire et de la Garonne'-.» 

Ainsi, malgré tous les changements administratifs opérés par les conqué- 
rants, l'embouchure de la Loire, oîi aiïluaient les vaisseaux et les marchan- 
dises de l'île de Bretagne, lorsque Corbilon existait, était encore, sous Auguste, 
l'un des ports qui communiquaient le plus souvent avec l'île! Au surplus, 
nous reviendrons sur le fait, à propos de la marine des Vénètes, ces maîtres 
dans l'art de la navigation , auxquels appartenait le commerce bi-itannique *. 

IL Non loin du bourg de Montoir, entre Donges et Saint-Nazaire , se trou- 
vait aussi un petit port, Brirates portas, qu'on a longtemps confondu avec 
Gésocribate. Cette erreur n'aurait point été conunise si l'on avait remarqué 
l'ordi-e rigoureusement exact avec lequel Ptoiémée établit les différents 



«dans l'enceinte murale du vicus-porlus. t) [Bull, 
de ta Soc. anh. de Nantes , p. i64.) 

Je crois avoir analysé fidèlement la thèse 
de M. Bizeui. Au lecteur de décider mainte- 
nant s'il est croyable que les Nannètcs, posses- 
seurs de l'emporium de Corbilon (la rivale de 
Narbonne plusieurs sihcles avant l'ère chréti nue], 
et, après cela, les Romains, ces maîtres dans 
l'art de la guerre, aient négligé l'heureuse posi- 
tion et les avantages de Condevincum et de Viciis- 
Por(uj, pour aller bâtir, au milieu des bois, sur 
les bords de l'Isac , une ville qu'il fallut absolu- 
ment abandonner, vers la fin du iv° siècle, 
parce qu'elle était ouverte à toutes les attaques. 

' Voy. M. Bizeui, Bail, de la Soc. urch. de 
Nantes, 1859, '■ I' 4° trimestre, p. iG3-i6û. 
Le savant archéologue, et, sur ce point, je par- 
tage tout à fait sa manière de voir, fait remon- 
ter au m* siècle l'inscription de Volcanus, 
trouvée à Nantes en i58o. Il donne la même 
date à l'inscription suivante , exhumée en 1 8o5 : 
DEOWOUano \\ PRO SALVTE || VlOinonim 
POR(ciiiium ET NAVm?(im LlGericorum. J'a- 



dopte encore cette opinion ; mais poiu'quoi l'exis- 
tence avérée d'un ticus-porlus à Nantes rendrait- 
elle donc impossible celle d'un Ordo Nannettmi 
dans la capitale des Nannètes? Est-ce que M. Bi- 
zeui ne dit pas lui-même que Blain possédait, 
outre le municipe, unfaubourg, un viens, situé 
sur l'autre rive de 1 Isac î 

^ M. Bizeui, auquel j'ai eu occasion de citer 
ce passage, ayant paru douter qu'il existât, je 
le transcris ici tout au long ; 

Té-rloLpa è* êtnl Stâp^ara 015 ^pùJvTat avvYiBo)s 
èn'i T^v vv<Tov ex tïts îÎTre/poy • rà d-ïïo iwv £x€o- 
Aôii; Twi» 'aoiay.ôiv zov ts Vy^vou nat to{7 Srrxoai'a 
Haï TQv Xelynpos xcci [toù] Tapovva. (Strab. 
1. IV, c. v,p. 166, éd. Didot.) 

Ce texte ne se trouvant pas au chapitre iv, 
où Strabon traite de la Gaule celtique, mais 
au chapitre v, relatif à l'île de Bretagne, il est 
assez naturel qu'il ait échappé à M. Bizeui, qui, 
on le sait, ne s'occupe guère que des Celtes et 
des Gallo-Romains , et n'admet point, à vrai 
dire, l'existence des Bretons sur le continent. 

^ Voyez le paragraphe intitulé : les Vénètes. 

M. 



c PROLÉGOMÈNES. 

points géographiques. Scion î'écrivain grec , le Brivates portns était placé 
au-dessus de l'embouchure de la Loire', en remontant vers le nord, et il 
indique avec non moins de précision le point où la Vilaine se jette dans la 
mer^. C'est donc certainement dans le bassni où coule actuellement la 
petite rivière nommée , dans des titres fort anciens , la Brivé , Brivate Jliimen , 
qu'il faut chercher le Brivates portus. En plaçant ce port à Brivain , M. Walc- 
kenaer commet donc une double erreur. D'une part, il contredit Ptolémée, 
dont le texte s'applique à un lieu situé au-dessus et non au-dessous de l'em- 
bouchure de la Loire; d'autre part, il transforme en Briva celtique la pa- 
roisse de Saint -Brévin^, qui tire tout simplement son nom d'un saint du 
moyen âge''. 

IIL Dans la partie la plus septentrionale de l'Aquitaine, les Piétons, selon 
Ptolémée, possédaient une ville nommée Raticitum '■' . Plusieurs savants en 
ont voulu faire la capitale des Lcmovices. Mais, « outre (\a Aacjustoritam , dit 
«d'Anville, revendique d'une manière incontestable l'emplacement de la 
H capitale de ces Leniovices, deux manuscrits de la Bibliothèque du roi, cités 
« par M. l'abbé Belley, rangent tous les Pictones et nomment même, en pre- 
« mier lieu , comme première en longitude dans ce territoire , la ville dont 
« le nom est Ratialam ''. » Grégoire de Tours atteste , de son côté , que Ra- 
tiate était une ville du Poitou , et qu'elle s'élevait à peu de distance de 
Nantes '. Cependant d'Anville hésite à fixer d'une manière positive le lieu 
qu'occupait Ratiatuni : u On peut seulement préférer h toute autre position, 
« dit-il, celle de Saint-Pierre-et-Sainte-Opportune de Retz ^. « L'abbé Belley, 
M. Guérard et M. Walckenaer partagent cette manière de voir; mais Ra- 
tiate, il est permis de l'affirmer aujourd'hui, occupait l'emplacement de 
Rezé, sur l'extrèino frontière des Pictons. Les nombreux débris d'antiquités 



^ ... iiSTa Toy \iysipos Toy •sroTOifZoy £x- 

BpiouaTns Aifiijii (Brivates portus, 17° ko. 
48° 45'). 

' Hplov -aozafioS èxîoXai (Herii Duvii oslia , 
17°, 49° i5'). (Ptolémée, chap. vin, édit. Re- 
nier, Ann. des ant. de France, iS/lS, p. aSS.) 

^ Saint -Brévin (parocliia Sancti Brevenni) 
est une ancienne paroisse du diocèse de Mantes, 
sur la rive gauche de la Loire. Il y existait, 
au xii' siècle, un prieuré membre de l'abbaye 
de Saiut-Âubin d'Angers. 



^ Walckenaer, Géographie ancienne, hislu- 
rique et comparée des Gaules, t. I, p. 877. 

^ S 6. KaTé^overt êé tïïs A\Kovnavlas Tci fiév 
dpK-ïtK'JjTa-fz Kat Tspbç lyj 3-aÀao-(TrT n/xTores , a-f 
'ssoXeis aîSe. (Ptolém. éd. de M. L. Renier.) 

PoLUtiov (Ratiatum, 17° 5o', 48° ïo'). 

'■ D'Anville, A'ohVf de la Gaule, p. 530, au 
mol liatialTim. 

' » Infra ipsum Pictavorum terminum qui 
«adjacet rivitati Namnelicée, id est vico Ratia- 
5 tensi . etc. » 

' D'.\nviile, Notice de la Gaale, p. 54o. 



PROLEGOMENES. ci 

romaines découverts dans ce bourg, son voisinage de la ville de Nantes 
{infra Pictavoram terminum adjacet civitati Nanineticœ , id est vico Ilalialensi], 
tout cela est décisif. 

IV. Grâce aux laborieuses recherches de MM. de la Monneraye, Bizeul , 
Aymard de Blois, Paul de Courcy, Louis Galle, etc. de nombreux vestiges 
romains ont été successivement découvcrls en divers lieux de la haute et 
de la basse Bretagne. Les points les plus importants de notre géographie 
gallo-romaine ime fois déterminés, l'on a été amené à étudier les voies 
romaines qui unissaient entre eux les établissements retrouvés. Je ne sais ce 
qu'il faut penser des sept voies qui, selon M. Bizeul, aboutissaient à Blain 
et mettaient cette ville en communication avec le Poitou, le Maine, l'An- 
jou, et, en outre, avec les villes de Rennes, de Vannes, et les ports de la 
basse Loire. Mais il est certain que de Rennes partait une voie qui se diri- 
geait vers Pontpéan. On a signalé, en effet, le passage de cette voie dans 
la paroisse de Laillc [panchia Laliacensis) ; à l'est du bourg de Cons, où 
l'on a trouvé de nombreux débris romains; de là, elle passe près de Plé- 
chatel, ainsi nommé d'un antique castcUiiin; par le village du Pcrrai; à 
l'ouest de l'habitation du Plessis-Bardou et enfin sur la lande de Bagaron, 
où l'on en retrouve des tronçons très-bien conservés. Elle traverse ensuite 
la partie ouest de la paroisse de Bain; et, suivant toujours la direction du 
sud, elle arrive à Fougeray, où elle reçoit le nom de chemin de la duchesse 
Anne, pour se rendre de là à Blain, par les paroisses de Pierric, Conqucreuil 
et le Gâvre. 

Une autre voie, dont on distingue aisément la trace de Vannes jusqu'à 
Arzal , conduisait à la capitale des Nannètes. A l'époque où le président de 
Robien rechercliait les antiquités bretonnes, on la reconnaissait encore de- 
puis la Roche-Bernard jusqu'à Pont-Château; mais les travaux de la route 
moderne en ont effacé les vestiges entre la Vilaine et la Loire. 

S II. 

Des anciennes subdivisions du pays Nantais. 

De tous les districts dont se composait, vers la fin du ix° siècle, le dio- 
cèse de Nantes, le pagus Ratiatensis était certainement l'un des plus antiques 
et des plus importants. Y a-t-il lieu, cependant, d'affirmer, comme on l'a 



CI[ 



PROLEGOMENES. 

fait, que cette contrée était habitée, avant la conquête l'omaine, par quatre 
petites peuplades agrégées à la confédération armoricaine, et qui constituaient 
la nation des Lemovices Armoricani^? Peut-être, dans l'état actuel de la 



' Ccsar, au livre VII, cli. Lxxv, de la Gucrie 
des Gaules, rapporte que l' assemblée des Gaules , 
convoquée pour porter secours à Vercingéto- 
rix assiégé dans Alesia, fixa le contingent des 
Lemovices à dix mille liomnics, comme celui des 
Bellovaqucs : oBellovacis x millia; totidem Lc- 
«movicibus. nSiais, dans un autre passage des 
Commentaires, on lit ce qui suit : o Universis ci- 
vitalibus qua; Oceanum attiiigunt, qua-que, eo- 
«rum consuetudinc, Armorica? appellantur (quo 
c sunt in numéro Curiosolites , Rhedones, Am- 
fbibari, Caletcs, Osismii, Lemovices, Veucti, 
aUnelli (Ca;s. VII, l.xxt). » 

De ces deux textes rapprochés il semble ré- 
sulter qu'il y avait deux peuplades de Lemo- 
vices : l'une, qui habitait le pays de Limoges, 
Lemoricinus pa(fus; l'autre, placée sur les bords 
de l'Océan. Des érudits éminents, entre autres 
Scaliger et Glandorp*, n'admettent pas l'exis- 
tence du second peuple de Lemovices établi 
sur le littoral maritime. Mais Adrien de Valois 
ne pense pas qu'on soit autorisé à rejeter cette 
partie du texte de César, qui a été reproduite 
par le métapbraste giec". Dans 1 opinion du sa- 
vant auteur de la Notice des Gaules, le nom des 
Lemovices prétendus Armoricains devrait être 
remplacé pai' celui de Leonenses ou habitants du 
Léon *". Nous prouverons ailleurs que les Leo- 
nenses n'existaient pas plus , du temps de César, 
que les fameux Corisopiti sur lesquels on a 
tant disserté. Reste donc l'opinion émise par 
D. Martin et D. Brezillac, opinion beaucoup 
moins invraisemblable. Après avoir cité un texte 
de Ptolémée qui voit dans Batiatiim une ville des 
Lemovici"", les deux bénédictins font observer 
que \c payus Raliatensis appartenait néanmoins 



au pat/us Piclavensis : d'où la conséquence que 
les Lemovices de Batiatc étaient à la fois et 
les Pictones que Ptolémée place à l'embou- 
chure de la Loire, et les Lemovices Armoricani 
dont parle César. La dernière partie de ce sys- 
tème a été combattue, en i856, par M. De- 
loche. L'opinion de l'ingénieux éditeur du Car- 
tulairc de Beaulieu se peut résumer ainsi : «Les 
n r.emoviccs formaient deux branches d'un même 
«peuple : l'une placée dans fintérieur des 
terres {pagus Lemovicinus) ; l'autre sur les bords 
«de 1 Océan. Les Lemovices Annoricani , mem- 
«brcs de la confédération armoricaine, étaient 
«subdivisés en quatre petites peuplades: i°Les 
« Leuci habitaient la chaîne de collines qui 
«s'étend des frontières occidentales du Limou- 
« sin, vers la mer, et le territoire situé au delà de 
« cette chaîne et la Loire. 2° Les Agesinates oc- 
«cupaient un territoire peu étendu, entre la 
«nier, à l'ouest, la rivière de Vie, au nord. 
« les collines des Leuci et le Lay, à Test-, enfin, 
« cette même rivière au sud. 3° Le pagus des 
« Ratiatenses avait pour limites : au nord , la 
«Loire, depuis le confluent de la Sèvre nan- 
« taise jusqu'à la mer; au sud, la chaine des 
Leuci, depuis Saint-Jean-des-Monts jusqu'au 
«lieu dit les Essarts; et, à l'est, la rivière de 
«Boulogne. 4° Le pagus Herbatilicus, situé à 
«l'est des Rézois, était borné, à l'ouest, par le 
«lac de Grandlieu et la Boulogne, qui le sépa- 
« raient du pays des Rézois ; au nord , par ce même 
«pays, depuis l'extrémité du lac de Grandlieu 
• jusqu'au confinent de la Loire et de la Sèvrc 
i nantaise.» (Voir Deloche, les Lemovices Armo- 
ricains, dans les Mém. des antiq. de France, 
t. XXIII, ann. i856.) 



* Glaudorp, dans une note sur le livre VII des CommcHloîrw {cdit. de Francfort, 1606, p. 226), déclare, 
en effet, que la répétition du mot Lemovices , dans César, lui parait suspecte : «Lemovices, vos suspecta. 1 

** Voyez Adrien de Valois, Notit. Gall, p. 269 , et le, traducteur grec de César, édit. Lemaire, t. III, p. 532. 

'" Adrien de Valois, lac. cit. «Lemovices Armoricani, Leonenses bi sunt.n (\". Rob. Cœn. apud Ortelium 
Antucrp. Thesaur. gcotjraph. voc. Lemovices.) 

"" Ptolémée donne aux Lemovices le nom de -Vif/ot/ixoi , Limovici. { \ oyez Ptolémée . Géoç). t. II , p. 7.) 



PROLÉGOMÈNES. cm 

science, serait-il plus sage de ne se poinl hâter de trancher la question. 
Mais on peut croire, du moins, que, dès une époque très-reculée, Ratiate 
était le chef-lieu d'un territoire dont le nom [Ratiatensis p(igus) est cité par 
Grégoire de Tours et qui formait l'un des cantons les plus importants de 
l'antique cité des Picloues. Le vieil historien des Francs fait aussi men- 
tion du pacjus Herhatilicus , qui renfermait, dit-il, le vicas Becciacus, sur les 
confins du Poitou'. Venait ensuite le Medalgicus pagus, situé de fautre 
côté de la Sèvre, et qui, sous l'empereur Honorius, avait perdu une 
poition de son territoire (ju'on appela , du nom de ses nouveaux habi- 
tants, Theofalcjicas pagus. Du temps de Strabon, ces contrées dépendaient 
de la cité des Pictones"; mais elles en furent distraites, au ix° siècle, lorsque 
Lantbert, l'ami cl le complice de Nominoë, fut amené, par une injustice 
de son souverain, à prendre les armes contre lui. A la mort de Richouin, 
comte de Nantes, Lantbert s'était flatté de le remplacer; et, en effet, le 
brillant courage du guerrier sur le champ de bataille de P^ontenai méritait 
une telle récompense. Mais Charles le Chauve ne la voulut pas accorder, 
parce qu'il craignait, dit la Chronique de Nantes, que, voisin des Bretons 
parmi lesquels s'était passée sa jeunesse, Lantbert n'eût un jour la tentation 
de faire cause commune avec eux'. Peu de temps après, le choix du roi s'étant 



' « Apud termimim vero Piclavum viens est 
«in Arbatiiico iiomiuo Becciaco. » (Grt'g. Tiir. 
Miracul. iib. XC.) 

* Voyez plus liant, p. XCT. 

' oLambertus vero valde ex loiigo tempore 
« in comitatum nanneticum inliians petiit a rege 
ont iilum sibi concederet; Richowinus enim, 
«qui eum antea gerebat, ceciderat in pra'lio. 
« Sed rex, timens ne non fidelis sibi existcret, 
« profiter Britaniiorum vicinitatem , et ne illis asso- 
" ciaretur, cum etiam secundiim mores eorum nu- 
« trtlus esset fOmninoiilïdavc proliibnit. u [Citron, 
Nannel. apud D. Lobincau, l. II, col. 36.) Les 
passages que nous avons soulignés attestent 
surabondamment que , dans la premiire moitié 
du ix" siècle, le comté nantais, situé dans le 
voisinage du pays breton, était sous ia domina- 
tion de peuples francs, dont les mœurs, comme 
la langue , étaient tout autres que celles de leurs 
voisins. Cette distinction , au surplus , survécut à 
l'annexion du pays nantais à la Bretagne. Dans 



ime charte du Cartulairc de Kemperlé, écrite 
dans la seconde moitié du ïi' siècle (vers 1069), 
les Bretons sont encore nettement distingués des 

Nantais : « Ha'C condonatio Nannetis fuit 

afacta, audiente et eo annuentc Matbia co- 
11 mite.. .. Cujus rei testes sunt isti duo comi- 
»tes; Bencdictus episcopus Nannctensis et ejus- 
(idem ecclesia; Sancta; Crucis abbas; de laicis 

«vero Daniel de Palatio; Gaufridus Nor- 

imannus; Warinus, dapifer, cœteritjue Nanne- 
ttenses; de Britonibus, Jestin, filius Daniel; 
«Alan, filius Gucgon; Gurmaolon, fiIius Gle- 
«vian; Glengunnan, filius Ralfred; Guegon, 
«filius Roenguallun; Lowenann, filius Duii- 
a guallon , etc. » ( Voyez D. Mor. Pr. t. I, 
col. 43i.) Ainsi, d'un côté les Gallo-Francs, les 
Nannetenses, dont les noms appartiennent au 
dialecte germanique, Gaufridus, Warinus, etc. 
de l'autre côté, les Bretons, Britones, portant 
des noms incontestablement celtiques : Dun- 
guallon, Gurmaelon, Roenguallun, etc. 



civ PROLEGOMENES. 

arrêté sur Renaut, comte de Poitiers et d'Herbauge, Lantbert n'hésita pas 
à se joindre aux Bretons, pour se venger d'un rival détesté. Renaut, sur- 
pris sur ies bords de l'Isac, ayant été tué près de Blain, Lantbert se hâta 
de marcher sur Nantes, qui lui ouvrit ses portes. Mais il ne tarda pas à en 
être chassé par les habitants de la ville; et il n'y put rentrer qu'à la suite 
des Normands, dont il fut accusé d'avoir provoqué les incursions ^ Pour 
résister aux ennemis de l'intérieur et du dehors, Lantbert sentit le besoin 
de se fortifier du côté de l'Aquitaine, et, dans ce but, il partagea l'ancien ter- 
ritoire du Ratiatensis pagiis entre trois de ses lieutenants. A Confier, son 
neveu, il concéda en ficf le pays d'Herbauge; à Régnier, celui de Mauge, et 
à Giraud, le pagus Theofnlgicus'-. Il paraît que, à la suite des invasions 
normandes, les limites de ces contrées avaient été bouleversées, car la 
Chronique de Nantes rapporte que le duc Alain Barbe-Torte eut à s'entendre 
avec Guillaume Tête-d'étoupe , comte de Poitiers, sur leur circonscription : 

(( De quibus [pagis], dit le chroniqueur nantais, fmem fecit (Alanus), 

«sicut ipsi pagi terminant, id est a llumine Ladionis in Ligerim descen- 
« dente, usque ad Irumnam et Petram ficlam et Ariacum' et llumen Ledii, 
1' quod in occidentale mare decurrit; et l)asc omnia in vita sua quieta reti- 
«nuit'.» Ainsi donc les limites des trois pays d'HerJ^auge, de Mauge et de 
Tiffauge étaient, vers le milieu du x^ siècle, au nord, la Loire; au nord- 



' Le dépit et la rage ([uc cet affront lui 
firent concevoir, dit D. Lobineau , le portèrent 
n à prendre la cruelle résolution d'abandonner 
a son pays aux barbai'es. Les Bretons ne l'eussent 
«pas assez vengé à son gré, et il s'adressa aux 
« Normands. Il les alla trouver sur les côtes de 
l' la Neustrie , leur dit le chemin qu'ils avaient à 
r prendre, leur apprit que la ville était sans dé- 
fense , et , pour exciter davantage leur cupidité , 
« leur fit entendre que la grande église était 
!■ toute couverte d'or, etc.» [Hisl. de Bnt. i.l, 
p. 38.) Ce récit est une traduction presque lit- 
térale d'un passage de la Chronique de Nantes , 
écrite au x° siècle. Or, n'y a-t-il pas plus que 
de l'exagération dans ces accusations fulminées 
contre Laniberl ? M. de la Borderie y voit percer 
la haine d'un écrivain gallo-franc contre le prin- 
cipal auxiliaire de Norainoë, et l'appel aux Aor- 
nioiids lui paraît une fable. Il est certain que les 



Nantais, à cette époque, détestaient la nation 
bretonne. Toutefois , comme nous n avons aucun 
texte ancien à opposer à celui de la Chronique 
de Nantes (voyez D. Lobineau, Pr. t. II, p. 37), 
et que , d'un autre coté , l'histoire atteste qu'au 
i.\' siècle Pascvveten, comte de Vannes, appela, 
lui aussi , les Normands à son aide contre les 
Bretons de Giu-wand (voyez plus haut, p. XLi), 
nous ne nous croyons pas autorisé à soutenir 
l'innocence de l'ambitieux Lantbert. 

^ Lambertus autem comilatum 

j Nanncticum invadens, militibus suis distribuil 
« scilicet Gunferio ncpoti suo regionem Herba- 
(1 dillam , Raincrio Metalliam, Giraldo Theofal- 
giam, qua; omnia illis jure hereditario conces- 
( sit. • (C/iroH. Nann. apud D. Lobineau , Pr.t. II, 
col. 36.) 

' Al. Ciriacum (voyez Le Baud, p. i34 ). 

* D. Lob. Pr. t. II. col. i7. 



PROLÉGOMÈNES. cv 

est, le Layon, qui se jette dans ia Loire au-dessous de Montejan; au sud, la 
mer et l'embouchure du Lay; à l'est, cette même rivière et celle de l'Iromne, 
qui se décharge dans le Layon, non loin du bourg de Saint-Lanibert-du- 
Lattay; h l'ouest, l'Océan Atlantique. Il paraît certain qu'à une époque 
dont la date n'est indiquée nulle part, mais qui doit être antérieure à la 
donation rapportée plus haut , le pays d'Herbauge renfermait tout le terri- 
toire situé entre la Loire et le Lay, — à l'ouest des pagi Medalgicus et Theo- 
falgicus\ — c'est-à-dire les doyennés de Retz, de Clisson, au nord-est^; de 
Mareuil [Mariolensis], à l'est; de Talmont, au sud; et, enfin, d'Aizenai, à 
l'ouest. Les preuves ne manquent pas sur ce point. Et, d'abord, l'écrivain 
narrateur des miracles de saint Filibert de Grandlieu n'hésite pas à placer 
dans le pagus Herbadillicas l'ancien monastère de Déas, qui, selon le Fouillé 
de Nantes, faisait partie du doyenné de Rctz^ Au pagus Herbudillicus appar- 
tenait également le decamUns Clissioncnsis , comme l'atteste le biographe de 
saint "Viventius*. Le doyenné de Mareuil dépendait aussi du même district, 
car la Chronique de Nantes rapporte que le heu où Confier battit le comte 
Bégon était situé en Herbauge, sur les bords de la rivière de Boulogne, et 
dépendait du doyenné de Mareuil, tandis que Durenum, où fut enterré le 
chef aquitain, se trouvait en Tiirauges\ Enfin, des textes non moins positifs 

' Voy. Bolland. 23 oclob. p. 162 , de J. Be- » naldi dus Aqiiitania? factus, qui supra ripam 

nedicto. ,1 Ligeris recenlcr non longe ab urbe Nanineli 

- Voyez la carte A la fin du volume. « castelluni constriuerat et nomen suum inipo- 

' Ad Deas monasterium properatum « suerat, insurgens, ab bis regionibus voluit eos 

'■est Ha-c ita dum aguntur et llerbadilica c omnino abigcre. Qui ex improviso primum in 

. tellus tanto se gaudet illustrari patrono , etc. » « Herbadillarn cum multitudine militum aggre- 

(Boll. in die viges. aug. col. 8i, n. iS, 20.) « diens, Gunferium minime potuitinvenire. Res 

' ' Pcrlustrans autem Uerbadiiicam « elenim illa bene sibi innoluerat ; post cujus red- 

« circumquaque provinciam , contigit eis (sancto « ditum Gunferius advocatis sociis suis P.ainerio 

«Viventio et sociis ejus) beatum obviare Verta- « et Giraldo sibi in auxilium, furtive equitans, 

<'VensemMartinum.»(Boll. XIII, jan. coi. 807, « consecutus est illum juxta vada Blcsonisfu- 

n- '7-) «minis' transennlem. Et cum média jam pars 

' Voyez plus loin, dans le Fouillé nantais, «militum vada transierant, cucurrit Gunfredus 

la liste des paroisses dont se composaient les «cum impetu niagno super ultimani aciem, et 

doyennés de Retz et de Clisson. . phirimis in illo certamine interfectis, fuç;avit 

La Chronique de Nantes raconte en ces termes . omnes. Intcr quos Rego.. ..cecidit interfec- 

la mort de Bëgon, le successeur de Renaut, « tus, cujus corpus sepultum est apud Durenum 

dans un combat livré sur les bords de la Bou- «Tbeophalgia;vicum. » (Chroii. iVtm». ap. D. Lo- 

'ogne: « Adversus quos [Gunferium, Rai- bin. t. II, p. SS-Sg.) 

« nerium etGiraldnm] Bego, post interitum Bai- 
Le gué de la Boulogne. 

N 



cvi PROLÉGOMÈNES. 

établissent que ie comitaius Herbadilliciis renfermait en outre les deux doyen- 
nés de Talmont et d'Aizenai'. 

Que si, maintenant, nous passons sur la rive droite de la Loire, il est 
très-difficile de se former une idée un peu nette des subdivisions de la vieille 
cité nanincte. Son territoire, nous le savons, formait, au moyen âge, les 
trois doyennés de Nantes, de Niviliac (Rocbe-Bernard) et de Châteaubrianl; 
mais nous ignorons absolument jusqu'à quel point ils correspondaient à 
d'anciennes circonscriptions territoriales. 

Avant la fin du v° siècle, toute la partie maritime du diocèse de Nantes, 
depuis la Loire jusqu'à la Vilaine, avait été plus d'une fois saccagée. Les 
incursions des pirates, et, plus tard, l'arrivée des Bretons expulsés de leur 
île, durent nécessairement modifier l'état ancien du pays. 

J'ai dit plus haut que les Bretons [Britanni super Licjcrim sitl) semblent 
avoir occupé de bonne heure la pointe de terre qui s'étend de l'embou- 
chure de la Vilaine à celle de la Loire'-'. Telle était sans doute aussi l'opi- 
nion de D. Lobineau, puisque, d'après lui, la ville de Guérande aurait 
reçu de Guéroc I", comte du Bas-Vaunetais, le nom d'Aula Quiriaca^. 

On se rappelle sans doute que, sous les Mérovingiens, ie pays nantais fut 
ie théâtre de luttes incessantes entre les Bretons et les Gallo-Francs. Or, si 
les nouveaux habilants de la N'énétie n'avaient pas compté sur des compa- 



' Le doyeuné de Taimont , situé à l'orient du 
doyenné de Mareuil , renfermait les paroisses de 
la Tranche, Angles, Saint-Benoit-sur-Mer, Lai- 
roux, Curson, Saint-Cyr en Talmondais, Saint- 
Somin et le Champ-Saint-Père. Les nouveaux 
Bollandistes, dans la Vie de saint Benoit prêtre 
et conjcsseur, 2 3 octobre, p. 162, citent deux 
documents, lun, de 1020, où Ademare con- 
cède au monastère de Saint -Cjprien en Poi- 
tou certains biens situés « in Hiblas ad mar- 
II chas, m pago Erbadiiheo,in vicaria de Brane 
I et de Taianiun ; » l'autre , de l'an i 1 00 , où un 
nommé Euuon fait don à la même abbaye de 
diverses terres, situées en Riec, «juxta caslel- 
(I !um de Riec in pago Herbadillico. » Or, ce 
castelluni de Rire, ou de Rié, était situé dans 
le doyenné d'Aizenai. 

' Voyez, plus haut, S II, p. ix 

' Il Le nom d'Aula Quiriaca que porte Guer- 



« rande donne lieu de penser que Guérec y fai- 
Il sait sa résidence ordinaire. Canao y fît aussi la 
l' sienne, et ce lieu étant proche de Nantes, 
1 on ne doit pas s'étonner qu'un évéque de celte 
B ville eust quelque habitude à la cour des 
«comtes bretons.» (D. Lobineau, Hist. de Brel. 
t. I, p. 10.) — Que des Bretons du pays de 
Vannes soient venus s'établir, en grand nombre, 
dans la presqu'île guérandaise, sous Erispoë, 
cela n'est pas douteux. Mais il y a plus : le pays 
avait été antérieurement bretonnisé. Ce qui le 
prouve, c'est l'csislencc, dans le paysdeBatz, 
d'un dialecte ])retou, plus rapproché du léo- 
nard queduvaunetais. Lesiau/iiVriqui habitent 
les villages de Tregaté, termoisan etKerdreau, 
eu Batf, affirment, dit M. liizeul , que leur lan- 
gage breton est bien mieux compris en Léon que 
dans les pays de Vannes, Cornouaille et Tré- 
guier, qu'ils ont coutume de traverser. 



PROLÉGOMÈNES. cvii 

triotes toujours disposés à leur prêter main-forle de l'autre côté de la Vi- 
laine, concevrait-on la facilité avec laquelle Waroch et Vidimacle traver- 
saient le fleuve pour aller ravager le comté nantais? Quoi! les nombreuses 
armées envoyées en Bretagne par les Mérovingiens s'inquiélaient d'avoir à 
passer le fleuve, quoique, sur l'autre rive, les Francs possédassent l'impor- 
tante forteresse de Vannes, et les Bretons, ayant l'ennemi devant et derrière 
eux , se seraient fait comme un jeu d'exécuter continuellement une manœuvre 
aussi dangereuse! Mais les Gallo-Francs n'auraienl-ils pas fini par jeter dans 
la rivière ces bandes audacieuses qui s'en revenaient, dit Grégoire de Tours, 
traînant après elles non-seulement de nombreux prisonniers, mais encore 
le vin qu'on devait boire dans le pays breton 9 Quoi qu'il en soit, il paraît 
certain que, dès ce tcmps-h^, des Bretons, établis, selon toute apparence, 
dans le pays de Guérande, avaient poussé des pointes sur la rive gauche de 
la Loire. Dans une Vie fort ancienne de saint Dalmas on lit, en effet, le 

curieux passage que voici : « Desiderio refertus pontifex Christiani 

«régis Theodoberti tendebat videre prajsentiam, cumque ad illuni devo- 
<: tissimus ardue festinaret in ultra-ligeranis partibus, quodam loco ubi aliqua 
(i(ut ita dicam) legioBritonum manct, vespertinam hospitalitatem habuisse 
'( narratur^. » 

Ces paroles ne prouvent pas, je me hâte de le dire, que les Bretons 
fussent établis, h poste fixe, sur la rive gauche de la Loire, en l'an 533; 
mais la mention d'une legio Britonum in ultra- lùjeranis partibus, puis cette 
autre circonstance que, dans d'anciennes chartes relatives à la paroisse 
de Frossay *, la plupart des témoins portent des noms celtiques, tandis que 
dans le reste du pays nantais, le territoire de Guérande excepté, on ne ren- 
contre que des noms francs"; tout cela ne semble- t-il pas prouver qu'avant 
le ix' siècle une colonie bretonne s'était établie dans la presqu'île guéran- 



' »... Britaiini vaide infesti fucre circu ur- 
» hem namneticam . . . vineas a fruclibiis vacuant . 
" captives abducunt. . . Warochus... omnia 
npostposuit qiia; promisit , vineas Niinmelicorum 
• abstutil, et viudemiam cotligens, vinum in 
«Veneticam Iranstulit. » (Greg. Turon. Eisl. 
Franc. I. V, c. \\x, xxxii;!. IX, c. wiu.) 

- D. Bouquet, Sciipl. Ter. cjall. etfianc. t. III, 
p. i 20, ad ann. 533. — Voyez, au sujet de ce 
passage, les observations de mon savant ami. 



M. Audren de Kerdrel, ancien président de ta so- 
ciété de l'Ecole des chartes, dans le Bulletin ik 
r/lMoc.iref.congrts arcb.de Nantes, 1 845, p.7 2. 

^ Ces chartes, chose à noter, furent citées 
au congrès de i8i5, par le vénérable M. Bi- 
zcul, qui depuis. ... (V. Bull, de l'Assoc. brct. 
i8i5, p. 72.) Personne n'ignore que Frossay 
est sur la rive gauche de la Loire. 

* Voyez, plus loin, mon chapitre sur les /io»ii 
propres. 



cviii PROLEGOMENES. 

daisc ? A l'appui de cette assertion, je puis encore citer quelques vers de 
Fortunat et un passage de la Chronique de Nantes, qui n'avaient pas jus- 
qu'ici fixé mon attention. Voici d'abord les vers adressés par le poète gallo- 
romain à son ami saint Félix , évêque de Nantes : 



Restituis terris quod jura publica petebanl!. . . 
Vox Procerum , lumen generis, defensor plebis, 

Naufragiuiii prohibes hic ubi porlus ades. 
Auctor aposlohciis, qui jura hritannica vincens", 

Tulus in adversis, spe crucis, arma fugas'. 

Ainsi, selon Fortunat, ce qui fait la gloire de saint Félix, c'est d'avoir, 
par l'autorité de sa parole, rétabli l'empire du droit, et empêché les Bretons 
de faire prévaloir, dans son diocèse, leurs institutions politiques [jura hri- 
tannica) et sans doute aussi leurs usages religieux. Or, si les Bretons s'étaient 
bornés à quelques incursions sur la rive gauche de la Vilaine, s'ils n'avaient 
point pris pied dans le pays nantais, comment saint Félix aurait-il donc mé- 
rité le titre doublement glorieux de restanratenr et de défenseur des coutumes 
de son peuple? 

Le passage de la Chronique de Nantes , bien qu'il se rapporte à une époque 
moins ancienne, n'en milite pas moins en faveur de ma thèse. Actard. 
chassé df^ son diocèse par Nominoë, y avait été rétabli par Erispoë, en 85 1\. 
Mais Gislard, l'évêque intrus, n'ayant voulu abdiquer que sous certaines 
réserves, réussit à faire de Guérande le siège d'un petit évêché. Or, quel 
appui Gislard avait -i! donc pu trouver dans le pays nantais, sur la rive 
gauche de la Vilaine, alors que, dans le Haut-Vannetais, les Bretons, on 
s'en souvient^, étaient traités en ennemis par les populations? Le chroni- 
queur nantais répond en ces termes à la question: «Gislardus, quem No- 
« menoius rex episcopum Nannelensem instituerat , ab eadem civitate 
«recessit, et Britonum potentia, apud Aulam Quiriacam (quae ai ipsis Bri- 
M tannis illiiis loci incoUs nunc Guerrandia nuncupalur) hospitatus est*. » 

Cette hospitalité accordée au prélat intrus par les habitants du pays gué- 

' (iJura hritannica, dit D. Bouquet, inter- ^ Fortunat. 1. IlI.carm.V, ad Feiic. Nann. 

cl prctatur Browerus dominalum et impcriuni ad- episc. ap. Script, rer. (jall. t. Il , p. iSo. 

« veiiarum qui trans mare in Armorici parle se- ^ Voy. plus haut, S III, p. xxxïi. 

« des domiciliaqiie fixcrant. ' Voy. Cliron. Kannct. ap. D. Loh. t. II, p. io. 



PROLÉGOMÈNES. cix 

randais (où tout était breton, mœurs, coutumes, noms d'hommes et de 
lieux, etc.), cette hospitalité, dis-je, n'est-elle pas un nouvel argument en 
faveur de mon opinion? 

Au xi" siècle, lorsque la Bretagne fut délivrée du joug des Normands, 
les anciennes divisions territoriales se reconstituèrent, mais non sans de pro- 
fondes modifications. Vers ce temps-là, le pays nantais comptait un grand 
nombre de seigneuries importantes, telles que la Roche-Bernard', Retz^, 
Pontchâteau^, Chàteaubriant*, Donges^, Ancenis'', Guérande'', Blain, Fou- 
geray, Derval', etc. Mais l'histoire de ces grands fiefs, si souvent remaniés 
de siècle en siècle, n'entre pas dans le cadre, déjà trop vaste, de mon tra- 
vail. Aussi bien, d'ailleurs, la carte féodale de la Bretagne sera t-elle pro- 
chainement publiée par l'écrivain le plus compétent sur ces matières, par 
M. Arthur de la Borderie, le savant et infatigable disciple de Dom Lobineau 
et de Benjamin (iuérard. 

S III. 
Divisions ecclésiastiques. — Origines du diocèse de Nantes. 

Au diocèse de Nantes, entre tous ceux de la presqu'île armoricaine, ap- 
partient l'honneur d'une plus haute antiquité. Mais cette antiquité, la 



' La petite ville qui porte aujourd'hui le nom 
de la Roche-Bernard est une ancienne trêve de 
Nivillac, ancien chef-lieu d'un doyenné. En 
1287, le doyenné dit de la Roche-Bernard, qui 
avait de trois côtés des limites naturelles et se 
composait de trente-huit paroisses, renfermait 
plusieurs seigneuries importantes : celle de la 
Roclie-Bernard ( Ilupa Dcrnardi), dont la Roche- 
en-Savenay et la Roche-en-Nort n'étaient que des 
démembrements; la seigneurie de Guérande, 
donnée, en i2o5, à .^ndrc de Vitré, par le roi 
Philippe de France, en échange de la terre de 
Langeais; la seigneurie de Donges, dont les sei- 
gneurs semblent avoir appartenu à la même race 
que celle des sires de Frossay et de Chàteau-Mi- 
gron; la seigneurie de Pontchàteau, l'une des 
plus vieilles baronnies de Bretagne; enlin la sei- 
gneurie de Blain, dont le château, construit par 



le duc Alain Fcrgent, se serait élevé , selon M. Bi- 
ïeul , sur les ruines d'un antique castellum. 

- La haronnie de Relz n'était pas sans impor- 
tance , quoiqu'elle fût bien loin d'embrasser tout 
le territoire de l'ancien pugus Ratiatensis. 

' Cette seigneurie existait dès loio. 

' Le casicllum Brientii fut fondé vers io5o. 

' Rodoald de Donges vivait en 1020. 

" Ancienne seigneurie dont dépendaient les 
chàtellenies de Belligné, la Benate et Varades; 
le château d'Anceuis fut fondé en gAopar Arem- 
burge, femme de Guéreeh, comte de Nantes. 

' Ville fort ancienne et qui renfermait les 
trois paroisses de Saint-Aubin , Notre-Dame-la- 
Blanche et la Colléççiale. 

* Fougeray appartenait, au commencement 
du xiii' siècle, i\ Brient le Bœuf, sirt de Nozay; 
Dcrval est une ancienne chàtellenie. 



ex PROLÉGOMÈNES. 

doit-on faire remonter aux temps apostoliques, ou tout simplement à la 
dernière moitié du m' siècle? La question , longtemps débattue par les maîtres 
de la critique historique, semblait, de nos jours, à peu près résolue, lorsque 
naguère un savant ouvrage de M. l'abbé Faillon' est venu faire naître des 
doutes dans beaucoup d'esprits. 

Je n'ai point l'intention, on le pense bien, de disserter ici sur un sujet 
si vaste et si délirât; mais il importe de recueillir les divers témoignages et 
d'en peser la valeur historique. 

La tradition d'après laquelle saint Clair aurait fondé, dès la fin du i" siècle, 
le sitge épiscopal de Nantes, a été acceptée, sans hésitation, par un émi- 
nent critique, le bollaiidistc Papebrocke '^. Toutefois, nous ferons remarquer 
que cette tradition , inconciliable avec les écrits de Sulpice Sévère et de Gré- 
goire de Tours ^, ne se peut appuyer que sur des documents peu nombreux 
et dont la date est relativement moderne : c'est d'abord un Ordinaire, ou 
rituel abrégé de l'église de Nantes, écrit, en 1268, par le chantre Hélie, et 
dont la bibliothèque de Sainte-Geneviève possède le manuscrit*. Vient en- 



' L'abbë Faillon , ilonuments inédits sur l'a- 
postolat de sainte Marie-Magdeleinc en Provence, 
Paris, M igné, iSiS. — Cf. avec les Origines 
chrétiennes de la Gaule, lettres à Dom Piolin , par 
M. d'Ozouville, Paris, Lanier, i855. 

^ Vovez Bolland. de S. Claro, juiiii t. I, 
p. .5. ■ " 

■'' ... Sub Aurelio Antonini filio, per- 

secutio qiiinta agilata : ac lune primum intra 
Gailias, niartyria visa, serius trans Alpes Dci reli- 
gione suscepta. (Suipic. Sever. Hist. sacr. lib. II, 
c. XXXII. — Voy. aussi Vita S. Martini, cap. MI, 
.Mil, XIV. XV, XVII.) 

Les paroles tle Grégoire de Tours ne sont pas 
moins explicites : « Primns Gatianus episcopus 
«[Turouumj anno imperii Decii primo (260). 
n In qua urbe multitudo paganoram idolatriis dc- 
c dita comniorabatiu-, de quibus nonnullos prae- 
( dicatione sua converti fecit ad Dominum. Sed 
ointerdum occulebat se ab impugnatione potcn- 
< tum . . . ac per cryptas et latibula cuni paucis 
t cbristianis, ut diximus, per eumdem conver- 
c SIS, mvsterium solemuitatis diei dominici clan- 
I culo celebrabat. » (Gréa. Tur. Hist. Franc. X, 



xxxT.) Gréjoire ajoute que saint Gatien mena 
cette vie pendant un demi-siècle. Ce fut sous 
saint Lidoire, qui monta sur le siège de Tours 
trente-sept ans après la mort de Gatien (337], 
que fut bâtie la première église de celte ville : 
Hic œdificavit ecclesiam primam infra urbem 
I' Turonicam, cum jam multi cbristiani esseut. » 
[Ibid.) .^insi, sous l'empereur Constance, les 
habitants de Tours n'étaient pas tous chrétiens. 
Cela est confirmé par un autre passage du vieil 
historien: «Quod siquisrequiret, curposi tran- 
l' situm Gatiani episcopi unus tantum , id est Lit- 
« torius, usque ad sanctum Martinum fuisset epi- 
rscopus, noverit quia, ohsistcntibus paganis,diu 
« cuittts Turonica sinebencdictione sacerdolali fuit. 
« Nam qui chi-istiani co tempore videbautur, oe- 
« culte et per latcbras divinum officium cele- 
«brabant. v> (Greg. Tur. I, XLViii in fine.) Quant 
aux campagnes, il est certain que saint Martin 
les trouva presque complètement païennes. 
(Voyez les chapitres de la Fie de saint Martin 
cités plus haut. ) 

* Manusc. coté BB. L\ 



PROLEGOMENES. cxi 

suite un bréviaire manuscrit de ia même église, composé vers l;i fin <lu 
xiv° siècle K 

I. D'après le rituel, saint Clair, envoyé par le pontife romain et portant 
avec lui l'un des clous employés au crucifiement de saint Pierre, aurait été 
le premier npôtrc et le premier évêque des Nannètes. Ces assertions, il faut 
le reconnaître, sont nettement énoncées; mais il n'est pas dit un mot de 
l'époque où le saint accomplit sa mission-. 

II. L'auteur du bréviaire du xiv'' siècle se montre, au contraire, très- 
explicite sur la question de date. Clanis était, affirme-t-il, l'un des auxi- 
liaires des apôtres; et, pour prouver, apparemment, que rien de ce qui 
concerne le saint ne lui était inconnu, il rapporte que le clou mentionné 
dans le rituel est celui qui attacbait à la croix le bras droit de saint Pierre*. 
Or, l'asserlion d'un écrivain du xiv" siècle, dont on ne sait pas même le nom , 
peut-elle infirmer le témoignage d'auteurs beaucoup plus anciens et qui n'a- 
vaient aucun intérêt à cacber la vérité*? Certes, il faut tenir compte des 
textes oii saint Justin et TertuUien proclament, l'un vers le milieu, l'autre A 
la fin du n' siècle, qu'en tous lieux Jésus-Christ était dès lors invoqué, et 
que là même où n'avaient pu pénétrer les aigles romaines le cbristianisme était 
enseigné^. Mais, sans contester que, dès les temps apostoliques, la Gaule, 
plus accessible que la Bretagne, ait pu recevoir quelques missionnaires de 
la Bonne Nouvelle, ne doit-on pas tenir pour à peu près certain que les 



' Bréviaire ms. de la Bibl. de Nanlcs. 

^ «... Iste Clai'us fuit primus episcopus 
« Ecclesiœ Nannetensis, qiii, missus a romano 
» pontifice, ad eamdem Eccipsiam clavuni quoni 
«B. Petrus habuit in passione secuni dotulil, 
«quein in maxima veneratione habeinus. » (Ma- 
nusc. coté BB. L», Bibl. S. Geu.) 

' « . . Hic , sancturuni diiostoloriun cotisorliu 
« consecutas . . . suum clavum delVrens, B. Peiri 
a pendentis in crucc dextrum perforantem hra- 
t^chimn, urbis Nanneticœ primus ponlifex eflec- 
tc tus est.» (Manusc. de la Bibl. de Nantes.) — 
Ceci se lit dans les leçons de rofllcc de saint 
Clair; dans la deuxième leçon de l'ollice de saint 
Félix, il est dit que « Clarus, primus Nanneten- 
« sium episcopus , ad hanc urbem prœdicandam 
« ab apostolis missus fuit, n 

» On lit dans D. Le Gallois ( Vlannsc. de la Bibl. 



imp. Bl. Mant. n" 44, p. 3o-3i) : n L'amour de 
« la vérité nous oblige de reconnaître qu'on n'a 
« nulle preuve que nos Armoricains aient par- 
ti licipé, dès le i" siècle, aux lumières et aux 
e grâces de la foi. Il n'y a pas même de conjec- 
« turc qui ait la moindre vraisemblance. Au con- 
« traire, il est presque indubitable que le cbris- 
« lianisme n'a été prêché en ce pays que près de 
p trois cents ans après J. C. ce qui est de fort 
Il Lonne heure en comparaison de tant de na- 
« lions beaucoup plus grandes que la nôtre et à 
« qui Dieu n'a pas fait cette grâce. » 

'-■ S.Justin. Diuloij. Tryph. — ii Crediderunt 
«jam Gctulorimi varietates et Matu'orum multi 
11 fines, Hispaniarum omnes termini i;lGaUiuram 
(1 variœ nationes j et Britannorum inaccessa Uoma- 
(I nis loca, Chrislo vero subdita. > (rertnll. udv. 
Judœos, c. VII.) 



XH PROLEGOMENES. 

premières clirétienlës fondées à cette époque eurent une durée éphémère P 
S'il en était autrement, quelle créance mériteraient donc Sulpice Sévère et 
Grégoire de Tours, affirmant l'un et l'autre que le christianisme se répan- 
dit assez tard en Gaule, et que, malgré le zèle de saint Gatien et de saint 
Lidoire , le paganisme régnait encore dans une grande partie de la Tou- 
raine quand Dieu suscita saint Martin ' :' Aussi, les esprils vraiment critiques 
inclinent-ils, pour la plupart, à partager le sentiment de Dom Lobineau qui 
fait mourir saint Clair à Réguiny. à Ja fin du ni° siècle. D'un autre côté, 
ceux-là mêmes qui placent au i" siècle l'érection d'un évèché à Nantes, n'hé- 
sitent pas à reconnaître , avec la commission liturgique du diocèse , que l'œuvre 
accomplie par Clarus ne fut pas définitive, et que saint Similien, auquel le 
double martyre des deux frères Rogatieu et Donatien avait préparé les voies , 
doit être considéré comme le véritable fondateur de l'église nantaise ^. 

Après saint Similien se succédèrent quelques évêques dont l'existence est 
clairement attestée par l'histoire : Evemerus, Desiderius, Léon, Eusebius, 
Nonnecbius, Épiphane. Saint Félix, qui vint ensuite, fut véritablement un 
grand évèque. Ses travaux jetèrent un vif éclat sur son diocèse. Sa cathé- 
drale, ornée avec une rare magnificence, excitait l'admiration des évoques 
gallo-romains du voisinage, et ceux-ci, pour la plupart, voulurent assister 
à la consécration du monument. Parmi ces prélats se trouvaient Euplirone, 
évoque de Tours; Domilien, d'Angers; saint Domnole, du Mans; Victurius. 
de Rennes; Fortunat, do Poitiers, et Romachaire, de Coutances'. On re- 
marquera qu'aucun de ces prélats n'était Breton. Ce serait une preuve de 
plus, s'il en était besoin , qu'entre le clergé de la Romanie et celui de la Bre- 
tagne, «il n'y avait alors de commun, comme parle D. Lobineau, que le 
« lien de la foi et de la charité ^. » 

J'ai dit ailleurs que, des neuf évêques de l'ancien duché de Bretagne, 
six , c'est-à dire ceux de Cornouaille, Saint-Pol-de-Léon, Tréguier, Saint- 
Brieuc, Saint-Malo et Dol, possédaient la seigneurie universelle de leur 
ville épiscopale, tandis qu'il n'en était pas de même à Nantes, à Rennes et 
à Vannes. Cette diversité, on l'explique par ce fait bien simple, que les 

' Grcg. Tur. Hist. Franc. \, %x\i. «lanqiianiprimijîdc/ci renascenles Ecclesiîe uos- 

- oQuis etiam apprime sciât utrum lumen « trse gloriosi fiatres habili fueriiil. » (Missw et 

uEvaiigelii a S. Claro primiUis et paulispcr dif- officia propria diœcesis Nannetensis, Nannetis, 

B fusum , sopitum deinceps et quasi extinctum i856, in-4°, .\ppend. de S. Claro, p. 179-198.) 

a non fuerit , donec denuo et magno fidei con- ' D. Lob Vie de saint Félix jévique de Nantes. 

• fessore S. Similiano fuerit accensuni, ita ul ' Ibidem. 



PROLÉGOMÈNES. cxm 

premières villes sont de fondation bretonne , tandis que les trois autres 
existaient antérieurement. Cependant nous ferons remarquer que saint 
Félix semble avoir rempli, sous les premiers Mérovingiens, la double fonc- 
tion d'évêque et de comte de Nantes, car aucun représentant de l'auto- 
rité royale n'y fut envoyé avant un certain Theudoald, dont il est parlé 
dans la Vie de saint Colomban'. Les immenses travaux que saint Félix fit 
exécuter dans sa ville épiscopale n'autorisent-ils pas à croire, d'ailleurs, 
que le prélat y exerçait une sorte d'autorité souveraineP Cette autorité, 
dans les siècles qui suivirent, fut sans doute amoindrie, et les comtes 
choisis par les rois francs finirent, on le conçoit, par devenir prépondé- 
rants dans Tordre civil et politique. Toutefois, au xiii' siècle encore, la puis- 
sance temporelle des évêques nantais était loin d'être anéantie. Ils n'étaient 
obligés, — nous en trouvons la preuve dans une enquête ordonnée, en 
I 206, par Pliilippe-Auguste, — ils n'étaient obligés ni de prêter le serment 
de fidélité au duc, ni de plaider devant sa cour. En temps de guerre, le 
prince faisait publier le ban de l'ost sur les murs de ville, en son propre 
nom; et il envoyait, tout aussitôt, prévenir l'évêque du jour et de l'heure 
du rendez-vous. Au temps fixé, le héraut du duc convoquait ses hommes, 
et le héraut de l'évêque les vassaux de ce dernier. Quand le prince Guer- 
royait avec ses troupes réunies à celles de févêque, l'armée s'appelait Yost. 
Au contraire, si c'était févêque qui faisait marcher les hommes du duc, on 
nommait harelle la troupe qu'il mettait en campagne. Dans cette harelle, les 
vassaux du seigneur temporel et ceux de l'évêque étaient rangés sous une 
bannière distincte. 

L'amende due par ceux qui ne se rendaient pas à ïost ou à la harelle était 
payée, soit au duc, soit à févêque, par leurs hommes respectifs. 

Durant quinze jours, l'évêque avait le ban da vin dans toute la ville, et il 
en pouvait contraindre les habitants à lui prêter de l'argent. Pendant la 
quinzaine suivante, le prince jouissait des mêmes privilèges. 

Aucune assise, ou règlement général , ne se pouvait établir à Nantes sans 
le consentement de févêque. Le ban de la foire, qui se tenait au marchis 
de la ville, était publié au nom de fun et de f autre seigneur. Quand des 
plaintes s'élevaient sur le poids du pain ou de la viande de boucherie, 
févêque rendait la justice à ses hommes, et le prince aux siens. A la 
mort de févêque, la régale appartenait au duc, qui, toutefois, ne pouvait 

' Vita S. Colomb, apud Acta 0. S. B. sœc. II, n. 47, p. 24. 



cxiv PROLÉGOMÈNES. 

établir aucune taille nouvelle. Dès que la vacance cessait, le chapitre récla- 
mait la restitution de la régale, ce qui se faisait immédiatement, sans qu'il 
y eût obligation pour le prélat de faire acte de présence. 11 n'y avait point 
d'appel des jugements de l'évêque à la cour du duc ^ 

Tels étaient, au commencement du xiii" siècle, les privilèges des évêques 
de Nantes. Ces privilèges, nous l'avons déjà dit, remontaient très-haut, et 
il fallut des siècles pour les effacer complètement. 

$ IV. 

Limites du diocèse de Nantes. 

« Les diocèses, dit M. Guérard, doivent être considérés, sauf (laelques excep- 
i( lions très-rares, comme représentant parfaitement les anciennes cités de la 
« Gaule, et les géographes ont eu raison d'admettre cette correspondance ^. " 

On a lieu de s'étonner, d'après cela, que la géographie ecclésiastique de 
la vieille France n'ait pas été plus tôt étudiée et approfondie comme l'un des 
fondements de sa géographie politique et civile. C'est l'Eglise , en effet, qui, 
en modelant le nouvel ordre ecclésiastique sur l'ancien ordre civil et admi- 
nistratif gallo-romain, a fixé et conservé les limites des territoires et des 
petits peuples dont la Notice s'était bornée à transcrire les noms. — Mais, 
jusqu'à quel point les cités, dont l'administration romaine avait tracé la cir- 
conscription, reproduisaient-elles les anciennes divisions territoriales de la 
Gaule? Chaque cité, comme au temps de César, renfermait-elle plusieurs 
pcigi, et doit-on croire que ces pagi, malgré les vicissitudes du moyen âge, 
sont, en général, d'origine antique, et représentent le pays anciennement 
habité par les peuplades gauloises? Enfin, les archidiaconés , dont on fait 
remonter l'institution au règne de Charlemagne, ont-ils été composés, en 
grande partie, avec les pagi minores, et en reproduisent-ils, assez ordinaire- 
ment, fantique circonscription^? 

Ce sont là d'importantes questions que nous ne nous flattons pas de 
résoudre , mais que nous examinerons du moins avec la plus scrupuleuse 
attention. 

' D. Lob. Hist. (le Bret. Pr. t. II , p. 828. ' B. Guérard, Polypdijae d'Irminon, prolé- 

^ Essai sur le système de divisions tcrritorialrs gomènes , p. 4 1 . 
de la Gaule, p. 87. 



PROLÉGOMÈNES. cxv 

Nous avons tracé plus liaut ies anciennes limites des Nannètes. Leur cité, 
avons-nous dit, était bornée à l'ouest par la mer; au nord-ouest, par la ri- 
vière de Vilaine; au nord, par leSamnon; à l'est, par le territoire des Andé- 
gaves. Ces linu'tes, naturelles de trois côtés, restèrent celles du diocèse de 
Nantes, jusqu'au jour où le jeune Erispoë , vainqueur de Charles le Chauve ', 
obtint du prince la cession définitive du pays de Ratiate, situé sur la rive 
gauche de la Loire, et qui, depuis, n'a pas cessé de faire partie de l'évêché 
nantais. D'autres changements eurent lieu plus tard. Après l'expulsion des 
Normands, lorsqu'une nouvelle Bretagne s'éleva, pour ainsi dire, sur ies dé- 
bris de l'ancienne, quelques paroisses du diocèse de Nantes, Ercé, Messac, 
Fercé, en furent détachées pour être annexées au diocèse de Rennes; et 
voilà pourquoi Ercé s'appelle encore aujourd'hui Ercé-en-la-Mée , c'est-à-dire 
dans l'archidiaconé de la Mée, où Gislard avait étabh, sous Erispoë, le siège 
de son petit évêché^. Lorsque Renaut, comte de Poitiers, livra bataille aux 
Bretons, sur les bords de la Vilaine, Messac appartenait encore au pays 
nantais^. Quant à Fercé, une charte de ii23 atteste qu'il dépendait du 
même territoire *. 

L'évêché de Nantes se composait, en i 287, de cent soixante-six paroisses^. 
Ce nombre s'accrut naturellement avec le temps, comme le prouvent di- 
vers pouillés du diocèse. Dix-huit paroisses, ou trêves, dépendant, au spi 
rituel, de l'évêché nantais, relevaient de l'Anjou, au temporel; c'étaient : 
Freigné et la Cornouaille, sur la rive droite de la Loire, et, sur l'autre 
bord, Chantoceaux, Drain, Landemont, la Varanne, Lire, Saint-Christophe- 
de-la-Couprie , Saint-Laurent-des-Autels, Saint-Sauveur-de-Landemont, les 
trois paroisses de Saint-Jean, de Notre-Dame et de Saint-Jacques-de-Mont- 
faucon; la Renaudière, Saint Crespin et Tillières. Les sept paroisses sui- 
vantes, qui faisaient partie du comté de Nantes, étaient placées sous la 
juridiction de Luçon, au spirituel : Bois-de-Cené , la Garnache, Grand'- 
Lande, Légé, Saint-Etienne-de-Corcoué, Saint-Jean-de-Corcoué et Saint- 
Etienne-des-Bois. 

' Voyez plus haut, p. XXXV. ' Fercé est désigné comme appartenant à 

^ Voyez ci-dessus, p. cviii, et D. Lob. t. II, l'Église de Nantes, dans la charte de 1 1 23, où 

p. 278. Louis le Gros, sur la prière de l'évêque Brice, 

^ «... Collecta magna militum Namneten- confirma diverses paroisses dans la possession 

« sium et Pictavensium multitudine ad Messia- de leurs biens. (D. Lob. Pr. t. II, p. 278.) 

• cum territorii Namnetici pervenit, etc. » [Chr. ^ Voyez le Pouillé de Nantes, p. J07. 

Nann. ap. D. Lob. t. II, p. 37.) 



cm PROLÉGOMÈNES. 

Remouillé et Bouin, deux paroisses du diocèse nantais, étaient situées en 
Poitou. 

Cet état de choses, qui remontait à une époque assez ancienne, a subsisté 
jusqu'à la Révolution française. 

Dans la nouvelle division de la France, toutes les paroisses du diocèse 
de Nantes situées en Anjou dépendent du département de Maine-et-Loire. 

Sept paroisses de l'ancien comté nantais ont été annexées au Morbihan, 
savoir : Camoël, Férei, Nivillac, Penestin, Saint-Dolay, la Roche-Bernard 
et Théhillac. 

Fougcray. l'antique Fulkeriac, a été annexé au département d'IUe-et- 
Vilaine. 

Neuf paroisses, qui appartenaient anciennement, les cinq premières au 
diocèse et les quatre autres au comté nantais, font aujourd'hui partie de la 
Vendée. Ce sont: la Bernardière, la Brufière, Bouin, Cugand, Saint-André- 
de-Treize-Voix, Bois-de-Céné, la Garnache, Grand'-Lande et Saint-Etienne- 
des-Bois. 

Le département de la Loire-Inférieure n'a gagné que trois paroisses, 
Fercé, Noyal-sur-Bruc et Villepot, qui dépendaient de l'évêché de Rennes. 

L'ancien évêché de Nantes comptait huit abbayes : Saint-Gildas-des-Bois, 
La Chaume et Blanche-Couronne, de l'ordre de Saint-Benoît; Buzai, la 
Meilleraye, Geneston, Villeneuve, de l'ordre de Citeaux; enfin Pornic, de 
l'ordre de Saint- Augustin ^ 

Le nombre des prieurés du diocèse s'élevait à plus de cent cinquante. 
J'en ai donné ailleurs la liste par doyennés^. 

S V. 
Subdivisions ecclésiastiques : archidiaconés , climats, doyennés. 

Le diocèse de Nantes, on l'a vu plus haut^, fut partagé, sous le règne 
d'Érispoë , entre deux évêques, et cette scission se prolongea pendant 
près d'un demi-siècle. Mais, lorsque Alain le Grand eut pris en main le 

' V. plus loin Pouillé nantais, p. 5 17, note 1. ciencieux travail qu'il prépare sur l'évêché de 

^ Ibid. p. 52 2. J'aurais pu compléter cette Nantes, 
liste, autant qu'il est possible, si M. l'abbé Gau- ' Voyez plus haut, p. cvni. 

lier, vicaire de Moisdon , avait publié le cons- 



PROLÉGOMÈNES. cxvii 

sceptre de la Bretagne, Fiilclierius, évêqiic de Nantes, auquel était acquise 
la faveur du prince, osa revendiquer et se fit restituer les nombreuses pa- 
roisses écliucs à Gislard , et qui , lui mort, avaient été usurpées par les évêques 
de Vannes ^ Cette portion du territoire nannètc formait l'arcliidiaconé 
de la Mée, arcliidiaconutus de Media, qui renfei'mait les doyennés de Châ- 
teaubriant et de la Roche-Bernard'^. 

Le grand archidiaconé du diocèse, Nannetensis archidiaconatus, archidia- 
conalus major, se composait des doyennés de Nantes, de Ciisson et de Retz, 
situés, le premier sur la rive droite, les deux autres sur la rive gauche de 
la Loire'. 

Au congrès historique de Nantes, en 1 8/i5 , un docte magistrat a exprimé 
l'opinion que les subdivisions ecclésiastiques y doivent avoir été calquées 
sur les circonscriptions féodales; et, cela posé, il a rapproché les quatre 
doyennes nantais des quatre baron nies du pays. Mais le système pèche par 
la base, puisqu'il est certain qu'au xiii'' siècle, en pleine féodalité, févêché 
de Nantes comptait non pas quatre, mais cinq doyennés. 

Il résulte d'un certain nombre de documents du xv" siècle, qu'à cette 



' On lit dans la Chroniqne de Nantes : « Fuit 
(1 Fulcbcriiis [episc. nann. ] Alano valde fami- 
« liai'is et pra) cirteris totius Britannia; cpiscopis 
«dilectus,et parrochiam nannelicam a praede- 
H cessoribus ablatam ausus est usque V icenoniam 
« invadere et ecclesias dedicarc pcr ministeiium 
«episcopale, qnamvis Venetenses episcopi post 
« mortem Gisiardi eam invaserant. » ( D. Ijob. Pr. 
t. II, col. 45.) 

' L'aiTbidiacon(^ de la Mée se composait des 
deux doyennés de la Roche-Bernard et de Cbâ- 
teaubriant. Le premier renfermait trente-huit 
paroisses en 1287, et cinquante -quatre en 
1 5 1 6 -, le second comptait trente-trois paroisses 
au xiii' siècle, et fut réuni, plus tard, au 
doyenné de Mantes, sous le titre de doyenné de 
la Chrétienté , decanatus Cbristianitads. 

H est parlé souvent de l'archidiaconé de la 
Mée dans les preuves de {'Histoire de Bretai/ne. 
(Voyez D. Mor. Pr. t. I, col. 46 , 1 944 , et t. Il , 
p. 704.) 

Le mot Media ne dérive pas, comme on l'a 
dit, du mot mêla, borne, limite; il signifie ré- 
gion méditerranéenne , comme l'atteste ce pas- 



sage du Cartulaire de Redon : «... Tempore 
«illustris Hocl [Nann. comitis] qui Mediter- 
iranea, id est Mediam, singulari prudentia gu- 
« bernabat. » (Voyez p. 33 1 , ann. 1 076.) Ici , évi- 
demment, le mot Media s'applique au comté 
nantais , et de même , dans les passages suivants : 
«... Reddidit (Conanus comes Rhedonensis) 
«urbem nanneticam cum toto comitatu Médite, 
valente ut feriur, lx millia solid. andeg. mo- 
oncta?. » (Robert, de Mont. Chron. ap. D. Mor. 
Pr. t. I, col. i3c, ann. 1 i58.) «... Petiit ut si 
n moriatur, aut in Media, aut in Andecavo , etc. » 
(Lob. Pr. t. II, col. 16g.) «Henricus rcx Anglo- 
orum, etc. episcopo Nannet. et omnibus homi- 
«nibus et Gdclibus suis totius Mrdiœ , salu- 
«lem, etc.» (Voyez Éclaircissements.) 

Le comté de la Mée avait son sénéchal , se- 
nescallus Media. » (D. Mor. Pr. t. I, col. 786.) 

^ h'Evèché de Xaiiles delà la Loire compre- 
nait pourtant, au. Mil" siècle, un certain nombre 
de paroisses situées sur l'autre rive du fleuve 
(doyenné de Nantesj.Cette désignation avait sur- 
vécu à la destruction du petit évêcké de Gislard. 
( Voyez D. Mor. Pr. t. III, col. 4o2, 407, 4 61.) 



cxviii PROLEGOMENES. 

époque existait, dans le diocèse, une autre subdi\ision topographique, 
la subdivision par climats. 

Le climat n'embrassait pas d'abord la même étendue territoriale que le 
doyenné; le climat d'outre-Loire, par exemple, renfermait les deux doyen- 
nés de Clisson et de Retz; le climat deçà la Loire, les doyennés de 
Nantes et de Chàteaubrlant. Mais, vers le milieu du xvii' siècle, les mots 
climat et doyenné s'appliquent à la même circonscription '. 

En résumé, il résulte de nos propres recherches et de celles de plu- 
sieurs érudits, que si, du ix' au xviii° siècle, l'évèché nantais a toujours 
compté deux archidiaconés , le nombre de ses climats et de ses doyennés a 
plusieurs fois varié, comme on en peut juger par les tableaux suivants : 

I. Au xv" siècle : 

1 . Climat d'outre-Loire ; 

2. Climat deçà la Loire; 

3. Climat de Guérande. 

II. Vers le milieu du xvi" siècle : 

1 . Climat de Nantes ; 

2. Climat d'outre-Loire; 

3. Climat de Chrétienté^. 

III. Au xvn" siècle : 

1. Climat nantais; 

2. Climat de Chrétienté; 

3. Climat de Clisson; 
à- Climat de Retz. 

Les doyennés subirent aussi plus d'un remaniement : 

I. Du Mil' au xv' siècle : 

1. Doyenné de Nantes; 

2. Doyenné de Clisson; [ archidiaconé de Nantes. 

3. Doyenné de Retz; 
Ix. Doyenné de la Roche-Bernard; 
5. Doyenné de Châteaubriant; 



archidiaconé de la Mée. 



' Voyei le Fouillé de Nantes, p. 507 et ^ Nous donnons ce pouillé du xvi* siècle 

suiv. dans nos Éclaircissements. 



PROLEGOMENES. cxix 

II. Au xvi" siècle : 

1 . Doyenné de la Chrétienté (Nantes et Chàteaubriant) ; 
a. Doyenné de la Roclie -Bernard ; 
3. Doyenné de Clisson; 
/i. Doyenne de Retz. 

III. Aux xvii° et xviif siècles : 

1. Doyenné (ou climat) nantais; 

2. Doyenné (ou climat) de la Chrétienté (Chàteaubriant); 

3. Doyenné (ou climat) de Clisson; 
k. Doyenné (ou climat) de Retz. 

De ces tableaux comparés ressortent les faits que voici : 

1° En laSy, le diocèse de Nantes, divisé, depuis les Carlovingiens , en 
deux archidiaconés, était partagé en cinq doyennés, dont trois sur la rive 
droite et deux sur la rive gauche de la Loire; 

2° Au xv" siècle, une autre subdivision topographique s'établit, sous le 
nom de climats, et ces climats, au nombre de trois, comprennent les cinq 
doyennés des temps antérieurs; 

3° Vers le milieu du xvi° siècle, dans le but sans doute d'établir plus 
d'ordre et de régularité dans l'administration diocésaine , les climats sont 
remaniés : ceux de Nantes et de la Chrétienté comprennent tout le terri- 
toire de la vieille cité nannète, c'est-à-dire les trois doyennés de Nantes, de 
la Roche-Bernard et de Chàteaubriant, sur la rive droite de la Loire; le climat 
d'outre-Loire renferme les doyennés de Clisson et de Retz, c'est-à-dire la 
portion du territoire poitevin annexée à la Bretagne depuis le ix' siècle ; 

h° Les cinq doyennés du xni° siècle n'en forment plus que quatre, au 
xvi°, par la réunion des deux anciens doyennés de Nantes et de Chàteau- 
briant en un seul nommé clecanatiis Chris danitatis ; 

5° Au xvin" siècle , un nouveau changement s'opère : le decanatns Chris- 
tianitatisse dédouble pour former deux doyennés distincts : celui de Nantes, 
qui englobe la Roche Bernard , et celui de la Chrétienté (Chàteaubriant) '. 

' A l'appui des assertions qu'on vient de lire des visites faites en i6S3 , i68i , i685,i68'), 

nous pouvons citer: i° un procès-verbal de la visite i68g, par le R. P. Antoine Binet, abbé de Mclle- 

faito en i638, par M. Gabriel de Beauveau, ray.arcbidiacre de Nantes, 2 volin-rms.;4°rôle 

in-f° ms. appartenante M. l'abbéGautier; 2°pro- de subvention du diocèse de Nantes en 17S9; 

cès-verbal de la visite faite en 1 638, par M. Cou- 5° Mém. sur l'étal du clergé de la Bretaync, par 

perie, archidiacre de la Mée; 3° procès-verbaux Dom Toussaint de Saint-Luc, 1689,!, lig. 



cxx 



PROLEGOMENES. 



S VI. 

Les Rhedons. — Leur capitale. — V oies romaines. 

César, dans ses Mémoires sur la guerre des Gaules , ne fait , pour ainsi 
dire, que désigner les Rhedons. Il les range parmi les nations qui habi- 
taient dans le voisinage de l'Océan, et qui, après avoir subi, sans résistance, 
en l'an 5 7 avant Jésus-Christ, le joug de la domination romaine, n'en four- 
nirent pas moins, un peu plus tard, un contingent de six mille hommes à 
\ ercingétorix ^ On sait que, vers la fin de la guerre des Gaules, les cités 
armoricaines prirent les armes pour secourir les Carnutes révoltés". Il est 
possible que les Rhedons ne soient pas restés étrangers à cette levée de 
boucliers. On en peut douter, cependant , lorsqu'on voit ce peuple ne prendre 
aucune part à la lutte des Vénètes au secours desquels les guerriers de l'île 
de Bretagne s'étaient eux-mêmes empressés d'accourir'. 

Le territoire des Rhedons était compris entre la mer et les rivières de 
Rance, de Meu et de Samnon. Leur littoral avait donc peu d'étendue, ce 
qui explique, jusqu'à un certain point, l'erreur de Ptolémée, qui, malgré 
l'assertion formelle de César, les a placés dans l'intérieur des terres, sur les 
bords du fleuve Licjer *. 

La capitale des Rhedons, dont César ne parle pas (ce qui ne veut pas 
dire qu'elle n'existait pas alors*), la capitale des Rhedons portait le nom de 



' I Eodem tenipore a P. Crasso , quem cum 
«iegione una miserai ad Venelos, Unellos, 
«Osismios, Curiosolitas, Sesuvios, Auiercos, 
«Rtiedoncs, qua" sunl maritima» ci\ liâtes Ocea- 
«numqueallinguDl, cerlior faclusestomnes eas 
« civitates in dilionem poleslalemque populi ro- 
■ mani esse redaclas.» (Caesar, deBello <jalL II, 
xxxiT. — Ibid. 1. VII, cap. lxxv. ) 

* . . . Carnutes .... datis obsidibus , veniunl 
«in deditionem , ceterœque civitates, posita; in 
Bullimis Gailiœ Cnibus , Oceano conjunclœ, 
• qua? Amioncœ appeliantur, auctoritate ad- 
«duclœCarnulum, adventu Fabii legionuraque 
I imperata sine mora faciunl. » (De Bell. gall. 
VIII, xxsi.) 

■' Parmi les alli(5s des Vénètes César cite les 



Osismii, les Lexovii, les Xannetes, les Ambilialij 
les Morini, les Diablintes, \es Menapii. Les Bre- 
tons insulaires furent aussi convoqués. {C<es. 
ibid. III, IX, injinc.) LesCuriosolites ne sont pas 
nommés; mais leur absence, à eus, s" explique 
plus facilement que celle des Rhedons, car une 
légion occupait leur territoire. (Voyez, plus 
loin, le paragraphe relatif aux Curiosolites.) 

* S ] 2. T*^' ovs -Brapà fiév tov Aiyetp^ 'crora- 

fJt-oVf Pni^êoves, œv TsôXis Kovèâje x, jo' 

f»Ç y'. (Plolem. lib. II, édit. Léon Renier, Cu- 
linaire de la Société des antiquaires de France, 
i8i8,p. 26i.) 

' César n'ayant parlé ni de la capitale des 
Vénètes ni de celle des Nannètes , on a conclu 
qu'elles n'existaient pas à l'époque de la con- 



PROLÉGOMÈNES. cxxi 

Condate ', qu'explique la situation de cette ville au confluent des deux 
rivières (V Isola et de Visnoniu. Quelques antiquaires, dans l'ardeur de 
leur patriotisme , font aboutir à Rennes autant et plus de voies romaines 
que M. Bizeul lui-même n'en a conduites h Blain ; mais, par contre, l'Iti- 
néraire d'Antonin et la Table Th(?odosicnne n'en signalent qu'un petit 
nombre. 

I. Voie de Hennés à Carhaix. 

M. de la Monneraye, qui a porté dans l'étude des voies romaines en 
Bretagne la haute sagacité et la critique sévère qui distinguent tous ses tra- 
vaux'-, a fait remarquer que la voie de Rennes à Carhaix ( Vonjaniam) devait 
être la plus importante. Quiconque jettera les yeux sur une carte de Bre- 
tagne partagera cet avis. Et cependant, chose étonnante, c'est dans cette 
direction que les vestiges retrouvés sont le plus rares! Ces vestiges, notre 
savant ami les a recherchés pas à pas, et, grâce à lui, nous pouvons indi- 
quer, à peu près exactement, le parcours de la voie. Elle devait tendre de 
Rennes vers le bourg de Vezins, au nord duquel se voient les remparts 
en terre d'un ancien camp; vers Montfort, où ont été signalés des débris 
romains et un keep jadis très-élevé, mais en partie rasé de nos jours; vers 
le nord d'iffendic, dont le nom paraît renfermer le radical^ï/ip,*, et où l'on 
trouve en abondance des briques romaines. De ce côté, dit-on , un tronçon 
de la voie a été constaté : elle devait passer non loin des vieux châteaux de 
Cahideuc et Boutavent; entre Saint-Méen , où existait l'un de nos plus an- 
tiques monastères, et Gaël, qui renferme des remparts en terre nommés le 
Châtel; un peu au sud, vers Merdrignac, paroisse traversée par un ancien 
chemin portant le nom caractéristique de VEstral; à quelque distance de la 
petite ville de Loudéac, près de laquelle existe un camp à triple enceinte; 



quête. Cependant, bien que les Commentaires vante, où se trouve mentionnt^ l'orJo ( les dé- 

gardent le même silence sur Blain et sur Cor- curions) des Rhedones: 

seult, on ne les tient pas moins pour d'anciennes IMP-CAES'M'ANTONIO 

capitales gauloises. — Ce sont là des contradic- GORDIANO ■ PIO ■ FEL • AVG 

tions ordinaires à l'esprit de système. P-M'TR-P-COS-O'R 

' Î'vt'iSovss, uv 'aôXis KovSdTe.[Plolem. loc. ^ M. delà Monneraye, ancien capitaine d'état- 

sup. cil.) — Ilin. Aiit. L. Renier, Annuaire de la major, ne s'est pas seulement occupe des voies 

soc. des antiq. de France, i85o, p. 21 4.) — romaines. Un remarquable mémoire qu'il a pu- 

oCivitas Piedonum» dit la Notice des provinces. blié sur l'architeclure religieuse en Bretagne a 

On voit encore dans un des parements de la mérité la première médaille d'or au concours 

porte Mordelaise, à Rennes, l'inscription sui- de l'Académie des inscriptions. 

p 



cxxii PROLEGOMENES. 

dans le voisinage du Vieux-Marché, où l'on rencontre également un camp à 
double enceinte, avec un keep; à Laniscat et au midi de Gouarec, dont le 
sol recèle, dit- on, des briques et des monnaies romaines. Enfin, après ce 
parcours, la voie devait se confondre, un peu avant d'arriver à Carhaix, avec 
la route actuelle de Rostrenen. 

II. Voie de Rennes à Avranches. 

Une autre voie liait directement Condate à Ingena (Avranches). Pendant 
cinq à six kilomètres, à partir de Rennes, elle suivait la même direction que 
la route moderne d'Antrain. On a signalé son passage un peu à l'est de Bet- 
ton, puis entre Chané et Mouazé, où elle se nomme chemin de la duchesse 
Anne; à travers la paroisse de Saint-Aubin-d'Aubigné , dans laquelle existent 
deux camps et d'autres débris romains; enfin, dans les paroisses de Gahard, 
de Sens, et sur les landes situées à l'ouest de Romazy. Il est à croire qu'elle 
se dirigeait ensuite , par la commune d'Antrain , sur Avranches. 

III. Voie de Condale à Alauna. 

M. de Gerville a décrit, avec son exactitude ordinaire, la voie de Con- 
date à Alauna. Cette voie se dirigeait de Rennes vers l'ouest et passait non 
loin de Betton où il en existe encore un tronçon. Le président de Robien 
en signale des vestiges dans la commune de Feins [fines], où, comme 
à Aubigné , on lui donne le nom de chemin de la duchesse Anne. Après 
s'être rapprochée de Marcillé- Raoul, elle traverse la forêt de Villecartier, 
la commune deTrans, dans le voisinage du bourg, et vient aboutira la baie 
du Mont-Saint-Michel , au point nommé Palael. C'est vers ce lieu que 
les chartes de l'abbaye de Montmorel placent une borne désignée sous' 
ie nom de petra de Rcdonis et une voie détruite par l'invasion de la mer, 
via de sab mari. Inutile de suivre cette voie à sa sortie de Bretagne, car on 
en trouve une excellente description, jusqu'à son terme [Alauna), dans la 
savante notice de M. de Gerville sur les villes et les voies romaines du Co- 
tentin. 

IV. Voie de Condale à Corseuil et à Erquy. 

La voie de Condate à Corseult et à Erquy partait du pont Saint-Martin . 
près de Rennes, et traversait les communes de Montgermont, la Mézière 
et la Chapelle-Chaussée , à laquelle elle a donné son nom , et où l'on trouve 



PROLÉGOMÈNES. cxxm 

de nombreux vestiges romains; elle passait ensuite par le village de la Barre , 
en la commune de Bccherel , dont le château , construit au moyen Age, avait 
peut-être succédé à quelque ouvrage militaire des Romains, comme on en 
peut citer tant d'exemples; elle traversait la Rance près du Quiou, et lon- 
geait les bourgs de Saint-Carné et d'Aucaleuc. Au delà de Corseult, vers 
Erquy, elle entrait à Plancoët où l'on a découvert, en creusant des quais, 
les débris d'un ancien pont (;onstruit en bois. On connaissait naguère dans 
cette commune un chemin fort ancien appelé le Chemin-Chaussé. Mais, 
en dépit de ce nom significatif, jamais voie ne fut plus pauvrement ja- 
lonnée. Les paroles du poëte se peuvent appliquer ici presque à la lettre : 
Etiam perierc riiinœ. 

Je crois, avec M. de la Monneraye, que d'autres voies romaines devaient 
exister entre Rennes et Saint-Mulo, entre Rennes etiffîniac, entre Rennes 
et Vannes; mais la trace en est complètement effacée, et les données four- 
nies par la Table de Peulinger n'autorisent à tenir pour certaine que la voie 
se dirigeant de Condate vers Erquy, par Corseult ^ 



V. Voie de Rennes à Angers. 



Les vestiges de la voie qui conduisait de Condate k Juliomagus n'ont 
pas besoin d'être recherchés, car son existence est attestée par la Table 
Théodosienne qui findique en ces termes: «Juliomago Combaristum xvi, 
« — Sipia xvi, — Condate xvi; » ce qui fournit, entre les deux points 
extrêmes de la voie, un nombre de quarante-huit lieues gauloises. Les 
deux stations intermédiaires de Combaristum et de Sipia, placées sur une 
ligne droite entre Rennes et Angers, partagent nécessairement en trois par- 
ties égales la distance totale. La première station devait donc se rencontrer 
sur le territoire de Combrée , dont le nom a conservé quelque analogie avec 
celui de Combaristum, et la seconde station à Visseiche (Gwic-Sipia), où, — 
ce que nul n'a signalé, que je sache, — il y avait encore, au moyen âge, 
un bois connu sous le nom de Nemus de Monte-Legio^. 

' tRegineaFano Martis, xiv. — Condate, «qua ilur ad Vicesseciam et nemus de Moitiv 

Axv. {Table Théod. segni. i.) «Legio.r, (D. Mor. Pr. t. I, col. So6.) Évidem- 

'' iiR. Dessoiirfait dédit capeiianiani patris ment uii poste romain avait dû occuper la coi- 

«sui, sciiicet très sexteriatas terra? infra mam line boisée dont il est parlé dans celte cliarte. 



cxxiv PROLEGOMENES. 

VI. Voie de Condate à Condevincum ou Portas Nannetam, par Blain. 

La voie de Condate à Condevincum se dirige de Rennes vers Pontpéan. On 
a signalé son passage dans ia paroisse de Laillé, puis à l'est du bourg de 
Cons (aujourd'hui Bourg-des-Comptes), où existent des débris romains; 
eile passe près de Pléchâtel qui tire son nom d'un antique Castellam^; par 
le village du Perrai; un peu à l'ouest de l'habitation du Plessis-Bardoul et 
sur la lande de Bagaron , où on en retrouve des tronçons parfaitement con- 
servés; elle traverse ensuite la partie ouest de la commune de Bain, con- 
tinue à se diriger vers le sud^ et arrive à Fougeray, où elle reçoit le nom 
àe chemin de la duchesse Anne. Eile se rend de là à Blain, par les communes 
de Pierric, Conquereuil et le Gàvre. 

Tels sont les renseignements, incomplets sans doute mais sûi's, que nous 
avons pu recueillir, et sur lesquels nous appelons l'examen d'une sévère critique. 

Les savants qui liront les chartes de notre recueil ne manqueront pas 
de rem ;u"quer qu'on n'y rencontre pas une seule fois les mots viœ ferratœ, 
calceatœ, stratœ, qui, dans d'auti'es cartulaires, indiquent d'anciennes voies 
romaines''. Or, les expressions viœ pubJicœ, les seules employées dans le 
Cartulaire de Redon , désignent-elles une voie romaine ou bien une route 
ordinaire? Aucun des textes que j'ai sous les yeux ne m'autorise à trancher 
la question. 

La cité des Rhedons paraît avoir été divisée, comme celle des autres 
nations gauloises, en plusieurs paji; mais il est bien difficile, sinon impos- 
sible, de savoir si les subdivisions géographiques, telles que nous les font 
connaître les chartes du moyen âge, correspondaient avec les circonscrip- 
tions anciennes. Nous essayerons, toutefois, de jeter un peu de jour sur la 
question, en traitant de la topographie ecclésiastique du pays rennois. 

Le pagus Redonensis était gouverné, sous les Mérovingiens, par un comte 
franc placé sous l'autorité supérieure d'un duc dont la juridiction s'étendait 
sur plusieurs cités. Le roi Contran, tuteur du jeune Clotaire, confia cet 
office à Beppoien, lorsque celui-ci se fut brouillé avec Frédégonde^. Mais 
Grégoire de Tours, qui raconte le fait, ne donne aucun détail sur l'orga- 
nisation territoriale du pays. 

' V . Chartul. Roton.f. 19/1,253,289. ' Guérard , Carlulaire de Saint- Père de 

■ Dans ce trajet, elle est connue sous le nom Chartres. 
de chemin rennois. * (îreg. Tur. Hiil. Franc. VIII, i2. 



PROLÉGOMÈNES. cxxv 

Sous les Carlovingiens, les divers districts du comté de Rennes furent, à 
ce qu'il paraît, subdivises en centaines dont i étendue était exactement celle 
des grandes paroisses ou vicairies. La centaine de Laiilé etcelle deMolac ren- 
fermaient, en effet, le même territoire que les deux paroisses de ce nom, 
tandis que les petits pays [pngi minores) formaient toujours une circonscrip- 
tion beaucoup plus considérable. 

§ Vli. 
Divisions ecclésiastiques. — Le diocèse de Rennes. 

Selon la tradition, saint Clair, l'apôtre des Nannètes, aurait jeté les 
premières semences de foi chrétienne sur le sol des Rhedons. Toute- 
fois, la fondation de l'évêché de Rennes ne remonte pas aussi haut que 
celle du diocèse de Nantes. Le premier des évèques rennois dont l'exis- 
tence soit attestée par f histoire est Febediolus qui souscrivit, par procu- 
ration, au concile de Fréjus vers tidig '. Viennent ensuite Athenius qui assista 
aux conciles de Tours et de Vannes, en A6i et /i65 ^■, saint Amand, dont 
Rennes possède les reliques, mais ignore absolument les actes; et enfin saint 
Melaine, le conseiller du roi Clovis, le prélat le plus influent au concile 
d'Orléans ', en 5 1 i , auquel revient le double honneur d'avoir effacé , 
dans son diocèse, les dernières traces de l'idolâtrie* et d'avoir converti 
au christianisme les habitants encore païens d'une grande partie de la Vé- 
nétie '•'. 

L'ancien évêché de Rennes était circonscrit dans les limitesque voici ; au 
nord, il avait les mêmes bornes que le département actuel d'IUe-et- Vilaine , 
jusqu'auprès de Pleine-Fougères. De ce point la ligne de délimitation suivait 
un petit affluent du Couesnon, qui coule au sud de la paroisse; elle prenait, 
entre Trans et la Boussac, la direction du midi jusqu'à la forêt de Tanouart 
qu'elle laissait au nord; puis, descendant vers Hédé, elle venait rejoindre le 

' Martfene, Thés, anccdot. t. IV, p. 5-]. « iioriim assertionibus, aucta est... per cunctum 

* Labb. Conci7. t. IV. «diœccsis iliius pagum fides chrislianonim, et 
^ « ...Velut quidam signifer, cnituit.» (/6i£/.) « miserabiiis error jend/iam ab eodem radicitus 

* «... S^pe lustrabat (S. Melanius) eccie- « cviilsus. » (Boit, vi jan. t. I, p. Sag, n. 8.) 

« sias et municipia sibi commissa prasdicando ^ « Erant enim tune temporis Venetenses fiene 

«pacem et confirmando caetera virtulum opéra. tînmes yenl lies. « (Voy. .S. Melun. Ibid. y». 3.Si, 

«Unde, per gratiam Dei prsevaleulibus Evange- n. 23.) 



cxxvi PROLÉGOMÈNES. 

Flusel , un affluent du Meu. Le cours de ces deux rivières dessinait la limite 
du diocèse jusqu'au confluent du Meu avec la Vilaine, sous Blossac: à partir 
de là , c'était la Vilaine qui bornait l'évêché , jusque vis-à-vis de Saint-Ganton 
et un peu au-dessus de Port- de-Roche. De là, une ligne à peu près droite 
allait rejoindre la limite actuelle du département d'Ille-et-Vilaine, non loin 
de Saint-Sulpice-des-Landes. En avançant vers l'ouest, les bornes du dé- 
partement sont exactement celles de l'ancien diocèse, dont on a seulement 
détaché les trois paroisses de Fercé, Noyal-sur-Bruz et Villepôt, pour les 
réunir au département de la Loire-Inférieure. 

La délimitation orientale du département d'Ille-el- Vilaine, en remontant 
au nord jusqu'à Louvigné-du-Déscrt, reproduit exactement l'ancienne fron- 
tière du diocèse de Rennes, du côté de l'Anjou et du Maine. 

Il résulte donc de ce qu'on vient de lire que l'antique cité des Rhedons 
renfermait un territoire plus vaste que l'ancien diocèse de Rennes, et que 
celui-ci n'avait pas, à beaucoup près, l'étendue du diocèse constitué par 
le Concordat. En effet, à ce dernier l'on a ajouté non-seulement l'ancien 
évêché de Dol presque en entier, rhais encore une bonne partie de l'ancien 
évèché de Saint- Malo, c'est-à-dire les doyennés de Bécherel, de Montfort 
et des portions notables des doyennés de Guer et de Lohéac , sans compter 
le Poulet (Pou-Alet) et un certain nombre de paroisses du Poudouvre. Mais 
ce n'est pas tout : dans sa région méridionale, l'évêché de Rennes a con- 
quis sur celui de Nantes la paroisse de Fougeray, et sur l'ancien diocèse de 
Vannes la portion de territoire située au nord du conflucnit de la Vilaine 
et de rOust. 

L'évêque de Rennes était, on s'en souvient ', l'un des trois prélats de la 
péninsule armoricaine auxquels n'appartenait pas la seigneurie universelle 
de leur ville épiscopale. Voici quelle était l'étendue de son regaire-, ou 
domaine temporel. Ce domaine se composait de deux membres : le regaire 
de Rennes et celui de Rannée. Le regaire de Rennes comprenait, outre le 
manoir épiscopal, quelques maisons dans la ville, le faubourg et un certain 
nombre de villages Jiors des barrières, les paroisses rurales de Saint-Gré- 
goire, de la Cbapelie-des-Fougerais, de Saint-Laurent, de Cesson, de Saint- 

' Voy. plus haut, p. cxii. croyons aujourd'hui, avec te jurisconsulte Hé- 

- Nous avions avance , dans un premier ou- vin , que regaire et régate sont deux expressions 

vrage, que te mot regaire dérive des deux termes synonymes. 

hretons reis, royauté, et ker, ville. Mais nous 



PROLÉGOMÈNES. cxxvn 

Jacqiies-de-la-Lande, de Chartres, de Noyal-sur- Vilaine, de Chantelou, de 
Nouvoitou, de Bruz, et enfin de Polignc où l'évêque possédait un fief. 

Le regaire de Rannéc se composait exclusivement des dépendances du 
manoir de ce nom et d'iui certain nombre de maisons situées dans le 
bourg . 

La cour desregaires de l'évêque de Rennes était une haute justice comme 
toutes les juridictions séculières attachées aux évêchés bretons : les appels 
en ressortissaient directement au parlement de Bretagne. Hévin, dans ses 
questions féodales, fait observer que la justice temporelle des évêques était 
une éclipse de la souveraineté, et que c'est pour cela qu'on fappelait rc(j(ile^. 

Indépendamment de tout ce qui a trait au droit de haute, moyenne et 
basse justice, attribué au regaire de Rennes, l'évêque possédait diverses pré- 
rogatives découlant de sa qualité de seigneur féodal. H était, par exemple, 
seigneur châtelain de Bruz^, de Rannée*, de Saint-Jacqaes-de-la-Lande ^, et, 
à ce titre, fondateur des églises paroissiales de Bruz, de Saint-Jacques et 
de Rannée. 

L'évêque de Rennes avait un prévôt féodé, ou oflicier de police, chargé 
des exécutions de la justice des regaires. C'était à la seigneui'ie de Carcé, 



' Nous devons i\ M. Delabigne-Villeneuve, 
dont la science égale la modeslie, la connais- 
sance des documents relatifs aux regaires de 
Rennes. Ce sont : i° quatre aveux rendus à dif- 
férentes époques par les évêques de Rennes 
(i542 , 1618, j646, 1678-1 682) -, 2° un inven- 
taire en deux volumes in-folio des archives de 
la seigneurie des regaires, dressé de 1700 à 
'777' ^° ""^ enquête de chancellerie au con- 
seil de Bretagne pour conslater les franchises 
et immunités des regaires de Rennes; 4° une 
déclaration faite, en 1693, à l'intendance, par 
le procureur fiscal des regaires du diocèse de 
Rennes. — Voy. Mélamjes d'hist. et d'arch. t. II , 
p. 68. 

* Voici, d'aprës les aveux du xvi' et du 
xvn' siècle, quelles étaient les prérogatives par- 
ticulières de la justice temporelle des évêques 
de Rennes : 

«Quelle haulte justice l'évesque et ses prédé- 
« cesseiu-s ont droict d'avoir et sont en posses- 
«sion de tenir de toute antiquité en ladite chas- 
«telenye et paroisse de Bruz 



«Mesme d'instituer ou destituer oUlciers en 
« ladicte juridiction séculière dudict évesque, 
« comme séneschaux , alloués , lieutenant et pro- 
«cureur; les scntances desquels séneschaux, 
«tant en matière civile que criminelle, s'en 
Cl vont à la chambre verte dudict évesque, et de 
« là en la cour de parlement dudict pays et 
(1 duché de Bretagne par mandement et relielï 
« de la chancellerie. » 

^ En sa qualité de châtelain de Bruz, l'évêque 
tenait du roi le manoir épiscopal , maison , jar- 
« dins, bois de fustayes , coulombiers et pcui-pris 
« de la chaslelainve de Bruz en la paroisse dudil 
u lieu, rt 

* En Rannée, l'évêque tenait » un manoir et 
» pourpris qui consiste en maisons , cours , jar- 
« dins et dépost, et un fief en dépendant. 

* En Saint-Jacques-de-la-Lande, l'évêque 
tenait « le manoir, maison , pourprins et chas 
« telainye de Saincl-James-de-la-Lande, tant en 
«jardins et boys que haulte fustaye, environ 
« quatre journaux de terre. » 



cxxvm PROLÉGOMÈNES. 

en la paroisse de Briiz, qu'était attaché cet oflice dont le titulaire était tou- 
jours de race noble. 

Avant de clore ce paragraphe, je dois rappeler une observation déjà con- 
signée plus haut, au sujet de la partie du doyenné de Bain située au midi 
du Samnon. Cette rivière, nous l'avons dit, marquait, avant le ix' siècle, 
la frontière méridionale de l'ancien diocèse de Rennes, car le pays nommé 
la Mée {Media) renfermait tout le territoire compris entre la Vilaine et 
l'Erdre, de l'ouest à l'est, entre la Loire et le Samnon, du sud au nord. 
Les paroisses du doyenné de Bain situées sur la rive gauche du Samnon 
dépendaient donc, à l'origine, de l'évêché de Nantes dont la Mée, on s'en 
souvient, formait l'un des archidiaconés. Mais il est à présumer que l'an- 
nexion de ces paroisses à un autre diocèse s'accomplit pendant la période 
de guerre où les troupes des comtes et des évêques de Rennes et de Nantes 
en venaient si souvent aux mains dans les campagnes qu'arrosent le Sam- 
non, le Cher, le Don et l'Isac, et qui formaient alors comme une sorte de 
territoire contesté. Quoi qu'il en puisse être, l'histoire atteste, du moins, 
que, dèslexii" siècle, les paroisses de Pléchàtel, Messac, Bain, Saint-Sulpice, 
Ercé-en-la-Mée et Teille, sa trêve, faisaient partie du diocèse de Rennes. 

S VIII. 
Subdivisions ecclésiastiques — Archidiaconés et doyennés du diocèse de Rennes. 

On peut constater, à partir du ,xn° siècle, la division du diocèse de Rennes 
en deux archidiaconés : l'archidiaconé de Rennes et l'archidiaconé du Dé- 
sert. Le premier se composait de trois doyennés plus tard réduits à deux 
par la réunion du doyenné de Vandel à celui de Fougères. Voici la primitive 
division de l'évêché, telle que la donne un ancien rentier du chapitre de 
Rennes, rédigé en ilioo : 

]. Archidiaconatus Redonensis inter Aquas (archidiaconé de Rennes): 

1. Decanatus de Vitreyo (doyenné de Vitré); 

2. Decanatus de Vandeloays (doyenné de Vandelais); 

3. Decanatus Filgeriarum (doyenné de Fougères). 

IL Archidiaconatus de Deserto inter Aquas (archidiaconé du Désert) : 
1. Decanatus de Albigneyo (doyenné d'Aubigné); 



PROLÉGOMÈNES. cxxix 

2. Decanatus Castrigironis (doyenné de Châteaiigiron); 

3. Decanatus de Bayno (doyenné de Bain); 

li. Decanatus Guirchiœ (doyenné de la Guerclie). 

Il résulte de ce tableau que chacun des archidiacres avait sous son ins- 
pection un certain nombre de doyennés ruraux. De l'archidiacre de Rennes 
relevaient les trois doyennés de Vitré, Vandel et Fougères; de l'archidiacre 
du Désert, les quatre doyennés d'Aubigné, de Bain, de Châteaiigiron et 
de ia Guerche. On trouve des archidiacres de Rennes mentionnés dans les 
actes de la première moitié du \f siècle'. 

Outre ia juridiction sur les doyennés ruraux, chaque archidiacre avait 
une circonscription territoriale, qui composait son archidiaconé.L'archidia- 
coné de Rennes renfermait vingt-trois paroisses. Borné au sud par le cours 
de la Vilaine, il s'étendait, vers le nord, jusqu'au Couesnon : d'où son 
titre « inter aquas. » 

Vingt-cinq paroisses étaient comprises dans l'archidiaconé du Désert , 
dont le territoire entourait la ville épiscopale non soumise à sa juridiction. 
Il occupait la portion occidentale du diocèse jusqu'aux limites de l'évèché 
de Saint-Malo. De même que l'archidiaconé de Rennes, celui du Désert 
avait des cours d'eau pour limites de plusieurs côtés^ : d'une part, la Meii. 
avec son afiluent le Flusel; d'autre part, la Seiche, qui, elle aussi, venait 
mêler ses eaux à celles de la Vilaine. 

Il est à croire que ces deux archidiaconés, l'un et l'autre bornés par des 
rivières [inter aquas), répondaient à d'anciennes subdivisions territoriales. 

Quelques mots maintenant sur les doyennés. 

Le doyenné de Vitré comprenait la portion occidentale du diocèse, sur 
les confins du Maine; borné au nord par le pays vendelais, il touchait, 
vers l'ouest, à l'archidiaconé de Rennes et au doyenné de Châteaugiron; 
vers le sud, au doyenné de ia Guerche. Il renfermait vingt-trois paroisses. 

Le doyenné de Fougères, auquel fut ajouté, vers le milieu du xv' siècle, 
le doyenné du Vendelais, composait la subdivision la plus considérable du 
diocèse de Rennes, car ii comptait soixante-trois paroisses. Avant la réunion 
des deux doyennés, c'est-à-dire dès le xn' siècle, le Vendelais formait un 
doyenné distinct dont faisaient partie les vingt et une paroisses suivantes : 

' Voy. D. Mor. Pr. t. I, col. SSg, etc. — - C'est-à-dire dans la région de l'ouest et dans celle 
du midi. 



cxxx PROLÉGOMÈNES. 

Vendel , Saint-Sauveur-des - Landes , Saint-Hilaire-des-Landes , Roniagné , 
Javené, Chienne, Bille, Comboiirtillé , Parce, Luitré, Beaucé, Fleurigné, 
la Chapelle-Janson, Dompierre-du-Chemin, Prince, Châtillon-en-Vendelais, 
Montautour, Montreuil-des-Landes, Saint-Christophe-des-Bois , Izé et Mécé. 

Ce pays, ce territoire vendelais, était, selon toute apparence, un pagus 
minor des temps anciens ^ 

Le Coglais et ie Désert (qu'il faut se garder de contondre avec l'archidia- 
conë du même nom) formaient deux autres petits pagi dépendants aussi du 
doyenné de Fougères-. Le Coglais occupait en grande partie le bassin 
de la Valaine (affluent duCouesnon), et possédait huit paroisses : Coglais. 
ie Ferré, Montour, ie Châtellier, Saint-Etienne-en-Coglais, Saint-Germain- 
la-Celle et Saint-Brice-en-Coglais. 

LeDései't, placé à la pointe nord-est du diocèse, et qui, hors de ses 
limites, s'étendait aussi dans le Maine, comprenait les neuf paroisses sui- 
vantes : Louvigné, la Bazouge, le Loroux, Landean, Parigné, Viliamée, 
Poilley, Meilé et Montault. Ces paroisses faisaient partie, au xi" siècle, de 
la ] illicatio ou Viatara Lupiniaci ^. 

Le doyenné d'Aubigné, le plus petit de tous, renfermait dix paroisses; 
ie doyenné de Chàteaugii'on, vingt et une; le doyenné de Bain, vingt; le 
doyenné de la Guerche , vingt-deux. On remarquera que les noms de presque 
tous ces doyennés, par exemple Vitré, Fougères, Aubigné, Châteaugiron , 
Bain, la Guerche, correspondent aux noms des principales seigneuries du 
comté de Rennes. 

S LX. 

Les Vénètes, leurs limites, leurs oppida, leur capitale. — Campagne de César. — 
La Vénétie sous la domination romaine et après l'arrivée des Bretons. 

De tous les peuples armoricains, un seul, on peut le dire, a fait figure 
dans riiistoire : ce sont les Vénètes. Habitués à braver les tempêtes sur 
leurs na\àrcs de chêne, aux voiles d'un rouge somljre*, ils. avaient acquis 
une habileté et ime hardiesse de manœuvre inconnues aux nations qui na- 

' Pajirs J'eniiW/enjii, ap. D. Moi-. Pr. 1.1,894. ' Voyez, sur Louvigné-du-Désert, D. Mor. 

- Ego do S. Floicntio viii acra Pr. t. I, 4io. 

de mea terra in paya qui dicitur Coglcs, etc. ' «Naves tota; facta; ex robore pelles pro 

{ .\pud Blancs-Maiit. n° 45. p. 367.) « veiis alutîeque tenuiter confectse , bas sive prop- 



PROLEGOMENES. 



CXXXI 



viguent suv des mors plus tranquilles. De là leur puissance et une supério- 
rité maritime si bien reconnue' que tout vaisseau fréquentant ces parages 
leur (levait payer un droit de passage ^ Strabon affirme que, maîtres du 
commerce de la Bretagne, les Vénètes avaient, de bonne heure, pris des 
dispositions pour empêcher les Romains de passer dans file, cl que tel fut 
le véritable motif qui conduisit César en Vcnétie ■'. Le fait, s'il n'est certain, 
paraît du moins très-vraisemblable. 

Tout le monde sait que la victoire de D. Brutus sur la flotte des Vé- 
nètes livra ce malheureux peuple à la froide barbarie de César ". A partir 
de ce jour, il n'y eut plus de marine gauloise , et l'habile conquérant put faire 
son expédition chez les Bretons insulaires; expédition sans résultats^, mais 
dont l'eflét, Cicéron le constate, n'en fut pas moins immense à Rome ''. 

Les érudits du siècle dernier ont beaucoup disserté sur la campagne de 
César en Vénétie; et, depuis qu'on s'occupe de dresser une carte de la 



■ lei- lini inopiam, atque ejus usus inscientiam, 
' sive eo, quod est niagis verisimile, quod tan- 
»tas tempeslates Oceani , tantosqnc impetus 
« ventoruni sustiiicri , ac tanta ouera naviuni 
«régi vêtis non satis commode, arbitrantur. » 
(Cses. de Bell. (jull. III , xiii.) César commet évi- 
demment une erreur en disant que tes navi- 
gateurs vénètes employaient des voiles de peau 
très -légère et très -souple. Comment croire 
qu'un peuple dont le commerce était si floris- 
sant, la science nautique si développée, ait pu 
ignorer l'usage du lin, ou bien comment se 
persuader que la pesanteur de ses vaisseaux et 
l'impétuosité du vent, sur ses côtes, exigeaient 
l'emploi de voiles en cuir plutôt qu'en toile ? 
Trempées par la mer et par les pluies , ces voiles 
eussent été bientôt d'un usage impossible; c'est 
du moins l'opinion de tous les marins que j'ai 
consultés. Au surplus, l'erreur de César s'expli- 
que très-facilement. Les habitants de l'ancienne 
Vénétie avaient et ont encore l'habitude de tein- 
dre , avec du tan, les voiles de leurs navires. Les 
Romains ont donc pu , si l'usage existait de leur 
temps, prendre pour du cuir la toile lunnée 
dont se servaient les Vénètes. 

' « llujus civitatis est lonye anipliisimn aucto- 
itrilns nmnis orœ markimir quod et habent 



c naves Veneti plurimas tjuitius in Ërilurmi((ni 

■• uavigare consuerunt ; et scientia atque usu nau- 

llcarum rcrnm rcliquos antecedunt. » (Ca-s. 

de Bell. gall. III , vin.) 

- « ...Omnes fere qui eo mare uti consuerunt 

« liabenf vectigales. » [Loc. sup. cil.) 

•' ;TOffiOf "yào rjaav XûjAueii; tôv sis rï)v 

Bpï|T7av(Kî)r 'BiXùvv, y^pw^evoi tôj è^u-nopiui. [Strab. 

Gcoiy. I. IV, c. IV, édit. Didot, p. 162.) 

'' On ne peut que détester la conduite que 
« tint César contre le sénat de Vannes. » [Précis 

des (jiurres de Jules César, écrit à Sainte-Hélène, 
sous la dictée de Napoléon, par M. Marchand.) 

= » Polest (Ca"sar) videri ostendisse pos- 

« teris, non tradidisse. » (Tacit. Ayricol. xiii.) 

" bO jucundas mibi tuas de Britannia lit- 
d feras!... Quos tu situs, quas naturas rerum 
.' l't locorum , c[uos mores gentis , quas vero pu- 
.> ^nas , quem ipsum vero imperatorem habes ! » 
(Cicer. Epist. ud Quint.) — Suétone, mieux 
instruit que Cicéron , et beaucoup moins enthou- 
siaste , rapporte que César, en dépit de tous ses 
efforts, ne put donner le change sur le peu de 
succès de ses deux expéditions. (Suet. in Cœs. 
XIV. — Cf. avec Napoléon, Précis des gucires de 
Jules César.) 



cxxxii PROLEGOMENES. 

Gaule, le sujet a été repris avec une ardeur nouvelle. Toutefois, comme 
il n'entre pas dans mon plau de traiter la question dans son ensemble, je 
me bornerai à e.>iaminer brièvement quelques assertions assez hasardées, 
selon moi, qu'un érudit vénète s'est efforcé naguère de faire prévaloir'. 

I. Et d'abord, quel chemin César a-t-il suivi pour se rendre dans la 
Vénétie? — Tout le monde sait qu'averti par Crassus que les V'énètes rete- 
naient prisonniers les deux tribuns militaires envoyés chez eux pour de- 
mander du blé -, César, qui se trouvait alors en Illyrie, commanda à son 
jenne lieutenant de faire construire des galères sur la Loire, de lever des 
rameurs dans la province, et de rassembler des matelots et des pilotes^. Cet 
ordre exécuté, le général se hâte de rejoindre son armée cantonnée sur le 
territoire des Carnutes, des Andes et des Turons. Trois légions sont en- 
voyées chez les l'nelles, les Lexoves et les Curiosolites , pour les maintenir 
dans le devoir. Douze cohortes, commandées par Crassus, partent pour 
l'Aquitaine qui! faut aussi contenir. Ces précautions prises. César, avec le 
reste de ses troupes, se dirige vers la Vénétie, où D. Brutus doit le venir 
rejoindre, le plus tôt possible, avec sa flotte et les vaisseaux fournis par les 
Pictons, les Santons et d'autres nations pacifiées : « Q. Titurium Sabinum 
"legatum cum legionibus tribus in Uneilos, Curiosolitas Lexoviosque mittit, 
<< qui eam manum distinendam curet. D. Brutum adolescentem classi galli- 
« cisque navibus, quas ex Pictonibus et Santouis reliquisque pacatis regio- 
«nibus convenire jusserat, prœficit; et, (]nain primani possit , in Venetos pro- 
.( ficisci jubet. Ipse eo pedestribus copiis contendit ''. » 

Ne ressort-il pas clairement de ce texte que, si César ordonne à Brutus 
de se rendre immédiatement en Vénétie, c'est qu'il a résolu de ne se servir 
que là de ses vaisseaux? — Mais, dit-on, un général aussi prudent se se- 
r,iit-il privé de leur concours sans lequel il ne pouvait guère ravitailler 
ses légions? — L'objection accuse beaucoup de distraction, car César dit 

' L'auteur d'une notice intéressante sur la * • Praefectos tribunos^jiie milituni coni- 

campagnedeCésarenVénétie (i4nnuairc(iuA/or6(- « piures in Gnitimas civitates , frumenti com- 

han, 1860-1861) soutient que César dut suivre imeatusqiic petendi causa, dimisit [Crassus] : 

le littoral guérandais, et y enlever de vive force «quo in numéro erat.... M. Trebius Gallus in 

plusieurs oppida, avec le concoui's de sa flotte. j Curiosolitas, Q. Velanius cum T. Silio in Ve- 

Mais cette flotte, le gros temps la retenait en « nctos. (De Bell. galt. lit, vu, in fine.) 

Loire, et, d'ailleurs, elle ne pouvait naviguer ' Ibid. ix. 

que très-difficilement sur l'Océan. (V. Cies. III, * Ihid. si. 
\!v. tnjine ) 



PROLÉGOMÈNES. cxxxm 

formellement, qu'après avoir passé imc grande partie de l'été à faire inuti- 
lement le siège de plusieurs oppida\ il prit le parti d'attendre sa flotte, 
retenue au loin par de continuelles tempêtes*. Or, malgré l'absence de cette 
flotte, est-ce que l'armée romaine n'avait pas su se procurer des subsis- 
tances? Il faut donc le reconnaître, non-seulement pas un mot dans César 
n'appuie l'hypothèse d'un trajet quelconque de ses troupes sur des vais- 
seaux , mais il résulte, au contraire, du texte cité plus haut, qu'armée et 
flotte, chacune de son côté, devaient se rendre en Vénétie, par la voie la 
plus courte [quuin primum possit). 

Cela posé , voici, ce semble, quel dut être l'itinéraire des légions : Parties 
du pays des Andes, où on les avait concentrées, elles ne passèrent pas, 
comme on le prétend, dans le pays des Pictons, sur la rive gauche de la 
Loire, pour franchir ensuite, avec le concours de la flotte, le fleuve à son 
embouchure. Entrées sur le territoire des Nannètes, sans avoir eu de rivière 
à traverser, et laissant à leur droite le massif de forêts, presque impéné- 
trable, qui s'étendait au nord-est de Nantes, elles marchèrent rapidement 
vers la Vilaine, qui fut passée à gué ou sur des radeaux^. Faire exécuter par 
les Romains trois passages de rivière, puis assiéger, avec l'assistance de leurs 
vaisseaux, je ne sais quels oppida du littoral guérandais, quoique Brutus 
eût reçu l'ordre formel de conduire, le plus promptement possible, sa flotte 
chez les Vénètes, me paraît un plan de campagne peu ordinaire, sans 
doute, mais encore moins praticable. 

IL La cité des Vénètes renfermait-elle un oppidum principal, une ville 
chef-lieu? — La question a été posée, et il y a lieu de s'en étonner assuré- 
ment. Que les villes gauloises fussent, en général, de petites forteresses où 



' « Erant ejusmodi fere situs oppidorum , 
«ut, posita in extremis lingulis promontoriis- 

«que, neque pedibus aditum liabeient ne- 

» que navibus ac, si quando niagnitudine 

• operis forte superati , extruso mari aggere ac 
«moiibus.... suis fortimis desperare cœperant, 

" majno numéro naviiwi appuLo sua depor- 

» tabant omnia seque in proxima oppida rccipie- 
« bant. Ibi se rursus iisdera opportunitalibus loci 
" defendcbant. Ilœc eo facilius macjnam /larlem 
« œstatis faciebant , quod nostra; navcs tempes- 
«latibus detinebantnr. » (Ca;s. III, xii in fine.) 

' 0.... Statuit e.r/)cc(andam classem.n [Ibid. 



XIV.) — Or, puisque, pendant la plus grande 
partie de l'été, des vents violents avaient em- 
pêché la flotte de Brulus de se trouver au ren- 
dez-vous assigné par César, avec quels vaisseaux 
ce dernier aurait-il donc assiégé les oppida du 
littoral nanncte, dont, au surplus, il ne dit pas 
un mot ? 

' L'objection tirée du silence des Commen- 
taires sur le passage de la Vilaine, soit à gué , 
soit sur un pont volant, n'est pas admissible. 
Est ce que César parle davantage de l'embar- 
quement prétendu de ses troupes, à l'enibou- 
cbure du fleuve ? 



cxxxiv PROLÉGOMÈNES. 

se réfugiaient, en temps de guerre, les habitants des campagnes, avec leurs 
bestiaux et leurs blés, cela n'est pas douteux. Mais ce n'est pas à dire 
que chaque cité n'ait pas eu son chef-lieu où se tenaient les assemblées, 
d'où partaient les ordres des chefs. Il n'est pas possible , ce semble , que 
les Vénèles , la première des nations maritimes de la Gaule , n'aient point pos- 
sédé , près de l'Océan , un grand élablissement naval, centre tout à la fois de 
leur gouvernement et de leur commerce. Dans mon opinion, c'est à Loc- 
mariaker, où l'on a trouvé de nombreux débris de monuments romains, 
que devait s'élever, avant la conquête, cette capitale dont le territoire, !e 
fait est à noter, est appelé Venetia ' par César. 

Lorsque, jetant les yeux sur une carte de la Bretagne, on examine la posi- 
tion de Locmariaker-, on sent qu'il est impossible que des navigateurs tels que 
les Vénètes en aient pu méconnaître l'importance. Située, en effet, à moins de 
trois quarts de lieue de la grande mer, Locmariaker, dont le nom antique 
nous est inconnu, voit s'étendre devant elle une baie spacieuse et profonde, 
à peu près à égale distance de l'embouchure du golfe appelé Morbihan et de 
l'entrée des deux bras de mer d'Auray et de Vannes. Il est donc permis de 
croire que là se tenaient , prêts à agir, les deux cent vingt vaisseaux qui sor- 
tirent du port, à la vue de la flotte romaine^. Les gigantesques monuments 
primitifs, dolmens et menhirs, qu'on aperçoit, debout ou renversés, non loin 
de la ville; ceux qui couvrent le littoral voisin; enlin, les vastes aligne- 
ments de Carnac et d'Erdeven attestent que, dès la plus haute antiquité, la 
presqu'île et celle qui lui fait face renfermaient une nombreuse population. 
Cette population, à ce qu'il paraît, ne se livrait pas seulement au com- 
merce maritime; l'agriculture était aussi en honneur chez elle, comme le 
prouve la demande de blé adressée par Crassus aux chefs de la cité*. 

' César emploie, pour désigner leur terri- - Le chenal de Locmariaker, à marée basse, 

toire, le nom de t'cHC/ia, qui n'est pas la forme présente une profondeur de quarante à soixante 

« usitée à l'égard des cités de la Gaule, n (D'An- pieds. Abritée par un grand nombre de petites 

ville, Notice Je la Gaule, in-lt°, p. 687.) Le mot îles, la baie qui s'étend devant la ville offre un 

Venetia a été appliqué à tort, par M. Lalleniant, bon mouillage. (V. plus haut, p. i.x.vvi. ce qui a 

au golfe ou grand port du Morbihan. Le même été dit du projet de Richelieu sur Locmariaker.) 

auteur, entraîné par son patriotisme, fait peu- - 0... Quas ubi convenit (romana classis) ac 

plerl'ile de Bretagne par des VdnHes armoricains. «primum ab hostibus visa est, circiter ccxx na- 

Cepcndant César, Tacite et Bèdc, appelés en 1 ves eorum paratissima; atque omni génère ar- 

témoignage, parlent des Belges et des Armori- « morum ornatissim.T , jirojectœ exporlii, nostris 

cains en général, mais nullement des Venrti en adversœ constiterunt. » (C»s. III , .\iv.) 

particulier. ' fhid. Tii. 



PROLÉGOMÈNES. cxxxv 

Après la défaite des Vénètes, leur grand arsenal maritime perdit natu- 
rellement toute son importance. Mais un établissement romain y remplaça 
bientôt l'antique chef-lieu gaulois. Dans ses consciencieuses recherches sur 
Locmariaker, M. Gaillard a déterminé les anciennes limites de la ville. Son 
périmètre devait embrasser une étendue de 600 mètres de longueur, sur 
une largeur moyenne de 220 mètres. Tout cet espace renferme des débris 
romains. Autrefois même, les briques à rebords et à crochets y couvraient 
tellement le sol , que , en 1 822 ou 1 828 , lors de la construction d'un grand 
bassin de radoub k Lorient, l'ingénieur chargé des travaux fit venir de Loc- 
mariaker plusieurs chargements de briques. — Mais n'est-ce pas, dit-on, 
une étrange distraction de chercher dans des débris romains des preuves de 
l'existence d'une ville armoricaine antérieure à la conquête? — L'objection 
n'est pas sérieuse, car il est évident que les conquérants durent occuper en 
Gauie les lieux où les indigènes avaient fondé leurs principalix établisse- 
ments. C'est ainsi que d'anciennes capitales, telles que Condate, \ organiuni, 
Coriosolitum , devinrent des villes romaines assez considérables. 

L'histoire nous apprend qu'au n" siècle le chef-lieu des Vénètes était Da- 
riorigum, qui prit ensuite, comme beaucoup d'autres villes, le nom du peu- 
ple auquel appartenaient ses habitants. Au iv" siècle, époque où s'accomplit 
cette transformation. Vannes était la résidence d'un préfet des Maures- 
Vénètes : « Praefectus militum Maurorum Venetorum , Venetis '. » C'est là , 
sans doute, une preuve incontestable de la haute importance de cette ville, 
qui , vers la même époque, fut entourée d'une muraille composée de pierres 
de petit ajipareil, avec cordons de briques. Mais de ce que Vannes, sous la 
domination romaine , était devenue le chef-lieu de la Vénétie , fon n'a certes 
pas le droit de conclure à la non-existence d'une capitale, chez les Vénètes, 
au temps où l'Armorique était indépendante. 

in. S'il est admis que la ville romaine découverte à Locmariaker avait 
succédé à l'antique capitale des Vénètes, située , comme la plupart de leurs 
oppida, «in extremis lingulis promontoriisque '^, » la question de savoir en 
quel lieu la flotte de Brutus fut attaquée doit paraître à peu près résolue. 
En effet, les vaisseaux vénètes, employés, pendant presque tout l'été, à trans- 
porter d'un oppidum dans un autre les biens et les personnes des indigènes'', 
devaient se tenir en observation i\ Locmariaker, vis-à-vis de la presqu'île de 

' Noiii. dign. imp. rom. p. i i,i , Labbe, Pari- * Ca?s. de Bell, tjall. [II, xii. 

siis, i65i, in-i 2. ■* Ibid. in fne. 



cxxxvi PROLEGOMENES. 

Rhuys, où l'arniëe romaine était campée depuis plusieurs mois'. Dès que 
parurent les vaisseaux de D. Brutus, les deux cent vingt navires des Vé- 
nètes, disent les Commentaires, sortirent du /)or<, et commencèrent l'attaque^. 
Or, en ce moment-là, César et son armée occupaient, à peu de distance des 
combattants , des collines d'où le regard , plongeant sur la mer, pouvait aper- 
cevoir le moindre fait d'armes : (c In conspectu Cwsaris atque omnis exer- 
(1 citus res gerebatur, ut nullum paulo fortins factum latere po.sset : omnes 
Il enim colles ac loca superiora, unde erat propinqiias despectus in mare, ab 
» exercitu tenebantur ^. » 

Il est donc on ne peut plus vraisemblable que la bataille navale, engagée 
parla flotte vénète, au sortir du port, dut se livrer, comme l'a écrit M. de 
Grandpré*, dans l'espace compris entre file de Hœdic et la pointe de 
Saint-Jacques, en la presqu'île de Rhuys. Faire combattre les deux flottes 
dans le golfe du Morbihan, où régnent , à certaines heures de marée, des 
courants irrésistibles, serait une opinion insoutenable, alors même que 
César n'aurait pas déclaré formellement que les vaisseaux armoricains sor- 
tirent du port pour venir attaquer ceux de D. Brutus^. 



S X. 



Durioriqiim, ou Vannes, après la conquête. — Travaux, établissements romains. — 
Les Bretons dans la Vénétie. — Un roi de Vannes. 



La marine vénète anéantie, les Romains, avons-nous dit, transportèrent 
au fond du golfe nommé Morbihan""' le chef-lieu de l'antique Vénétie. Nul 



' César n a pas marqué si ce fut dans te 
» golfe même de la mer fermée , ou au deliors , 
r à l'cnU'ée de l'Océan, que la bataille se donna, 
j La situation du lieu où il ctoit , qui se nomme 
!' eneore le camp de César, en la presqu'île de 
Rhuys, ferait juger qu'on se battit hors du 
golfe, entre Quiberon et Rhuys, proche des 
"Côtes de ce dernier lieu. L'endroit où fou 
. place César a la plus belle et la plus grande 
« étendue de vue sur les côtes qu'on puisse 
" souhaiter, l'œil découvrant aisément de là près 
<■ de trente-cinq lieues de côte , sans parler des 
«îles, et voyant ce qui se passe sur la mer de- 
.■puis le Croiiic, c'est-à-dire depuis i'embou- 



"chure de la Loire jusqu'à la pointe de (Juibe- 
«ron, ce qui est cause qu'on se laisse aisément 
«persuader que la tradition est vraie.» (Dom 
Le Gallois, ms. Blancs-JManl. n° 4J, p. 16.) 

'' Ca-s. de bcU. ijall. III, .xiv. 
IbiJ. 

' .M. de Grandpré, capitaine de vaisseau, 
nous paraît avoir déterminé avec la plus grande 
précision le lieu où les deux llolles en vinrent 
aux mains. 

* Cœs. III, XIV. 

' On a appliqué au Morbihan les mots mare 
conclusum , employés par César. C'est une er- 
reur palpable. (Ca's. de Bell, ijall. III, ix.) 



PROLEGOMENES. cxxxvn 

doute que, depuis cette ëpoquc, Dariorigum , ou Vannes, n'ait été en effet la 
ville principale du pays. Les preuves abondent, on peut le dire, à l'appui 
de cette assertion. 

Sans accepter comme certaines toutes les voies qu'on fait rayonner autour 
de Vannes', on peut admettre, du moins, que, dès les premiers siècles de 
la conquête, cette ville était en communication avec Condevinciim (Nantes), 
avec Condatc (Rennes) , avec Coriosolitam (Corseult), avec Vorganiam (Carhaix) 
et avec Civitas Aquilonia (Locmaria de Quimper). Pour se rendre ;\ cette 
dernière ville, près de laquelle Corisopitam s'éleva plus tard, les Romains 
avaient tracé une voie, parfaitement reconnue depuis sa sortie de Vannes 
jusqu'à Sainte-Anne-d'Auray. De là, cette voie se dirigeait vers Hennebont, 
puis vers Quimperlé, qu'elle laissait un peu au sud, et, traversant la com- 
mune de Melgven, au nord du bourg, elle atteignait, presque au terme 
de son parcours, Locmaria-Hent-Ven, dont le nom est assez significatif^. 

1 . Le long des diverses voies dont nous venons de parler, des bornes 
milliaires, avec inscriptions, ont été retrouvées: l'une d'elles, dédiée à Gal- 
lus (25i-253), était placée à Castennec [Salis); une autre, dédiée à Piavo- 
nius Victorinus (26A-265), a été découverte dans le village de Lescorno, 
en Surzur, sur la voie de Vannes à Nantes^; une troisième, dédiée à Au- 
rélien (troisième année de sa puissance tribunitienne*), existait au village 
de Saint-Christophe, en Elven^-, la dernière, enfin, a été trouvée dans le ci- 
metière de Caro''. 

2. La primitive enceinte de Vannes, dont quelques parties, très-bien 
conservées, sont cachées par des maisons; de nombreuses substructions 
romaines, reproduites par le crayon d'habiles ingénieurs''; des briques à 
rebords, des area, des médailles du haut empire, une statuette en bronze; 
enfin, un grand nombre d'objets, déposés au musée archéologique, témoi- 
gnent de l'antique splendeur de la ville gallo-romaine. 

3. D'Anville place à Rieux une station nommée Diirétie dans la Table 

' Quelques antiquaires font aboutir jusqu'à ' Ann. 273. 

sept voies romaines à Vannes. (V. Éclaircisse- * MAGN • IMP • CAES • AVRELIAN -IN- 

ments.) VICT-TRIB-PO-III- PP. . . 

- i/en(-wn pour Wf nt-Aen, te chemin vieux. " NOB-CAES-C- V-MAXIMIANO ■ F F. 

' Voici l'inscription de cette borne miiliaire — Cette inscription a été découverte par notre 

découverte en i856, et qui a été déposée au savant compatriote M. de Keranfleeh, en i858. 

musée archéologique de Vannes : IMP • CAES ■ ' MM. de Fréminviile et Grégoire, ingénieurs 

PIA'VONIO VICTORINO PIOFEL-AVG. des ponts et chaussées à Vannes. 

R 



cxxxviii PROLÉGOMÈNES. 

Théodosienne, et qui servait de point intermédiaire entre Portas-Nannetam. 
et Dartorilain. « Dans l'intervalle qui existe entre Nantes et la ville des Ve- 
« neti , dit le savant géographe , ce que l'on trouve de plus remarquable 
«c'est le passage de la Vilaine; et l'indication de vingt-neuf lieues gauloises, 
K dans la Table, nous y fixe en effet. Le calcul de vingt-neuf lieues de mesure 
«itinéraire étant à peu près de trente-trois mille toises, la ligne directe de 
«Nantes à la Vilaine, près de Rieux, n'en vaut guère moins de trente-deux 
«mille. L'ancienne voie de Nantes à Venues^ tendait vers Rieux, et ne pas- 
« sait point par'la Roche-Bernard comme aujourd'hui. Un ancien chemin, 
« qui paraît être l'ouvrage des Romains , dans la longueur de plusieurs lieues 
«actuelles, indique cette route.» 

Dom Lobineau , dans son Histoire de Bretagne , avait donné les mêmes 
renseignements. 

k. Dans le village de Portanguen , commune de Sainte-Hélène, près de 
Naustang, des briques et des substructions romaines se rencontrent sur un 
assez vaste terrain. En faisant fouiller l'une des habitations du village , 
M. de la Monneraye y a trouvé de nombreux débris de vases , de tuyaux en 
terre cuite incrustés dans les murs et destinés sans doute à distribuer la 
chaleur provenant d'un hypocauste. 

5. Des vestiges d'habitations romaines ont été signalés aussi dans la pe- 
tite anse de Kerguelen, à l'ouest et non loin de l'embouchure du Blavet. 
Or, comme tout près de là s'élève la ville de Port-Louis, anciennement 
nommée Blavet, et qui commande l'entrée de la rade de Lorient, d' An- 
ville y a placé le Blabia de la Notice des dignités de l'empire, où résidait 
le prœfectus militam Carronensiam- . On remarquera, en effet, que, dans le 
document cité, la dénomination de Blabia est précédée ou suivie de celles 
de Vannes, CarbaLx, Avranches, Rouen, Coutances, Grannona, toutes 
villes situées dans la même contrée^. Mais la position tout .à fait impor- 
tante de Blaye, à l'embouchure de la Garonne, les indications fournies par 
l'Itinéraire d'Antonin et par la Table Théodosienne, enfin la conviction 
qu'il faut lire Garronensiam et non Carronensiam militum, ont décidé plu- 

' L'expression moderne Vannes s'éloigne plus ^ Snb ilispositione viri spcctabilis Ducis trac- 

que l'ancienne Venne^ du mot Veneli, en lire- tus armoricani et nervicani : 

ton Guenet on JVenel. oTribunus coliorlis primœ novœ Arnioricae, 

- i\ot.delaGaule,i>. 2(>^-2&b. — Cf.avecl'lti- «Grannona, in iittore Saxonico ; 

néraire d'Antonin et avec la Table de Peutinger. o Prœfectus militum Carronensiam, Blabia; 



PROLÉGOMÈNES. cxxxix 

sieurs savants modernes à rejeter l'opinion très-bien motivée de l'illustre 
auteur de ia Notice de la Gaule. 

6. Enfin, dans le village de Coz-llis, ou de la vieille église, en Plau- 
dren, à Trcaivé (Saint-Avé), au village de L'Elvéno (Noyai-Muzillac), à 
Mané-Bourgerel , au Lodo (en Arradon), des établissements romains ont été 
exhumés, de nombreuses médailles d'empereurs recueillies^ 

La plupart de ces établissements existaient avant la fin du iv' siècle. 
Dans un savant mémoire sur les inscriptions gallo-romaines trouvées en 
Bretagne , M. Bizeul a constaté , en i 856 , que , sur vingt et un monuments 
datés (treize inscriptions et huit médailles), pas un seul n'est postérieur à 
la mort de Constance- Chlore. La raison en est bien simple : c'est que, 
de l'année 3o6 à la seconde moitié du v' siècle, la Bagaudie, le fisc, les 
Barbares avaient fait cesser tous les travaux et ruiné toutes les industries. 
Hors de l'enceinte des villes fortifiées, la vie sociale, en effet, était deve- 
nue, pour ainsi dire, impossible, et, de toutes parts, les champs aban- 
donnés se changeaient en forêts. C'est au milieu d'une dépopulation tou- 
jours croissante que les Bretons arrivèrent dans la presqu'île armoricaine. 
Aussi Guérech, le premier comte du pays nommé Browerech dans notre 
Cartulaire , réussit-il facilement à étendre sa domination des bords de l'Ellé 
à ceux du Morbihan "-*. 

Quant à la ville de Vannes et à toute la partie du pagas Venetensis qui 
s'étendait à l'est de la place jusqu'aux bords de la Vilaine, elles restèrent, 
nous favons dit ailleurs, en dehors du territoire des Bretons. Eusebius, un 
Gallo-Romain, comme son nom l'indique, est appelé roi de Vannes [rex 
Venetensis) par le biographe de saintMelaine^. On s'est demandé quel était, 
en réalité , le genre d' autorité exercé par ce prince qui avait une armée à 
ses ordres, et qui, comme un souverain, disposait de la paroisse de Com- 
blessac en faveur de saint Melaine. Un jeune érudit a vu dans Eusebius 

«Pricfectus militum Maurontm Venetorum, « Prsefectusmilitum Datmatanim, Abrincatis; 

a Vendis; «Prœfectus militum Grannonensium, Gran- 

«Pitefectus Mauroriim Osismiacoiiim, Osis- «nono.» [Not. dignit. imp. rom. Labb. in-i3, 

omiis; p. ii3-iiii.) 

«Prœfectus militum superventorum, Manna- ' Voir plus loin nos Eclaiicisscments. 

«lias; ^ P'ifa i. Ainiioca-, ap. BoU. t. I jun. p. 4 lo. 

(iPnefectus militum Martensium, Aieto; — Vila S. Gur(fcierni, Blancs-Mant. 38, p. 766. 

e Praefectus militum prima; Flavia-.Constantia; ' Vita S. Melan. ap. Boll. vi januar. p. 33i. 

a Prœfectus militum Ursariensium. Rotomago ; 



cxL PROLEGOMENES. 

un princlpalis , ou magistrat suprême de la cité, dont l'autorité muni- 
cipale s'était transformée en une sorte de royauté. L'hypothèse est peut-être 
fondée. Cependant je croirais plus volontiers qu'Eusèbe était l'un de ces 
petits rois qu'avait fait surgir, en Gaule comme dans l'île de Bretagne, la 
révolte de Ziog, et qui, plus tard, conservèrent en grande partie leur puis- 
sance sous la sujétion plus ou moins nominale des empereurs '. 

S XI. 

Des anciennes subdivisions territoriales de la Vénétie. 

Les chartes et les vies de saints fournissent peu d'indications sur les an- 
ciennes subdivisions territoriales de la Vénétie. En effet, les deux petits pagi 
de Rhuys et de Belz sont les seuls dont l'existence soit attestée dans l'histoire. 

Dans la seconde moitié du vf siècle, saint Gildas, fuyant l'île de Bre- 
tagne en proie aux Saxons, était venu s'établir dans une île vénète, située 
en face du pagm de Rhuys ^. Mais un peu plus tard, comme les populations, 
avides d'enseignements, ne permettaient plus au pieux exilé de tenir la 
lumière sous le boisseau, il dut se résoudre à passer sur le continent. Là, 
s'étant dirigé vers un ancien camj) placé sur un monticule, en vue de la 
mer, il y fit bâtir un vaste monastère : « Veniens ad quoddam casti'um, in 
u monte Reuvisii, in prospecta maris sitam, ibi potioris fabricœ construxit 
«monasterium'. » 

Ce récit de l'hagic-raphe nous fait connaître deux faits d'un haut inté- 
rêt : d'abord , l'existence d'un pagas de Rhuys , dès le vi° siècle , et , en second 
lieu, la construction du grand monastère de Sainl-Gildas sur l'emplacement 
même d'un castrum d'où la vue s'étendait sur l'Océan, et dont l'origine re- 
montait sans doute aux Romains. En effet, si l'on veut bien se rappeler les 
paroles de César décrivant le combat naval où les Vénètes furent vaincus, 
on aura peine à ne pas croire , avec nous , que le tertre élevé [collis) d'où les 
légions et leur général contemplèrent la bataille (unde erat propinquus 
despectus in mare) ne soit précisément la colline de Rhuys, mons Reavisii, 

' Voy. LaBorderie,Bio9. bret. p.ligi.^Cf. « conspectu sita est , ibique aliquandiu solitariam 

Bealc Poste's Britaimic rficarr/iM, p. 24-25. « duxit vitam. i [Acla O.S. B.sxc.l, p. 143, 

- « Sanctus Gildas triginta habens annos ve- n. 16.) 
« nit ad quamdam insulam qua; in Reuvisii pagi ' Loco sup. cit. 



PROLÉGOMÈNES. cxli 

sur laquelle saint Gildas fit élever son abbaye, en face de la mer (in pro- 
specta maris '). 

Au nord-ouest du pagus Reuvisias, sur la rive droite du Morbihan , existait 
un autre petit pays dont l'un des anciens doyennes du diocèse de Vannes 
semble avoir reproduit l'antique circonscription. Le pagus de Belz, en bre- 
ton Pou-Belz, comprenait dix-huit paroisses-. Il était borné à l'ouest par 
la mer, depuis la pointe de Quiberon jusqu'à Port-Louis; au nord-ouest, 
par le Blavet; à l'est, par la rivière d'Auray, et il s'étendait, vers le nord, 
jusqu'aux limitesdesparoissesdeLanguidic,Landevant,LandauletPluvigner. 

Une charte de 1029, où il est fait mention, pour la première fois, du 
pagtts de Belz , rapporte que le duc de Bretagne , Alain III , à l'occasion de 
son mariage avec la fille d'Oudon de Chartres, — qu'Alain Caignard, comte de 
Cornouaille, avait enlevée pour lui, — consentit à restituer à ce dernier 
l'île de Guedel (ou de Bellelleen-Mer) et le pays nommé Belz, dont il 
avait été dépouillé pendant sa minorité^. Un peu plus tard, en loSy, Belz 
formait, à ce qu'il parait, un fief assez important, car, dans l'acte de dona- 
tion de l'ile de Sainl-GutwaI , faite à l'abbé Catwallon par le Normand Gurki , 
le nom de Guethenoc de Puuhels se trouve inscrit parmi ceux de plusieurs 
témoins d'un rang Irès-élevé, tels que Robert de Vitré, Alain de Rieux, 
Hervé de Lohéac, Huelin d'Hennebont -'. 

Le petit pagas de Belz est, au surplus, l'un des plus riches de la Bre- 
tagne en moruiments et en souvenirs historiques. C'est, en effet, sur le 
territoire du Pou-Belz qu'existait la capitale des Vénètes, dont de nombreux 
débris romains indiquent encore remplacement, et aux abords de la- 
quelle se trouvent les dolmens et les menhirs les plus remarquables de la 
contrée. Un peu plus loin se dressent les pierres alignées de Carnac et 
d'Erdeven, dont on ignore l'origine, mais qui témoignent de l'antique im- 
portance du pays^. A l'ouest deLocmariaker, en face de Belle-Ile (la lindilis 
des anciens), s'étend la presqu'île de Keberoen ou Quiberon. Dans cette 
baie, dont l'aspect est si triste, deux fois, à dix-huit siècles de distance, la 

' Cf. Cœs. de Bell. (jall. III, ,\iv, in fine, et «huit, reddens ei insuiam Guedel cum pago qui 

Acta 0. S. B. sœc. I, p. i43, u. 16. «dicitur Beels.» (D. Mor. Pr. t. I, col. 34.) 

^ Voy. plus loin le Fouillé de Vannes. " Chartul. Roton. p. 329. 

' 11 ... [AlanusCagnart, cornes Cornubiœ].., ' Les innombrables monuments primitif s dont 

» patemam hcreditatem quum erat juvenis ami- le littoral vénète paraît avoir été couvert attes- 

• serat, sibi reddi et restitui petiit. Quod audiens tent que, dès une époque très-reculée, une po- 

11 Alanus dux libentcr assensum suum . . . prae- pulation considérable s'y était agglomérée. 



cxLii PROLEGOMENES. 

marine du pays a été frappée d'un lamentable désastre ^ Que de luttes, 
pendant le moyen âge, sur ce littoral autrefois couvert de forêts -I La tra- 
dition a perpétué le souvenir des combats homériques livrés contre les 
Normands, depuis l'embouchure de la \ilaine jusqu'à l'entrée du Blavet. Le 
nom des lieux illustrés par la résistance des Bretons s'est transmis d'âge en 
âge, jusqu'à nos jours; et, chose curieuse, on s'entretient encore, dans le 
Pou de Belz, du fameux chef de guerre Harmant, breton ou normand, on 
ne sait, mais dont la vaillance était, à ce qu'il paraît, incomparable^. 

Les documents nous font défaut pour établir si les doyennés de Keme- 
net-Theboé, de KemenetGuingamp , de Porbouet, de Péaule, de Carentoii' 
et les territoires de Vannes et de Rieux correspondaient ou non aux an- 
ciens pagi minores de l'époque gallo-romaine. Nous pouvons conjecturer seu- 
lement que le doyenné de Remenet-Theboé, borné à fouest par l'Ellé, à 
l'est par le Blâvet, devait, en raison de ces limites naturelles, former pri- 
mitivement l'une des subdivisions de la cité des Vénètes. 



S xn. 

Divisions ecclésiastiques. — Le diocèse de Vannes. 

Selon la tradition *, saint Clair, l'apôtre des Nannètes , aurait aussi prê- 
ché la foi dans la Vénétie et dans le pays des Rhedons. Mais, quoi qu'il en 
puisse être , il est certain que l'établissement du diocèse de Vannes ne re- 
monte pas plus haut que la dernière moitié du v" siècle, d'où la preuve , soit 
dit en passant, que toutes les cités désignées dans la Notice des provinces ne 
furent pas, comme on l'a prétendu, des sièges d'évêchés^. C'est en 465, 
dans un concile convoque par Perpetuus, métropolitain de Tours, queVannes 
reçut pour premier évêque l'armoricain saint Patern , qui mourut, peu d'an- 
nées après , chez les Francs où les Goths l'avaient forcé de se réfugier. Mo- 

' La baie de Quiberon, non loin de laquelle nous montre le duc de Bretagne, Alain III, chas- 

D. Brutus anéantit la flotte vénète,ne fut pas sant,en io3 7, dans les forêts de la presqu'île de 

moins fatale à la marine française au xviii' siècle. Keberocn. 

Là furent pris et, quelque temps après, fusillés, ^ C'est à M. Chai-les de Kerandech que nous 

les brillants ufficiers de vaisseaux c[m , dans vingt devons ces renseignements, 

combats, s'étaient signalés contre les Anglais, ' Voy. plus haut, p. i25. 

tous Louis XVI. ' C'est la thèse de MM. d'Ozouville , Bi- 

■ La chaile de Gurki {Cliarlul. Bol. p. 336) zeul, etc. 



PROLÉGOMÈNES. cxuii 

destus , son successeur, dont le nom est inscrit parmi ceux des Pères du concile 
d'Orléans, en 5 i i , mit tout en œuvre, sans doute , pour répandre le christia- 
nisme parmi les pagani de son diocèse. Mais son zèle , à ce qu'il paraît , ne fut 
guère récompensé, car, plus de trente ans après la mort de Patern, les habi- 
tants de la Vénélie étaient encore presque tous païens : « crant cnim tune 
«temporis Vcnetenses pêne omnes gentiles'^.» On a essayé de nos jours, 
comme au xvni° siècle-, de contester ce fait, qui concorde si bien avec les 
assertions de Sulpice Sévère et de Grégoire de Tours. Mais, outre que le 
témoignage du biographe de saint Melaine est décisif, nous ferons remar- 
quer que l'hagiographe félicite fillustre évêque, son contemporain, d'avoir 
effacé, chez les Rhedons eux-mêmes, les derniers vestiges de l'idolâtrie^. 
Or, si dans l'évêché de Rennes, dont la fondation remonte au moins à /iSg, 
des idolâtres se montraient encore du temps de saint Melaine, à plus forte 
raison en devait-il être ainsi, à la même époque, dans l'évêché de Vannes, 
institué depuis si peu d'années et où le druidisme paraît avoir survécu plus 
longtemps qu'ailleurs. 

Quoique les Bretons eussent introduit, dans toutes les contrées où ils s'é- 
tablirent, les coutumes de leur Eglise particuhère, il est certain que, jusqu'à 
l'avènement de Nominoc au trône , le siège de Vannes ne fut pas soustrait 
à la juridiction de la métropole de Tours. Le discours adressé par févêque 
Regalis au duc Ebrachaire , le jour de son entrée dans Vannes, pourrait 
faire croire le contraire; au fond, cependant, les paroles du prélat n'attes- 
tent qu'une chose, c'est que les Bretons faisaient sentir durement leur joug 
au clergé gallo-romain *. 

Les évèques de Vannes, comme ceux de Rennes et de Nantes, prenaient 
presque toujours parti pour les rois francs contre les petits souverains du Bas- 
Vannetais. Aussi , quand l'un de ces derniers s'avisait d'envoyer quelque pré- 
lat vénète en mission près d'un prince mérovingien, celui-ci, mécontent de 
la démarche, condamnait^ l'ambassadeur k l'exil et lui interdisait même de 

' Ap. Boll. Fifo S. Mchin. ad diem VI jaiiuar. o gelioriim asscrtionibus, aucla est eo desudanle 

p. 33i n. 23. Il per cunctum dioecesis iilius/)(ijH»i fuies Cliris- 

^ Personne n'ignore les attaques dirigées » tianorum, et miserabilis errorgentilium ab eo- 

contre Dom Lobineau par Doni Liron , qui s'iii- « dem radicitus evulsus. » (Vila S. Melaiiii,\i jan. 

dignait qu'on fît bonneur au clergé breton de p. 32g, n. 8.) 
la conversion d'une grande partie de la pénin- '' Greg. Tur. Hist, Franc. \, .t. 

suie armoricaine. ' Ihid. V, xvii. 

' »... ['er gratiani Dei, pra-valenlibus Evan- 



cxLiv PROLÉGOMÈNES. 

rentrer plus tard dans son diocèse. C'est ce qui advint, sous Waroch II, à- 
l'évèque Ennius. Cette dépendance imposée à l'église de Vannes par les 
Mérovingiens se prolongea jusqu'au milieu du ix" siècle. Régnier, on se le rap- 
pelle, fut presque toujours en hostilité contre Nominoë, et tel était envers 
Charles le Chauve le dévouement de Suzannus, que Nominoë se crut obligé 
de le faire descendre de son siège. 

Sous le règne du libérateur des Bretons, les limites du diocèse vénète se 
modelèrent exactement sur celles de l'ancienne cité. Le Browerech, après la 
mort de l'intrus Gislard , s'accrut , il est vrai , de plusieurs paroisses du pays 
nantais, usurpées par ses évêques; mais, sur la prière de Fulchric, nous l'a- 
vons dit plus haut, Alain le Grand mit fin à ce désordre ^ Depuis cette 
époque jusqu'à la révolution fi'ançaise, la circonscription du diocèse a peu 
varié. Il avait pour frontière, à l'ouest, le cours de l'EUé et celui de la 
Laita jusqu'au delà de Plouré. A partir de ce point, la ligne de déhmitation 
se dirigeait sur Gouarec, où elle faisait angle sur le diocèse de Cornouaille, 
et, descendant le Blavet jusqu'aux abords de Pontivy, elle allait aboutir, au 
nord-ouest de cette ville, à la rivière d'Oust, qu'elle suivait jusqu'à Maies- 
troit. De Malestroit, la ligne , après avoir décrit plusieurs sinuosités jusqu'aux 
bords de l'Aff, au-dessus du Temple, prenait la direction du sud-est, et gagnait 
la Vilaine qui formait la frontière commune des deux évêchés de Vannes et 
de Nantes. 

Lorsque les circonscriptions départementales furent établies, on crut 
devoir sacrifier les délimitations naturelles à des convenances d'un autre 
ordre. L'ancien diocèse de Vannes , dont l'aspect topographique était des 
plus irréguliers, fut alors ramené à la forme plus simple d'un parallélo- 
gramme. Pour former le nouveau diocèse, on prit, sur l'ancien évèché de 
Saint-Malo, une grande partie des paroisses dont se compose l'arrondisse- 
ment actuel de Ploermel; sur f évèché de Cornouaille, les districts du Faouet 
et de Gourin, plus un certain nombre de paroisses qui dépendent aujour- 
d'hui des cantons de Pontivy et de Cléguérec. Enfin , au département du Mor- 
bihan fut annexé le canton de la Roche-Bernard , enlevé au diocèse de Nantes. 

L'auteur du Pouillé de i 6A6 place six abbayes dans févêché de Vannes, 
et, parmi elles, il cite fabbaye de Notre-Dame-de-laMonge, qui était tout 
simplement le prieuré de Notre-Dame-la -Montjoie, et l'abbaye de Notre- 

' Voy. plus liant, p. cxvii. 



PROLEGOMENES. 



CXLV 



Dame-de-Saint-Pierre, qui n'a jamais existé, li n'y avait clans le diocèse que 
cinq monastères d'hommes. C'étaient les abbayes de Redon, de Saint-Gildas- 
de-Rliuys,deLocminé,dePrièresetdeLanvaux. Une communauté de femmes, 
f'abbaye de la Joie , s'élevait aux portes d'ilennebont. On trouvera plus loin la 
liste des prieurés de l'évcché de Vannes, liste aussi complète que possible '. 



S XIII. 
Subdivisions ecclésiastiques. 



Le diocèse de Vannes, quoi qu'en ait pu penser le docte auteur de la 
Topographie ecclésiastique de la France, ne renfermait qu'un seul archidia- 
coné, dont le titulaire, chose digne de remarque, n'exerçait aucun pouvoir 
.sur les doyennés du diocèse. Ces doyennés étaient au nombre de six, savoir: 

1. Le doyenné de Poubels, ou de Mendon-, qui renfermait dix-huit 
paroisses ; 

2. Le doyenne de Kemenet-Théboé, ou de Guidel, (vingt paroisses); 

3. Le doyenné de Kemenet-Guingamp , ou de Guéméné-Guengamp , (dix- 
neuf paroisses); 



' Dans sa Topographie cccîésutsti(jue de la 
France (p. 210-21 4), M. J. Desnoyers s'eOorce 
de démontrer que le dioci'se de Vannes a été 
partage en deux archidiaconés , de même que 
le grand pays vannctais paraît l'avoir élé en 
deux pays de second ordre, le Vannetais pro- 
prement dit et le Browerech. Employé seul , 
» dit le savant écrivain , le terme pagus Vencdcus, 
« territorium Venelcnse, représente, d'ordinaire, 
«l'ensemble du diocèse de Vannes; mais, em- 
" ployé comparativement avec le nom de Broive- 
irecli, il ne correspond plus, en général, qu'à 
" la partie occidentale , sud et nord-occidentale. » 
A l'appui de ces assertions, M. Jules Desnoyers 
cite d'abord deu.x chartes publiées par Dom Mo- 
rice (Pr.t. I, c. Sog, SSg) et dans lesquelles il 
est fait mention , tantôt de l'archidiaconns patriœ 
Gnerocl, tantôt de Vorchidiaconus Vendis. Mais, 
tout en reconnaissant que le nom de Browerech 
ne désignait , avant l'avènement de Kominoë, que 
le Vannetais breton (c'est-à-dire le pays borné 



au sud par la mer, au nord par le Domnonée, 
à l'ouest par la Cornouaille, à l'est par le pays 
eonlesté, qui s'étendait des murs de Vannes à la 
Vilaine), je ne saurais admettre, avec M. Des- 
noyers, que l'existence des deux archidiaconés 
soit prouvée par les textes les plus positifs. Que 
l'auteur veuille bien me permettre de lui faire 
remarquer que les principaux actes sur lesquels 
se fonde son opinion ne prouvent nullement ce 
qu'il veut établir. En ellet, d'une part, les deux 
archidiacrescitésdansD.iVIor. (Pr. t.I, col. 355- 
356) appartiennent, non pas à l'évcché de Vannes, 
mais à celui de Nantes ; et, d'un autre côté, si, dans 
la charte de l'évéque Mengui , on lit consilio meo- 
rum archidiaconorum (D. Mor. t. I,i3o), ce plu- 
riel s'explique par l'addition des mois et canouico- 
runijauxquels M. Desnoyers n'a pas fait attention. 
'- M. Desnoyers place, d'après les Fouillés 
de Porcelet et d'Alliot, sept doyennés ruraux 
dans i'évêché de Vannes. L'erreur s'explique 
par la distinction établie dans ces Fouillés entre 

s 



cxLvi PROLÉGOMÈNES. 

4. Le doyenné de Porhouet (trente-trois paroisses); 

5. Le doyenné de Péauie (seize paroisses); 

6. Le doyenné de Carentoir (vingt et une paroisses). 

Outre ces six doyennés, i'évêché de Vannes renfermait les quatre terri- 
toires suivants * : 

1. Le territoire de Vannes (trente-trois paroisses); 

2. Le territoire de Rieux (quatorze paroisses); 

3. Le territoire de Redon (quatre paroisses); 

4. Le territoire de Belle-Ile (quatre paroisses). 

Les limites des doyennés, comme celles des territoires, sont indiquées, 
sur notre carte, avec une exactitude qu'il n'a pas dépendu de nous de ren- 
dre plus rigoureuse. 

Le diocèse de Vannes ne comptait pas seulement, comme subdivisions 
ecclésiastiques, un archidiaconé.des doyennés, des territoires, des paroisses ; 
ces dernières étaient elles-mêmes fractionnées en trêves et en frairies. 

On nommait trêves, en Bretagne, de petites églises, ou succursales, dé- 
pendantes d'une église principale. Ainsi, pour ne pas sortir du pays des 
Vénètes, la paroisse de Carentoir renfermait quatre trêves: Haute-Bour- 
donnaye, La Chapelle-Gaceline, La Gacilly et Quelleneuc; la paroisse de 
Lanvaudan, deux trêves : Calan et Locmélé; la paroisse d'Elven, deux 
trêves: Aguenac et Trédion -, etc. On sait que, chez les Bretons insulaires, 
le territoire de chaque petite peuplade était divisé en districts composés 
chacun de cent trêves^ [cantref]. Nous voyons, par les lois d'Hoël le Bon, 



le dccanatiu de Mendone et celui de Pou-Belz , 
qui n'en ont jamais formé qu'un seul. 

' Les deus Fouillés cités plus haut divisent, 
je ne sais d'après cjuels documents, le diocèse 
de Vannes en dix-huit territoires ecclésiasti- 
ques ; d'un autre côté , le P. Toussaint de Saint- 
Luc (Mém. p. 5i), l'ancienne GalUa christiana 
(t. III, p. 1 1 55 ) et D. Beaunier [État des BénéJ. 
Il, 942) indiquent en outre une division du 
diocèse en quatre arcbiprèlrés. Le Pouillé de 
i6i8 donne deux cent cinquante-Iiuit cures et 
trêves àl'évêclié de Vannes. Autant de recueils, 
autant d'indications qui se contredisent les unes 
les autres. 



' Voy. le Fouillé de Vannes, p. igS à Soi. 

^ Cantref, de cant, cent , et tref, trêves. Il y 
avait, selon le code de Gwent [Ancienl laws of 
Wales, éd. in-8°, t. I, p. 620), soixante-quatre 
cantrej' dans le South-Wales. Mais Owen fait 
observer qu'il y a ici une erreur de chiffre évi- 
dente, et qu'il faut lire cyniwds au lieu de can- 
tref. La cymivd ou coinmote ne renfermait que 
cinquante trêves, et celles-ci, nous l'avons dit 
plus haut, étaient composées de quatre gavael. 
Le Cjavael était formé de quatre rhandir: le rlian- 
dir de quatre tyddyn ; le lyddrn de quatre erw. 
(Vid. loc. sup. cit. p. 186.) 



PROLÉGOMÈNES. cxlvii 

que, dans le pays de Galles, les trêyes étaient l'objet de faveurs spéciales, 
lorsqu'une église y était fondée : ((Que si une église est bâtie, avec l'auto- 
((risation du roi (Brenin), sur le territoire d'une trêve habitée par des serfs, 
(( et qu'il s'y trouve un prêtre disant la messe et un lieu de sépulture pour 
(des morts, dès ce moment, la trêve est libre '. » 

La frairie était une subdivision inférieure h la trêve elle-même. Dans le 
diocèse de Vannes, en Tréguer, en Cornouaille, les paroisses renfermaient 
plusieurs frairies , ayant chacune leur chapelle, qui était desservie quelque- 
fois par un prêtre spécial. Nous donnons plus bas'- une sorte de statistique 



' (lOr gwnneir eglwys ogannyat y Brenhin y le 8 juin i58o, par «noble et illustre messire 

« mywn tayavvlrev ac ofleirat yn ocfferenu yn(Ji «Paul Hector Sootfy, comte de Vigelen, abbé 

uaehot yngorfflan hy ryd. Vid y Iref honno • conimandataire du benoist mousticr monsieur 

«oliynny allann. » [Ancient laws or inslitutes of oSainct Sauveur de Redon»: — o Item consiste la 

fVales, London, i84i, in -8°, t. I, p. 542, b dicte paroisse de Braings en dix frairies, sçavoir 

n. VII. ) « la frairie des Bignons , en laquelle est sittué le 

Le passage qui précède est extrait du code «bourg du dict Braings, auquel bourg est sil- 

desDeniètes (Dull Dyved). Dans un autre cha- «tuée l'esglise parrochiale de Sainct Jean de 

pitre du même code [loc. cit. p. 44 A, n. xviii) » Braings, cernée de son cymetyère, contenant le 

on lit les lignes suivantes, qui expriment, avec « tout de la dicte frairie parions, tant en maisons, 

plus de vivacité , la transformation dont je viens « terres arables , prés , communs , landes , bois , 

de parler : « Il y a trois personnes dont la condi- • que autres , six cents quattre vingts dix jour- 

«tion [brcint) s'élève en un seul jour ; d'abord • ncsux ou enyiron.n [Aveu de P. H. Scotjr, ms. 

«le taeocj, ou serf, quand une église est consa- de la Bibl. imp. n° 8o, S. G. F. p. 38 verso.) 

n crée, avec l'autorisation du Brenin, dans une Voici, d'après l'aveu de Scoty, la division, 

n trêve servile ( layawclrej). Alors l'Lonime qui , en forme de statistique , des anciennes paroisses 

« le matin, était serf, se trouve libre le soir. » de Bains, Langon et Brain, qui, toutes trois, 

- On lit ce qui suit dans l'Aveu rendu au Roi, faisaient partie du territoire de Redon. 

PAROISSE DE BAINS. — lO PRAIRIES. 

Frairies. Joumauï de terre. Villages. Malsons. 

I. Des Bignons. "f 690 10 47 

II. De Coulommcl 58 1 9 32 

III. De la rivière d'Oust . -f . . . . 65o 12 4o 

IV. De la Couardière 35o 3 2 5 

V. De Bignon 24o 6 25 

VI. De Blebeuc 3oo 4 22 

VII. De Saint-Marcelin . ■}- 5io 6 3i 

VIII. Du Pont-de-Rcnac . t 38o 6 29 

IX. De Prin (pas d'indication.) lo 99 

X. De Germignac 620 8 44 

ToTAD.\ 4,3;i 74 Sgi 



cxLviii PROLÉGOMÈNES. 

de ces petites agrégations religieuses dont la direction parait avoir été pla- 
cée, assez anciennement, entre les mains d'un petit conseil de fabriciens. 

S XIV. 

Les Osismes. — Situation et limites de leur territoire. — Leur capitale. — Voies 

romaines. — Division de la cité en plusieurs petits états bretons. 

« 

Il n'est pas possible de déterminer avec une rigoureuse exactitude les 
limites du territoire des Osismes. Cependant, d'après certaines données his- 



L 

II. 

III. 

IV. 

V. 

VI. 

VII. 



Prairies. 

Du bourg de Brain 
De la Fouaeraye. . . 
DePlacet 



PAROISSE DE BHAIN. — 8 FRAIEIES. 
Journaux de terre. 



600 
700 

700 



De Rangulais (pas d'indication.) 

De Ganedei 800 

De Lesin ioo 

De Trul 5oo 



VIII. De Serf., 



TOTADX. 



4,100 



PAROISSE DE LANÇON. 



FBAIBIES. 



I. 

II. 

III. 

IV. 
V. 
VI. 
VII. 



Prairies. 

De Saint-Pierre. . . . 
De la Couagleraye . - 

De Bernuy 

De Ballac 

Du Bot 

De Lachenal 



Joumaui de terre. 

5oo 

5oo 

712 — 4 sillons 5. 

5oo 

800 

5oo 



De Caban - (pas d'indication. 



Totaux. 



3,5 12 — 4 sillons i. 



RiCAPITDLATION GÉNÉRALE. 



I. Bains. . 

II. Brain.. 
m. Langon. 

TOTAOX. . 



Frairies. 
10 



Jouruanz de terre. 

4,321 
4,4oo 
3,5i2 



VUlai 



74 
23 
32 



1 2,233 



Villages. 


Maisons. 


3 


32 


4 


35 


2 


24 


1 


38 


6 


5i 


1 


■7 


3 


i4 


3 


32 



23 



Villages. 
3 

7 
4 

4 
3 
3 



33 



Maison». 

29 

4i 
36 
3o 

23 

3o 
39 

228 



Ma 



394 

233 
228 

855 



On trouvera, dans nos Éclaircissements, 
le nom des villages composant chaque frairie, 



avec le nombre des maisons dont se composait 
chaque village. 



PROLÉGOMÈNES. 



CXLIX 



toriques, il. est permis de conjecturer que leur cité renfermait toute la pointe 
occidentale de la presqu'île armoricaine, depuis l'EUé jusqu'à la rivière de 
Lannion (Léguer)'. 

H est fait mention des Osismii, pour la première fois, dans les Commen- 
taires de César. Il nous les montre d'abord déposant les armes à la pre- 
mière sommation faite par Crassus-. Mais bientôt le joug leur pèse, et, 
dans l'espoir de s'affranchir, ils prennent part à la guerre des Vénètes^. 
Vaincus avec leurs alliés, on les voit néanmoins entrer, peu d'années plus 
tard, dans la grande confédération dont le but était de faire lever le siège 
d'Alise*. 

Après la défaite de Vercingétorix , la Gaule, privée de son autonomie, 
fut organisée en province romaine. Cependant il est douteux que les an- 
ciennes divisions territoriales y aient partout subi de grandes modifications, 
puisque la péninsule armoricaine, au début du v" siècle, comptait encore 
le même nombre de cités qu'avant la conquête. 

L Ni César ni Strabon ne parlent de la capitale des Osismes; mais Pto- 
iémée nous apprend qu'elle s'appelait Vorganium^, et, d'autre part, les dis- 
tances fournies par la Table Théodosienne ne permettent guère de douter 
qu'elle ne s'élevât sur l'emplacement de Carbaix*^. La position de cette 
ville, au centre d'un vaste bassin terminé, au nord, par la chaîne des mon- 
tagnes d'Arez, au sud, par celle des montagnes Noires, dut être appréciée 
de bonne heure comme une position stratégique des plus importantes. De 
ià, en effet, on dominait le pays, et l'on pouvait, en cas d'invasion, se por- 
ter rapidement sur tous les points menacés. Cela explique l'empressement 
avec lequel les Romains occupèrent ce district , dès les premiers siècles de 
la conquête. 



' Sur les limites de la cité des Osismii, cf. 
Bizeui, Ballet. del'Ass. bret. IV, 4' liv. p. i4i. 
— Selon D. Lobioeau [Ilist. de Brct. p. 2), les 
Osismes occupaient les évêchés de Léon, de 
Tréguier et une grande partie de celui de 
Quimper. 

' Cses. de Bell. gall. II , xxxiv. 

' ihid.in,ix. 

» Ibid.Mll, LXXV. 

^ «... xai TeAsuTaloi ^SXP' '^'^^ Toëaiou iKpw- 
Tiripiov 0(ji(ryt,iot f ci^v •CToA(« Ovopyâviov i^ yo t> 
ç'. 11 (Ptol. Géog. édit. L. Renier, Annuaire de 



la Société des Antiquaires de France, i848, 
p. 262.) 

^ « Cette ville de Karliez a été l.i piemière 
«en dignilé dans la contrée, selon la tradition 
«qui y subsiste, et D. Lobineau assure cpi'on y 
« découvre, tous les jours, des restes de sa pre 
mière splendeur. [Notice de la Gaule, p.720.) 
Dans mon Essai sur l'histoire, la langue et les 
institutions de la Bretagne armoricaine, jsi snUi 
l'opinion de Camden, qui place Korjaniiini à 
Morlaix. Mais aujourd'hui cela ne me paraît 
plus soutenable. (Voy. Eclaircissements.) 



CL PROLÉGOMÈNES. 

M. de la Tour d'Auvergne-Corret, basant, selon l'usage de son temps, 
tout un système sur une vaine étymologie^ s'est efforcé d'établir que Carbaix, 
sa ville natale, a été fondée par Aëlius, sous l'empereur Valentinien III. Ce- 
pendant, pas une ligne, pas un mot, dans l'histoire, n'indique que le vain- 
queur d'Attila ait jamais pénétré au fond de l'Armorique. Les continuelles 
invasions des Barbares dans l'Empire ne laissaient guère aux Romains, en 
ce temps-là , le loisir de fonder des villes. D'ailleurs , les médailles , les bronzes 
antiques, les innombrables débris découverts à Carhaix , et dont le prieur 
des Carmes de la ville avait formé , avant la Révolution , luie sorte de mu- 
sée, attestaient, dit-on. que les conquérants s'étaient établis, à poste fixe, de 
ce côté, dès l'époque des premiers Césars. 

Les recherches de l'archéologie moderne ont constaté qu'autour de la ville 
rayonnaient un grand nombre de voies romaines : i" voie de Carhaix à 
Vannes, avec une station, nous l'avons déjà dit, à Castennec, sur le bord 
du Rlavct; 2° voie de Carhaix à Cos-Guéodet; on en a découvert un tron- 
çon , au nord de la ville , dans la forêt du Fréau- ; 3° voie de Carhaix à Quim- 
per, dont le tracé n'est pas bien déterminé, quoique son existence ne puisse 
être mise en doute; li° voie de Carhaix à Pouldavy et à la pointe du Raz, 
(plusieurs tronçons retrouvés dans les communes de Cléden, Goulien et 
Beuzec)^; 5° voie de Carhaix à la presqu'île de Crozon , se dirigeant, en 
plein ouest, vers Kergloff, et passant entre les clochers du Cloître et de Plou- 
nevez-du-Fou *; 6° voie de Carhaix vers le Conquet, peu connue, mais qui, 
certainement, devait mettre la capitale des Osismes en communication avec 
le Saliocanas portas; 7° voie de Carhaix vers Plouguerneau ; elle passait un 
peu au sud-ouest du Huelgoet, où existe un ouvrage militaire très-impor- 
tant, nommé le camp d'Arthm'; signalée dans les communes de la Feuillée 
et de Comanna, on la retrouve sur le plateau de Kérilien, où se recon- 
naissent facilement les vestiges d'une station romaine, puis, non loin du 
Folgoet et dans le voisinage d'un camp que M. de ia Monneraye place au 

' Ker-Ahes, « urbs Aêtli. » On sait que le pre- chemin pavé connu sous le nom de Hent-Ahès, 

mier grenadier de France était un philologue en- et qui conduisait de Carhaix à Pouldavy ; puis , 

thousiaste plutôt qu'un critique. de là, aux ruines romaines qu'on trouve vers la 

- Ce chemin, élevé en chaussée, s'appelle pointe du Raz. 
dans le pays Hent-brascos, le vieux grand * Cette direction indique nécessairement 

chemin. pour terme l'un des points de ia presqu'île de 

^ Le chanoine Moreau , dans son Histoire de Crozon , que les Romains n'avaient certes pas 

la Ligue en Bretagne (p. 6 et 55), parle d'un négligée. 



PROLÉGOMÈNES. eu 

sud-ouest du château de Penmarc, et près duquel on a découvert des subs- 
tructions gailo-romaines assez importantes. 

La masse accumulée de débris antiques qui couvrent, pour ainsi dire, 
le sol de Garhaix; l'ensemble de voies romaines qui la mettaient en com- 
munication avec les points les plus importants du littoral osismien, tout cela 
semble indiquer, avec une sorte de certitude, l'emplacement de l'antique 
Vorganium. On a objecté, il est vrai, que les distances fournies par la Table 
Théodosienne entre Dartoritum et Voryiuin ne s'accordent pas avec la posi- 
tion de Garhaix; mais cette assertion, nous l'avons lait observer, est com- 
plètement erronée. En elFet, les vingt lieues gauloises de la Table, cnlre 
Dartoritum et ]a station romaine de Gastennec [Sulis), répondent parfaite- 
ment, sur la carte, à une distance d'environ dix-neuf lieues gauloises entre 
la station et Vannes [Dartoritum); et les vingt-quatre lieues gauloises, entre 
Sulis et Vorgiam, répondent également, sur la carte, à une distance d'en- 
viron vingt-deux lieues gauloises, plus un tiers, entre Gastennec et Ploiiguer 
de Garhaix. Mais ce n'est pas tout ; après le Gobœum promontorium, en remon- 
tant vers le nord, Ptolémée place un port qu'il nomme Saliocanus portas K 
Or, ce géographe, qui ne donncpas aux lieux, comme on le prétend, de 
fausses latitudes, marque cinq degrés de difTérence entre Saliocanus portas et 
Vorganium, et cette différence indique très-exactement la position qu'occupait 
la ville chef-lieu, au centre de la cité osismien ne. Il faut donc reconnaître 
qu'on a eu tort d'identifier successivement Vorganium avec SaintPol-de-Léon , 
Moriaix, Tréguier, Cos-Guéodet, Goncarneau, etc. et que, selon l'expres- 
sion de d'Anville, la ville de Garhaix, par les restes de sa première splendeur, 
montre bien qu'elle a été, dans la contrée, la première en dignité^. 

IL L'emplacement de Gésocribate est aussi resté très-longtemps incertain. 
Gomme Brest est une ville toute moderne, el que, d'ailleurs, les quarante- 
cinq heues gauloises indiquées par la Table entre Vorgium et Gésocribate 
semblent déborder de beaucoup la distance qui sépare réellement Garhaix 
de Brest (trente lieues gauloises), quelques érudils avaient cru devoir, à 
l'exemple de d'Anville, prolonger cette distance jusque vers la pointe du con- 
tinent qui s'avance dans la mer, entre le cap Saint-Mathieu el le Gonquet. 
Mais d'autres géographes ont fait observer qu'entre ce point et Garhaix, on 
n'obtient aussi, sur la carte, qu'une distance insuffisante. Que faire donc? 

' ...(iSTij TÔ T6§aiov axpov SaAitixavos }.iftriv. .. tç ^' v. Ploléni. éd. L. Renier, p. 268. — 
- D'Anville, Notice delà Gaule, p. 720. 



CLii PROLÉGOMÈNES. 

Supposer dans la Table une erreur de copiste? On ne saurait, en général, 
se montrer trop sobre de telles conjectures. Cependant, force est bien de 
s'y arrêter, dans le cas présent, puisque, en promenant sur la carte, autour 
de Carhaix pris comme centre, le compas ouvert à quarante-cinq lieues gau- 
loises, on voit que cette distance ne convient à aucun des points du littoral 
breton. Que si l'bypotbèse d'une erreur de copiste était admise, M. de la 
Monneraye inclinerait à jîlacer Gésocribaie sur le prolongement de la voie 
romaine qui se dirige de Carhaix vers Plouguerneau, non loin de l'em- 
boucbme de l'Abervrac' h et du fort actuel de Céson. Ce point, fait observer 
le savant archéologue, est séparé de Carhaix par une distance d'environ 
trente-cinq lieues gauloises, tandis que, placé à Brest, Gésocribate ne serait 
situé qu'à trente lieues gauloises de Vorgium. L'opinion de M. de la Monneraye 
ne manque donc pas d'une certaine vraisemblance. Toutefois, la classe d'ar- 
chéologie de l'association bretonne ayant découvert, en 1 855 , dans les deux 
courtines qui flanquent la porte du château de Brest, de grands pans de mu- 
raille de construction évidemment romaine, et la preuve étant acquise qu'une 
citadelle s'élevait anciennement en cet endroit, l'opinion que Gésocribate y 
doit être placé a repris, et non sans raison, quelque faveur parmi les érudits. 

IIL On sait que la petite baie qui sépare le cap Saint-Mathieu du Con- 
quet porte le nom de Porsliogan. Ce lieu ne renferme plus aujourd'hui 
aucune trace d'antiquité. Mais on y voyait encore, dans le xvii' siècle, au 
rapport de D. Le Pelletier, les restes d'un quai maçonné et fortement ci- 
menté, où se trouvaient des organeaux destinés à amarrer les navires^. 

IV. Ptolémée donne , dans ses tables , vingt-cinq minutes de difl^érence 
entre Gobœam promonlorium et Vindana portas, qu'il place, dans son éniimé- 
ration géographique, ad Herii Jliiminis ostia. Il faut donc tout d'abord cher- 
cher le Vindana portas, sur la côte sud de la Bretagne, entre l'embouchure 
de la Vilaine et la pointe du Raz. Or, c'est seulement dans la baie et tout 
à fait dans le voisinage de la petite ville d'Audierne , qu'on peut trouver 
un point auquel s'appliquent les indications de Ptolémée. 

' « Liogan est le nom propre d'une anse «liitume. Les vieilles gens du pays, en 169^, 

!■ ou rade foraine enlre 1 abbaye de Saint-Ma- «m'assurèrent qu'ils y avaient vu des anneaux 

"tliieu et le Conquct, en Bas- Léon, sur l'en- «où ion attacbait les navires, et j'y vis encore 

• trée de Brest. C'était apparemment autrefois < la place d'an.» [Dictionnaire de la langue bre- 

' un port... dont la mer a mangé les deux tonne, par Dom Louis Le Pelletier, religieux 

«pointes ou promontoires... Ce port avait un bénédictin de la congrégation de Sainl-Maur, 

«quai maçonné et cimenté de mastic ou de Paris, in-fol. 1752, p. 538.) 



PROLÉGOMÈNES. clih 

V. Douainenez, doiil les jardins sont jonchés de fragments de briques à 
crochets {tegulœ], et où la petite anse de Porscarff, quand les hautes marées 
entraînent les sables au large, laisse apercevoir des murs gallo-romains, 
construits en petit appareil avec briques, Douarnenez fut certainement 
occupé, de très-bonne heure, i)ar les Romains, auxquels l'importance d'un 
tel poste ne pouvait échapper. 

M. Kérihen, station située entre Plouneventer et Ploudaniel , était tra- 
veise par la voie romaine qui se dirigeait de Carhaix vers Plouguerneau , 
en laissant Lcsneven un peu à l'est. Les nombreux fiagments antiques, les 
pièces d'or du haut et du moyen empire, qu'on a recueillis sur ce terri- 
toire, attestent que les Romains y avaient fondé un établissement assez 
considérable. Toutefois, j'en suis fâché pour le patriotisme de M. de Ker- 
danet, il est certain que la ville d'Oxismor ne s'élevait pas plus à K.érilien 
que la capitale des Nannètes à Blain. 

VIL A RoscolV, dans le voisinage du fort Bloscon, le sol est couvert de 
débris romains. M. de la Monueraye s'est demandé si là n'aurait pas existé 
cette célèbre ville d'Oxismor dont parlent si souvent les légendes et qu'on a 
confondue à tort avec la capitale des Osismes. L'hypothèse n'est peut-être 
pas sans quelque valeur. 

Vin. Sur remplacement du faubourg actuel de Locmaria de Quimper 
était située une ville gallo-romaine , où aboutissaient plusieurs voies et à 
laquelle une charte de l'abbaye de Saint-Sulpice donne le nom de Civitas 
Aqailonia ^ . Quelques érudits ont cru devoir identifier Civitas Acjuilonia avec 
Corisopitam ou Quimper; mais f origine de cette dernière ville, on le verra 
plus loin, n'est pas, à beaucoup près, aussi ancienne. 

IX. Les évêques régionnaires du pays trécorois n'habitaient pas seule- 
ment la ville de Lan-Tréguer ^ ; ils avaient, eh outre, avant les invasions 
normandes, une lésidence au village de Cos-Guéodet, auquel des actes du 

' »... Dédit Benedictus episcopus et cornes cela, se diriger vers Quimperlë et Hennebont. 

ulertiam partem ecclesiœ Kernolisan... S. Ma- De Sainte-Anne d'Aurayjus(|u'à Vannes, )a voie 

« ris in Aquilonia Civitule. a ( D. Mor. Pr. 1. 1 , 3gg. est parfaitement connue. 

Cf. I, 1172, où on lit : necciesia B. Mariœ de '■' <• . . . Dei dispositione, ad locuni qni valiis 

«.Aqailone. «) — J'ai dit un mot, plus haut, de la l'Tretor dicitur, veniens (sanctus Tugdiialus), 

voie romaine de Locmaria de Quimper à Vannes. « magnum sedificavit monasterium. . . » ( Vit. nuij. 

Elle a été signalée naguère à sa sortie de Civitas S. Tugduali). Le vieu.\ nom de Tréguer, Laii- 

Aquilonia. Elle passait ensuite à Locmaria Hent- Treguer, attestait l'existence de ce monastère 

Ven (nom significatif), et dans la commune de de Saint-Tugdual. 
Melgveu . au nord du bourg. Elle devait . après 



CUV PROLÉGOMÈNES 

xiii' et du XV' siècle donnent le nom de veiiis civitas et de vieille citéK Or, 
quiconque a visité le Yaudet et les débris de fortifications qui dessinent son 
enceinte, ne saurait douter que là n'ait existé, très -anciennement, un oppi- 
dum, chef-lieu d'un des pagi de la cité des Osismes, et, plus tard, une ville 
romaine dont l'arrivée des Bretons aui'a précipité la décadence^. Situé à 
la pointe d'un promontoire abrupte, et défendu, du côté de l'est, par un 
colossal rempart en terre, Cos-Guéodet montre, sur les autres côtés, les 
restes d une muraille gallo-romaine qui complétait sa défense. On a trouvé 
dans ce lieu des briques à crochets, des fragments de vases, de petites 
meules, des monnaies celtiques, et, ce qui est plus remarquable, quelques 
pièces carthaginoises. 

X. Enfin, à la pointe du Raz, près du village deTroguer, M. de la Mon- 
neraye a reconnu des pans de murs, de construction gallo-romaine, qui 
s'élèvent encore, par endroits, de plusieurs pieds au-dessus du sol. Le vieil 
historien de la Ligue en Bretagne, le chanoine Moreau, parle d'un chemin 
pavé qui, de Troguer, se dirigeait « jusqu'en la ville de Quimper, si entier, 
sauf quelques interruptions, que s'il étoit moderne.» 

Le pays des Osismes, à l'époque où fut écrite la Notice des dignités de 
l'Empire, était placé sous le commanden)ent d'un chef ou duc du tractas 
Armoricanas et Nervicanas, qui avait sous ses ordres le prœfectus militum 
Mauronun Osismiacoram. La résidence de cet officier devait être Caihaix el 
non pas , comme on l'a prétendu, Oxismor, Civitas Aqnilonin , ou tout autre 
point plus rapproché du littoial. 

Vers le milieu du v° siècle, l'Armorique, défendue par un petit nombre 
de soldats romains', était, en quelque sorte, livrée en proie aux Bar- 



' Le mol vêtus cwitas, dont Cos-Guéodet n'est 
que la traduction bretonne, est employé dans 
une charte de Jean I", publiée parD. Mor.Pr. t 1, 
c. 1006. — - La léformalion de 1427 fait men 
tien de ola veille cité où fut jadis l'hostel épis- 
copal de Tréguier. » Dans un rentier de Coat- 
frei , écrit vers la fin du \v° siècle, il est parié 
des « moulins de Saint-Loha en la veille cité et 
«de cbevrantes appelées viandes aux chiens. 
« deues ^ Monseigneur, en la reille citté. » 

^ Il est à remarquer que , dans la Bretagne 
proprement dite, la plupart des établissements 
gallo-romains ont été promptement abandonnés 



et pour ainsi dire oubliés. Ainsi la ville de Cori- 
■topitum a succédé à Civitus Ac/uiloiiia, Dinan à 
Corseult, Tréguer à CosGuéodet; el Carhai.x, 
l'antique Vorcjanium, est devenue une bourgade. 
Au contraire, dans les pays de Rennes, de Nantes 
et dans le Vannetais oriental , restés au pouvoir 
des Gallo-Romains, les anciennes capitales ont 
conservé longtemps leur importance. 

' Je ne suis pas d'accord avec M. de la Bor- 
derie sur le nombre des troupes romaines qui 
devaient occuper alors la Bretagne. (V. Eclair- 
cissements , à la Cn des Prolégomènes. ) 



PROLÉGOMÈNES. clv 

bares. Les Bretons, on prenant terre clans un pays dévasté depuis tant 
d'années, en purent donc occuper, sans résistance, les campagnes dépeu- 
plées. 11 y a lieu de croire que les premiers essaims d'émigrants abor 
dèrent à l'angle sud-ouest de la péninsule, qui reçut d'eux, peu de temps 
après, le nom de Cornouaille. Une autre portion du territoire des Osisnies, 
bornée au sud par les montagnes d'Arez, à l'ouest et au nord par la mer, à 
l'est par le Kefleul , passa , vers la même époque, sous la domination d'un petit 
chef dont la principauté fut appelée Léon, tandis qu'un troisième district 
de la même cité, situé entre le Kefleut et la rivière de Lannion, était englobé 
dans la Domnonée. Dès ce moment, il n'y a plus, à vrai dire, de pays des 
Osismes, et nous devrons raconter séparément l'histoire du comté et de l'é- 
vêché de Cornouaille, du comté et de l'évêché de Léon, enfin du royaume 
de Domnonée dont faisait partie l'évêché de Tréguer. 

S XV. 
La Cornouaille. — Ses limites. — Le Pou-Kaer. 

Les historiens de la Bretagne désignent sous le nom de Cornoaaille la 
partie méridionale de l'antique cité des Osismes, occupée, dans la dernière 
moitié du v*" siècle, par des clans sortis de l'île de Bretagne, et dont les 
limites, on le verra tout à l'heure, étaient exactement celles de l'évêché 
de Quimper en 1789. Cependant D. Morice, et, de nos jours, quelques 
écrivains recommandables, se sont efforcés d'établir, d'après l'abbé Gailet, 
que la peuplade des Cornavii, établie dans le pays alors appelé Cornouaille, 
aurait rangé sous ses lois la Bretagne tout entière. Ce système inadmissible 
a pour fondement quelques ligues empruntées à Raoul Glaber, qui. pour- 
tant, ne songeait guère au petit comté de Cornouaille, en écrivant les 
quelques lignes où il dit que la pointe de Gaule [Cornu Galliœ). pays sté- 
rile, avait Rennes pour capitale'. Comment en douter, en ellet. loisque 

' Voici ie passage àv Raoul Glaber dont «illius melropolis civitas Hedonum, etc. i> 

l'abbé Galiet et ses disciples ont tant abusé : (D. Bouq. Script, rer. yali etjranc. t. X, p. i5.) 

« Narrant si quideni plerique disputantes de Evidemment les mots Cornu Gallia , dans la 

«mundani orbis positione quod situs regionis pensée du nioiue de Cluny, s'appliquaient non 

«Gailiœ quadra dimelialur locatione cujus pas au comté de Cornouaille (Cornuhiœ), mais 

«etiam inferius finitimum ac perinde vilissi- à la pointe de la Gaule, à la presquile armo- 

«mum Cornu Galliae nuncupatur. Est etiim ricaine tout entière. C'esl dans ce sens que Flo- 



civi PROLÉGOMÈNES. 

toutes les chartes de ia même époque emploient le mot Cornouaille pour 
désigner, non pas la Bretagne, mais le pays, très-inférieur en étendue et 
m puissance, auquel on donnait le nom de Cornabia'? Que si du xi° siècle 
nous remontons jusqu'au ix°, les preuves abondent à l'appui de notre asser- 
tion. Et d'abord, dans une charte du Cartulaire de Redon, sous la date de 
102 1, le fils de GeofTroi 1", Alain 111, est qualifié de diix totius Britannin', 
tandis qu'un antre Alain , surnommé Caignard , porte le titre moins élevé 
de romte de Cornouaille^. Parmi les signataii'es d'un autre acte du même 
recueil, sous la date de 85i-85y, figure un Cornogallensis episcopus, nommé 
Anaweten, et après lui sont cités, comme témoins, les évêques de Vannes, 
de Dol, de Saint-Malo^. La Cornouaille n'exerçait donc, en ce temps-là. 
aucune espèce de suprématie politique et religieuse. Encore moins aurait- 
olle pu la posséder, trois siècles aupaiavant, lorsque Judwal régnait sur la 
Domnonée et que saint Samson en était comme le métropolitain. Du temp.s 
de saint Guénolé et de saint Hervé , la Domnonée et le Léon , on le verra plus 
loin, étaient l'un et l'autre distincts de la Cornouaille. Or, comment un pays 
auquel n'étaient assujettis ni le Léon, ni la Domnonée, aurait-il pu comman- 
der à toute la Bretagne :' 

Il est donc certain que, durant une période de cinq cents ans et plus, 
c'est-à-dire de Gradlon le Grand h Alain III, la Cornouaille n'a point formé, 
comme l'a prétendu Galiet, un état plus vaste et plus puissant que les prin- 
cipautés voisines : elle était alors bornée, au nord, par la rivière d'Elorn et 
les montagnes d'Arez, qui la séparaient du Léon; au sud et à l'ouest, par 
la mer; à l'est, par l'Ellé et par le cours de l'Oust. Ces limites, restées à peu 
près invariables jusqu'à la révolution française, nous ne les établissons pas 
arbitrairement; d'anciennes légendes attestent qu'elles remontent très-haut. 
Gurdestin nous montre en effet le fils de Fracan l'insulaire, saint Guénolé, 
traversant les pacji domnonéens, et, après avoir longé les confins de la 
Cornouaille, arrivant à l'île de Thopopegia*, non loin de la frontière du 

doard avait employé la même expression , au lemeut le comté de Cornouaille, mais la Bre- 

\' siècle : « Normanni omnem Britanniam , in tafjne tout entière. 

«Cornu Galliœ, in ora scilicet niaritima sitam, ' En breton Kcrnaw. 

iidepopulantur.il (Flodoard, Citron, ad ann. - Charlul. Roton. p. io8. 

919, Duch. Uisl. franc, script. II, 5go.) Il est ' Ihid. p. 366, Append. et cf. ibid. p. 24. 

évident qu'ici les mots Cornu Galliœ se doivent ' Hic (Guengualoeus) per pagos, ad occi- 

entcndre de la pointe de la Gaule, de la près- denlem versus, Domnonicos transienscircaçue 

qu'île armoricaine, qui renfermait non pas seu- » Corni(6iœ conCnium perlustrans, tandem in 



PROLEGOMENES. 



CLVII 



Léon. Un autre h;igiograplic nous fournit un renseignement non moins 
précieux : saint Hervé, à bout de ressources à Lanhouarneau, où il faisait 
bâtir un monastère, franchit les montagnes d'Arez et s'en vient réclamer, en 
Cornouaille, l'assistance des principaux seigneurs du pays '. Or, il ressort 
évidemment de ce double fait que, au vi' comme au xvni' siècle, les 
montagnes d'Arez séparaient la Cornouaille du Léon. Que si, maintenant, 
de cette frontière septentrionale on descend vers l'orient, on atteint la 
forêt de Bourbriac, dont la lisière extrême touchait à la Cornouaille, et 
non loin de laquelle Déroch , prince de Domnonée, possédait un manoir^. 
Donc, de ce côté encore, l'évêché deQuimper était resserré dans d'étroites 
limites comme en 1789. Il en était de même dans la partie orientale du 
diocèse, où, de tout temps, i Elle a servi de ligne de démarcation entre les 
Cornouaillais et leurs voisins les Vénètes ^. Impossible donc, d'après tout 
cela, de prendre au sérieux le système de monarchie cornouaillaise inventé 
par l'abbé Gallet *. 

Il paraît, au surplus, que, dès la première moitié du vi' siècle, la partie 
septentrionale de la Cornouaille avait été démembrée au profit d'un tyern 
nommé Conmor, qui faisait de Carhaix sa capitale^. Nous aurons à établir 
ailleurs les limites de l'archidiaconé de Poher ; celles du comté de ce nom , vers 
le sud-ouest du moins, étaient, à la même époque, assez resserrées. Mais, 
dans la région du nord , le petit souverain du Pou-Kaer réussit un moment à 
étendre sa domination jusqu'au Pen-ar-bed, s'il est vrai, comme l'assurent la 



«insuia qua' nominatur Tliopopegia prospère 
«hospitatiis est.» ( Vita S. Gacngual. aucl. Gur- 
dest. apud Landev. Chartul. 1. II , c. 11 , et apud 
D. Mor. Pr. t. I 178.) 

' Denique stipenjio déficiente sancto Hoar- 
« neo ad olTicinas et monasteriiim perpetranduni , 
ncommodum duxit montem Arariim transcen- 
ndei'e, ibiquea primoribus Cornubiensiiim ad- 
imiiiiculaquîEsitare. » (Bl. Mant. 11° 38, p. 855 , 
Bibl. iiiip.) 

2 D. Lob. Vie de S. Briuc. 

' «Jussit (coines Giierech sancli Ninocc 
,iiejusque sociis ) ostendere iocum desertuin 
nin plèbe quae dicitur Pluemur ad australem 
"plagam juxta mare.» [Vita S. Ninocœ , apud 
Boll. 1 jun. p. 4 10.) — Le grand district dé- 
sert de Plocmeur s'étendait de renibouclnire 



du Biavet à celle de l'Ellé. Tous les lieux 
indiqués dans les cbartes de donations faites 
par Gradion sont situés dans la Cornouaille. 
Ainsi, le Saint, Gourin, Langonnel, Nuilac, 
Hanvec, etc.» (V. La Borderie, Bail, de l'Ass. 
hrel. t. III, ann. i852, 3" iivr. p. 160-177; 
Chartul, Landev. ms. fol. i46 r°, D. Mor. Pr. 
t. I, 179.) 

' Dès 1867.au congrès arcliéologique de 
Quimper, iM. de la Borderie a fait justice du 
système de raonarcbie unitaii-e en Bretagne, 
inventé par l'abbé Gallet. (Voyez dans le Ballet, 
archéol. de. l'Ass. biet. auu. i852 , t. III, 3° li- 
vraison, p. i6o, la savante dissertation du 
même auteur sur la géographie de la Bretagne 
avant Nominoê. ) 

^ Le Baud , His>. de Breiayne, p. 73. 



cLviii PROLEGOMENES. 

Chronique de Saint-Rrieuc et les Actes de saint Gouesnou, que le territoire 
où ce saint personnage bâtit son ermitage était une concession du tyran '. 
La Cornouaille, d'après les Cartulaires de Quimper, était partagée en 
plusieurs pagi minores. Faut-il attribuer aux Bretons l'origine de ces petits 
districts, qui étaient si nombreux dans le pays de Galles, ou doit-on penser 
que, circonscrits par des limites naturelles, ils remontaient à une époque 
antérieure ? C'est ce que je ne me permettrai pas de décider; mais voici les 
limites que je crois pouvoir assigner aux six petits pctcji de la Basse-Cor- 
nouaille , limites approximatives, bien entendu : 

I. Pacjus en Fou. — hepagas du Fou. avec lequel se confondait sans doute 
la vicomte de ce nom , était limité , au nord, par le diocèse de Léon ; à l'ouest , 
par la rade de Brest; à l'est, parl'Elez depuis sa source jusqu'à son confluent 
avec l'Aune; au sud, par le cours inférieur de cette rivière jusqu'à son em- 
bouchure dans la rade de Brest. Le pagus du Fou correspondait, par consé- 
quent, aux cantons actuels de Daoulas et du Faou, qu'il renferme en entier, 
et aux portions des cantons de Châteauneuf-du-Faou, de Chàteaulin et de 
Pieyben, situées sur la rive droite de l'Aune^. 

II. Pagus Porzoed [Porzai). — Le Porzoed proprement dit, — région cou- 
verte de bois, comme son nom l'indique^, — était compris entre ia baie de 
Douarnenez et les deux chaînes montagneuses de Loc-Ronan et du Méné- 
hom. Les anciens habitants du pays appelaient Nemet les vastes futaies qui 
couvraient en partie ce territoire*. 

Le pcKjus Porzoed formait sans doute, à f origine, une circonscription 
beaucoup plus vaste que le district dont nous venons de parler. Délimité, 
au nord, par la rade de Brest et la rivière d'Aune, depuis son embouchure 
jusqu'à la ville actuelle de Chàteaulin, le pays boisé s'étendait, selon toute 
apparence, jusqu'au cap Sizun, en suivant, à fest et au sud, les limites 



' D. Lob. Vie des saints de Bretacjiie, p. i i3. 
On lit dans ia Chronique de Saint-Brieuc (ap. 
D. Mor. Pr. t. I, i6) : oQuamvis aulem homo 
. pessimae conditionis esset (Comorrus cornes), 
«plurimas lanien possessiones et franchisias 
(ireiigioso viro sancto Gouesnono et ejus eccle- 
« si» in territorio Ossismorensi sitœ concessit 
« et donavit. » 

^ t Fuerunt duo ex discipuiis sancti Weii- 
« gualoei in pago en Fou. in plèbe Ermeliac. » 



[Cliartul. Landcv. D. Mor. Pr. t. I, 179.) — I^e 
pdijiis en Fou se partageait entre les justices 
royales de Châteauneuf-du-Faou et de Château- 
lin, d'une part, et la chàtellenie des anciens 
vicomtes de Léon à Daoulas, d'autre part. 

^ Porz-Coet, Porz-Hoet, ia retraite, la cour 
du bois. 

* n Cum paucis quos coadunaverat mi- 

« litibus in silva quœ vocatur \emcl . . .se occui- 
«tans [Alanus], etc.» (D. Mor. Pr. 368.) 



PROLEGOMENES. 



CLIX 



de Saint-(>oulil/. , Briec, Landrevarzec et Giiengat, qui tracent ses prin- 
cipaux débornements. 

La presqu'île de Crozon dépendait naturellement du parjui Porzoed^. 

in. Le pagus Cap-Sizun commençait aux limites méridionales du Porzai . 
et, doublant la pointe à laquelle il a empiunté son nom^, il s'étendait jus- 
qu'au Goayen, ou rivière d'Audieine, qui le séparait du parjus Cap-Caval. 
Guengat, qui faisait partie de cette circonscription, s'avance, comme on sait, 
jusqu'aux abords de la ville de Quimper^. 

IV. Pacjus Cap-Caval. — Ce pagii^, qui renfermait l'un des faubourgs de 
la ville épiscopale, avait pour limites : au nord, la rivière du Goayen; à 
l'ouest et au sud, la mer, jusqu'à l'embouchure de l'Odet; à l'est, le coui's 
de ce lleuve. Le Cap-Caval embrassait donc les cantons actuels de Plogastei- 
Saint-Germain , Pont-l'Abbé, et, en outre, les paroisses de Mahalon. Plou- 
hinec, Penhars, Plomelin, Pluguffan, circonscrites aujourd'hui dans le can- 
ton de Quimper*. 

V. Parjus Foaenan. — Fouesnant, dont le territoire commence au sud 
d'Ergué-Gaberic et d'Ergué-Armel , avait pour limites, à l'ouest, l'Odet, et, 
au sud, la mer, depuis l'embouchure du fleuve jusqu'au fond de la baie de 
la Forêt. Là, le cours d'eau qui forme la petite anse de Saint-Laurent ser- 
vait de borne orientale au nu 



us- 



pag 
VI. Pacjus Tre-Conc. — Le pays de Conc (Concarneau), où M. le baron 



' «Supoi'atis ( hostibiKs suis) uuam villam 
.1 Pentraes qua; est in pago Sent-Nic in pago 
« Porzoed Sancto Chorentino in perpetuum de- 
ddit [Hoeilus consul].» (D. Mor. l'r. 1. 1, 378.) 

L'abbaye do Landc'vénec était située sur le 
territoire de l'antique piigus Porzoed. Le mo- 
nastère exerça l'oCBcialité sur son territoire 
pendant bien longtemps. Si Porzai, comme 
c'est vraisemblable, formait anciennement un 
doyenné, le siège en devait être à Plounevez- 
Porzai. 

^ Seidhun, Seizun , Sizun, l'île de Sein, si- 
tuée en face du Cap-Sizun. 

^ Le doyenné ou payiM de Cap-Sizun embras- 
sait les cantons de Douarnenez et de Pontcroix , 
à l'exception de Plouhinec et de Mabalon. Le 
chef-lieu du doyenné était Beuzec-Cap-Sizun. 

'' «... Voli sui memor ( Alanus cornubiensis 



« consul) omnia quœ sui juris erant in quadani 
« tribu, nomine Tresçjalet, quae est in Ploeneor, 
0!» pago Cap-Caval.' [Chart. écoles. Corisop. 
D. Mor. Pr. 1. 1 , 38 1 . ) — Le Cap-Caval compre- 
nait la baronnie de Pont-l'Abbé , dont le canton 
marque assez exactement les limites, et le fief 
de Quemenet , qui renfermait Plouhinec , Plou- 
zevet, Pluguffan, Penliars, Ploneis, Guengat 
et Plogonnec. Beuzec-Cap-Caval était le clief- 
lieu du doyenné de cette région. 

' » Quidam vir nobilis nomine Diles . . . 

« tradidit de sua propria hereditate Trel'um- 

« hour in pago Fouenan. » [Charlul. Lanàev. ap. 
D. Mor. Pr. t. 1,336.) 

Le canton actuel de Fouesnant comprend 
tout l'ancien territoire du payas. La chàtellenie 
de Fouesnant fut annexée , au xvi' siècle , à celle 
de Concarneau. 



CLX PROLÉGOMÈNES. 

Walckenaer a eu l'étrange idée de placer la capitale des Osismes, compre- 
nait, d'après des inductions puisées dans un pouillé du xiv' siècle', la grande 
paroisse d'Eiliant, celles de Kerneve! et de Bannalec, et s'étendait, par 
conséquent, vers le nord, jusqu'à Coray et Scaer. Du côté de l'est, le pagas 
Tre-Conc s'avançait probablement jusqu'à la rivière d'Aven. 

Il est parlé, dans un acte du Cartulaire de Quimper, publié par D. Mo- 
rice, de la villa Cribur [Kaer-Cribur], située dans le Phu de Nevez et dans 
\e pagus de Treguent : «Peiùou, Benedicti consulis filius Sancto Cho- 
ie rentino pro anima sua dédit villam unam Kaer-Cribur noinine, in plèbe 
« Nevez , in pago Treguent^. » Quel était ce territoire de Treguent dont fai- 
sait partie la paroisse de Nevez? Evidemment c'était le pays situé au delà 
du Conc de Cornoiiaille, c'esl-à-dire le pagus Tre-Conc-Kernaw^ . 

Il est possible que le territoire soumis à la juridiction royale de Quim 
perlé ait formé primitivement, avec le territoire du ressort de Gourin, un 
septième pagas qui aurait embrassé toute la région comprise entre les mon- 
tagnes Noires et la mer. Mais ce n'est là, je m'empresse de le déclarer, 
qu'une simple hypothèse. 

Tout le monde sait que, depuis la Révolution, l'évèché de Cornouaille 
s'est agrandi de l'évèché de Léon tout entier et d'un certain nombre de pa- 
roisses des anciens diocèses de Tréguer et de Vannes. On trouvera, plus 
bas, le tableau de ces importantes conquêtes et celui des pertes, compara- 
tivement peu nombreuses, qu'a faites l'église de Saint-Corentin*. 



' Walckenaer, Géogr. de l'anc. Gaule, t. I, 
p. 379, et t. II, p. 383. — Voyez la réfutation 
lie l'opinion dece géographe par M. Bizeul , Bull. 
del'Assoc. bret. ann. i853, t. IV, p. 122-1 2 h. — 
Voy. aussi , plus loin , le Pouillé de Cornouaille. 

2 D. Mor. Pr. t. I, 378. 

' Tre, au delà; Conc, baie abritée. — Con- 
carnean, nous l'avons dit, signifie le Conc de 
Cornouaille (Conc-Kernaw); il y avait deux 
autres Conc : Conc-Léon (le Conquet) et Conc- 
Gali, le Conc de la Gaule (Cancale). 

* L'évèché de Quimper a absorbé : l'évèché 
de Léon tout entier, plus Locquénolé , en Dol , 
enclave de Léon. 

Il a pris à l'évèché de Tréguer : Saint-Mathieu 
et Saint-iVlelaine de Morlaix; Garlan; Ploué- 
zoc'h; Pioujean; Plougaznou et Saint -Jean- 



du-Doigt. sa trêve; Lanmeur, évéché de Dol, 
mais enclave de Tréguer, et Locquirec , aussi 
en Dol, trêve de Lanmeur; Guimaêc; Ploué- 
gat-Guérand; Piouégat-Moysan ; Le Ponthou; 
Botsorhel; Guerlesquin; Plouigneau et Lan- 
néanou , sa trêve ; Plougonven et Saint-Eutrope , 
sa trêve; Piourin et Le Cloître . sa trêve. 

Il a pris à l'évèché de Vannes ; .Arzano et 
Guilligomarc'h , sa trêve; Redené et Saint-Da- 
vid, sa trêve. 

Par contre , il a donné à l'évèché de Vannes : 
le Faouêt, Langonnet et la Trinité, sa trêve; 
Gourin et ses trêves de Roudouallec et Le Saint; 
Guiscrilï et Lanvénégen, sa trêve; Xeuillac et 
ses trêves de Kergrist et Hémonstoir; Saint- 
Caradec; Locuuolé (suivant Ogée et les an- 
nuaires du Morbihan; mais VOrdo et lAl- 



PROLÉGOMÈNES. 



CLXI 



S XVI. 
Corisopitum. 

Il est désormais acquis à l'histoire que les mots Connibia et Cornu Galliœ dé- 
signent deux contrées distinctes, et que le comté deCornouaiile, loin d'em- 
brasser une vaste circonscription , avait été démembré peu d'années après 
sa fondation. Mais une question plus importante nous reste à examiner. 

La Notice des Provinces place dans la métropole de Tours les deux cités 
des Osismes et des Corisopites. A-t-il donc existé deux peuples sur le territoire 
des anciens Osismii, ou bien Corisopitum serait-il tout simplement une cor- 
ruption du mot Coriosolitum , qu'on lit dans plusieuis manuscrits , et qui, dit- 
on, s'appliquait à l'antique cité des Curiosolites ^ ? En second lieu, la con- 
jecture admise, faut-il penser que les Corisopiti n'étaient que des Curiosolites 
sous un nom mal écrit ^P Tel est le problème. 

Pour mon compte, l'inexplicable disparition des Curiosolites, dès la iin 



inaiiach des postes la placent dans le Finis- 
tère). 

Il a donné à Saint-Brieuc : le vieux bourg de 
Quintin et ses trêves du Leslay et de Saint Gil- 
das; Le Bodéo et La Harmoye, sa trêve; Car- 
noét et Saint-Corcntin, sa trêve; Plusquellec 
et ses trêves de Cailac, Calanliel et Botmel; 
Duault et ses trêves de Saiut-Nicodème, Saint- 
Servais, Burtulet, Landugen et Locarn; Plou- 
rac'h; Maêl-Pestivien et Le Loch, sa trêve; 
Pestivien et Bulat, sa trêve; Trébrivant et le 
Moustoir, sa trêve; Paule; plévin; TrefCn, an- 
cienne trêve de Plouguer; Tréogan; Corlay; 
Le Haut-Corlay et Saint-Bihy, sa trêve ; Plussu- 
lieu; Saint-Martin-des-Prés; Saint-Mayeux et 
ses trêves de Caurel et Saint-Gilles-du-Vieux- 
Marclié; Laniscat et ses trêves de Saint-Igeau, 
Rosqueiven et Saint-Geiven ; Mur et ses trêves 
de Saint-Connec et Saint-Guen; Merléac et ses 
trêves du Quillio et Saint-Léon; Glomel et ses 
trêves de Trégornan et Saint-Michel; Plouné- 
veî-Quintin et Trémargat, sa trêve; Plouguer- 
nével et ses trêves de Gouarec, Locmaria et 
Bonen; Saint-Gilles-Pligeau et ses trêves de 



Kerpert et Saint-Conan; Pcumerit-Quintiu; 
Kergrist-Moëllou et Rostrenen , sa trêve ; Botoha 
et ses trêves de Saint-Nicolas-du-Pellem, Quer- 
rien, Sainte-Trépiiine. Canihuel et Lanrivain. 
■ « Metropoiis civitas Turonum : 
uCivitas Cenomannorum ; 
«Civitas Redonum; 
«Civitas Andicavorum; 
« Civitas Nannetum ; 
«Civitas Coriosopitum ; 
« Civitas Osismiorum ; 
«Civitas Diablintum.» 
M. Guérard a examiné avec soin viugt-ciuq 
manuscrits de la Notice des Provinces, et ces 
manuscrits lui ont fourni les le(;ons Consuli- 
tum, ConsoUtum, Conisolitum, etc. (Voy. Notici- 
sur les divisions territoriales Je la Gaule, f. i5.) 
Mais le docte écrivain n"a point donné les va 
riantes de deux (rès-anciens manuscrits de la 
bibliothèque de de Thou, où l'on trouve Cori- 
soUtumelCorisuletam. (Cf. Bizeul, Bull, archéol. 
deïAss.hret.amx. i853 , 4' liv. p. i35.) 
* Bùeul, loc. cit. p li 1. 



ci.xir PROLÉGOMÈNES. 

du iv' siècle, et l'existence non moins extraordinaire de deux capitales dans 
la cité des Osismes, m'avaient toujours fait soupçonner, dans la Notice, 
une erreur de copiste. D'un autre côté, je ne pouvais admettre qu'une des 
principales églises de la Bretagne eût pris, un beau jour, le nom de Cu- 
riosoUtum, travesti plus tard en Corisopitum. Et cependant l'un de nos plus 
habiles géographes, M. Bizeul, n'a pas craint de «transporter les Coriso- 
pites à Corseuit , avec les Curiosolites '. » Mais c'est là une difficulté de plus, 
car des documents d'une incontestable valeur attestent que, dès une époque 
très-reculée, les évêques de Quimper portaient le titre de Corisopitenses 
episcopi. Or, pourquoi ce titre, si Corisopitum n'avait pas existé? On a pré- 
tendu que des clercs du xi° siècle, fort ignorants pour la plupart, avaient 
travesti en Corisopites les Curiosolites de César, qu'ils ne savaient en quel 
lieu placer. Mais comment expliquer une transplantation si lointaine, lors- 
qu'il était facile de trouver un emplacement convenable dans l'un des trois 
évêchés de Tréguer, de Saint-Malo et de Saint-Brieuc , où la Notice des 
Provinces ne place aucune cité? 

D'Anville, qui avait examiné sérieusement la question, a pris un moyen 
terme pour la résoudre : «Les Corisopiti, dit-il, doivent être distingués des 
"Curiosolites; cette peuplade des Corisopites, dont aucun auteur ne fait 
«mention avant la Notice des Provinces, occupait primitivement un paçjus 
uosismien^. » 

M. Bizeul a, non sans raison, combattu l'hypothèse. Conniient admettre, 
en effet, qu'un simple district du territoire des Osismes ait pu être assimilé, 
par la Notice, à la cité dont il devait dépendre? On a dit, à la vérité, qu'A 
la fin du iv' siècle, les Romains, sentant la nécessité de se rapprocher du lit- 
toral infesté par les Barbares, avaient abandonné Carhaix, et fondé, sur les 
bords de l'Odet, une nouvelle capitale nommée Corisopitum et dont on re- 
trouve les débris dans le faubourg de Locmaria de Quimper^. Mais, l'hypo- 



' M. Bizeul a vivemeut combattu d'Anville, 
qui ne voulait pas que les Corisopites fussent le 
même peuple que les Curiofoliles. Ces derniers 
ont été reportés, comme le voulait le docte cri- 
tique , « à Corseuit , leur antique cité ; » mais les 
Corisopites sont restés en possession de l'évécbé 
deCornouaille. {V.Bhe\i\ , Bull. dcl'.Usoc. brel. 
i853, t. IV, 4Miv.) 

- D'Anville, Notice de la Gaule, p. 249. 



' Je n'hésite pas à reproduire ici textuelle- 
ment les objections de l'un de nos plus savants 
archéologues : « Je crois que Voryanium (Carhai.\) 
«a été l'unique ville des Osismiens jusqu'à l'é- 
«poque où s'est étendu un cordon militaire, 

sur le littoral, aux ordres du aux tractus Ar- 

1 moncani. Carhaix , distant de plus d'une jour- 
a née de tous les points d'abordage, ne répon- 
«dait plus aux exigences du système défensif 



PROLÉGOMÈNES. clxih 

thèse admise, il devient encore plus difficile d'expliquer l'insertion, dans la 
Notice, du nom de deux capitales, pour un même état. D'ailleurs, il faut se 
rappeler que l'ancienne ville romaine, dont les nombreuses substructions 
se retrouvent à Locniaria, est appelée, dans les anciens actes, non pas Cori- 
sopitiim, mais Civitas Aquilonia ou Civitas Acjuilœ^. Les deux villes étaient 
donc distinctes : l'une existait, éviden)ment, avant l'arrivée des Bretons; 
l'autre, bâtie par ces derniers au confluent du Steyr et de l'Odet ( Kemper) , 
est le Corisopitum dont l'évêché cornouaillais a tiré son nom. 

J'en étais là, dans mes conjectures géographiques, lorsque, en examinant 
l'une des cartes de la Brilannia de Camden, j'y lus le nom de Corstopitum^ , 
qui se rapproche si singulièrement de notre Corisopitum armoricain. Ce fut 
pour moi un trait de lumière, et l'existence d'une petite tribu de Cornavii à 
Pons-Mlii acheva de ruiner dans mon esprit la thèse des Osismes-Coriso- 
pites de d'Ânville. Bientôt, cependant, des doutes se présentèrent. D'une 
part, dom Lobineau, dont l'opinion me paraît d'un grand poids, fait venir 
nos Bretons cornouaillais de la pointe sud -ouest de la Grande-Bretagne, 
située en face de la Cornouaille continentale: d'autre part, il y avait dans 
l'île, au témoignage de Ptolémée, une peuplade de Coma7;iî qui habitaient, 
à l'est du pays de Galles actuel , un territoire situé entre l'Avon et la Saverne^. 
Or. s'il est infiniment vraisemblable que les Brigantes du Corisopitum insulaire , 



« contre la piraterie. On a dû abandonner celte 
«capitale, et les troupes romaines vinrent oc- 
« cuper des stations plus voisines de la mer, 
11 comme Saint- Pot et Quimper. o — Cela est in- 
génieux, sans doute; mais c'est àCarbaix [Osis- 
niii), et non pas à Cwitai Aquilonia, ou ail- 
leurs, que la Notice des dignités fait résider le 
prœjectas Mauroriim Osisniiaconim. (Vid. sup. 
p. CXXXVIII.) 

' « Dédit Benedictus episcopus et co- 

«nies. .. tertiam partem ecclesife kernolisan.. . 
•I Sanctas Man.-e in Aquilonia civitate. » (D. Mor. 
Pr. 1. 1 , Sgo.) Ailleurs (acte d'exemption accor- 
dée au prieuré de Loemaria en 1 172) on lit t 
«Ecclesiam Beatœ Mariœ de Aquilone.» [Ibid. 
366.) EnGn Adrien de Valois ( Not. Gall. p. 1 66 j 
ra|)porte qu'il a lu ce qui suit dans d'anciens 



martyrologes ; « Kal. maii in Britaunia Coren- 
II fini episcopi civitatis^^^ui/œ. » Chose curieuse, 
cette dénomination se retrouve, à Loemaria 
même, dans celle de Lanneiron', que porte 
encore un ancien manoir du voisinage. 

- Voy. la Brilannia de Camden , édit. Gibson , 
de la page St>-^ à la page 855. Cf. avec Pétrie, 
Monum. hisior. Brilann. in-fol. Londres, iSdS, 
p. .\\ : «A limite, id est, a vallo pr.-etorio usque 
11 M. P. C. LXVL A Bremenio Corstopiium 
«M. P. XX.» (Anton. Ilin ) Dans la Notice des 
dignités de l'empire, on lit ces mots : 

Sub dispositione ducis spectabilîs Britamiiarum 

Fer lineam valli 

Tribanus cohortis Comoviorum. 

^ Ptolem. Geoyr. Il , 3 , et Mon. hit. Bnt. 
I, CXLI. 



Lanu-eiron. — Lann , territoire ; eiron , pluriel de er, aigir 



CLXIV 



PROLEGOMENES. 



chassés les premiers par les Saxons', s'en vinrent, réunis à leurs voisins 
fie Pons-jElii, fonder, dans l'Armorique, une ville à laquelle, selon les cou- 
tumes paternelles-, ils imposèrent le même nom de Corisopitum^. est-il aussi 
probable que ce soit la tribu des Cornavii (Cornouaillais du nord de la 
Bretagne, et non ceux de la Saverne, arrivés les derniers mais en plus 
grand nombre) qui ait donné son nom à la Cornonaille continentale? La 
question, je l'avoue, me semblait très-difïicile à résoudre; mais des rensei- 
gnements fournis par un ami ont aplani pour moi la difficulté. M. de la 
Borderie, qui, au moment même où je le consultais, s'occupait précisément 
de rédiger une notice sur le même sujet, voulut bien appeler mon atten- 
tion sur le point essentiel que voici : Le Cornwall insulaire, d'où l'on a cou- 
tume de faire venir les habitants de laCornouaiHe armoricaine, était occupé, 
sous la domination romaine, non par des Cornavii, mais par des Domnonii. 
C'est seulement au viif siècle, lorsque les Saxons eurent refoulé les Bretons 
dans l'angle sud-ouest de l'île, que ce coin de terre reçut des vainqueurs le 
nom de Corn-fVealas (la pointe des étrangers). Par conséquent, l'argument 
tiré du commun voisinage de l'Armorique et de la Cornouaille insulaire 
n'a point l'importance qu'on lui prête. 

Quant aux Cornavii venus de l'est du pays de Galles, le savant critique 
ne conteste pas qu'ils aient pu contribuer, pour une large part, à la fonda- 
tion définitive du petit Etat cornouaillais-armoricain. 

On trouvera, au surplus, dans les Eclaircissements placés à la fin de ces 
Prolégomènes, une dissertation développée sur le point géographique que 
je viens de traiter sommairement; je m'arrête donc, et, de tout ce qui pré- 
cède, je crois pouvoir tiier les conclusions suivantes : 

L /.,es mots Corna Gnlliœ n'ont rien de commun avec celui de Cornuhia'' 



' Bed. Hist. eccl. Angl. So-t. ). 1. r. \v. 

^ Cïs. de Bell. gai;. V, xn. 

'' La leçon Coriosopitum n'aurait assurément 
pas prévalu , si cette dénomination , introduite 
en Armorique plus d'un demi-siècle après la 
rédaction de la Xotice , n'avait été appliquée 
au siège épiscopal du petit état fondé par les 
Cornavii fugitifs. On s'explique facilement que 
les copistes dui.\" siècle, n'entendant plus par- 
ler de la Ci«i(<w CurioîoKdim (à laquelle avaient 
succédé, depuis l'arrivée des Bretons, les dé- 
nominations de Donmonée et de Pou-tre-coet), 



aient remplacé le mot Curiosohi uni, qui ne s'ap- 
pliquait plus à rien, par le mol Coriosopilani , 
qui désignait la ville épiscopale de Quimper. 
Le mot Cors(opi(om, employé par Camden. n'est 
pas le seul qu'on trouve dans les manuscrits. 
M. de la Borderie m'a indiqué, dans les Momim. 
Iiist. Britann. les variantes Corisopilo, Corioso- 
pito, qui m'avaient échappé. Il est remarquable 
que ce mot Corisopilo soit exactement celui qui 
forme le titre d'une de nos chartes. (Voy. plus 
loin Charliil. Roton. p. 3o2.) 

* Cornubiit, Cornovia, pays des Cornavii. 



PROLÉGOMÈNES. clxv 

(en breton kcrnaw). La Cornouaille armoricaine, du vi' au xi' siècle, a été 
resserrée dans des limites à peu près analogues à celles de i'évêclié de Cor- 
nouaille, ou de Quimper, en i 78g. 

n. Dès la première moitié du vf siècle, la Cornouaille, loin de dominer 
les petits états voisins, comme un l'a prétendu, avait été démembrée au profit 
d'un prince nommé Conmor. Le comté de Poher (Pou-Caer), auquel nous 
faisons allusion, donna naissance à un archidiaconé du même nom. 

III. Le mot Corisopitum (qui se lit Corisopito dans les documents des deux 
Bretagnes) a été substitué à celui de Cariosolitam par des copistes auxquels 
cette dernière dénomination n'olFrait plus aucun sens. 

IV. Il n'existait qu'une seule capitale chez les Osismes, à la lin du iv' siècle, 
et cette capitale c'était Osismii, l'ancienne Vorcjaniam. 

V. Corisopilam , dont d'Anville a fait un pa(]as des Osismes, n'était qu une 
ville, et n'a pu, par conséquent, être inscrite dans la Notice comme une cité. 

Vî. C'est au confluent du Steyr et de l'Odet, et non à Locmaria , qu'é- 
tait située la ville bretonne de Corisopitum. Les nombreuses substructions 
de Locmaria indiquent bien l'emplacement d'un établissement romain; 
mais les anciens actes lui donnent le nom àe Civitas AqiiHonia , Civitas Aciialw . 

VII. Corstopitam, ou plutôt Corbopito, à l'époque où les Saxons enva- 
hirent l'île de Bretagne, était une ville des Brigantes, dont les habitants 
vaincus vinrent chercher un refuge dans l'Armorique : de là fappellation 
de Corisopitensis ecclesia, que portait févêché de Quimper. 

VIII. La tribu militaire des Cornavii, établie, sous la domination ro- 
maine, à Pons-Mlii, non loin de Corisopitum, donna probablement son nom 
à la Cornouaille armoricaine. 

IX. L'œuvre commencée en Armorique par les Cornavii de Pons-/Elii 
fut achevée, peu de temps après, par d'autres Cornouaillais qui venaient du 
pays situé entre l'Avon et la Saverne, pays d'où les Romains, selon toute 
apparence, avaient tiré la cohorte cornovienne préposée à la défense du 
mm' de Sévère '. 

' Voy. plus haut, p. CL.VIII, note 2, injine. 



cwvi PROLEGOMENES. 



S XVII. 



Divisions ecclésiastiques. — Diocèse de Cornouailie ou de Quimner. 
— Considérations générales. 

Avant d'entrer dans {e détail des divisions et des subdivisions d'un des 
diocèses de la Bretagne proprement dite, je demande la permission de pré- 
senter quelques observations indispensables, au sujet de la primitive organi- 
sation de l'église bretonne. 

L'ancienne cité des Osismes , contre l'usage ordinaire , a donné naissance 
à trois évêchés : Cornouailie, Léon, Tréguer. De là une foule d'assertions 
erronées de la part d'écrivains qui, moins savants en histoire qu'en archéo- 
logie, ont voulu retrouver, à toute force, chez les Bretons de l'Armorique. 
l'organisation ecclésiastique des nations gallo-romaines. Nous allons établir 
que rien n'est moins fondé, et que les règles posées par M. Guérard , trè.s- 
justes en ce qui concerne une grande partie des Gaules, ne sont point ap- 
plicables à la Bretagne proprement dite. 

Et d'abord, rappelons ici, puisqu'on l'oublie si souvent, que. chez les 
Bretons réfugiés sur le continent, langue, mœurs, institutions, tout venait 
de l'île de Bretagne. Cela posé, on concevra facilement que les églises de 
la Cornouailie, du Léon, de la Domnonée, aient été régies autrement que 
celles de Rennes, de Nantes ou de Vannes. Les Pères du concile de Tours, 
en .567, essayèrent, on le sait, de faire cesser cet état de choses; mais ce 
fut en vain. «Il faut convenir aussi, dit D. Lobineau, que les Bretons, ve- 
" nant dans l'Armorique , n'avaient trouvé l'évèque de Tours en possession 
" d'avoir d'autres suffragants que les évêques du Mans , d'Angers , de Rennes 
(I et de Nantes. Ils lui laissèrent donc volontiers la disposition des évêchés de 
"Rennes, de Nantes et de Vannes, parce qu'ils n'étaient pas encore de leur 
" nation; mais, pour les autres évêchés de Bretagne, comme les Bretons en 
«étaient les fondateurs, ils ne s'imaginèrent pas qu'un évêque étranger eut 
Il des droits sur eux, et pût entreprendre de les soumettre à son siège en 

«vertu d'une distribution des Gaules faite par les empereurs A quoi 

«il faut ajouter que la coutume ancienne de la nation n'était pas d'attacher 
«la dignité de métropolitain à quelque siège déterminé, mais à celui des 
» prélats que les autres en avaient jugé le plus digne '. » 

' Dom Lobineau , Histoire de. Bretagne, t t, p. i3. 



PKOLEGOMENES. ci.xvn 

Ces paroles sont de la plus rigoureuse exactitude. Mais qu'importe aux 
écrivains <i système préconçu? — Quoi! des Bretons, fuyant devant i'épée 
saxonne, auraient ravi aux évêques gallo-romains la gloire de convertir les 
Armoricains à la foi! — A l'exemple de D. Liront l'on s'est insurgé contre 
une telle assertion , et do là d'incroyables efforts pour prouver qu'avant l'ar- 
rivée des Bretons, des évcchés existaient à Vannes, à Carhaix, à Corseull. 
Nous montrerons tout h l'heure que ce système n'est qu'une négation abso- 
lue des dociunents et des traditions les plus respectables de l'histoire de 
Bretagne. Mais, préalablement, il nous faut dire quelques mots encore au 
sujet des vieilles coutumes ecclésiastiques des Bretons insulaires, coutumes 
qu'il importe de connaître si l'on veut comprendre le rôle des Tugdual. 
des Samson , des Malo et de tant d'autres saints, en Armorique. 

Il n'y avait point de diocèses à sièges fixes dans l'ile de Bretagne. Les pri- 
mats établis tantôt à Landaff, tantôt à Ménévie , gouvernaient toutes les églises , 
à l'aide d'évêques régionnaires qui se portaient sur tel ou tel point, selon le 
besoin des âmes. Or, il en fut longtemps de même dans la Domnonée con- 
tinentale, et c'est ce qui explique la situation exceptionnelle de saint Sam- 
son, situation méconnue naguère, à mon grand étonnement, dans un livre 
des plus recommandables-. Dans la Domnonée, en effet, saint Tugdual, à 
Tréguer, saint Brieuc, dans la ville qui porte ce nom, saint Malo, à Aiet. 
exercèrent, comme évêqucs-abbés, toutes les fonctions de l'épiscopat. nJ'ob- 
l' serve, dit le bénédictin D. Le Gallois, dont les doctes recherches ont été si 
"profitables;'» D. Lobincau et ii tant d'autres, j'observe que le génie desBre- 
«tons était de multiplier les ('vèchés comme les couronnes, et de consacrer 
«partout des évêques dont la plupart, ne pouvant être que titulaires, n'é- 
« talent que comme des cun s de campagne, dépendant, quant à la juridic- 
« tion, d'un évèque principal ; car comment entendre autrement les trois cent 

' Apologie pour les Armoricuim et pour les on lit les paroles suivantes : o Ce ne serait pas 

églises des Gaules , parlicalihement de la province « estimer autant que Ton doit les travaux apos- 

de Toiiri, Paris, 1708, in-12. Doni Lobineau , » toliques de saint Clair, d'Ennius et de plu- 

pour avoir écrit « que les Armoricains — si l'on «sieurs autres prélats qui avaient établi la foi 

«en excepte ceux de Nantes et ([uelque peu de «chrétienne dans le pays, que de croire que le 

«leurs voisins — adoroient encore les idoles en «culte des idoles s'y fût conservé jusqu'à ce 

«458, et que les Bretons leur firent part de la «temps, etc.» ( Voy. Hist. de Bret. t. I, p. 7.) 
« connoissance du vray Dieu pnr le ministère ^ Les anciens évéckés de Bretagne, parMM. J. 

«de quantité de saints évêques et de prédica- de Geslin-Bourgogne et de Barthélémy, Sainl- 

« leurs lélés qu'ils leur envoyèrent,» D. Lobi- Brieuc, iSSg, Introd. p. 5o. 
neau fut dénoncé, et dut faire un carton où 



cLxviii PROLEGOMENES. 

«( cinq évêques consacrés par saint Patrice dans la seule Hybernie . et les deux 
«cent six qui se trouvèrent au synode de Bruy, pour la seule Cambrie, et 
<i tant d'autres prélats qu'on trouve de tous côtés, dont la plus grande partie 
«vivaient dans des monastères, et étaient ordonnés par des métropolitains. 
Il ou même par de simples évêt|ues, pour servir de pasteurs au peuple, sans 
«I que ces dignités tu'assent à conséquence pour des successeurs? Ces évèchés 
"passagers, si l'on ose parler ainsi, finissaient avec les évêques, de sorte 

<i qu'après tout , il n'en est resté que quatre dans la Cambrie La dignité 

«d'archevêque était personnelle, indépendante des sièges, et les évêques 
«d'une province choisissaient entre eux celui qu'ils jugeaient le plus digne 
«métropolitain. Cette remarque sera nécessaire pour expliquer l'ordination 
«de quelques nouveaux évêques en Armorique^ d 

Tout cela est d'une justesse parfaite et conforme aux données de l'his- 
toire. Mais la distinction si judicieuse élablie par dom Le Gallois entre les 
églises de Bretagne et celles de la Gaule n'a point été comprise, ou plutôt 
l'on n'a pas voulu l'accepter. Et, pourtant, la différence qu'il signale se re- 
trouve partout, et on la voit se prolongera travers les siècles. En veut-on 
une preuve éclatante ? l'hagiologie comparée des diocèses de la Bretagne 
avec ceux de la Romanie va nous la fournir. 

Lorsque, quittant les anciens évêchés gallo-romains de Rennes et de 
Nantes, on met le pied sur le territoire breton proprement dit, les noms 
de lieux, nous l'avons fait remarquer, changent aussitôt de physionomie. Or, 
la même différence entre les noms de saints se peut observer dans l'une et 
l'autre contrée. 

Dans les diocèses de Rennes et de Nantes les noms patronymiques des 
églises sont gallo-romains, pour la plupart; ainsi saint Clair, saint Donatien, 
saint Rogatien, saint Similien, saint AJartin, saint Hilaire, saint Julien, 
saint Marc, saint Aubin, saint Hélier, saint Vitalis (Viau), saint Herbelon, 
saint Filibert, etc. 

Il n'en est pas de même dans le pays breton. Il est certain, en effet, que 
presque toutes les paroisses de la Domnonée armoricaine, duBrowerech, 
du Léon , de la Cornouaille , eurent pour patrons primitifs des saints venus 
de l'île de Bretagne et d'Irlande, ou nés, en Armorique, de parents de race 
bretonne. Les exceptions, on l'a fait judicieusement observer, ne portent 

' Dom Le Gallois, Mémoires inédits sur les oriyines de l'histoire de Bretagne, Blancs-Mant. n° Itli , 
p. 181. 



PROLÉGOMÈNES. clxix 

guère que sur des noms qui, se rattachant intimement aux traditions évan- 
géliques, doivent naturellement se retrouver partout'. 

On a remarqué que presque tous les saints de la première période de 
l'histoire de Bretagne appartenaient à l'ordre monastique. Aussi, dom Le 
Gallois ne croit-il pas qu'il y ait eu do clergé séculier, dans le pays, avant le 
ix" siècle. Les essaims de moines bretons disséminés dans les solitudes de la 
péninsule y surent maintenir, avec tant de persistance, les coutumes parti- 
culières de leur Eglise, que Louis le Débonnaire, un jour qu'il campait, 
avec son armée, sur les bords de l'Ellé ^, en 8 i 8, put voir se présenter de- 
vant lui l'abbé de Landévénec, avec le costume et la tonsure des anciens 
moines d'Hybernie^. Or, si les Eglises bretonnes pratiquaient encore, sous 
le fds de Charlemagne, les vieilles règles monastiques des saints irlandais, 
on peut juger de la puissance des coutumes nationales trois ou quatre 
siècles auparavant. Il paraît, néanmoins, que, dans la Cornouaille et le Léon, 
des sièges fixes furent établis d'assez bonne heure. La fondation de ces deux 
Eglises est sans doute entourée de quelque obscurité; mais, quoi qu'on en 
ait pu dire, leur existence est autrement certaine que celle de prétendus 
évêchés créés , dit-on, chez les Osismes et chez les Curiosolites, dès la fin du 
iv° siècle, et qui, on ne sait comment, auraient disparu tout à coup, en 
ne laissant pas plus de tiaces que la célèbre ville d'Is, engloutie, selon les 
légendes, sous les flots de l'Océan. 



' J'ai eu sous les yeux un relevé très - exact 
des anciennes paroisses de la Bretagne , avec les 
noms de leurs patrons , par le vénérable comte 
de Blois de la Calande. Or, tous ces noms, — à 
l'exception de celui de saint Eloi, que ses rela- 
tions avec saint Judicaëi avaient rendu popu- 
laire en Bretagne, — tous ces noms, dis-je, appar- 
tiennent à des saints bretons : saint Guénolé, 
saint Corenlin, saint Tugdual,saini Brieuc, saint 
Samson , saint Malo, saint Pau! de Léon, saint 
Gildas, saint Méen, saint Magloire, saint Ar- 
mel, saint Gonnery, saint Goulven, saint Su 
liaw, etc. (Cf. avec un curieux travail de M. A. de 
Blois, Bull, de l'Assoc. bret. année i85o, I. H, 
iiv. I, p. 65-70.) 

^ «... Dum in Brkannia castra liserat super 
«fluvium Eligium.» (D. Lob. Pr. t. I, 26.) 

' «In nomine Domini, etc Ludovi- 



ncus, etc imperator Augustus. . . . Uni- 

« verso ordini ecclesiastico Brifannio' consistenti 
« notum sit quod , dum Matmunoc abbas ex mo- 
nasterio Landevennock nostram adiisset prae- 
« sentiam , et illum sive de conversatione mona- 
nchoruni illarum partium consistentium , sive 
«de tonsione interrogasscmus et ad liquidum 
« nobis qualiter ha;c forent patefecisset , cognos- 
«centes quomodo ab Scotis sive de conversa- 
«tione, sive de tonsione capitum accepissent. 
«dum ordo totias sanctœ apostolicee atque Ro- 
«nianœ Ecclesiœ aliter se hahere dignoscitur, 
« plaçait nobis ut sive de vita, seu etiani de ton- 

«sura, cum universali Ecclesia concorda- 

«rent, et ideo jussimus ut et justa regulam 

iisancti Benedicti patris viverent » 

(D. Lob. Pr. t. II, 26.) 



cLxx PROLÉGOMEiNES. 

Nous avons établi, clans un précédent paragraphe, que l'Eglise de Vannes 
ne remonte qu'à /i65, et que, plusieurs années après la mort de saint 
Patern, les Vénètes, restés païens pour la plupart, durent être conver- 
tis par saint Mclaine. Est-il donc croyable, après cela, qu'aux extrémités 
de la presqu'île armoricaine, le nombre des chrétiens ait pu être assez consi- 
dérable, dès l'an Ixoo , pour y rendre nécessaire l'établissement de plusieurs 
évêchés? Nous ne le pensons pas. D'ailleurs, le fait fût il possible, il resterait 
à expliquer comment des diocèses, établis moins d'un siècle avant l'arrivée 
des Bretons, ont pu s'évanouir, en quelque sorte, sans que l'histoire ou la tra- 
dition en aient conservé le moindre souvenir. Il faut doncle proclamer, rien 
de moins fondé que l'existence de ces diocèses primitifs. Et cependant, je 
le dis à regret, cette thèse a été reprise, en sous-œuvre, après la mort de 
M. Bizeul, par le seul disciple qui défende son système. Le docte explora- 
teur de nos voies romaines, pour rester conséquent avec lui-même, avait 
été amené à rejeter, en bloc, une grande partie des documents de notre 
histoire. Plein de mépris pour la tradition , il traitait avec le même dédain et 
les Actes de saint Melaine , de saint Samson , écrits par des contemporains, et 
les Vies de saint Malo , de saint Pol de Léon , de saint Guénolé , acceptées par 
la plus sévère critique. Bien plus, comme l'établissement des Bretons en 
Armorique dérangeait le système du vénérable vieillard , il en vint, un jour, 
jusqu'à contester, pour ainsi dire, leur passage sur le continent'. En vain 
lui opposa-t-on les textes formels de Sidoine Apollinaire, de Jornandès, de 
Procope, de Grégoire de Tours, d'Eginhart, d'Ermold Nigel, de Gur- 
destin, etc. en vain lui fit-on observer, — argument sans répUque. — qu'au 
moment même où les Saxons s'emparaient de l'ile de Bretagne, un coin de 
la presqu'île armoricaine perdit son nom, pour prendre celui de Britannia 
minor, Britannia cismarina, rien ne put convaincre l'indomptable Armo- 
ricain-Nannète, et, sans daigner discuter un seul texte ni répondre à un seul 
argument, il passa outre. 

Moins pas.sionné, moins absolu que son maître, l'archéologue qui s est 
donné la mission de le continuer a produit, à f appui du système, un argu- 
ment nouveau, qui doit réduire à néant, croit-il, f histoire de dom Lobi- 
neau, les savantes recherches de dom Le Gallois, de Lebeau, de Tillemont 
et de tant d'autres. Cet argument décisif, en deux mots, le voici : » La 

' M. Bizeul, Mém. sur la carte romaine de la péninsule armoricaine. Congrès scientifique de 
France, XVI* session, t. II, p. 5^i-55. 



PROLEGOMENES. clxm 

" Notice des Proviiices place neuf cités dans la niclropole de Tours, vers 
" l'an Aoo ; or, comme il ressort du texte d'un concile tenu à Vannes, en 465, 
» que huit évoques existaient alors dans cette métropole, on on doit conclure 
" que, non-seulement en ce temps-là , mais même soixante et dix ou quatre- 
<' vingts ans auparavant, il y avait des sièges épiscopaux à Vannes, à Carliaix , 
lia Corseult. Par conséquent, il y a lieu d'affirmer que l'Evangile était 
Il prêché dans l'extrême Armorique avant l'arrivée des Bretons, de leurs 
Il évêques et de leurs moines. » 

Je crois avoir résumé fidèlement la thèse qui s'est produite dernièrement 
à l'Institut; ma réponse sera courte, mais péremptoire, je l'espère. 

I. Je ferai remarquer, tout d'abord, que, comme son maître, l'auteur 
résout, a priori, la question par la question même : «Au quatrième siècle le 
« nombre des diocèses répondait, en Gaule , à celui des cités. » — Mais rien 
n'est moins fondé qu'une telle proposition. Il est très-vrai, sans doute, que, 
après la chute de l'Empire, l'Eglise gallo-romaine modela ses diocèses sur les 
anciennes cités, et que, quand les circonscriptions civiles furent, en quelque 
sorte, annulées par les circonscriptions religieuses, les mots civitas et diœ- 
cesis devinrent synonymes. Mais cette synonymie ne fut complète que 
le jour où l'Eglise ordonna formellement de faire concorder les divisions 
ecclésiastiques avec les divisions administratives. Or, la première décision 
prise à cet égard l'a été au concile de Chalcédoine, en /i5i, c'est-à dire /îiu.'î 
d'un denn-siècle après la rédaction de la Notice des Provinces, Voici , au surplus, 
les propres termes employés par les Pères de Chalcédoine : 

«Si vero quœlibet civilas per auctoritatem imperialem renovata est, aut 
Il si renovetur in posterum , civilibus et publicis ordinationibus etiam eccle- 
Hsiasticarum parochianarum sequatur ordinatio'.» 

Ces paroles sont décisives; elles montrent l'inanité d'un système qui, cin- 
quante ans, et plus, avant la décision du concile de Chalcédoine, prétend 
identifier, dans toute la Gaule , les cités et les diocèses -. Nous ferons remar- 
quer, au surplus, que des huit évêques mentionnés, mais sans désignation 
de sièges, dans les actes du concile de Vannes (/i65), six seulement appar- 
tiennent sans conteste à la province de Tours. Ce sont : Perpetuus, le métro- 
politain; Paternus, évêque de Vannes; Talasius, d'Angers; Viclorius. du 

' Concilia, apud Labb. t. IV, p. 784. xxxvni du concile de Conslantinople, en 681. 

- Le passage précité du concile de Chalcé- Les cités y sont nommées ciritales, et les dio- 

doinc est nettement expliqué dans le canon cèses parochitr 



cLxxii PROLÉGOiMENES. 

Mans; Athcniiis. de Rennes; Nunnechius, de Nantes. Quant à Albintis et à 
Liberalis, aucun catalogue, aucune légende, aucune tradition n'autorise à 
croire qu'ils fussent évêques des Osismes et des Curiosolites. Est-ce donc 
que, pour assister à un concile provincial, il fallait nécessairement appar- 
tenir à la métropole où il était assemblé? Nullement; car, au premier et au 
second concile de Tours, en 46 i et 667. le tiers des prélats assistants étaient 
étrangers à la province'. On peut juger, d'après cela, de la valeur du système. 

II. Ni dom Lobineau, ni dom Le Gallois, ni leurs savants confrères de 
l'ordre de Saint-Benoit n'ont jamais émis un doute sur la date d'érection 
du diocèse de Vannes. Et, en effet, la tradition constante de cette Eglise, 
tradition confirmée par une lettre synodale émanée de six prélats, atteste 
que saint Patern fut le premier évêque des \ énètes. L'hypothèse de trois 
diocèses antérieurs, à Vannes, à Carhaix et à Corseult, est donc purement 
chimérique. On sait quelle est la ténacité des traditions ecclésiastiques. Or, 
comment admettre que le souvenir de trois évêchés armoricains, fondés, 
moins de soixante et dix ans avant l'arrivée des Bretons, chez les \ énètes. les 
Osismes et les Curiosolites . se soit tellement effacé de la mémoire des 
hommes qu'on n'en trouve trace ni dans les catalogues d'évêques, ni dans 
les légendes, ni même dans les poëmes du moyen âge, qui, pourtant, ont 
fait arriver jusqu'à nous quelques reflets de l'antique splendeur des cités de 
Vorcjanium et de Coriosolitum-':'' 

III. Quant à la conversion de l'extrême Armorique, on ne peut que ré- 
péter, après M. de la Borderie, qu'il n'existe ni un fait, ni un texte, ni un 
indice quelconque d'où l'on puisse induire que l'Évangile y ait été prêché 
avant la venue des Bretons et de leurs moines. 

Nous avons eu l'occasion de citer ailleurs un curieux passage de la Vie 

' Voici les noms des prélats signataires dts Rennes; Domnuius, du Mans; Leudebaudis, 

deux conciles tenus à Tours, l'un en i6 1 , l'autre de Séei ( Sagensis ). 

en 567, plas d'an siècle après celai de Vannes. On remarquera, dans cette dernière liste, 

En li6i : — Perpetuus, évéque de Tours; Victo- non-seulement la présence de plusieurs prélats 

rius, du Mans; Léon, de Bourges; Eusebius, de étrangers à la province, mais, en outre, l'ab- 

Nantes ; Amandinus , de Chàlons ; Germanus , de sence de tout évéque breton. (V. Sirmond, Con- 

Rouen; Athenius,deReuncs;Mansuelus,^i>f(/a(! cilia antiqaa Galliœ, t. I, p. 34.3.) 
des Bretons: Venerandus, de Clcrmont; Tala- ^ Le roman dAquin et d£ la conquête del'âr- 

sius, d'Angers. — En 367 : Eufronius, évéque morique par Charlcmagne , Ms. fr. de la Bibl. 

de Tours; Preleitatus, de Rouen; Germanus, imp. in-4°,n° 2233, vers 284 et suiv. (Cf. avec 

de Paris; Félix, de Nantes; Caletricus, de P. Paris, iîwJ. JiH. de Fr. t. XXIl, p. 4oj-4i 1.) 
Ciiartres; Domitianus, d'Ansers; Victorius, de 



PROLEGOMENES. clxxih 

de saint Mclaiiie, d'où ressort la preuve que, plus de trente ans avant la 
fondation de l'évèché de Vannes, la plus grande partie des habitants du pays 
étaient encore païens'. Or, s'il en était ainsi, vers l'an 5oo, dans un dio- 
cèse où saint Clair, suivant la tradition, avait fait pénétrer, plus de deux 
siècles auparavant, quelques rayons de la divine lumière, qui pourra croire 
qu'aux extrémités de la péninsule armoricaine le nombre des chrétiens ait 
été assez considérable, dès le règne d'Honorius, pour motiver l'érection de 
deux nouveaux sièges ? 

S XVIII. 
Subdivisions ecclésiastiques de la Cornouaille. — Archidiaconés. — Doyennés. 

La Cornouaille était divisée en deux archidiaconés : l'archidiaconé de 
Cornouaille et celui de Poher. 

L'archidiaconé de Cornouaille comprenait la région du sud, c'est-à-dire 
les sept districts de Cap-Sizun, Cap-Caval, Fouesnant, Conc, Quimperlé, 
Goiirin, Coray. 

L'archidiaconé de Poher renfermait les quatre territoires de Poher, de 
Huelgoet, de Chàteauneuf-du-Faou et de Châteauhn. Les paroisses dont il se 
composait, à partir de la chaîne des montagnes Noires jusqu'à PouUaouen in- 
clusivement, répondaient à l'ancien comté de Poher. Plus loin, c'était la 
Cornouaille proprement dite ^. 

Anciennement, selon toute probabilité, chacun des archidiaconés cor- 
nouaillais renfermait un certain nombre de doyennés. Mais la plupart, à ce 



' Ap. Boll. VI jamiar. p. 33i, n. aS. 

- Plouyé, Berrien, Châteauneuf-du-Faou , 
Plounevez ne faisaient point partie du Poher : 
c'étaient des dépendances des justices ducales 
de Huelgoet et de Châteauneuf. Quant à Len- 
non et aux paroisses placées au delà , elles for- 
maient la juridiction ducale de Chuteauliu et 
les seigneuries de Daoulas et de Crozon. 

De ce qui précède il résulte donc que les 
montagnes d'Arez, au nord, et le cours de 
l'Aune, à l'ouest, formaient l'ancienne limite 
du comté de Poher et de la Cornouaille, jus- 
qu'au pont Trifen , en Cléden-l^ohcr, où la ri- 



vière de Kergoët vient se mêler à l'Aune. De ce 
point jusqu'aux montagnes Noires, les limites 
de l'ancien Poher sont moins nettement dessi- 
nées. Il est à croire que le comté devait s'éten- 
dre jusqu'au cours d'eau qui sépare Saint- 
Goaiec de Spezel, car cette dernière paroisse 
relevait de Carhaix, siège de la juridiction de 
Poher; et si, plus à l'est, Saint-Hernin dépen- 
dait de Châteauneuf, ainsi que Cléden-Pober, 
c'est sans doute l'effet d'un de ces changements 
qu'on rencontre, à chaque page, dans l'histoire 
de la féodalité. 



cLxxn PROLEGOMENES. 

qu'il paraît, avaient de bonne heure cessé d'exister, et les deux seuls dont 
il soit fait mention, dans les Cartulaires de Quimper, furent supprimés en 
1283, sur la demande d'un des titulaires dont les ressources étaient in- 
suffisantes'. Quoi qu'il en soit, voici ce qu'on sait , ou, plutôt, ce qu'on croit 
savoir de ces anciens doyennés ^. 

I. L'archidiaconé de CornouaiJle, composé des territoires de Quimper. 
Pontcroix, Pont-l'Abbé, Fouesnant, Conc, Quimperlé et Gourin. parait 
avoir été divisé en quatre doyennés, dont les deux premiers sont parfaite- 
ment connus : 

1 . Cap-Sizun. — Ce doyenné commençait à l'est de Guengat, atteignait 
les bords de la mer, vers le ruisseau du Riz, qui coule au fond de la baie 
de Douarnenez, suivait le contour de la pointe de Sizun jusqu'à la rade 
d'Audierne, et avait pour limite, au sud, le cours de la rivière de Goayen, 
sur laquelle est établi le port d'Audierne. 

2. Cap-Caval. — Ce doyenné comprenait la portion de la pointe de Si- 



' 1. « Lilteia annulationis decanalus de Cap- 
Caval. — Universis présentes litteras inspcctu- 
ris, Evenus, miseralione divina Corisopitensis 
episcopus, -alutem i Domino. N'otum facimus 
«quod cum H. decaniis de Capcaval Corisopi- 
Il tensis dyocesis decanatiim suum predictum in 
« nostris manibus resignavit, spontanea volun- 
•' taie, nos, admissaresignalionepredicta, consl- 
nderata tenuitalc reddituum et proventuiim sui 
«decanatiis, qui ad sustentationem congruum 
« unius persone ydonee non suflîcienl, etc. » 

II. Decanatus de Buzec Capcaval et de Cap- 
« sizun annuliantur. — Amio Domini M° CC° 
•' LXXXIII", die iuna; post festum B. Corcntini 
« hyemalis, annulati fuerunt decanatus de Cap- 
'caval et de Capsizun, de consensu episcopi et 
«capituli; et hoc factum dicta die fuit in capi- 
« luio generali. [Chartul. Eccl. Comop. Bibl. imp. 
n° 56 , p. 2 5 recto et 26 verso.) 

- Quelques erreurs , bien excusables assuré- 
ment, se sont glissées dans l'ouvrage, très- 
Mtile et frès-recommandable, intitulé : Topo- 
graphie ecclésiastique Je la France. La légitime 
autorité dont jouit l'auteur de ce travail nous 
impose le devoir de relever ici des inexactitudes 
peu importantes sans doute, mais qui, sous un 



tel patronage, finiraient par être acceptées du 
grand nombre. 

Le docte écrivain place en Cornouaille les si.i 
doyennés suivants : 

1. Decanalus major capituli Keinper una cam 
Duoulasii monaslerio et Ptebe Casielli.— On con- 
fond ici, ce me semble, le titre de doyen du 
chapitre de la cathédrale , avec le titre de doyen 
rural. Le décauat du chapitre appartenait à 
l'archidiacre de Cornouaille et ne constituait 
nullement une juridiction distincte. Ce déca- 
nal, d'ailleurs, n'avait rien de commun avec 
l'abbaye ni avec la paroisse de Plougastel-Daou- 
las, que l'évêque de Cornouaille n'avait con- 
cédée que sous réserve de ses droits èpiscopaux. 

2. Diaconatus Corr,ubifnsis. — Ici, comme 
plus haut, il s'agit de la dignité de doyen du 
chapitre , affectée à l'archidiacre de Cornouaille. 

3. Decanatus de Capsizan. — Supprimé en 
1 283, en même temps que celui de Cap-Caval , 
dont l'auteur ne parle pas. 

4. Decanatus de Plehe noiain Porzni. — Aucun 
document, à ma connaissance, du moins, ne 
fait mention de ce doyenné; mais il devait exis- 
ter, selon toute apparence, avant le xiii" siècle. 

5. Archidiaconatas de Ptebe Sulyun. — Plus- 



PROLÉGOMÈNES. 



CLXXV 



zun située au midi du Goayen, et toute la contrée s'étendant de ce point jus- 
qu'au ruisseau qui, dos confins de la paroisse deCuengat, va se jeter dans 
la rivière de Quimper, à l'anse de Combrit. 

3. Conc. — Le pays de Conc formait probablement un doyenné com- 
prenant : 1° le territoire de Fouesnanl, lequel s'étend, au sud d'Ergué-Ar- 
mel et d'Ergué-Gaberic, entre la rivière de Quimper et le ruisseau qui forme 
la petite anse de Saint-Laurent, au fond de la baie de la forêt; 2° les an- 
ciens ressorts de justice royale de Conc et Rosporden, Le doyenné, des 
autres côtés, s'avançait jusqu'à la rivière d'Aven et aux limites nord de la 
paroisse de Scaer. 

4. 11 est à présumer que le territoire soumis à la juridiction royale de 
Quimperlé , — territoire qui s'avançait jusqu'au nord de Querrien , après avoii 
suivi la rivière d'Ellé depuis son embouchure, — se réunissait au pays de 
Gourin pour former un quatrième doyenné dont aurait fait partie toute la 
région comprise entre les montagnes Noires et la mer. 

II. L'arclîidiaconé de Poher, composé, nous l'avons dit, des pays dePorzai 



sulien était simplement le lieu où résidait l'ar- 
chidiacre de Poher avant qu'on lui eût attribué 
Plounevez-du-Faou , paroisse située dans la Cor- 
nouaille proprement dite. (D. Mor. Pr. 1 , 64 'i.) 
6. Diaconatiis de Quintino. — J'ignore quel 
était l'odice ainsi nommé, et les hommes du 
pays que j'ai pu consulter n'en savent pas plus 
que moi. 

On a dit, et non sans raison, qu'en géogra- 
phie toute erreur entraine de fâcheuses consé- 
quences. Qu'il me soit donc permis, avant de 
clore ce paragraphe, de rectifier encore deux 
inexactitudes dans lesquelles de fausses indica- 
tions , puisées dans des pouillés criblés de 
fautes, ont fait tomber M. Desnoyers. Il a rangé 
sous la rubrique doyenné n° 5 le subdiaconatus 
de Quemeneven. Or, ce sous-diaconat, c'était 
tout simplement l'office d'un sous-diacre semi- 
prébendé, attaché au service du chapitre de 
Cornouaille, et dont le bénéfice était situé en 
Quemeneven. 

A la troisième colonne du tableau de l'évéché 
de Quimper [Topoy. eccl. p. 2o5), je lis les 
mots suivants, «Le Faou, pagus Foendu vel 
iiFoiif/inn,» puis, à la page 209 : i Un autre 



«doyenné , celui de Plounevez (de Plèbe nova], 
«parait avoir eu aussi une assez grande impor- 
« tance par sa juridiction sur les pays de Por- 
zai et du Faou (pagus Foufiian). n Or je suis 
obligé de faire observer que l'assimilation éta- 
blie par l'auteur entre ie pagus du Faou [pagus 
en Fou) et le pays de Fouesnant est absolument 
inadmissible. (Voy. ma carte.) En cflfet, le Fou, 
situé au nord de Quimper, faisait partie de l'ar- 
cbidiaconé de Poher, tandis que Fouesnant, 
placé, au contraire, au sud de la ville épiscopale, 
appartenait à l'arcbidiaconé de Cornouaille. 
Cette erreur, encore une fois , prend sa source 
dans les pouillés manuscrits et imprimés de la 
province de Tours, pouillés dont les auteurs, 
étrangers à la Bretagne , dénaturaient chaque 
nom en le transcrivant. Ces inexactitudes de 
détail, je n'auriiis certes pas eu la pensée de 
les relever ici, si je ne les avais trouvées, na- 
guère , reproduites dans des ouvrages d'une vé- 
ritable importance historique. M. J. Desnoyers, 
l'homme consciencieux par excellence, me 
pardonnera , j'en suis sûr, ces critiques micros- 
copiques, dont, mieux que personne, il com- 
prend l'utilité. 



cLxxvi PROLÉGOMÈNES. 

ou Châteaulin , du Faou , de Daoulas et de Châteauneiif, en Basse-Coi- 
nouaille, et des territoires de Carliaix et Corlay (Haute-Cornouaille, comté 
de Poher). paraît avoir aussi formé trois subdivisions' : 

1. Le Porzai ou Porzoed^. — Il commençait au nord du doyenné de 
Cap-Sizun, enveloppait toute la pointe de Crozon et avait pour limites, 
d'un autre côté, la rivière de Châteaulin, ou l'Aune, jusqu'aux confins est 
de la paroisse de Saint-Thois, où les montagnes Noires se relient à la ri- 
vière ^. 

2. Le Faou". — On sait d'une manière positive que le pays du Faou 
embrassait dans sa circonscription ecclésiastique le territoire de Daoulas. 
qui l'orme, au delà de la rivière de l'Hôpital-Canfrout, une autre pointe 
dans la rade de Brest. Quoique la seigneurie du Faou fût distincte de celle 
de Châteauneuf, toutes deux formaient un même doyenné dont les limites 
devaient être celles-ci : à l'ouest, la rade de Brest; au nord, l'Elorn et les 
montagnes d'Arez jusqu'au.v sources de l'Aune, et enfin le cours de cette 
rivière jusqu'aux confins ouest de Spezet, qui , connue Saint-Hernin , dépen- 
dait probablement du pays de Poher. 

3. Territoire de Poher^. — En présence des grandes circonscriptions 
ecclésiastiques dont il vient d'être parlé , on ne peut guère admettre que le 
territoire de Poher, dont l'archidiacre siégeait primitivement à Plussulien , 
ait formé plusieurs subdivisions. Aussi bien . le nombre snpt , que nous 
croyons avoir été anciennement celui des doyennés cornouaillais, correspon- 
dait-il à un chiffre en quelque sorte sacré dans l'Eglise bretonne. On sait, 
en effet, qu'elle se composait de sept diocèses et qu'elle reconnaissait sept 
saints pour principaux patrons. Mais ce n'est pas tout : la ville de Quimper 
renfermait, de même, sept paroisses, et ce n'est point au hasard qu'il faut 
attribuer cette division qu'on retrouve dans plusieurs autres parties de la 
Bretagne. 

' Deui de CCS subdivisions ne sont pas dou- ' Ce territoire comprenait l'ancienne séné- 

tcuses. cliaussée rovale de Châteaulin (avec la cbâtel- 

^ Le Porzai renfermait l'ancienne sénéchaus- lenic de Daoulas) et la sénéchaussée royale de 

sée royale de Châteaulin. Chàteauneuf-du-Faou, à laquelle était réunie 

' La presqu'île de Crozon ne comptait que la chàtellenie du Huelgoet. 

pour peu de chose dans ce territoire, qui rele- ■" Le territoire de Poher comprenait la séné- 

vait, on très-grande partie , de l'officialité abba- chaussée de Carhaix et la chàtellenie de Cor- 

tiale de Landévénec. Ce monastère y exerçait lay. 
des droits de patronage. 



PROLEGOMENES. 



ci.xwii 



S XIX. 

Le Léon et ses limites. — Origine de celte dénomination. 

Le comté de Léon, borné à l'ouest et au nord par la mer, au sud par 
les montagnes d'Arez , qui le séparaient de la Cornouaille , avait pour limites . 
à l'est, la rivière de Kefleut(au delà de laquelle commençait la Domnonée'), 
puis, 'à partir de Moriaix, une ligne qui, courant vers le sud-est, à travers 
les landes situées entre Plcyber-Clirist et Plougonven, venait aboutir au 
pied des monts Arez, non loin de l'abbaye cistercienne du Relec. 

De temps immémorial, le Léon, dont le territoire avait dû former pri- 
mitivement l'un des grands pagi des Osismes'-, se partageait en trois petits 
pays sur lesquels se modelèrent, selon toute vraisemblance, les archidia- 
conés de Léon, d'Ach et de Kemenet-Ili. D'anciens documents, les Vies de 
saint Paul-Aurélien et de saint Judicaël, font en elfet mention de la com- 
mendalio d'Ili^ et des territoires d'Ach et de Léon \ Mais resterait à con- 
naître l'époque où ce dernier nom servit à désigner la contrée tout en- 
tière. 

On sait qu'Adrien de Valois voyait des Leonices dans l'une des petites 
nations lémoviques dont il est parlé dans les Commentaires de César^. De- 
puis ce temps, d'autres érudits se sont efforcés d'établir que le mot Léon, 



' Voyez le paragraphe qui suit. 

' La cité des Osismes renfermait , selon toute 
apparence, quatre grands paiji qui correspon- 
daient aux territoires désigna plus tard sous 
les noms de Cornouaille, Potier, Lëon et pays 
de Pou-Castel. 

' «Quadam nocte,cum Judhaelus rex, post 
«venationem suam fatigatus.se sopori dedisset 
«iu domo Ausochi suiclientis,in (ri6u Lcsie,\n 
« capite iittoris magni , aparté occidenlali in con- 
« fiiiium pagi Leonum et Commendationis-Ili , etc. » 
[Vita S. JudicacliSfBl. Mant. n° 38, p. 667, 
Bibl. imp.) 

Nous avons fait remarquer ailleurs que he- 
menet est le participe passf^ du verbe kemenna. 



commander, dont le mot commendatio est la 
traduction exacte. Quant à tribus Lesie, c'est 
aussi la traduction latine de Trcf-Les, l'une des 
dernières paroisses de l'archidiaconé de Keme- 
net-Ili, sur la rive droite de la Flèclie. — Cf. 
D. Mor. Pr. t. I, 20i. 

* «... Patriam quam intraverat perlustrans 
« [sanctus Paulus Aurelianus] devenit ad quani- 
«dam plebem pagi Achmensis antique Telme- 

«doviam appellatam ' Itcr prosequens 

[Paulus] cum suis, pervenerunt ad quamdam 

plebem in ultima parte payi Lconeiisis. « 

IVita S. Paul. Aurcl. apud Boll. t. II, mart. 
n° j5, p. 1 16.) 

^ Voy. plus haut. p. cii, note 1. 



En breton Ploii-Talmedou , dont on a fait Ploudaimeîeau (dans le canton de Brest). 



cLxvvm PROLEGOMENES. 

contraction du latin legio, aurait pris naissance vers la fin du iv' siècle, 
lorsque les troupes romaines, cantonnées dans l'Aimorique , durent être 
disséminées sur le littoral incessamment ravagé par les pirates germains. 
A ce propos, un jurisconsulte breton, Baudouin de la Maison-Blanche, 
a développé un système assez spécieux et dont voici l'analyse sommaire : Le 
domaine congéable^, en usage en Cornouaillc , en Poher, enTreguer, en Goëllo, 
en Browerech, n'existait point dans le Léon. Or, pourquoi cette anomalie? 
C'est que, dans ce coin de l'Arraorique, où s'étaient concentrés les Mauri 
Osismiaci de la Notitia dignitaiam , les institutions romaines n'avaient subi 
aucune atteinte lorsque l'empire s'écroula. D'après cela, les légionnaires [le- 
gionenses) durent naturellement repousser les usages bretons, détavorables à 
leurs intérêts; et de là les traces de servitude qu'on ne retrouve nulle autre 
part en Bretagne^. 

Nous prouverons ailleurs que le dur régime auquel Baudoin fait allusion 
était général, dans la presqu'île armoricaine, à la fin du ix" siècle. Quant à 
l'hypothèse d'une colonie fondée, au nord-ouest du territoire desOsismes. 
par des soldats romains dont elle aurait reçu son nom (legioiiensis pagas), 
rien assurément n'est moins probable. Qu'on veuille bien se rappeler, en 
effet, l'état de la Gaule dans la dernière moitié du v" siècle^. Les Barbares, 
en ce temps-là, affluaient de tous côtés, et les troupes impériales avaient 
été forcées de se concentrer sur la Loire pour opposer quelque résistance 
aux envahisseurs. C'est alors que Riolhime et ses douze mille Bretons se 
portèrent dans le Berry occupé par les Visigoths^. Or, lorsque des fugitifs, 
naguère débarqués en Armorique, montraient envers l'empereur un pareil 
dévouement, il serait étrange, on en conviendra, que les légionnaires can- 
tonnés chez les Osismes fussent restés immobiles h leur poste. D'ailleurs, 
l'ensemble des faits accomplis dans la péninsule, dès le vf siècle, ne permet 
pas d'accepter la double hypothèse de Baudouin. Il est certain, en effet, 

' Voici ta définition assez exacte du domaine Courson, i8io). Ce régime est-il aussi ancien 

congéable ; C'est un contrat synallagmatique que je l'ai supposé dans un premier ouvrage ? 

par lequel le propriétaire d'un héritage, en Je ne le pense pas aujourd'liui. 
retenant la propriété du fonds, transporte les ■ Baudouin de la Maison-Blanche, Institu- 

édifices et superfices , moyennant une certaine fions convcnancières. 

redevance, avec faculté perpétuelle de congé- ' Voyez plus haut, p. x-.\iii. et cf. avec 

dier le preneur en lui remboursant les amé- Dubos. 

liorations. (Essai sur l'histoire, la langue et les * Voy. plus haut, p. xiv. 

institutions des Bretons armoricains, par A. de 



PROLÉGOMÈNES. clxxix 

i(ue les Bretons étaient alors établis dans le Léon tout aussi fortement 
qu'ailleurs, et que toutes tes contrées occupées par eux avaient reçu des 
flénominations nouvelles. Plus d'Osismcs, plus de Curiosolites' : à ces an- 
tiques appellations ont succédé celles de Bretagne, de Domnonée , de Cor- 
nouaille, de Poher, de Browerech, de GocUo. Les paroisses, les bourgs, 
les villages, les monastères, les châteaux portent eux-mêmes des noms em- 
pruntés à la mère-patrie"^. Impossible d'admettre, après cela, qu'un petit 
nombre de légionnaires, confinés à l'extrémité de i'Armorique, y aient pu 
séjourner sans être absorbés par les Bi-etons dont les clans, nous l'avons 
établi, se succédaient sans interruption, et qui imposaient partout leurs 
mœurs, leur langue , leurs institutions. Il y a donc tout lieu de croire que le 
Léon, comme la péninsule elle-même, reçut son nom des insulaires qui 
venaient y chercher un refuge. L'hypothèse me semble d'autant plus fondée 
qu'il existait dans le pays de Galles, d'où sortaient, selon toute apparence, 
les émigrants du Pen-ar-bed^, deux villes de Caerléon , dont l'une au moins, 
diseut les savants anglais, s'appelait ainsi parce qu'elle s'élevait sur un terrain 
longtemps occupé par une légion romaine". (Jette origine du nom de Caer- 
léon a été contestée, je le sais, par Gunn, le savant éditeur de Nennius^; 
mais, que ce soit à tort ou à raison, toujours est-il que la dénomination 
existait anciennement de l'autre côté du détroit, et qu'il est tout naturel de 

' Mais dans les trois contrées non occupées i parence que c'est de ces légions que le pays 

primitivement par les Bretons, les noms des »a pris son nom.» Nous prouverons ailleurs 

anciennes cités ont survécu ; Nunnetes, Nantes; que les Romains ne semaient pas ainsi leurs lé- 

Rhedones, Rennes; Veneli, Vannes. gions. (Voy. Eclaircissements.) 

" Corisopitum , Lannion, Bangor, Lande- = <• It lias been supposed that the word Llion 

vénec, etc. et jusqu'à Caerdivon. (Voy. Churt. . is a welsh modification or corruption of the 

Boton. p, 198.) n (erm n légion ; » if tliis dérivation was wcll con- 

' Penar-bed , jiius mundi; les Bretons ap- « sidered, the improbability of it would appear; 

pellent ainsi le cap Saint-Mathieu, Sanctus Mal- « for the places so called had uames , and I would 

t/!éP«iJc/mitKS(err<r.(l).Mor. Pr. 1,629, 1 36 1). i présume those identical names hère mentio- 

' ■ After the reign of Antoninus Plus « ned , and were also places of strength pointed 

«was quartered (the second Augustan légion) 1. out by the eligibility oftheir situation before 

»at Isca Siiurum or Caerléon in Wales, whicli «the Roman niade their appearance. The welsh 

nreceived ils name from it, «Caer legio, » i. e. « for légion is olleng, » a very easy structure from 

«the cily of the légion.» (Briiannic researches «CaerLlêon, » a word ofthree syllables. The 

by Beale Poste, i853, p. 335.) «proper name of the town is Cair-Llioo, not 

On lit dans i'Histoire de Bretagne de D. Mo- » Cair-LlêoD , as it is always found in our most 

nce, t. II, p. 38 du Catalogue des évéques : oancient ms. The impori of Llion seems to be 

«Les Romains ont eu longtemps (à Saint-Pol .streams, torrents, or floodings, and the situa- 

• de Léon) des léijioiis en garnison , et il y a ap- « tion of the place which bears that name, is 



CLxx\ PROLEGOMENES. 

penser quelle a été transportée dans l'Armorique en même temps que celles 
de Britaniiia, de Domnonia, de Cornubia, de Corisopitam , etc. 

J'ai signalé, dans un j)récédent paragraphe, les antiquités romaines de 
la cité des Osismes, et, par ronséquent, celles du pays de Léon. Peut-être 
ce pagus était-il dès loi's subdivisé en trois petits districts à peu près, cor- 
respondant aux archidiaconés postérieurs d'Ach, de Léon et de Kemenet-Ili. 
Mais, sur ce point, les textes nous font absolument défaut. 

S XX. 

Divisions ecclésiastiques. — Fondalion du diocèse de Léon. 

Les limites du diocèse de Léon étaient, avant la révolution française, les 
mêmes que celles de l'ancien comté de Léon , car la Vie de saint Paul-Auré- 
lien nous apprend que les deux pagi Achmensis et Leonensis, entre lesquels 
était situé celui de Kemenet-Ili, formaient, dès le vf siècle, un petit état 
placé sous l'autorité d'un chef unique qui s'appelait \Mthur^ Ce fut sous 
le règne de ce prince que Paul-Aurélien , l'un de ses parents, vint, avec douze 
disciples et une suite assez nombreuse, prendre terre sur le continent armo- 
ricain. Paulus Aurelianus était né, vers /190, dans le pays de Galles, d'un 
père nommé Porphius. Ayant manifesté, dès sa plus tendre enfance, un 
goût prononcé pour la vie religieuse, il fut placé par ses parents dans le mo- 
nastère de Saint-Iltud, où il eut pour condisciples sauit David, saint Sam- 
son et saint Gildas. On suit qu'à cette époque un grand relâchement s'était 
introduit parmi le clergé breton , et que les mœurs générales du pays s'en 
étaient ressenties^. Mais, au sein des monastères, dans des ermitages creu- 
ses dans le roc ou cachés au fond des bois, vivaient des hommes d'éhte 
dont la vie s'écoulait dans la pratique des plus austères vertus. Le fils de 
Porpliius appartenait à cette phalange de saints dont on peut suivre , dans 
l'histoire, la trace lumineuse à travers les contrées les plus sauvages de l'an- 
cienne Europe^. Apôtre plein de zèle, missionnaire éloquent, Paul avait 

« situated on the banks of a river. « ( The Hist. ' Ozanam , La civilisation chrctwnnc chez les 

Briton. commonlj attributed to Nennius, by tbe Francs, iSig, p. 96 et suiv. Cf. avec l'admi- 

Rev.W.Gunn, Londres, 181 g.p. 101, note 1 1 . ) rable mémoire de iVL Mignet intitulé : /iitro- 

' Fi'ta S. Pauli /lare/. ap.Bolland. t. II, mari. duction de l'ancienne Germanie dans ta société 

p. 116. civilisée de l'Europe occidentale, Paris, iSà3, 

' Gildas. ap. Mon. hist. Britann. p. 1 2. p. 1 1 et suiv. 



PROLEGOMENES. cr.xxxi 

prêché avec éclat l'Évangile ù divers peuples de la Bretagne, et ceux-ci, dans 
leur reconnaissance, le demandèrent pour évêque. A cette nouvelle, le 
saint jeune homme, elTrayé d'un tel fardeau, résolut de s'expatrier. Et, en 
effet, vers 5 i 2 , il abordait dans l'île d'Ouessant où il se fit bâtir un oratoire 
[Lan-Paal^). Après avoir converti les habitants d'Heussa^, où le druidisme 
était resté vivant, Paul, se sentant appelé i'i de plus importantes conquêtes, 
passa sur le continent avec ses compagnons. C'est dans le pacjus Achmensis, 
non loin d'un ploii nommé Thelmeduvia, que l'exilé fixa d'abord sa demeure. 
Mais là ne devait pas longtemps s'arrêter le pieux missionnaire. Une œuvre 
plus importante l'attendait. Averti, par une vision, d'aller trouver son pa- 
rent, le comte Withur, il prit son bâton et s'embarqua pour l'île de Batz, où 
le prince résidait en ce moment-là. De graves événements s'étaient accom- 
plis, peu de temps auparavant, au nord-ouest de la Bretagne. Jonas, prince 
de Domnonée , était mort assassiné par Conmor, comte de Poher, et ce 
dernier, voulant recueillir tout le fruit de son crime, s'était hâté de se pla- 
cer sous la tutelle, disons mieux, sous la vassalité de Childebert roi de 
Paris. Ce fait entraîna naturellement de graves conséquences: d'une part, 
poiu" éviter le sort de son père, Jndiial, l'héritier de Jonas, alla demander 
un asile au roi des Francs ; et, d'autre part, Withur, par la force des choses,- 
devint le vassal du mérovingien. Ces événements, dont M. de la Borderie 
s'est efforcé de débrouiller le chaos, nous donnent la clef de certains faits 
qu'aucun historien n'avait jus[|u'alors expliqués, par exemple, l'intervention 
de Childebert, qu'on voit appelé, chose étrange, à confirmer l'érection du 
siège de saint Paul et à valider la consécration de saint Tugdual comme 
évêque régionnaire de Tréguer. «11 est à remarquer, dit Dom Lobineau, 
«que, durant cette période, les prélats du pays élurent plusieurs évêques 
«à Léon, à Dol, à Tréguer, à Quimper, sans participation de l'évêque 
«de Tours, qu'ils ne se croyaient peut-être pas obligés de reconnaître pour 
« leur métropolitain^. » 

Quant an prétendu diocèse des Osismes , dont on veut faire remonter l'ori- 

' « ...Qui iocus usque bodie monaslerium, «terra, qiiam Cornugaili.'E nominant , pelago 

e quod notius est iingua Britonum, Lanna Bsexdecim passuum in traiisversum portulo se- 



< siv 



« Pauli, vocatur. » (Boll. /oc. c'a. § 28, p. 116.) «jungitur. In ea 15. Pauluni, cognomento Aure- 

- L'île d'Ouessant. — On lit ce qui suit, sur «iianum, ereniiticam duxisse vitam ex libro 

l'île d'Ouessant, dans le livre des Miracles de «Vita; ejus didicimus. » (Voy. D. Bouq. Script. 

saint Benoît: «Osa, Oceani maris quscdam est rcr. gall. ctjranc. X, 3i8.) 
» insula quœ a continente Armorieana? regionis ' D. Lob. Hist. de Bretaijnc, p. 1 3. 



cLxxxii PROLEGOMENES. 

gine au commencement du v° siècle, ni Dom Lobineau. ni les savants reli- 
gieux, ses collaborateurs, n'en ont, bien entendu, découvert la moindre 
trace dans l'histoire. 

Il est rapporté dans la Vie de saint Paul de Léon que, sentant sa fin ap- 
procher, il désigna lui-même, devant le peuple assemblé, celui de ses dis- 
ciples qu'il jugeait digne de lui succéder. G était là, en effet, un antique 
usage des nations bretonnes ^ 



S XXI. 

Subdivisions ecclésiastiques. 



Le diocèse de Léon paraît avoir été, dès la plus haute antiquité, partagé 
en trois archidiaconés, ceux de Léon, de Kemenet-Ili et d'Ach. M. J. Des- 
noyers, dans sa savante Topographie ecclésiastique de la France, parle d'un 
quatrième archidiaconé Léonais, dont il est fait mention en effet dans une 
charte du xf siècle- : «Je n'ai trouvé, dit-il, aucun texte qui pût aider à 
« déterminer la situation et à prouver l'existence, durable ou passagère, de 
« l'archidiaconé d'Audour. Ge nom n'aurait-il pas servi aussi à désigner 
«fun des archidiaconés connus?» La conjecture est parfaitement fondée. 
On nommait Daoïidour une ancienne et importante seigneurie située dans 
larchidiaconé de Léon, et qui, avec les fiels de Coetmeur et de Kermilin, 
forma plus tard ce qu'on appelait le comté de Coetmeur. Evidemment 
l'archidiaconé de Daoudour n'était autre que celui de Léon. 
\ oici quelles étaient les limites des trois archidiaconés : 
I . L'archidiaconé de Léon , ou grand archidiaconé, s'étendait de la rivière 



' " . . .Beatissimus Paulus seneclute fessus 
'tcoram omni populo unum es discipuiis suis, 
1 Johevium noinîne, ut suo officio fungeretur, 
" instiluit, etc.» [Vita S. Paul, cpisc. Léon. ap. 
Boll. \ii mart. p. 119, n. 48.) — Cf. avec le 
canon suivant d un ancien concile d'Hybernie, 
rapporté par d'Acbery : nSynodus ait : nuilus 
" episcopus successorem in vita sua facial, sed 
« posl obitum ejus boni bonum indicant. Item 
«synodus definivit episcopum ordinare succès- 
«sorem in exitu vitse, consensu synodi et re- 
"gionis ipsius ne irritum fiât.» (Achcr. Spi- 



cilegium, Paris, 1723,8 vol. in-P,t. 1 , cap. wii . 
p. 493. 

- « Comme content fust esmeu entre 

(inous... et reiigieus frère Yves abbé de l'ab- 
nbaïe Notre-Dame dou Reiec, de l'ordre de Ci- 
Bteaux, en la diocèse de Ldon . . .sur ce que les 
t dits religieux disoient que ils avoient ausmones 
■ et donaisons en la terre ou fé uobie bomme 
1 Hervé le fils Salomon , size en rarcbidia[co]né 
!• d'Audour, en la cité de Léon, etc.» (Accord 
entre l'abbé du Relec et Hervé de Léon , D. Mor. 
Pr. 1. 1, .o48.) 



PROLEGOMENES. clxxxih 

de Quclleut à celle de la Floche; il comptait vingt -six paroisses et vingt- 
trois trêves. 

2. L'archidiaconéde Kemenet-Ili avait pour limites les deux cours d'eau 
de la Flèche et d'Abervrac'h ; il renfermait vingt et une paroisses et quatre 
trêves. 

3. L'archidiaconé d'Ach était compris entre l'Abervrac'h et l'Elorn ; il se 
composait de quarante et une paroisses et de dix-sept trêves. 

Rien n'indique que la subdivision par doyennés ait jamais existé dans 
i'évêché de Léon. 

Le Minihi-Saint-Pol, ou asile de Saint-Pol-de-Léon , comprenait les sept 
paroisses qui entouraient la ville ëpiscopale. 

S XXII. 
Les Curiosoliles. — Limites de leur cité. — Leur capitale. — Etablissements romains. 

On vient de voir que le Léon et la Cornouaille s'étaient constitués, 
après l'arrivée des Bretons, par le fractionnement de l'ancien territoire des 
Osismes. Mais ce n'est pas tout : une portion moins importante de cette 
cité, l'antique pagiis de Cos-Guéodet , servit l> former I'évêché de Tréguer, 
dont la région orientale, à partir des bords du Léguer jusqu'à la rivière 
du Leff, appartenait à la cité des Curiosolites. Nous aurons tout à l'heure 
à rechercher les origines et à tracer les limites du royaume de Domnonée 
et de ses quatre diocèses. Mais, préalablement, il nous faut esquisser, sui- 
vant notre méthode, fhistoire de la peuplade établie primitivement dans ce 
coin de la péninsule armoricaine. 

César consacre à peine quelques lignes à cette petite nation, dont le 
territoire, selon les géographes les plus autorisés, était compris entre les 
rives du Léguer et celles de la Rance. 

A la première sommation de P. Crassus', les Curiosolites, comme d'un 
commun accord avec leurs voisins les Vénètes, les Osismes et les Rhedons, 
s'empressèrent de déposer les armes. Mais leur soumission n'était pas sin- 
cère. Invités par Trebius Gallus à fournir du blé aux légions cantonnées chez 
les Andes, ils arrêtent le tribun militaire, espérant par là recouvrer les 

' Cass. Je BcU. nall. II , \\\iv. 



cLxxxiv PROLEGOMENES. 

otages livrés aux Romains ^ La guerre des Vénètes suivit de près cette vio- 
lation du droit des gens. Mais les Curiosolites n'y purent prendre aucune 
part, car leur cité était occupée par des forces considérables^. Plus tard, 
néanmoins, on les voit figurer parmi les nations armoricaines appelées à 
fournir un contingent de six mille honmies à l'armée de Vercingétorix '. 

L On a remarqué que, dans la Géographie de Ptolémée, où il est parlé 
de Condevinciim , de Condate, de Dariorigum, de Vorganiam , les Curiosolites 
ne sont même pas nommés. Le fait est bizarre sans doute; mais cela n'au- 
torise nullement à croire que, sous le règne d'Antonin, ce peuple n'eût 
pas encore été soumis par les Romains *. Les importantes découvertes 
faites dans la paroisse de Corseult, en 1709, repoussent au contraire l'hy- 
pothèse. L'Armorique, comme le reste des Gaules, n'opposa qu'une faible 
résistance aux conquérants; et, sous leur domination, la capitale des 
Curiosolites, à laquelle on attribue, à tort ou à raison, le nom de Fanaii) 
Martis , dut prendre une importance considérable. Cette capitale était 
située dans un pays très-fertile, à trois lieues des bords de la Rance, à cinq 
lieues de la mer et à la même distance de la ville d'Alet. On ignore abso- 
lument à quelle époque et par quelles mains Corseult fut détruite; mais il 
est à remarquer que, dès l'arrivée des Bretons, le nom d'Alet est seul pro- 
noncé dans l'histoire. 

Ce n'est point ici le lieu de décrire en détail les débris d'antiquités ro- 
maines retrouvés, en si grande abondance, au bourg de Corseult et dans 
les champs qui l'environnent. Il existe d'ailleurs sur la question un tra- 
vail très-remarquable inséré dans les mémoires de l'Académie des inscrip- 
tions^, et, de nos jours, M. Mérimée, M. Bizeul, le président Habasque 
ont à peu près épuisé la matière''. Quant à la position de l'antique chef- 
lieu des Curiosolites, je me bornerai à faire observer que la distance de 
vingt-cinq lieues gauloises indiquée , par la Table Théodosienne , entre Con- 
date et Fanum Martis, répond, sur la carte, à une distance de vingt-quatre 
lieues gauloises entre Rennes et Corseult où l'on voit encore les ruines d'un 



' Cais. de Bell. gall. m, vu. ' Les anciens évéchés de Bretagne, latTod.p. ib. 

* «Q. Titurium Sabinum cum legionibus tn- ^ Hist. de l'Acad. des inscript. t. I, p. 4oi et 

Il bas in Unelios, Curiosoiitas Lexoviosque mit- suiv. 

otit, qui eam manum distinendam curet. n ' Mérimée, Notes d'un voyage dans l'Ouest, 

[Ibid. III, XI.) p. 102 et suiv. — Bizeul, Bail, de l'Assoc. brel. 

' Ibid. VII, Lxxv. t. IV, ann. i852 , p. 39-76. 



PROLÉGOMÈNES. clxxxv 

temple, et que le nombre XIV de la Table, entre Fanum Maiiis et Requiea, 
s'accorde très-bien avec ceUii d'environ douze lieues gauloises et un tiers, 
entre Corseult et la mer, près d'Erquy. 

Dans le chapitre relatif à la cité des Bhedones, il a été parlé de la voie 
romaine qui allait de Rennes à Corseult et à Erquy. Il en existait d'autres 
entre Rennes et Sainl-Malo, entre Rennes et liïiniac; mais les renseigne- 
ments recueillis sur ces dernières sont tellement incomplets que je dois me 
borner, pour le présent, à les signaler. 

On a retrouvé plusieurs tronçons d'une autre voie qui liait Corseult à 
Saint-Malo, par Dinard. Elle traversait les paroisses de Languenan, Le 
Plessis, Tréméreuc et Pleurtuit. 

II. Quoique le nom des Curiosoliles eût, pour ainsi dire, disparu de 
l'histoire depuis le v' siècle \ et que l'emplacement de leur capitale fût 
ignoré des plus savants'-, la ville d'AIet, située sur le même territoire, avait 
continué cependant de jouer un rôle assez important. Résidence d'un préfet 
des soldats de Mars, dans les derniers temps de l'Empire^, cet oppidum nous 
est représenté, au vf siècle, comme le siège d'un commerce très-llorissant". 

Un vieil historien de Saint-Malo, Frotet de la Landelle, fait mention de 
substructions , de médailles, de poteries romaines, découvertes à Saint- 
Servan (l'ancienne Met), sous le règne de Louis XIII. Plus tard, vers i 667, 
des ouvriers, en travaillant aux fondations de cpielques maisons du quartier 
de la Cité, y trouvèrent, en très-grand nombre, des monnaies du haut et 
du moyen empire. Des archéologues distingués n'hésitent pas à considérer 
comme un débris de l'antique enceinte gallo-romaine d'AIet un pan de 



' Le nom de Curiosopitum avait été substitué , 
nous l'avons dit, à celui de Curiosolitum dans 
un grand nombre de manuscrits de la Notice des 
Provinces. 

^ Ce problème n'a été résolu que depuis la 
découverte des ruines de Corseult, en 1709. 
Mais le souvenir de lantique chef-lieu des Cu- 
riosoliles avait été conservé par la poésie. Dans 
une chanson de geste, dont M. Paulin Paris 
a donné une excellente analyse au tome XXII 
de l'Hist. Uu. de Fr. p. !io2-4i6, il est parlé 
de Corseult : 

Cité fut riche, de vielle anticjuitê, 

Mais gasté estoit , longtemps avoit passé- 



^ Voy. Not. difjtut. imp. rom. ap. Labb. Paris , 
i65i, in-i2, p. 1 14- 

* « Civitas ergo illa eo tenipore (sœc. VI) 
r. populis et navalibus conimerciis frequentata. » 
[Acta ord. S. B. sa!C. I, p. 127, n. 10.) 

Dans le poëme de la conquête de la petite 
Bretagne, cité plus haut, il est parlé de l'an- 
tique Guidalet ( Vicas Aleti) , aujourd'hui Saint 
Servan : 

Cité est boine , faite dou tens antis. 
Ains que Diex fust en la Virge uasquis 
La fist rois Daircs qui mouit fu poestis. 

{P. Paris, toc. sup. cit.) 



cLxxxvi PROLÉGOxMÈNES. 

muraille à demi ruinée, cfu'on aperçoit sur le rivage, en face de Saint-Malo. 
Ce pan de mur remonte en eflet à une époque reculée, quoiqu'il norte la 
trace d'une reconstruction opérée dans un temps où l'architecture romaine 
était en pleine décadence. 

III. Dans la paroisse de Lanfains , située sur une hauteur, à l'ouest de la 
forêt de Lorges, des paysans trouvèrent, au mois de vendémiaire an xi, 
beaucoup de médailles romaines, avec des urnes, des poteries, enfouies au 
milieu de l'avenue d'une ferme dite de la Côte. Or, comme nous savons que 
Lanfains, dont le nom est significatif, se trouvait, avant la Rév"olution, 
sur la frontière des deux diocèses de Cornouaille et de Saint-Brieuc , il est 
très-probable que ce lieu, du temps des Gaulois, marquait la limite des 
Osismes et des Curiosolites. 

IV. Le défaut d'espace me force à passer sous silence une foule d'autres 
lieux du pays curiosolite, où existent, à ma connaissance, des traces in- 
contestables du séjour des Romains. J'inviterai cependant les archéologues 
à visiter, avec cpielque attention , un antique retranchement élevé près de 
Saint-Brieuc et sur lequel a été greffée, pour ainsi dire, vers le xiv' siècle, 
la tour de Cesson dont le sol, je l'ai pu constater il y a quelque dix-huit 
ou vingt ans, est encore couvert de briques romaines. 

S XXIII. 

La Domnonée. — Ses limites. — Ses princes. 

Il existait dans l'île de Bretagne une contrée à laquelle Ptolémée, Sohn 
et saint Gildas donnent le nom de Domnonée, et qui, selon les plus 
savants archéologues anglais, renfermait le Gornwall actuel, le comté de 
Devon et une partie du Sommerset^. C'est dans la dernière moitié du 
v" siècle, si fon en croit l'hagiographe Gurdestin, qu'un prince, sorti de 
cette Domnonée insulaire, aurait pris, de ce côté-ci du détroit, le tiU'e de 
Domnonicus dux^. Ce nom, restreint d'abord au petit territoire où s'étaient 
fixés Riwal I" et ses compagnons d'exil, s'étendit à une contrée beaucoup 

' Le mol fines, en breton Jinn, entre cer- o Sommerset. » [Britannic researches, by lieale 

tainement en composition dans Lanfains. Poste, p. 2.) 

' «The Dumnonii appear from Ptoleniy to ^ Gurdest. Vita S. Guengiial. f. I, c. i. 

«hâve held Comwall, Devonshire and parts of 



PROLÉGOMÈNES. clxxxvh 

plus vaste, lorsque, vers 5 i 3 ou 5 i /i , un second RiwaI, qui régnait au sud- 
ouest do la Tamise, sur une autre peuplade de Diimnonii, vint aborder, avec 
une flotte très -nombreuse, sur la côte septentrionale de l'Armoriqiie '. 
L'énergie, l'h;ibileté du prince domnonéen, devant lequel les pirates ger- 
mains durent abandonner les rivages qu'ils infestaient , lui assurèrent une 
véritable suprématie sur les autres tycrns établis dans le pays. De l<i l'ori- 
gine du petit royaume de Domnonée, qui comprenait, suivant D. Lobi- 
neau^, les quatre diocèses de Tréguer, Saint-Brieiic, Saint-Malo et Dol. 
Notre studieux compatriote, M. de la Borderie, a réuni et publié les textes 
sur lesquels se fonde l'assertion du docte bénédictin. Ce sont d'abord 
quelques passages de la Vie de saint Samson , document des plus impor- 
tants, puisqu'il émane d'un écrivain contemporain. Cette légende rapporte 
que Judual, l'un des descendants de Riwal IP, régnait, au vi° siècle, sur 
toute la Domnonée*. Or, comme le pays de Dol, où saint Samson avait 
fondé son grand monastère, faisait partie de cette contrée, il en résuite 
qu'elle devait s'étendre à l'est jus(|u'au Coucsnon. Des bords de ce fleuve, 
une très-ancienne notice du Cartulaire de Landévénec en fait foi, elle 
s'étendait jusqu'à la rivière de Morlaix, qui, vers la fin du xvni' siècle, ser- 
vait encore de ligne de séparation entre les deux diocèses de Saint-Pol-de- 
Léon et de Tréguer ^. 

Au sud, comme il a été dit plus haut, la Domnonée, à partir des sources 
du Kelleut, aux environs de Bourgbriac, confinait à la Cornouaille dont elle 
était séparée par la chaîne des monts Arez. Mais, en se rapprochant de 
l'est, la frontière domnonéenne descendait beaucoup plus bas : plusieurs 
Vies de saints nous apprennent, en elTet, que deux princes de ce pays 
avaient des résidences, l'un près du monastère de Saint- Jean-de-Gaël, l'autre 
au sud de la célèbre forêt de Brécilien; que saint Léri occupait, non loin 
de Mauron , un territoire concédé par saint Judicaël, le fondateur de l'ab- 
baye de Penpont, et que, à quelque distance, se trouvaient d'autres pa- 

' iiCum multiludine navium...cum copiosa ' o Hae iittera; conservant quod cum transiret 

«navium multiludine et valida manu. > [Gé- oS. Wingualoeus per Domnonicas partes, et 

néalocj. du S. JVinnoc, D.Mor. Pr. t. 1, 211.) «venissel (rani llumen Couiut, tendons ad occi- 

- D. Lob. Hisl. de Brelayne , p. 91. « dentalem parteni , etc. » ( D. Mor.Pr.t.I, 179.) 

' \ .Généal.deS.JVinnoCjD. Mor.Pr.t.I, 211. Le Coulât est bien évidemment le Kevleul ou 

'' a ...Ita ut ipse ( Judualus) in tota régna- Kefleut, fait observer avec raison M. de la Bor- 

«verit Domnonia. t [Vila S. Sams. ap. A. O. derie. 

.S. B. sœc. I, p. 180.) 



cLxxxviii PROLEGOMENES. 

roisses de l'évêché d'Alet qui dépendaient du même territoire'. M. de la 
Borderie a constaté que , de Bourgbriac à la limite franco-bretonne, la fron- 
tière domnonéenne fut toujours indéterminée et très-variable. Mais quoi 
qu'il en soit , on se peut représenter, avec une exactitude suffisante , l'étendue 
du royaume de Domnonée, en se rappelant que Le Baud et D. Lobineau 
l'assimilent à l'apanage primitif d'Eudon de Pentliièvre, frère d'Alain III, 
duc de Bretagne^; apanage qui, à peu de chose près, embrassait, nous le 
répétons, les quatre diocèses dont il nous reste à parler, c'est-à-dire Tréguer, 
Saint-Brieuc. Saint-Malo et Dol. 



S XXIV. 
L'évêché de Tréguer. — Ses limites. — Rectifications historiques. 

Déroch, fils de Riwal II, le fondateur du royaume de Domnonée, ve- 
nait de monter sur le trône, lorsque l'un de ses cousins, nommé Tugdual, 
vint aborder sur la côte occidentale du pays de Léon, avec soixante-douze 
moines qui, depuis quelques années, pratiquaient la vie monastique sous 
sa direction. C'est non loin du Conquet, dans un petit havre de la paroisse 
de Ploumoguer, que s'établirent les pieux fugitifs. Mais bientôt le zèle ar- 
dent du fils de sainte Ponpaïa les conduisit du cap Saint-Mahé à la presqu'île 
de Tréguer, où fut fondé, vers le milieu du vi" siècle, le célèbre monas- 
tère de Trécor. Des hagiographes prétendent qu'il y avait alors à Cos- 
Guéodet (qu'ils nomment aussi la cité de Lexobie) un siège épiscopai sur 
lequel s'étaient assis, avant l'arrivée de saint Tugdual, soixante-sept ou 
soixante-huit prélats. Ce n'est là, l'on s'en doute bien, qu'une pure fable; 
mais comme elle remonte assez haut^, il faut expliquer quelle en fut pri- 
mitivement l'origine. 

Les clercs du moyen âge, comme beaucoup d'hommes instruits de notre 

' Vies de saint Méen et de saint Léri, D. Lob. Tugdual (Coll. des Bl. Mant. 38) : « Ad locuni 

p. i4o, i46, 157, i58. — Le Baud, Hist. de «qui vallis Trecordicitur veniens (sanctusTug- 

Bret. p 87. — D. Mor. Pr. 1. 1,570. — Cf. avec «dualus) magnum œdificavit monaslerium . . . 

les Usements de la foret de Brécilien, qu'on « ex quo tamen Lexovicnsis destructa est ci- 

trouvera dans nos Éclaircissements. « vilas. » 

' Voy. Le Baud, Hist. de Bret. p. i5o-i5i. Cette légende de saint Tugdual remonte, 

— Cf. D. Lobineau, Hist. de Bret. t. I, p. 91. selon D. Le Gallois, à la dernière moitié du 

' On lit dans la arande légende de saint xi' siècle. 



CLXXXIX 



PROLEGOMENES. 

temps, ignoraient que l'appellation d'Armoricjue se fût étendue à d'autres 
régions qu'à la Bretagne., Aussi ne manquaient-ils jamais de placer dans la 
péninsule les Diablintes, les Amhiliatcs, les Unelli, les Lcxovii et autres na- 
tions nommées Armoricaines par César. Or, apnt sans douti' ouï parler 
d'une visite de Tugdual dans la cité des Lexovii de rAnnoricpie', ils en 
conclurent que le saint homme devait avoir occupé en Bretagne un sié')e 
nommé Lexobie. Mais existait-il, en ces temps reculés, autre cliose qu'un 
grand monastère à Trécor? Plusieurs en doutent, car la Clu'onique de Nantes 
déclare formellement que le siège de Tréguer ne fut créé qu'au ix° siècle, 
par le roi Nominoë^. Mais le fait de l'épiscopat de Tugdual et de quelques 
successeurs, avantle ix" siècle, n'en est pas moins certain. On n'a pas oublié 
ce que nous avons dit des prélats sans diocèse de la Bretagne insulaire. Or, 
en racontant tout à l'heure le rôle de saint Samson en Domnonéc, nous 
établirons, d'après un texte précis, que les évoques de Tréguer, de Saint- 
Brieuc et d'Alet doivent être considérés, du vi° au ix° siècle (847), comme 
de véritables suffragants, mais sans sièges fixes, des prélats de Dol. 

Tout le monde sait que, vainqueur de Charles le Chauve et maître de 
toute la Bretagne à laquelle il avait ajouté les comtés de Rennes et de 
Nantes, Nominoë fit déposer comme simoniaques plusieurs évoques hostiles 
à ses projets ^. Après leur expulsion , qui fut promptement suivie de celle 
d'Actard, malgré sa conduite irréprochable, le siège de Dol fut érigé en 
métropole; les églises de Saint-Brieuc, de Tréguer et d'Alet, gouvernées 
jusque-là par des évêques régionnaires, ou chorévêques, sous la juridiction 
supérieure des successeurs de saint Samson , acquirent , avec un territoire 



' C'est ia petite légende de saint Tugdual 
qui rapporte ie voyage du saint dans la cité 
des Lc.Tovii (à Lisieux, chez les Neustriens): 
Il Sanctus Tugdualus tali condilione ad pon- 
«tificalem dignitatem sublimatus (apud Pari- 
iisios), ad suos alumnos regrediens, Lexovien- 
tsem urbem m pago Neustriœ sitam, revisit, ac 
iipostea ad pra-fatam ccclesiam (vailis Trecor) 
«venire festinavit. » [Vit. brev. s. Tugd. ap. Bl. 
Mant. 38.) 

Evidemment, cette petite légende , quoique 
écrite dans le même siècle que l'autre, mérite 
plus de confiance. L'abrévialeur, en effet, ne 
pouvait pas songer à embellir la légende an- 
tique qu'il avait mission de résumer. 



^ iiCogitans autem (Nominoë) episcopos 
Il quos elegerat a metropolilano Turon. benedic- 
«tionem minime posse conscqui , nec acccssum 
«ad eum metu régis babere, ex iv episcopa 
iitibus VII composuit, quorum apud Dolum 
monasterium uniim constiluit quem arclii- 
episcopum fieri decrevcrit. Monasterium vcro 
Il Saiicti Brioci sedem conslituit episcopalem : si- 
n miiiteretiam Sancti Pabu-Tuali. » [Chron. Nunn. 
ap. D. Lob. Pr. t. II, p. 4o.) 

^ Sur cette affaire des évêques expulsés , voir 
D. Lobineau, Histoire de Brchujnc, p. /iS-ig; 
D. Morice, Preuves, t. I, col. 289-^91, 291- 
292, 3o9-3i4, 3i0-32i , 321-323, 324-328, 
333-331, 395-39O. 



cxc PROLEGOMENES. 

fixe, le titre régulier de diocèses. Par cette mesure, les divers sièges de la 
Bretagne se trouvèrent placés dans la même situation que tous les autres 
évêchés de la Gaule. 

Depuis cette érection régulière jusqu'à l'époque de la révolution française, 
ie diocèse de Tréguer paraît être resté circonscrit dans les limites suivantes : 
A l'est, il avait pour frontière commune avec l'évêché de Saint-Brieuc la 
rivière de Leff depuis sa source, auprès du Leslay, jusqu'à sa jonction avec 
le Trieuc, qui, de ce point à la mer, continuait ia délimitation. A l'ouest, 
le cours du Kefleut lui servait de borne jusqu'à la ville de Morlaix, dont 
une partie appartenait au Léon. De Morlaix, la ligne de séparation se diri- 
geait vers le sud, en inclinant un peu vers l'orient, et s'arrêtait au pied des 
montagnes d'Arez, non loin des bois du Relec. Là commençait la limite 
méridionale, qui allait atteindre, après diverses sinuosités, la source duLefT. 
Au nord , le pays trécorois, baigné par la Manche , qui formait de ce côté une 
frontière naturelle , s'étendait de l'embouchure du Trieuc à celle du Kefleut. 

L'évècjue de Tréguer était possesseur de la seigneurie universelle de sa ville 
épiscopale. Son regaire comprenait, en entier, onze paroisses ou trêves, dont 
sept étaient situées sm- la rive gauche et quatre sur la rive droite du Jaudv '. 

Le domaine proche du prélat était considérable; il s'étendait particuliè- 
rement dans les paroisses de Plouiantréguer, Langoat. Prat. Plougrescant 
et Ploulech -. 

Les droits et coutumes de l'évêque au ha\Te de Tréguer ne manquaient 
pas non plus d'importance '. 



' Les sept paroisses situées sur !a rive gauclie 
du Jaudy étaient les suivantes : Plouiantréguer, 
Langoat. Trézéni, Lanmérin, Lnnvézéac , Mon- 
tallot, Berhet; sur la rive droite, se trouvaient 
les quatre paroisses de Troguérl , Pouldouran 
(trêve de Hengoat), Trédariec et l'Jle-Loy, 
transformée plus tard en simple Jrairie de 
Ponimerit-Jaudy. (Registre des états de Bre- 
tagne , tenus à Dinan , en i 7 1 7 1718.) 

' L'aveu du temporel de l'évêché de Tré- 
guer, rendu au roi, en 1578, par messire Le 
Gras (lequel aveu fait partie du fonds de la 
chambre des comptes de Nantes) , mentionne à 
Ploulech , à l'embouchure du Léguer, une 
« métairie noble , nommée vulgairement la 
« vieille cite, contenant quatre arpents un tiers 



«de prisage.» Voilà ce qu'était devenu, au 
XVI* siècle , l'antique oppidum gallo-romain ! 

' « 1° Droict de prendre 12 deniers par 
« chascun tonneau de vin que les bourgeois 
«font décharger au havre de la dicte ville; 
(I 2" droict de quillage , qui est le droict de 
j percevoir sur chascun vaisseau de dehors ie 
« havre de Lentreijuer, qui s'échet au minihy 
«5 sous monnoie; 3° droict de prendre sur 
« chascun tonneau de froment qu'on charge au 
c'dicl havre pour l'en transporter, 2 sous 8 de- 
«niers, et 16 deniers par chascun tonneau de 
» gros bled ; 4° droict de prendre sur chascun 
t citoyen de la dicte ville , qui faict descharger 
« sel au dict havre , un minot de sel par cbascun 
« vaisseau. » 



PROLEGOMENES. 



c\ci 



H est souvent parlé clans l'histoire de Bretagne de l'asile on minihi de 
Trégucr. Il ne s'étendait pas seulement, comme on l'a supposé, à la paroisse 
de Ploulantréguer, mais embrassait les onze paroisses citées plus haut '. 

Le diocèse de Tréguer renfermait, vers le milieu du xn' siècle, trois ai)- 
bayes'^. Deux collégiales y furent plus tard fondées^. Le chapitre de la ca- 
thédrale se composait, en i5i6, de onze chanoines. Le Pouillé de cette 
époque ne mentionne que treize prieurés; mais le nombre en était certai- 
nement plus considérable '. 

S XXV. 
Subdivi.sions ecclésiastiques. 

L'évêché de Tréguer, comme les diocèses de Léon , de Dol et de Saint- 
Brieuc^, ne renfermait qu'une seule subdivision ecclésiastique, celle par 
archidiaconés''. 

Le principal archidiaconé du diocèse, celui de Tréguer [archidiaconatu.s 
Trecorensis , archidiaconatus major), renfermait cinquante-sept paroisses et 
vingt-deux trêves; il était borné à l'ouest par le Guer, à l'est par la rivière 
de LelT, au nord par la mer, au sud par la Cornouaille, depuis la source 
du Guer jusqu';"! celle du LelT, non loin du Leslay. 

L'archidiaconé de Plougastel, ou plutôt de Pou-Castel ^ se composait de 
vingt-neuf paroisses et de dix trêves*. Il avait pour limites : à l'ouest, la 
rivière de Morlaix; à l'est, celle du Léguer; au nord, la mer; au sud, les 
montagnes d'Arez etle^liocèse de la Cornouaille. La dénomination de Pou- 



' Cf. A. de Barttiélemy, Mélanges historiques , 
p. 62 , et i'aveu précité. 

' Voy. le Pouillé de Tréguer, p. 555. 

' Ibid. p. 562. 

' Ihid. p. 562. 

' M. de Barthélémy, dans ses Mélanges his- 
toriques et archéologiques, Saint-Brieuc, i853, 
p. 60, note 1, croit devoir faire remarquer que 
les trois diocèses de Saint-Brieuc, Tréguer et 
Dol sont les seuls, en Bretagne, où il n'existe 
pas de doyennés. C'est une erreur ; le Léon , 
divisé en trois archidiaconés, ne connaissait 
pas non plus cette subdivision ecclésiastique. 



" Ces archidiaconés sont mentionnés dans 
plusieurs chartes des xii' et xiii' siècles. { Voy. 
D.Mor. Pr. 1. 1,796,877, 883, 886, etc.) 

' (1 Sequilur pagina jurium et reddituum ar- 
«chidiaconi de Pdijo Castelli.s (Beg. de Baoul 
Bolland, év. de Tréguer, aux archives de Saint- 
Brieuc.) C'est donc Pou-Castel ([u'il faut lire, 
comme Pou-Alet, Pou-Caer, Pou-Beh , etc. Le 
mot Pion n'a jamais été pris dans le sens de 
paqus. 

' L'évêché de Tréguer comprenait, dans son 
ensemble, les divisions suivantes : 

I. Domaine de l'évêque. — Minilii-Plouian- 



cxcu 



PROLEGOMENES. 



Caste! indique, non pas un viens, une paroisse (Plou), mais la région beau- 
coup plus étendue dont Cos-Guéodet {Vetas civitas) était le chef-lieu. C'est 
donc à tort que M. J. Desnoyers suppose que Chàtel-Audren pourrait bien 
avoir donné son nom à l'antique pagiis Castelli^. Ce castellam, cet oppidum, 
c'était incontestablement Cos-Guéodet, où les évêques de Tréguer, avant 
les invasions normandes, avaient ime de leurs résidences, et qui, dans le 
pays, était désigné, comme Carhaix en Poher, par ce seul mot: le Château^. 



trëguer, Saint-Sôbaslien-de-la-Rivc, Sainl-Vin- 
cent-de l'Hôpital , Brelevenez, Catnlez, Lan- 
gouat, Trédarzec, Trëzéni *. 

II. Arcliidiaconë de Pou-Castel [Pat/as Cas- 
teUi). — Botsorhel , Garlan, Guerlesquin, Gui- 
maêc, Le Pontbou, Plestin et Trémel, sa trêve; 
Plouaret-Vieux-Marché, Ploubezre, Plouegat- 
Guerrand, Plouegat-Moysan , Plouezoch, Plou- 
gaznou et Saint-Jean-du-Doigt, sa trêve; Plou- 
gonven et Saint-Eutrope, sa trêve; Plougoiiver 
et CliapelNevez, sa trêve; Plougras, avec Lo- 
guivy-Plougras et Lobuec , ses trêves ; Ploujean, 
Plouigneau et LanéaDou , sa trêve ; Ploulech , 
Plouniiliau et Kêraudy, sa trêve; Plounerin , 
Plounevez-Moedec, Plourin et le Cloître , sa 
trêve; Plouzelambre, Plufur, Saint-Matbieu 
de Morlaix, Saint-Melaine de Morlaix, Saint- 
Micbel-en-Grève, Trédrez et Loquêmeau, sa 
trêve; Tréduder. 

IIJ. Arcbidiaconc de Tr<'guer, ou grand ar- 
cbidiaconé. — Belle-Ile-en-Terre ", Berbet, 
Bocquebo, Botzelan et Lannevcn, sa trêve; 
Bourbriac et Saint- Adrien, sa trêve; Brêlidy, 
Bubulien, Cavan et Caouennec, sa trêve; Cbâ- 
telaiidrcn, Coalascorn, Gommenecb, Goude- 
lin et Bringolo, sa trêve; Guénézan et Saint- 
Sauveur, sa trêve; Gurunluiel, Hengoat, Lan- 
debaeron, Lanmérin, Lannion (Saiut-Jean-du- 
Baly), Lanlaurent, Lanvézéac, La Rocbe-Der- 
]-ien. Le Faouel, Le Merzer, La Trinité de 



Guinganip, Louannec et Kermaria-Sulard, sa 
trêve; Louargat, Notre-Dame de Guingamp, 
Pêderntc, Penvenan, Plésidy, avec Senven- 
Lebart, Saint-Péver et Saint-Fiacre, ses trêves; 
Pleubihan, Pleumeur-Bodou, Pleumeur-Gaul- 
lier et Lézardrieux , sa trêve ; Pleudaniel , 
Ploczal et Saint-Yves-de-Pontrieux, sa trêve; 
Plouegat-Cbàtelaudren, avec Saint-Jean-Kerda- 
niel et Lanrodec, ses trêves; Plouec et Runan. 
sa trêve; Plougrescant, Plouguiei, Plouisy et 
Saint-Michel-de-Guingamp, sa trêve; Plouma- 
goar, avec Pabu et Saint- Agathon, ses trêves; 
Pluzunet, Pommerit- Jaudy et ITIeLoy, sa 
trêve; Pommerit-le-Vicomte, Pont-Melvez, 
Pontrieux "", Pouldouran, Prat et Trevouazan , 
sa trêve; Quemper-Guczennec et Notre-Damc- 
des-Fontaines de Pontrieux, sa trêve; Quem- 
perven, Rospez, Saint-Gilles-ie-Vicomte, Saint- 
Quai-Perros, Saint -Sauveur de Guingamp, 
Servel, SquilEec et Kermorocb, sa trêve; Tré- 
zéian et Saint-Norvez , sa trêve. 
IV. Enclaves de Dol en Trêguer : 

1 . Arcbidiaconé de Pou-Castel. — Lanmeur . 
Locquirec, Lanvellec, Loguivy-lez-Lannion. 

2. Arcbidiaconé de Tréguer. — Couadout 
et Magoar, sa trêve; Lanmodez, Perros-Guirec. 
Trévou-Tréguinec. 

' Topogr. ecclés. Je lu France, i853, p. 220. 
^ Voyez plus loin le Cartulaire de Redon . 
p. 332. 



• Outre les paroisses à-dessus énoncées, le domaine épiscopai comprenait les enclaves suivantes, avec le 
titre de trêves : La Fougerie, eu Prat; La Ville-Blanche, en Montalot; Le Petit-Merzer, en Merzer; Minilii- 
Coatreven , Miuilû-Servel, Minilii-Ploulecli . Miuilii-Plougrescant , Minibi- Plestin . Minilii-Rospcz. Miuibi- 
Tonquédec. 

" Locmaria, chapelle en Belle-Ile, est indiquée comme trêve dans l'état des paroisses publié en 1731. 

•" Suivant le livre des tournées de l'évêque de Tréguer, en 176a, Pontrieux possédait deux égbses tré- 
\iales, l'une en Ploézal (Saint-Yves), l'autre en Quemper-Guezennec (Nolrc-Dame-des- Fontaines). 



PROLÉGOMÈNES. cxciii 

r^es droits et prérogatives de l'archidiacre de Pou-Castel étaient plus im- 
portants que ceux des autres archidiacres : il avait une juridiction parti- 
culière avec ofTicial, sénéchal, chancelier, huissiers, etc. il nommait les 
fabriciens, il examinait leurs comptes, etc. ^ ii possédait la juridiction tem- 
porelle en diverses paroisses; bref, sa situation, plus épiscopale que celle 
de ses collègues, prouvait l'iniporlance de l'antique pagus transformé plus 
tard en archidiaconé. 

L'évèché de Tréguer comptait, en i5i6, quatre-vingt-huit paroisses, 
vingt-deux vicariats et quarante-neuf trêves. C'est à peu près le chilfre gé- 
néral (jue fournit le Fouillé de i6/i8^. 

S XXVI. 
Evèché de Sainl-Brieuc. — Origine. — Limites. 

Dès les premières victoires remportées par les Saxons dans l'île de Bre- 
tagne, plusieurs princes de ce pays, violemment expulsés par les conqué- 
rants germains, étaient venus chercher un refuge sur le continent. Le ter- 
ritoire des Curiosolites reçut successivement plusieurs de ces exilés, parmi 
lesquels les anciens hagiographes nomment Fracan, Conothec, Conan et 
Rivval l. Celui-ci, le premier auquel fut attribué, dans l'Armorique, le 
titre de duc de Domnonée (Domnoinœ diix), habitait, à ce qu'il paraît, vers 
l'an /i65, un manoir nommé le champ du Rouvre [Aula campi Roboris), 
qui s'élevait, non loin de la mer, au point de jonction des deux rivières de 
Gouet et de Gouedic. Le chef domnonéen (ce titre lui est donné dans la 
Vie de saint Guénolé , par Gurdestin) goûtait le repos dans sa nouvelle patrie , 
lorsqu'un jour l'un de ses serviteurs, tout effrayé, lui vint annoncer que des 
étrangers étaient débarqués sur son territoire. A cette nouvelle, Riwal, re- 

«... Item pro regimine hujusmodi juri- « lem multis in iocis dicti sui archidiaconatiis, 

<i dictionis habet et liabere consuevit plures et . prœsertim in parochiis de Pioemyliau , de 

«diverses ofTiciarios, officialem videiicet, se- «Tredrez, de Plestin, de Pioegat-Galiou, de 

«nescailum, sigiliiferiim,promotorcs, audien- «Garlan, de Ploeigneau, de Plebe-Joliannis et 

. ciarios , expensaram taxatores et copistas , et « Sancti-Mclanii , in Iocis videiicet infra descri- 

« diverses alios officiarios ...» > bendis. » 

«... Item habet idem archidiaconus jus in- ^ Le Pouillé de i648 donne cent soixanle- 

« stituendi procuralores fabricarum et audiendi huit cures au diocèse de Tréguer, qui, selon 

«computaeorum, etc.. Ogée, comptait, en .779, cent quarante pa- 

" ''P"i habet jnridictionem tempora- roisses ou trêves. 



cxciv PROLEGOMENES. 

doutant sans doute quelque invasion de pirates, fit prendre les armes à ses 
serviteurs. Mais, averti bientôt que les nouveaux venus étaient des moines 
bretons, naguère descendus sur les bords du Jaudy, et que même leur abbé, 
nommé Brioc, se réclamail de lui comme d'un parent, le prince donna 
l'ordre de les traiter en hôtes. Introduit en effet dans la demeure de son cou- 
sin, Brioc v fut accueilli les bras ouverts, et, peu de temps après, le saint 
homme, avant guéri Riwal d'une grave indisposition, reçut de lui, en signe 
de reconnaissance , son propre palais. Telle fut l'origine de la ville de Saint- 
Brieuc, dont la cathédrale, selon une très-ancienne tradition, occupe l'em- 
placement même où les protégés du chef domnonéen bâtirent féglise de leur 
monastère. Ce monastère, comme ceux de Dol et de Tréguer, devint le 
centre d'une circonscription religieuse, peu étendue à l'origine', mais dans 
laquelle Brioc, qui avait été sacré dans file, exerça naturellement les fonctions 
d'évêque régionnaire. Nous ignorons absolument quels furent les premiers 
successeurs du saint prélat. Mais l'importance toujours croissante du nou- 
veau monastère en fit nécessairement la résidence fixe des chorévêques 
chargés , sous l'autorité de févêque de Dol , de gouverner cette partie de la 
Domnonée. Cela explique la facilité avec laquelle Nominoë put établir, 
d'un jour à l'autre, pour ainsi dire, des sièges réguliers à Saint-Brieuc et 
à Tréguer. On a parlé, il est \Tai, de foudres lancées par le Saint-Siège 
à l'occasion de la transformation ecclésiastique opérée, de sa propre auto- 
rité, par le vainqueur de Charles le Chauve. Mais l'assertion n'a nul fon- 
dement dans fhistoire. Si l'on y voit, en effet, les Papes et les conciles con- 
damner et férection de Dol en métropole, et la déposition irrégulière des 
quatre évêques déclarés simoniaques, et, par-dessus tout, fexpulsion inique 
d'Actard, on y chercherait vainement, je ne dis pas un anathème, m;iis un 
simple mot de blâme contre l'érection des nouveaux diocèses. 

L'évêché de Saint-Brieuc avait, dès lors, la mer pour limite septentiio- 
nale; du côté du midi, i! s'enfonçait, en forme de pointe, dans f intérieur 
des terres. A l'ouest, le cours du Trieuc et du LeIT séparait le diocèse de 
celui de Tréguer jusqu'aux abords de Quintin. De là partait une ligne qui, 
traçant quelques sinuosités dans la direction du sud-est, traversait la forêt de 
Lorges et allait joindre, au-dessous d'Uzel, la rivière d'Oust. Celle-ci sei-vait 
de bornes à l'évêché jusqu'à l'endroit où elle rencontre le Lié. Là commen- 

' M. de la Boiderie conjecture, et cela me n'exerça pas d'abord son ministère au delà du 

paraît très -vraisemblable, que saint Brieuc territoire placé sous l'autorité de Riwal. 



PROLÉGOMÈNES. cxcv 

cait la frontière orientale du diocèse, laquelle suivait d'abord une ligne on- 
duleusc à travers les landes du Menez, pour aller rejoindre, :\ quelques lieues 
au-dessous de Jugon, le cours de l'Arguenon qui, de ce point jusc[u'à la 
mer, continuait la délimitation. 

Le diocèse de Saint-Brieuc renfermait, en i5i6, quatre abbayes', cinq 
chapitres^, treize prieurés^, cent six paroisses, vingt trêves et quatre vica- 
riats-cures*. 

Depuis la Révolution , l'évêché de Saint-Brieuc s'est agrandi d'une grande 
partie de celui de Tréguer et d'un certain nombre de paroisses de Saint- 
Malo, de Cornouaille et de Vannes. 

La seigneurie temporelle de l'évêque se divisait en deux juridictions : le 
regaire de Saint-Brieuc et celui d'Hénanbihan. Le regaire de Saint-Brieuc 
comprenait la ville épiscopale et les paroisses de Plou-Fracan, Cesson, 
Trégueux et Langueux; le regaire d'Hénanbihan se composait de pièces de 
terre disséminées en diverses paroisses. 

L'évêque de Saint-Brieuc avait la haute justice dans toute l'étendue de 
ses regaires : les appels de sa cour, tant au civil qu'au criminel , se portaient 
directement au parlement de Bretagne. 



' Le Pouilié de Tours mentionne six ab- 
bayes, parmi lesquelles auraient existé celles 
de Lerqaan et de Cormenc. Ces deux noms sont 
de pure invention : le diocèse de Saint-Brieuc 
n'a jamais compté, en effet, que les abbayes de 
Beauport, Saint-Aubin, Boquien et Lantenac. 
(Voy. plus loin le Pouilié de S.-Brieuc. p. 564.) 

' Ces cinq chapitres, selon le Pouilié du 
\\\' siècle, étaient ceux qui suivent: «Capi- 
«lulum ecclesiœ Briocensis (chapitre de la ca- 
iithédrale),capitulum coUegiatœ ecclesiae Brio- 
«censis,capitulum delaSaii in eadem ecclesia, 
ucapitulum ecclesia; B. M. de Lamballia, capi- 
« tulum ecclesia; B. M. de Quintin. » 

Mon savant ami M. de la Bigne- Villeneuve , 
dans un travail communiqué au congrès ar- 
chéologique de Saint-Brieuc, en i853, attri- 
bue au diocèse six collégiales : Saint-Guillaume 
de Saint-Brieuc, Notre-Dame de Lamballe, 
Notre-Dame de Quintin, le chapitre de Mati- 
gnon , NotreDame-de-la-Cour, et enfin Notre- 



Dame-de-Toute-Aide, fondée en i656. Nous 
ferons remarquer que la fondation des derniers 
chapitres est postérieure à la rédaction du 
Pouilié de i 5 16. Nolre-Dame-de-la-Cour elle- 
même, qui existait très -anciennement comme 
chapelle, n'a été élevée au rang de collégiale 
qu'à la fin du xvi" siècle , par la fondation de 
Guillaume de Rosmadec. Toussaint de Saint Luc 
ne place que trois chapitres en Saint-Brieuc. 

^ J'ai donné plus loin (p. 571) une liste un 
peu moins incomplète des prieurés du diocèse 
de Saint-Brieuc. 

' Voy. ci-dessous le Pouilié de Saint-Brieuc, 
p. 564-569. — L'almanach de Bretagne, pu- 
blié à Rennes , chez Vatar, dans la première 
moitié du wili* siècle, porte à cent trente-huit 
le nombre des paroisses ou trêves de l'évêché 
de Saint-Brieuc. Toussaint de Saint -Luc y 
comptait cent vingt paroisses en 1691. Le 
Pouilié de 16/18 n'indique que quatre-vingt- 
quinze cures. C'est à peu près le chiffre de i5j6. 



CXCVI 



PROLEGOxMEXES. 



S XXVII. 
Subdivisions ecclésiastiques. 

L'évêche de Saint-Brieuc était divisé en deux archidiaconés : Goëllo et 
Pentliièvre. 

L'archidiaconë de Goëllo (moins vaste que la seigneurie de ce nom, 
laquelle s'étendait dans le pays trécorois,) était limité à l'ouest par le Lefl" 
et le Trieuc, qui le séparaient de l'évêche de Tréguer; puis, au-dessous de 
Quinlin, par le cours de l'Oust, qui servait de frontière aux diocèses de 
Quimper et de Vannes. La partie méridionale de l'arcbidiaconé s'allongeait 
en pointe jusqu'à la jonction du Lié avec l'Oust. Le Lié qui, dessinait en 
partie la limite orientale, embrassait dans ses sinuosités la paroisse d'AUi- 
neuc et sa trêve l'Hermitage, et, laissant Lanfains en dehors, du côte du 
Penthièvre, il allait rejoindre le cours du Gouet jusqu'à la mer, qui formait 
la limite naturelle du Goëllo, en remontant vers le nord. La Vie de saint 
Guénolé, par Gurdestin, atteste que, très-anciennement, existait, entre les 
rives du Gouet et l'embouchure du Trieuc, un pagus dont le nom latin 
{Velaviensis^) correspond, sans aucun doute, à la forme bretonne de fVello 
ou Goëllo. Quant à l'arcbidiaconé de Penthièvre, séparé du Goëllo par le 
(jOuet et le Lié à l'ouest, il embrassait tout le reste de l'évêche, moins le 
territoire dit entre Urne et Gouet, qui constituait le regaiic de Saint-Brieuc^. 



' Velaiiensis payus. (Gurdest. Vita S. Gaeu- 
ijual. I , IV.) H est parlé dans la Chronique de 
Nantes (D. Lob. Pr. t. II, p. 42) des comtes 
de Goëllo, qui revendiquaient avec d'autres le 
droit de gouverner la Bretagne : « . . . Mortuo 
«Salomone, intcr comités et proceres Britan- 
« niae super regno surrexit gravissima contro- 
«versia. Cornes Redonensis et cornes Venc- 
«tensis... monarchiam Britanniœ affectant, 
« quibns ex adverso Leoniœ et Golmiœ comités 
«resistere contendunt. d 

^ Le territoire d'i'rne et Gouet embrassait les 
cinq paroisses de Saint-Brieuc, Cesson, Plou- 
Fracan , Trégueux et Langueui. 



Voici, au surplus, le tableau complet des 
divisions du diocèse, avec la liste des enclaves 
de Dol en Saint-Brieuc : 

I. Territoire d'entre Urne et Gouet. — Ces- 
son, Langueux, Plou-Fracan, Saint-Michel de 
Saint-Brieuc, Trégueux. 

II. Arcbidiaconé de Goëllo. — Allineuc et 
l'Hermitage, sa trêve; Bréand-Loudéac, Cadé- 
lac, Cohiniac, Étables, La Méaugon, Lantic, 
Lannebert,La Prénessaye, Le Fœil, Loudéac, 
avec Grâces et La Motte, ses trêves; Plaine- 
Haute, Pléguien, Pléhédel, Plélo, Plerin, 
Plerneuf, Ploubaznalec, avec Lannevez et Per- 
ros-Hamon, ses trêves; Ploueiec, Plouba, 



PROLEGOMENES. 



CXCVII 



s XXVIII. 
L'évêché d'Alet. — Limites. — Le Pou-tre-Coel. 



A la suite de graves événemenls dont la trace, cependant, s'aperçoit 
à peine dans l'histoire ^ Corseult, l'antique capitale des Curiosolites, 
avait été anéantie. Alet, qui, vers la lin du iv° siècle, servait encore de rési- 
dence h un préfet des soldats de Mars^, ne paraît pas avoir échappé non 
plus aux ravages exercés dans la péninsule par les pirates germains. La ville 
était en effet presque déserte , lorsque de nombreux essaims de fugitifs bretons 
vinrent aborder sur ses rivages en 5 i 3 ^. Riwal II, leur chef, ayant réussi à 
fonder une nouvelle Domnonée dans la région septentrionale de la péninsule, 
le port d'Alet reprit toute f activité qu'il avait perdue. Toutefois, quoique les 
Bretons, chrétiens pour la plupart, dominassent complètement dans le pays, 

Piounez, avec Lanvignco et Paimpol, ses 
trêves; Plourlian, Plourivo, Plouvaia, Pludual, 
Poi'dic, Qiiiiilin (V. Saiiit-Tliuriau) , Saint- 
Donan, Sainl-.Maudan, Saint-Samson , Saint- 
Tlielo, Saint-Thuriau deQuintin, Trégonieur, 
Tréguidel, Ti'<'méloir, Tréméven, Trémuson, 



Tressignaux, Trévé, Tréveneuc, Uzcl, Yvias. 
III. Arcliidiacoiié de Pcnlliifcvre. — Andel, 
Brébant-Montconlour, Collinée, Doiio, Erquy, 
Hénanbilian, Hënansal, Hi^non, Hillion, Ju- 
gon (Saiut-Malo de), La Bouillie, La Cbèzc , 
lia Fcrrifre, La Malhoure, Landebia *, Lan- 
fains, Langast ", Langourla, Laiirenan, Le 
Gouray, Mai'oué,avec Saint-Tiimocl et Saint- 
Yves-de-la -Poterie, ses trêves; Matignon 
(V. Saint-Germain-de-la-Mer), Mérillac, Mcs- 
lin, Morieux , Notre-Dame de Lamballe, Noîre- 
Dame de Montconlour, Noyai, Plaintel et Saint- 
Brandan, sa trêve; Plancoet, Planguenoual, 
PlébouUe, Plcdeliac, Plédraii et Saint-Carreiic, 
sa trêve; Pléliérel, Plénut, Plêmy, Plénée- 
Jugon, Pléneuf, Plessala, Plestin, Plévenon, 
Pleven, Plœuc et Gausson, sa trêve; Plougue- 
nast, Pluduno, Plumieux et Saint-Étienne-du- 
Gué-de-1'Ile, sa trêve; Plurien, Poramerit, 

Omise dans l'ouvrage de MM. de Gcslin et Bartbélemv 
** Mùmc observation. 



Quessoy.Quintenic, Ruca, Saint-Aaron, Saint- 
Alban, Saint-Cast, Saint-Denoiial , Saint-Ger- 
main de-la-Mer, Saint-Gilles du-Mené, Saint- 
Goueno, Saint-Ignenc, Saint-Jacut-du-Mené, 
Saint-Jean de Lamballe, Saint-Lormel, Saint- 
Martin de Lamballe, Saint-Mathurin de Mont- 
conlour, Saint-Micbel de Montconlour, Saint- 
Potan, Saint- Piicul, Sainl-Vran, Tramain, 
Trêbry, Trédaniel , Trêgomar, Yffiniac. 
IV. Enilaves de Dol en Saint-Brieuc : 

1. Arcbidiaconé de Goêllo. — Bréhat, Ke- 
rity, Laujeir, Lanloup, Lanvignec, Lanvollon, 
Perros-Hamon , Saint-Quay du- Port. 

2. Arcbidiaconé de Pentbibvre. — Coet- 
niieux, Penguily, Sainl-Glen, Tregcneslre. 

^ Droit à Corseul s'estoit Test arrolé , 
Cité fut ricbc , vielle d'antiquité ; 
Mais gaste estoil, longtemps avoit passé. 

' «Ad civitalem qua; voeatur Alcta... dévolus 
« peroxit (Macliutus), quœ lontjo jam tempore âh 
«Iiabilatonbus crat dtrelicta.D (Ex legcnd. mr. 
Maj. Monast. ap. D. Mor. Pi: 1. 1 , 892.) — « Prœ- 
fectus milituin Maiiensium, Alclo.t (NoI. dign, 
imp. rom. ap. Labb. p. 1 1 4.) 

^ Voy. plus baut, p. I.x. 



cxcvm PROLEGOMENES. 

on voit, par la Vie de saint Maio, que la cité dont il fut véritablement l'a- 
pôtre renfermait une population presque entièrement païenne vers le mi- 
lieu du vi' siècle '. 

Maclovius, auquel on donne aussi le nom de Machutus, était né, selon 
le P. Le Large et Dom Lobineau , o dans le pays même dont il fut le premier 
« évêque. » Mais le fait n'est point énoncé dans les deux anciennes légendes 
publiées par D. Mabillon et par D. Morice ^. Ce qu'il y a de certain, c'est 
que, bien jeune encore, Malo fut confié aux soins de saint Brendan qui 
l'éleva dans son monastère de Lan-Carvan , au pays de Cambrie ''. Sous un 
tel maître , la piété, la vertu; les talents du jeune Breton jetèrent un si vif 
éclat, que, févcque du pays étant mort, les habitants demandèrent à grands 
cris que Malo lui fût donné pour successeur. Le saint jeune homme protesta 
autant qu'il fut en lui; mais, maigre son refus et ses larmes, il fut élevé à 
l'épiscopat *. Pour échapper au fardeau, le seul moyen c'était de fuir. Malo 
n'hésita pas; ayant fait avertir quelques disciples, il s'embarqua ftirtivement 
avec eux , et leur vaisseau , guidé par un ange , dit l'hagiographe , vint aborder 
non loin d'Alet, dans l'ile de Cézembrc. Après plusieurs années passées dans 
cette solitude, le jeune anachorète alla s'établir dans une autre île, plus rap- 
prochée de l'antique cité^. Là, de pieiLX chrétiens, comme lui fatigués des 
bruits du monde , venaient incessamment se placer sous sa discipline, lorsque 
le peuple d'Alet, lui faisant violence à son tour, le choisit pour évêque'^. 

' oCivitas ergo illa eo temporc populis et na- * nDefuncto illius regionis episcopo, audita 

« vaiibus commerciis frequentata sed christiana «Maclovii lama, populi undique conDuunt, Ma- 

«fide erat vacua.n (Ap. Acta 0. S. B. sœc. I, aciovium rapiunt, et iicet nolentem... Gummi 

p. 219, n. 10.) aCastri tamen urbis in qua patcr ejus cornes 

- D. Lohin. Hist. de Bretagne , i. l , p. -jô. Le fuerat , episcopum i'aciunt. » [Ibid. p. 218. 

P. Le Large , Hist. ms. des évéques de Saint-Malo , n. 8.) 

i. II, cil. I, p. 2; bibl. Sainte-Genev. H. 35. — ^ oHuic [insute] communis est vicina quasi 

Sigebert de Gembiours et l'auteur anonyme « altéra insuia non tamen a terris tam longe se- 

d'une Vie de saint Malo le font naître dans la icmota sed spatio latior, nipibus allior, in qua 

Grande-Bretagne. {Voy. Acta O. S. B. sœc. I, « aiid^uiisima civitas Aletis est sita. » [Acia U.S. 

p. 217, note a.) — Dans les actes pubWs par B. p. 2 19, n. 10.) — Cf. Chartnl. Rolon. p. Sg, 

D. Morice, on lit seulement : nVir sanctus Ma- 172, 192, 199: «Ratuili episcopus in Alela 

«chutus in Britannia provincia natus est.» (D. jcivitate; — Ratuili episcopus in Aleta. » — 

Mor. Pr. t. I, 191.) P. 276: «Judicael Aletensium episcopus.» — 

' ii.\ pueritia litteratoria? [traditur] disciplin.-c V. aussi p. 83, sSi, aSo, 3i8, 32i ; Episcopi 
«sub Brendano... : locus in quo cum pluribus sancti Maclovii. — Le siège d'Alet ne fut trans- 
it docendus morabatur, lingaa palriœ Cananna féré qu'en 1 i52 dans la ville de Saint-Malo. 
«dictus est et maritimus, etc.» [Acta 0. S. B. ' «Baptisatis igitur et in fide conCnnatis , 
sœc. I, p. 217, n. 1 et 2.) «jam conversœ urbis B. Maclovius. velit nolit, 



PROLÉGOMÈNES. 



c\cix 



Le P. Le I-arge, et d'autres écrivains, à son exemple, ont avancé que, dès 
le vi" siècle, Met était devenu le siège d'un diocèse à limites fixes, dont au- 
rait relevé, ajoutent-ils, révèché-monastèrc de Dol. Mais c'est là, je ne crains 
pasdcle dire, une assertion dénuée de toute espèce de fondement. Saint Malo, 
comme saint Brieue et saint Tugdual , était , en effet, un simple évoque région- 
nairc, placé sous la dépendance de saint Samson, lequel, depuis l'avènement 
de Judual au trône, remplissait véritablement l'office de métropolitain de la 
Domnonée K Prétendre, comme l'a fait le P. Le Large, que saint Malo fit le 
voyage de Tours non-seidement afin d'aller prier au tombeau de saint 
Martin , « mais encore dans le but d'y reconnaître son archevêque 2, >, est une 
assertion que rien ne justifie. Les évêques d'Alet , comme leurs collègues de la 
Bretagne proprement dite , n'avaient point contracté d'union canoniijae avec le 
métropolitain de Tours, et l'organisation dos églises domnonéennes, calquée 
sur celle des églises de la Bretagne insulaire , était si bien restée intacte dans ce 
coin de la péninsule , qu'on la retrouve en pleine vigueur du temps même de 
Charlemagne. Dans un titre du monastère de Saint-Méen , publié par D. Lo- 
bineau, un évèquc de Saint-Malo rappelle, en 129/1, sous forme devidimus, 
im diplôme de Louis le Débonnaire, où l'on voit que, durant le règne du 
grand empereur, i'église d'Alet avait obtenu de la munificence de ce der- 
nier la restitution de biens assez considérables enlevés au monastère de 
Saint-Méen et Saint- Judicael. Or, qui gouvernait, à celte époque, l'an- 
tique abbaye dont les Francs avaient naguère pillé le trésor, ravagé les 
terres et brûlé les églises ^P C'était précisément le même Hélocar désigné, 
dans l'acte, sous le titre d'évêque-abbé\ et qui, du fond de son monas- 
tère, sans qu'aucun siège fût affecté à son office, remplissait, dans une cir- 



« Autistes factus per populos junioils Britanniee 
«spargit semina doctrin.T. » {Acta O.S. B. 
fiec. I, p. 2J9 , n. 12.) 

' Voyez plus loin le texte où il est parlé du 
gouvernement spirituel de la Domnonée. 

^ Il Saint Malo , bien instruit des rfigles ecclé- 
II siasli([ucs (à Luxeuil, auprès de saint Coloni- 
II ban), jugea à propos de passer par Tours, 
«non-seulement pour prier au tombeau de 
» saint Martin , suivant l'usage et le goût des 
• pèlerins, mais encore pour reconnaître son 
Il archevêque et pour former celte union cano- 
.1 nique qui subsista, jusqu'au temps de Nomi- 



II noë , entre la métropole de Tours et l'église 
11 épiscopalc d'Alet. » ( Le Large , Hisl. ms. des 
évêques de Saint-Malo , 1. II, cb. i, p. 18.) 

«...Tempore rebellionis, domus ecclcsi.i> 
«S. Mevenni et S. Judieaelis, qua; est in loco 
iinuncupato Wadel , necnon in alio loco in ia- 
II sula qus vocatur Machuti , depopulantibus bos- 
II tibus , ignemquesubmittentibus , etc. » (D. Lob, 
t. II, 20, Dipl'ime de Louis le DSoniiairc] 

'' «Accessit Helogar, episcopns Alelcnsis et 
« ahbas Suncii Mevenni, ad Ludovicum consisten- 
«lem in palalio Aquis. » (Voyez dans 1). Lob. 
I. H, p. 20, le vidimus du diplôme impérial.) 



ce 



PROLÉGOMÈNES. 



conscription plus on moins étendue, et sous l'autorité de l'évêque de Dol . 
les fonctions d'évèque régionnaire. Cet état de choses, tout à fait conforme 
aux vieilles coutumes des Bretons insulaires, ne cessa d'exister, dans la 
Domnonée, que quand Nominoë, monté sur le trône, y eut organisé des 
diocèses réguliers et à limites fixes , comme ceux du pays des Francs. L'his- 
toire nous apprend que ces limites varièrent peu du ix° siècle au xviii' '. 
L'évéché d'Alet, transféré, depuis i i 52 , dans la ville de Saint-Malo^, avait 
pour hornes, au sud-ouest et à l'ouest, les évèchés de Vannes et de Saint- 
Brieuc, dont nous avons fait connaître la délimitation; à l'est, le diocèse 
de Rennes; au nord, mais dans un espace très-restreint , la Manche. Le dio- 
cèse de Saint-Malo était l'un des plus étendus de la péninsule : il renfermait 
cinq ahhayes, deux collégiales, plus de cent prieurés, cent soixante et une 
paroisses et vingt-quatre trêves ou succursales^. On trouvera dans les Fouil- 
lés placés à la fin du volume beaucoup d'autres renseignements que nous 
sommes obligé, faute d'espace, de supprimer ici *". 

Plusieurs évèques d'Alet et de Saint-Malo sont désignés, dans le Cartu- 



' (1 L'évéché de Saint-Malo , dit Ogée , comp- 
l'tait, au xviu' siècle, cinq abbayes d hommes 
!• en commande , deux abbayes de femmes , 
trente-huit prieurés , cent soixante et une pa- 
<' roisses , vingt-quatre trêves ou succursales . 
f vingt communautés d'hommes , vingt-sept de 
« femmes et deux séminaires. La population du 
a diocèse s'élevait à 236, ôoo habitants.» 

- « L'isle d'Aaron , où est présentement la 
«ville de Saint-Malo, dit D. Lobincau, estoit 
B une ancienne possession de l'église d'Alet. 
l' Bénédict , ou Benoist , évéque d'Alet , qui vivoit 
«au commencement du su' siècle, i'avoit don- 
<■ née aux moines de Mairmoutier : Eccleaiam 
'S. Maclovii de insula Aaron prias dederam, 
« porte un acte de ce prélat sous la date de i 1 08. 
« Mais Jean [de la Grille] , successeur de Do- 
' noal , entreprit d'en chasser les moines pour y 
« établir son siège. On ne sait quelles raisons 
.■l'obligèrent de quitter Alet; on ignore mesme 
« ce qu'il trouvoit à redire des titres des moines. 
"Quoi qu'il en soit, l'affaire fut poussée avec 
.< chaleur et défendue de mesme. Plusieurs 
« papes en prirent connoissance , et les parties 
a firent plus d'une fois le voyage de Rome. 



«L'évesque l'emporta par un jugement rendu 
«en sa faveur par trois cvcsques déléguez du 
(1 Saint-Siège , après qu'il eut produit des té- 
n moins qui jurèrent sur les Evangiles que 
"l'église de Saint-Malo de l'isle d'Aaron atoit 
«esté un siège épiscopal. Il n'y a pas de preuves 
« dans l'histoire , ajoute D. Lobineau , que la dé- 
position de ces témoins fust véritable... Mais 
ojean demeura possesseiu- de l'isle de Saint- 
ci Malo , y bastit le chœur de la grande église 
« et niounit dans la nouvelle ville dont il estoit 
«comme le fondateur.» (Hist. de Bretagne, t. i , 
p. lyS.) Cf. avec la bulle d'Alexandre III, 
D. Mor. Pr. 1. 1, 607. Qu'une église épiscopalc 
ait existé dans Aiet , cela n'est pas douteux; 
mais il est certain que Saint-Malo était évcque 
lorsqu il vint en Armorique , et que le monastère 
fondé par ce prélat régionnaire dans l'isle 
d'Aaron devait passer aux yeux des Bretons 
pour le siège primitif. 

^ Voyez plus loin le Pouillé de Saint-Malo, 
p. 473 à 489. — Cf. avec un autre Pouillé du 
même diocèse, inséré dans nos Eclaircisse- 
ments , à la fin de ces Prolégomènes. 

* Voyez les Pouillés précités. 



PROLEGOMENES. ca 

lairc de Redon, sous le titre de Episcopi in PoutrecoctK Cela ne veut pas 
dire, assurément, que le territoire dont se composait le diocèse d'Aiet eût 
la même étendue que le pagus trans silvam; mais, comme des hommes ins- 
truits sont eux-mêmes tombés dans cette erreur, nous allons dire, en 
très-peu de mots, quels territoires comprenait le primitif Poutrecoet, ce 
pays des bois, dont il est si souvent parlé dans notre Cartulaire, et qui, 
sous la plume des poêles du moyen âge, est devenu le théâtre de tant de 
merveilles ^. 

H existait autrefois, en Bretagne, deux circonscriptions ecclésiastiques 
et une circonscription féodale qui portaient le nom de Poutrecoet ou de 
Porhoot, par contraction ; c'étaient : i° l'archidiaconé de Porhoët, au sud de 
l'évêché de Saint-Malo; a" le doyenné de Porhoët, dans févêché de Vannes ; 
3° le comté de Porhoët. L'ancien Poutrecoet, ou pagus trans silvam, ren- 
fermait les trois territoires. M. A. de la Borderie a très-bien établi les li- 
mites du comté de Porhoët, tel qu'il fut constitué au xi" siècle, et qui 
s'étendait, en longueur, de l'est à l'ouest, depuis Campénéac jusqu'à Plou- 
guernevel, et, en largeur, depuis Corlai jusqu'à Camors ^. Or, si l'on ajoute 
à ce territoire les parties de l'archidiaconé et du doyenné de Porhoët situées 



' Chartul. liotoii. p. 20-I! 1, 3o-3i, 61, 89. 

' M. Baron du Tliaya , Broccliande et ses che- 
valiers. — Cf. avec le cliapitre des Vsemens de 
ia forêt de Brécilien , intiluk' : Des mervoUlcs 
cnycelle. (Voy. liclaii'cisscmenls.) 

^ Aux IX* et X* siècles , le Poutrecoet faisait 
partie , semble-t-il , du domaine pioclie des sou- 
verains de Bretagne. Mais, après les invasions 
normandes, les comtes de Rennes y découpè- 
rent plusieurs fiefs en faveur de leurs vassaux. 
Le plus important de ces liefs retint l'ancien 
nom de Poutrecoet, transformé, par contrac- 
tion , en Porhoët. D'après un aveu de 1471, dont 
l'original existe à Nantes, aux archives de l'an- 
cienne chambre des comptes de Bretagne, on 
voit que le comté de Porhoët se subdivisait en 
deux membres principaux, dont l'un était la 
chàtellenie de Josselin, et l'autre la chàtelle- 
nie de La Chèze. La châtellpnie de Josselin se 
composait des vingt-neuf paroisses ou trêves sui- 
vantes : Langourla, Mérillac, SaintVran, Mer- 
drignac , Gommené , Brignac , Ménéac , Evri- 



guet , Guillicr, Mohon , La Nouée , La Grée-Saiut- 
Laurent , Loyat , Campénéac, Héléan , La Croix- 
Héléan, Josselin, Guillac, Lantillac, Guégon, 
SainlServan, Quili , Le Ros-Saint-André, Sércnt, 
Lizio, Cruguel, Guéhenno, Billio, Sainl-Jean- 
Brévelay, Plumelec. Les onze dernières paroisses 
faisaient partie du diocèse de Vannes et étaient 
situées sur la rive droite de l'Oust. — La 
chàtellenie de La Chèze renfermait les vingt 
paroisses ou trêves qui suivent : Uzel, Saint- 
Hervé , Grâce , Saint-Telo , Trévé , La Motte , 
Saint SauveurleHaut , La Prenessaye , Lanre- 
nay, Plémet, Loudéac, Cadilac, Saint-Barnabe , 
La Chèze, La Perrière, Plumieuc , La Trinité, 
Saint-Etienne-du-Gué-de-l'Ile , Saint-Maudan , 
Saint-Samson-sur-Oust, Bréhant - Loudéac. — 
Total , cinquante trêves ou paroisses. — Voyez 
la liste des paroisses et trêves du doyenné de 
Porhoët, en Vannes ( Pouillé , p. /igS-Zigg); et 
celle des paroisses et trêves de l'archidiaconé 
de Porhoët (Ibid. p. 486-/189). 



CCII 



PROLEGOMENES. 



hors des limites de ia grande seigneurie de ce nom ', — ce qui porte le 
pagus trans silvam jusqu'à. Montfort et Guichen; — si, d'un autre côté, l'on 
tient compte de ce fait, aujourd'hui constaté, que la forêt de Brécilien, 
dont les ombrages couvraient le Poutrecoet, s'avançait, au delà de Ros- 
trenen, jusque dans la paroisse de PauP, l'on peut dire, sans exagération, 
que cette vaste région boisée, dont nous donnons plus loin ies curieux use- 
ments^, occupait, au centre de la péninsule, un espace d'environ trente lieues 
de longueur, sur douze ou quinze de largeur. 

S XXIX. 
Subdivisions ecclésiastiques. — Archidiaconés. — Doyennés. 



L'évêché de Saint-Maio se composait de deux archidiaconés (Dinan et 
Porhoët) et du Pou-Alet, ou territoire de la cité. 

I. L'archidiaconé de Dinan, dont faisaient partie les doyennés de Pou- 
doiivre, de Bécherel et de Plumaudan, renfermait soixante et dix-sept pa- 
roisses et sept trêves. 

II. L'archidiaconé de Porhoët, situé au sud du diocèse, se composait 
des doyennés de Montfort, Beignon, La Nouée, Loh^ac, et comprenait 
soixante-dix-huit paroisses, avec dLx-sept trêves*. 

Les bornes des sept doyennés précités correspondaient-eiles aux limites 
de divisions territoriales plus anciennes? Aucun document ne l'indique; 
mais on peut conjecturer, avec quelque vraisemblance, que le Pou-Alet, ou 
territoire propre de cette ville, reproduisait une circonscription antérieure à 
l'arrivée des Bretons^. Ce petit pacjiis était borné, au nord, parla Manche; 



' Voyez plus loin !e Pouillé de Vannes , p. 4 8 1 
à 489. 

^ C'est M. de ta Borderic qui a découvert 
dans la déclaration de la seigneurie de Paul , 
en 1682, le passage suivant: » Le chasteau de 
« Brécilien, k présent sous bois de haulte fustaie. 
« l'emplacement duqiiel est entouré de fossés 
«en son cerne, etc.» — Du cliâteau de Bréci- 
lien à Guichen on peut compter près de trente 
lieues. 

' Voyez dans les Eclaircissements les Usemeiis 
de la forêt de Brécilien, 



' Il est parlé , dès le xi' siècle , des archidia- 
conés de Dinan et de Porhoët. (Voy. D. Mor. 
Pr. 1. 1,493,564; elibid. I122, 648, ySi, 732. 
— Voyez les Pouillos, p. 48i à 4S9.) 

' Le Pou-Alet renfermait les paroisses sui- 
vantes : Cancale , Chàteauueuf , La Gouesnière , 
Païamé , Saint-Benoît-des-Ondes , Saint-Cou- 
lomb (enclave de Dol), Saint-Jouan-des-Gué- 
rets, Saint-Méloir-des-Ondes , Saint-Père-Marc- 
cn-Poulet, Saint-Servan , Saint-Suliac , Sainf- 
Ydeuc (enclave de Dol). Il est parlé du terri- 
toire d'Alet , Pohelct, dans D. Mor. Pr 1. 1 . 38o : 



PROLEGOMENES. 



CCIII 



à l'est (sous les mniais do Dol] , par des lais de mer; à l'ouest, par la Raiice; 
au sud, par les marais de Chàteauneiii de La Nouée, qui formaient la limite 
du diocèse de Rennes. 



S XXX. 
Le diocèse de Dol et la juridiction de saint Samson. 



Dans une Vie manuscrite de saint Samson, — Vie presque aussi ancienne, 
selon Dom Le Gallois, que la légende insérée dans les Actes de l'ordre de 
Saint-Benoît, — on lit le curieux passage que voici : 

« Judual traita saint Samson [qui l'avait rétabli sur le trône] comme s'il 
u était et la fois et son père et sa mère; et il lui concéda , à lui et à ses succes- 
«seurs, la juridiction spirituelle de la Domnonée tout entière ^ » 

Ces paroles nous donnent la clef de toutes les difficultés qu'on s'est plu, 
pour ainsi dire, à entasser au sujet de la métropole de Dol. 

Il Que saint Samson, évoque ou archevêque, dit Dom Taillandier, ait éta- 
>i bli son siège à Dol, au vi' siècle, et ait eu pour successeurs saint Magloire, 
«saint Budoc et saint Thuriau, c'est une vérité constatée par les Actes de 
«ces saints évêques^. » 

Nul doute, en efl'et, que saint Samson n'ait exercé à Dol les fonctions 
épiscopales; nul doute, comme le dit encore le docte bénédictin, que. 



« Est autem in regione Britannie que vocatur 
Pohelel.s ( Ann. circiter io38.) — Voy. ituZ. col. 
/i55 et 486, Poelet, Pau-Aiet. Le Clos-Poulet 
est resté dans l'usage vulgaire. D'Anville parle 
d'un arcliidiaconé de ce nom dans le diocèse de 
iiaint-Malo ; mais il n'a jamais existé. Dans 
l'histoire du Mont-Saint-Micliel , composée en 
vers de huit syllabes , par Guillaume de Saint- 
Pair, moine de cette ahbaye au .\ii' siècle, il 
est fait mention , en ces termes , du Poelet ou 
banlieue d'Alet : 

Doue i peut l'en très bien aller, 
N'i esluct ja crendre la mer, 
D'Avrenclies dreit à Poelet, 
A la cité de liiilolet. 

Ces mots Poelet et Ri<lolct ( lisez Guidalet ou 
Guic-Alet) ont fort embarrassé le bon abbé de 



la Rue, qui, de guerre lasse, s'est arrêté à la 
pensée que l'un et l'autre de ces lieux avaient 
été engloutis par la mer. [Les Bardes bretons, 
II , 3o2.) Le savant archéologue avait perdu 
souvenir de ces vers du poème de la conquête 
de l'Armorique par Charlemagne : 

Lors chevaiJchcnt 

Vers Quidalet , la cité seignouris ; 

Cité est bonne, yaite doa temps antis, etc. 
' «Tune Judualus recepit eum (S. Samso- 
«nem) in patrem et in matrem usque ad vita; 
« suœ finera et semini sue post se, et totam do- 
«MiN.MiosEM TOTics DoMNOMJ: hereditario pon- 
tificali tradidit illi. » (Bl. Mant. Bibl. imp. ms. 
n° 38,p. 8i3.) 

^ Dom Morice, Hist. de Bretagne, t. II, p. li 
du Catalogue historique des évêques et abbés. 

AA. 



cciv PROLEGOMENES. 

du temps de Noniinoë, aies territoires de Tréguer el de Sainl-Brieuc [j a- 
« joute : et de Sainl-Malo] n'aient été gouvernés par l'évêque de Dol, qui 
«y possédait des églises et pouvait facilement veiller sur tout le pays'.» 
Mais ce n'est pas à dire pour cela , nous le répétons , qu'un siège lixe , une vé- 
ritable métropole, existât dès lors à Dol. Sur ce point, nous l'avons établi plus 
baut , les Bretons avaient d'autres usages que les Gallo-Romains : « Il faut se re- 
>( présenter, dit Dom Le Gallois dont l'opinion a tant de poids en ces matières, 
<i il faut se représenter que les Bretons, étant venus de l'île avec leurs prêtres 
«et leurs prélats, cette Église transplantée, qui, dans les commencements, 

«n'avait aucuns rapports politiques avec les Francs, nouveaux venus 

«se renferma dans le pays qu'elle occupait, d'autant plus qu'elle avait sa 
«langue particulière, ses princes propres et ses mœurs différentes. Ajou- 
« tons qu'il n'eût pas été facile d'aller trouver un métropobtain dépendant 
« des Gotbs ariens. 

« Chaque principauté des Bretons eut donc ses propres pasteurs venus 
«de l'île, et qui, dans leurs nouveaux établissements, gouvernèrent de la 
« même manière et avec la même indépendance des évcques gaulois, qu'ils 
« avaient delà la mer, mais sans avoir aucune ville affectée à leur dignité. . . 
« Ces évêques, venus du dehors, étant morts, il fallut leur donner des suc- 
«cesseurs, et, pour peu qu'on ait lu la Vie des saints qu'on nomme commu- 
« nément premiers évêques des diocèses de la Bretagne armoricaine, on re- 
« connaît aisément que les successeurs des évêques bretons insulaires ne le 
>( furent que de leurs dignités et de leurs charges, sans l'être de leurs évê- 

«chés C'est ainsi que saint Tugdual fut évêque de Tréguer saint 

«Samson et, après lui, saint Magloire et saint Budoc évêques des pays de 
« Dol , etc. ^ » 

Bien c|ue saint Samson , selon la coutume des évêques de son pays . 
n'eût point de siège fixe affecté à sa dignité, rien n'empêche de croire qu'il 
ait exercé sa juridiction sur les territoires de Saint-Brieuc, de Tréguer et 
de Saint-Malo. Soutenir, avec quelques érudits modernes, que « Dol n'était 
«qu'un monastère compris dans le diocèse d'Alct^,» me paraît, qu'on rae 

' DomMorice , Hist, Je Bretagne, t. II, p. Lii. « dram episcopaieni atque conûrmare cum aliis 

^ Dom Le Gallois, Bl. Mant. n° 28, p. 253. aduobas pro Cdei 6rmitate statuerunt.» [Acta 

— C'était un usage, ctiez les Bretons insu- 0. S. B. .sœc. I, p. 176, n" 43, ii.) 

laires, de ne consacrer d'évéques que trois par '' Les anciens évéchés de Bretagne, Introd. 5o. 

trois : a . . . Insidore eum [Sanisonom] callie- — Les dens auteurs de cet important travail 



PROLÉGOMÈNES. ,;cv 

passe l'expression, une sorte d'énormité. Une telle opinion n'eût jamais été 
mise en avant si l'on ne s'était avisé de confondre, pour le besoin d'une thèse 
im|)ossible, l'histoire des Bretons avec celle des Gallo-Francs, leurs voi- 
sins. Doni Taillandier fait judicieusement observer que Nominoë ne fit 
autre chose qu'ériger on diocèses fixes et régulièrement déiimiiés les terri- 
toires sur lesquels saint Samson , saint Brieuc et saint Tugdual avaient 
exercé les fonctions épiscopales. De son côté, Dom Lobineau soutient que, 
délivré par son coup d'état des évoques qu'il regardait comme des fac- 
tieux', «le roi des Bretons établit un évêché dans le lieu où saint Brieuc 
«avait fini sa sainte vie, rétablil celui de Tréguer et donna la qualité de 
" métropole et d'archevêché au siège de Dol'^ » Ces assertions ne sont pas 
contestables, et il n'est pas moins certain que, en 8A8, Salacon, l'un des 
prélats expulsés, occupait le siège de Dol, et non pas celui d'Alet, où Maen 
était alors assis. 

L'évèché de Dol, le moins étendu de tous ceux des quatre Lyonnaises, 
était limité, au nord , par la mer; au sud, par le diocèse de Rennes; à l'ouest, 
par celui de Saint-Malo; à l'est, par le diocèse d'Avranches, qui dépendait 
de la deuxième Lyonnaise ou province de Rouen. 

Le peu d'étendue de l'évèché de Dol , où n'existait qu'un seul archidiaconé et 
qui ne renfermait (en ne tenant aucun compte de ses enclaves) que quarante 
et quelques paroisses^, ne permet pas de supposer qu'il y ait eu des doyennés 



;ip)iuient leur opinion sur ces quelques lignes 
(le la Cliionique de Nantes : «Cogitans autem 
«(Noniinoe) episcopos quos elegerat a metro- 
« politano Turon. bencdictionem minime posse 
" consequi ... ex iv episcopalibus vu composait 
B quorum apud Dolum monasterium Hjium con- 
« jfi(ui( queni arcliiepiscopum fieri dccicvit. • 
( I). Lob. Pr. t. II, foi. ào. ) Il semblerait en effet 
résulter de ces paroles que Dol et Tréguer, avan t 
Nominoë, n'avaient jamais eu d'évèques. Mais 
nous ferons remarquer, après D. Taillandier, 
que la narration du clironiqucur nantais, dont la 
Laine contre les Bretons se trahit à cbaque page, 
doit èti-e tenue pour suspecte. (Voy. dans D. Mor. 
//i.s(. de Bretagne , t. II, Catal. des évêq. p. 52.) 
' Ces évèqucs chassés de leur siège étaient : 
Suzaunus, évêque de Vannes; Félix, de Quim- 
per; I.iberalis, de Saint-Pol-de-Léon, et Sal.j- 



con, de Dol. Ce dernier n'était point évéqne 
d'Alet, comme on l'a prétendu, car ce siège 
était alors occupé par Maen, lequel, dit D. Lobi- 
neau, «conserva sa dignité, soit qu'il fût inno- 
« cent, soit que le prince ne lui en voulût pas, 
« ce qui suffisait pour lui tenir lieu d'inno- 
« cence. » ( Hist. de Bretayne, t. I, /17.) 

^ D. Ijob. llisl. de Bretayne, t. I, ^7. 

' Ces paroisses étaient : Baguer-Morvan , Ba- 
guer-Pican, Bonaban, Bonncmain, Carfeuu- 
Icun, Cendres, Cbarrueix, Cuguen, Épiniac, 
Hirel, L'Abbaye, La Boussac, La Fresnais, Lan- 
heiin, lianvaliay. Le Vivier, Lillemer, Meillac, 
i\'Iiniac- Morvan, Mont-Dol, Notre-Dame de 
Dol, Pleine -Fougères, Plerguer, Plesder, 
Pleuguencuc , Pieudiben , Ros- Landrieux , 
Saint-Broladre, Saint-Georges de Grébaigne, 
Saint Guinoux, Saint-Helen, Saint -Launeuc, 



ccvi PROLEGOMENES. 

sur un territoire aussi restreint. I! est question, à la vérité, de decani Do- 
lenses, dans quelques chartes des xii° et xiii" siècles; mais rien n'indique 
qu'on les doive considérer comme des doyens territoriaux établis dans le 
pagiis Dolensis ^ proprement dit. 

De tous les diocèses de PVance, Dol était celui qui possédait, en dehors 
de son territoire propre, le plus grand nombre d'enclaves disséminées dans 
d'auti'es contrées. L'évêché de Saint-Malo en renfermait vingt deux; celui 
de Saint-Brieuc, douze; celui de Tréguer, neuf; celui de Léon, une; celui 
de Rennes, une; enfin, le diocèse de Rouen, quatre. 

L'origine de ces enclaves a été diversement expliquée. Dom Taillandier 
n'hésite pas à l'attribuer à l'espèce de primatie exercée par saint Samson sur 
les autres évèques régionnaires du royaume de Domnonée : «De là vient, 
« dit-il , que les lieux qui appartenaient en propre à l'évêque de Dol , lors de 
« l'érection des évêchés de Saint-Rrieuc et de Tréguer, sont demeurés et sont 

c( encore aujourd'hui sous la juridiction des évèques de Dol C'est pour 

« la même raison que , dans le territoire de Rouen , les paroisses de Saint- 
« Samson, sur la rivière de Lizaire, et celle de La Roque sont soumises à 

« l'évêché de Dol Ces églises dépendaient du monastère de Saint-Sam- 

«son et y sont demeurées annexées, par respect pour le savant prélat, lors- 
(' qu'on a érigé les nouveaux évêchés. Quelle autre raison pourrait-on don- 
« ner d'une telle dispersion d'églises dans un seul et même évêché -? » 

Malgré ces observations pleines de justesse, et que justifie si bien, d'ail- 
leurs , le texte par lequel débute ce paragraphe , quelques écrivains ne veulent 
voir en saint Samson que l'abbé d'un important monastère du Porhoët, et ils 
prétendent expliquer les anciennes enclaves de Dol par l'obligation ^ où 
se serait trouvé Nominoë d'imposer aux autres prélats de la Bretagne une 
cession partielle de leur territoire en faveur de la nouvelle métropole. L'hy- 
pothèse paraît spécieuse, au premier abord; mais si le libérateur de la 



Saint- .Marcan , Sainl-Méloir-sous-Hédé, Saint- 
Pierre de Plesguen , Saints, Saint-Solain , Saint- 
Uniac, Tréméheue, Tressaint, Viitlé- Bidon, 
Vildé-la-Marine. (Voyez les Fouillés de Dol, 
p. 547 et suiv. ) 

' On lit dans une enquête, faite au xii'siècle, 
en faveur des droits des évèques de Dol : « Wil- 
lelmus, presbyter, canonicus Dolensis et qua- 
« rumdam ecclesiarum episcopatus Dolensis... » 



et quelques lignes plus bas : oGaufndus cano- 
ci nicus ipsius ecclesia; et decanus cujusdam 
" partis parocliia* Dolensis. » (D. Mor. Pr. I, ySg.) 
Il est à croire que ces decani étaient les surveil- 
lants des paroisses enclavées dans les divers 
autres diocèses bretons. 

- Dom Taillandier, dans D. Mor. Hist. de 
Bretagne, t. II, p. Lii, Catal. bist. des évèques. 

' Anciens évêchés de Bretagne, Introd. p. 5i. 



PROLÉGOMÈNES. ccvii 

Bretagne avait en effet pris la décision qu'on lui attribue, comment se 
fait-il qu'en dehors de la Domnonéc, Nantes, Vannes et Cornouaillc se 
soient dispensés de tout sacrifice, et que le diocèse de Léon n'ait jamais 
renfermé qu'une seule enclave de Dol, Locimolé ? 

Ce fut seulement sous le pontificat d'Innocent III et durant la minorité 
du jeune Arthur, en i 199, que l'église de Dol cessa d'être la métropole 
des Bretons. 

Dans la dernière moitié du xv*" siècle, le cardinal d'Avignon, Alain de 
Coëtivy, remplaça les anciens doyennés, ou groupes de paroisses situées hors 
du pagus Dolensis, par cinq officialités. L'ofTicial de Dol eut dans son ressort 
l'archidiaconé de Dol et les enclaves du diocèse de Saint- Malo; ceux de 
Lanmeur et de Lannion furent chargés des enclaves de Tréguer; folficial 
de LanvoUon gouverna les paroisses de Saint-Brieuc, et, enfin, f officiai de 
Saint-Samson reçut la direction des paroisses de la Normandie ^ 

L'évêque de Dol était seigneur temporel dans la ville et dans la circous 
cription qu'on appelait le franc-regaire de Dol, dans la paroisse de Coet- 
mieux, en Saint-Brieuc, et dans les paroisses de La Hocpie et de Saint - 
Samson-sur-Risle -. Tout le monde sait que l'évôché de Dol a été supprimé 
en même temps que ceux de Saint-Pol-de-Léon, de Tréguer, de Saint- 
Malo, et que le territoire de l'ancienne métropole bretonne a été annexé au 
département d'IUe-et-Vilaine. 

S XXXI. 
Palais, demeures des princes bretons au ix" siècle. 

Les princes bretons possédaient, au i\' siècle, des palais ou châteaux, 
soit dans la Domnouée, soit dans les pays de Vannes, de Rennes et de 
Nantes. Voici la liste complète de ces demeures royales, avec une notice 
de quelques lignes sur chacune d'elles. 

1 . AuLA Barrech ^. — En 861 ou 867 , Salomon , roi de Bretagne , tenait 
sa cour à Barrech, en Piriac, et y confirmait un acte de donation faite à 
Redon par Erispoë, son prédécesseur. 



' D. Taillandier, loc. cil. p. 64. Pont-Audemer, vers l'embouchure de la Seine. 

- Canton de Quillebeuf, arrondissement de ■'• Chartul. Roton. p. Go, 76. 



ccviii PROLÉGOMÈNES. 

2. Alla Bilis '. — Palais situé dans la presqu'île de Guérande, et dans 
lequel, en 855, Erispoë faisait dresser l'acte de donation d'une saline, en 
faveur des moines de Redon. 

3. Alla Campel '-. — En 868, Salomon confirmait aux moines de Re- 
don, dans sa cour de Campel, le droit qu'ils tenaient de Louis le Débon- 
naii'e d'élire librement leur abbé. 

h. AuLA Camplatr ^. — Pascweten, comte de \'annes, y concédait aux 
moines de Redon, en 669, un terrain dont ils avaient besoin pour la cons- 
truction d'une écluse. 

5. Alla Clis*. — Ce palais était situé près de Guérande. Le comte 
Pascweten y faisait dresser, en SSq, une charte de donation de saline au 
profit de l'abbaye de Redon. 

6. AuLA CoiTLOLU ^. — C'cst dans ce château, dont on ignore la situa- 
tion, que, le 6 mai 8/18, Nominoë tint le fameux synode où fut prononcée 
la déchéance de plusieurs évêques bretons. 

7. AuLA CoiLROiT, Lis-CoLROiT '\ — Salomou , roi de Bretagne, y fit com- 
paraître devant lui, en 857 ou 858, le tyern Ratfred, qui, profitant des 
troubles excités par le meurtre d'Erispoë, s'était emparé de plusieurs do- 
maines appartenant à l'abbaye de Redon , dans les paroisses de Bains et de 
Sixte. 

8. Alla Hegodgbert '. — Le 6 août 866 , le roi Salomon, qui tenait sa 
cour dans le palais d'Hégodobert, y faisait don aux moines de Saint-Sau- 
veur de la Villa Macoer, autrement appelée Valiam Medon, dans la paroisse 
de Cons. 

9. Lis Penfau (la cour au sommet du bois de hêtres) *. — En juin 862, 
pour obtenir la guérison de Salomon (qu'il devait assassiner quelques an- 
nées plus tard), Pascweten, comte de Vannes, étant à Lis-Penfau, dans 
Plélan , concédait son domaine de Rancarwan aux moines de Redon. 

10. Alla Penharth '. On ne peut fixer, d'une manière précise, la situa- 
tion de Penharth; mais comme Actard, évoque de Nantes, figure dans 
l'acte de donation dressé en ce lieu, par ordre du roi Salomon, le 2 

' Voyez Append. p. 370. ' Chartul. lioton. ji. 61, 80 et 308. 

' Chartul. Roton. p. 189. ' Ibid. p. 42. 

'/6id. p. 57. ' Ibid. p. 64. 

"Ibid. p. 20. 'Ibid. p. 24, 80. 
'Ibid.^,. 87. 



PROLEGOMENES. ccix 

iDars SSg, on peut inférer de h'i que le palais du prince s'élevait dans la 
partie hreloniiaitte du pays nantais, vers Guérande. 

11. AuLA Plebislan '. — Salomon possédait à Plélan un palais qu'il 
abandonna à saint Conwoion et à ses religieux, lorsqu'ils furent chassés 
de leur demeure par les Normands. 

12. AuLA Reesteh^. — En 868, Ritcant, abbé de Redon, fit compa- 
raître devant le roi Salomon, à Rhétiers, le mactyern Alfred, fils de Jus- 
tin , lequel fut condamné à restituer aux moines diverses propriétés dont 
il s'était emparé contre toute justice. En 871 , nouveau procès, devant la 
même cour, entre les moines et le mactyern, qui, cette fois encore, perdit 
son procès et dut rendre à l'abbé Liosic le monastère de Saint-Ducocan , 
situé en Cléguérec. 

i3. AuLA Talansac ^. — Érispoë habitait le palais de Talansac, en 852, 
lorsqu'il fit don à l'abbaye de Saint-Sauveur des deux Rundremes de Moi et 
d'Aguliac, en Fougerais. 

ià et i5. Casteli.um Reus. — Castrom Seidm*. — C'est au château 
de Rieux, élevé, selon toute apparence, sur l'emplacement d'une ancienne 
forteresse romaine , qu'Alain le Grand, le vainqueur des Normands, le Père 
de la patrie^, venait se reposer des fatigues de la guerre. Le château de 
Plessé (Castrum Seium ) servait aussi de demeure au prince, et il y signa 
l'acte de cession de l'abbaye de Saint-Serge d'Angers en faveur de Rainon, 
evêque de cette ville ^. 

S XXXII. 
Habitations, châteaux des mactyerns au ix* siècle. 

Les mactyerns, ou princes héréditaires des paroisses, avaient des rési- 
dences plus ou moins considérables, dans lesquelles ils tenaient leurs 

' Charlul. Rolon. p. 189. (Append. p. 876 et 877, en note.) La paroisse 

^ Ibid. p. 19, 198. de Sei est la commune actuelle de Plessé 

' Ihid. in Append. p. 367. (Loire-Inférieure). L'acte de donation de l'ab- 

' Charî. Roton. p. 2 16 et App. p. 873-375. baye de Saint-Serge se termine ainsi : « Data vi 

"■ « . . Eral praefatus pater patriœ in Castelio « kal. decembris indictione. . . régnante Alano 

Reus, quietissime habilans. » (C/iar(u/. Botoii. « in Britannia. Actum 5cio Castro, in Dei nomine 

in Append. p. 373 et 37b, note 1.) « féliciter, amen. » (C/iar(. Ecc/w./lmifjai'. — Cf. 

' « . . . Çastellum Sei quod est in plèbe Sei. » D. Mor. Pr. t. 1 , 333. ) J'ai visité avec le regret 

BB 



ccx PROLÉGOMÈNES. 

assises, comme l'atteste le monosyllabe lis ou les, qui précède les noms 

de ces diverses habitations. 

1. LiSBEDO, LisvEDD (la COUT du boulcau) ^ — Vers 826, Catweten et 
sa sœur Roiantken se présentèrent devant le mactyern Jarnhitin et devant 
ses fds Portitoë et Wrbili, pour réclamer une lerre dont le vendeur décla- 
rait ne vouloir plus se défaire. Lisbedu était situé dans Pleucadeuc. 

2. LisBiDioc IN PoDCAR^. — Poiut de renseignements sur ce domaine, 
situé dans le comté de Poher, en Cornouaille. 

3. LiscELLi, LisKELLi ^. — Vcrs 8/16, Conwoion se présenta, avec ses 
moines, devant ia cour de Liskelli, en Guern, où siégeaient les mactverus 
Gradlon, Portitoë, Ratuili, Catluiant, Jarnwocon et l'envoyé du prince 
Nominoë. Les religieux ayant demandé la l'estitution d'un domaine que 
leur avait enlevé, contre toute justice, un tyern nommé Merchrit, les 
scabins leur donnèrent gain de cause. 

h. LiscoET (la cour du bois)*. — Cette demeure, où le tyern Guinca- 
lon, en 833 , faisait dresser, au profit de Saint-Sauveur, l'acte de donation 
de sa terre de Colworetan, était située dans le Poutrecoet. Les anciennes 
reformations font mention du manoir de Liscoet, dont le nom s'est con- 
servé jusqu'à nos joiu's. 

5. Lesfau ou LiSFAo (ia cour du hêtre) ^. — C'est dans le domaine de 
Lesfau , au bord d'une fontaine, que, selon l'antique usage, le mactyern 
Ratuili tenait ses assises, quand saint Conwoion, vers 832, vint lui de- 
mander, pour sa communauté, la cession du territoire de Roton. 

6. LisFAviN (la cour des hêtres) ''. — Lisfavin parait avoir été l'habitation 
du tyern Bili, qui, d'accord avec sa femme iVlorliwet , concéda son do- 
maine de Rantarw aux moines de Redon, en 866. 

7. AuLA NowiD (la Cour Nouvelle, en Carcntoir) '. — 11 en est pailé 
dans plusieurs chartes de notre Cartulaire; les mactyerns Ratuili et Wrbili 
y remplissaient leur office, sous Louis le Débonnaire. 

8. LispRAT (la cour de la prairie, en Augan)^. — La demeure de Lisprat 
paraît avoir appartenu, vers 860, au tyern Arthuvius. 

table M. Bizeul l'emplacement où devait s'éle- ' Chartttl. Rotoii. p. 189, i5/i, 280. 

ver le Casirum Scium, non loin des bords de ' Ibid. p. 6. — Liscoet est en Caro. 

risac. Ce cbàteau fut détruit par les Normands ' Ibid. p. 1 , 4. 

après la mort d'Alain le Grand. ^ Ibid. p. 75. 

' Charlul. Roton. p. 1 13 , 1 5i , 2 i(i , 2 1 7. ' Ibid. p. 86, 92, 100, 117. i33. 

' Ibid. p. 217. * Ibid. p. 36, 121. 



PROLEGOMENES. ccxi 

9. Lis-Rannac ^ — Le mactyern Bran y rendiiit la justice, vers 882 , et, 
quelques années plus tard, l'on voit Nominoë et Arganthael, sa femme, y 
tenir un grand plaid , in scamno sedentes. 

10. Enfin, il est parié, dans le Cartulaire, de plusieurs autres cours, 
telles que Les-Ncwelli -, en Pleucadeuc ; Lisbronivvin ^, cédée à Noniinoë 
par un nommé Riwalt, qui avait tué son vassal; Lis-Iarnwocon *, en Plélan, 
donnée par Salomon , rui de Bretagne, le 6 mars 860, à l'abbaye de 
Redon; Lis-Ros ^, où, sous Nominoë, habitait le tycrn Rithwelen qui en fit 
présent aux religieux de Saint-Sauveur; Lis-Wern '', dont la remise fut faite 
à Nominoë par Tiarnan et par ses frères, qui, pendant trois ans, s'étaient 
soustraits au payement de la rente due au prince; Liswisonn ^, en Augan, 
où demeurait un seigneur nommé Riwalt; le château de la forêt (Castel- 
Cran) *, en Cléguérec; enfin, le château de Castel-Uhel °, en Avessac , sur 
les bords de la Vilaine. 

S XXXIII. 
Châteaux construits en quelques cantons de la Bretagne après l'expulsion des Normands. 

1. Castellum Belvédère". — Château de Beauvoir, avant 1060. 

2. Castellum Blaen 'i. — Château de Blain, bâti par Alain Fergent, 
dans les premières années du xif siècle. Les moines de Redon se plaignirent 
vivement au duc, en i 108, des tailles qu'on levait sur leurs vassaux, pour 
la construction de cette forteresse. 

3. Castelldm Brientu^^. — Chàteaubriant , dans le diocèse de Nantes, 
fondé, avant 1002 , par un noble et puissant seigneur nommé Brient. 

4. Castellum^'. — CarhaLx, l'ancienne capitale des Osismes. 

' CW/u/. fio(on. p. 23, 81, 82, i36, lii. '' CAariu/. 2îo(on. p.73.— «CaslelUlielquod 

^ Iliul. p. 206. — Lcs-Neueth signifie la cour «est Penfau.a iil on eu marge de iii charte prt'- 

"fuve. cit^e. 

' IbUl. p. Si. — Lisbronivvin était en Cam- '» Ibid. p. 262, 263. 

P'^n™c- ■' Ibid. p. 291.— Cr. Appeiul. p. 393-395. 

/ou/, p. 60. "t.. Brieolius ... génère et poUntia claris- 

Ibid. p. i/iS. osimus, ecclesiam prope suum castrum Catuai- 

Ibid. p. 82. — Lis- Wcrn, ia cour des «lono in lionore S. Salvatoris tradidit. » 



aunes. 



[Ckarliil. Rolon. p. 253. — Cf. p. 236 , 2 



99-, 



Ibid. p. 92. 13 c/mr(ii/. Roton. p. 332. — Carliaix, nous 

Ibul. p. 198. l'avons dit, est l'ancienne capitale des Osismes, 



BB. 



ccxii PROLEGOMENES. 

5. Oppidlm Clivum ^ — Dans ia paroisse de Lohéac, vers 1060. 

6. Castellum Sanct:E Crdcis ^. — Château de Sainte-Croix de Machecoul. 

7. Castellum Gdannach '. — Château de la Garnache, ancienne seigneu- 
rie dont étaient membres Beauvoir-sur-Mer, l'île de Bouin, nie-Dieu et 
l'île de Noirmouticr. 

8. Castellum Goscelini *. — Château de Josselin. En 1008, Guethenoc, 
vicomte de Château-Thro, ayant pris en dégoût celte résidence, jeta les 
fondements d'un nouveau château qui prit le nom de son lils. Ce dernier 
y fonda, vers io3o, le prieuré de Sainte-Croix, en laveur des moines de 
Redon '•'. 

9. Castellum , Cas ircm , Lohoiac ". — Château de Loliéac , au diocèse de 
Saint-Malo. 

10. Castellum Migron '. — Château de Migron, en Frossay , construit 
avant 10/17. 

1 1 . Castellum Noicum '. — Château de la Nouée , en Bieuzy. 

1 2. Castrum Poenceium. — Château de Poëncé '. 

i3. Oppidum Pruniacum. — Prigny, châtellenie en Retz '". 

1 A. Castellum, Castrum, Rupis, de Roca ^^ — Château de La Roche- 
Bernard, lune des plus anciennes baronnies du pays nantais, et dont rele- 
vaient anciennement, à ce qu'on suppose, les baronnies de la Roche-en- 
Nort et de la Roche-en-Savenay ''^. 

S XXXIV. 

Des moulins. 

Les moulins dont il est fait mention clans le Cartulaire étaient, bien 
entendu, des moulins à eau, puisqu'on n'en connaissait pas d'autres en 

pt de là le nom dePou-Kncr.le pays de la viiU'. * Cliartul. Rolon. p. Sdg-SSo. 

<]ue portait cette partie de la Cornouaille. " Ibid. p. 336. 

' Chartul. Roton. p. 23i. '" Ibid.p. 2ig. 

- IbiJ. p. 264. 3o3. " nul. p. 279, 3i4, 3i5, 34o. 

■ Ibid. p. 262. '- Un arrêt de la baronnie de ia Roche-Ber- 
' Ibid. p. 24 1. nard. rendu en liig, comprend, dans un ar- 
■■ Ibid. p. îlt2. ticle séparé, le grant de la terre de la Roche- 
' Ibid. p. 3so. Bernard au siège et bailliage de Norl. 

■ Ibid. p. 268 , 271, 34 1. 



PROLÉGOMÈNES. 



ocxiii 



Europe à l'époque qui nous occupe'. Ces moulins étaient construits, en 
général, sur des rivières importantes, telles que la Loire, la Vilaine. 
l'Erdre, etc. 

Molendinum obbaliacad Porlum Nelian ^. Molendinuni inler Baiocumet Pluucastel- 

Molcndinum deBahnron'. lum". 

Molendinum Boncsier in Ticlieguer '. Molendinum aiite oppidum Sanclae Crucis 

Molendinum de Caslelburg in fluvio Vi- Macliicolcnsis ". 

cenoniae \ Molendinum Omnen "; 

Molendinum in plèbe Chialvahe". Molendinum de Pôrlu Mesac ". 

Molendinum de Carnun '. Molendinum in Prulliaco '^ 

Molendinum Erdae '. Molendinum Stagni Caslelli". 

Molendinum Gianrct '. Molendina prope Caslellum Migueronis'". 

Molendinum de Gravot '°. Molendinum sub lurri Castri Noici ". 

Ces divers moulins, situés dans les trois diocèses de Nantes, Vannes et 
Rennes, sont tous désignés dans des actes antérieurs à la seconde moitié 
du xu' siècle. 



S XXXV. 

Navigation, ports, écluses, ponts, voies publiques. 

On a vu plus haut que la Vilaine, aux bords de laquelle s'élève la ville 
de Redon, était fréquentée, au moyen âge, par de nombreux vaisseaux. 
Et cependant, sur la navigation du fleuve, les actes de l'abbaye de Saint- 
Sauveur ne renferment que peu de détails. 

' L'ahbéLebeu{[Disseit. sur iélat des sciences " Charlul. liotoii. p. 265. 

ilepuis le roi liobertjusqu'à Philippe le Del) et Le ' Ibid. p. 821. 

Grand d'Aussy [Vie privée des Français, I, 63) ' Ibid. p. 283. 

fontri'monterauxpremièresannéesduxu'siècle ' ftirf. p. Sig. 

l'emploi des moulins à vent. Mais la fausseté de '" Ibid. p. 3 19. 

la charte de fondation du monastère de iN'eu- " Ibid. p. 253. 

bonrg, sur laquelle ils s'appuient, est prouvée. '- Ibid. p. 264. 

(Voyez cette charte dans Mabill. Ann. Ord. " Ibid. p. 249. 

S. B. V, 478.) " /fcid. p. 319. 

^ Cbarlal. Roion . p. 3oi. '^ md. p. 323. 

' Ibid. p. 319. " Ihid.f. 269. 

' Ibid. p. 293. " Ibid. p. 271. 

=■ Ibid. p. 285. " Ibid. p. 35o. 



ccxiv PROLEGOMENES. 

Dans une charte antérieure à la seconde moitié du ix' siècle, on voit les 
moines du monastère de Ballon réclamer auprès de Nomiuoë une partie 
du tonliea qui se levait sur les navires et les marchandises entrant dans i'Oust. 
Mais le prince, ignorant si ia requête était fondée, dut en référer au té- 
moignage des plus anciens habitants des quatre paroisses de Bains, Pcillac, 
Renac et Sixte, lesquels déclarèrent que, du jour où des vaisseaux avaient 
paru dans la rivière, les droits de navigation avaient appartenu au possesseur 
de Bains, et non aux abbés de Ballon et de Busal '. Et en effet, l'abbaye de 
Redon, à laquelle la paroisse de Bains était échue depuis 833, préleva, du- 
rant des siècles, l'impôt qu'avaient voulu s'approprier les moines de Ballon. 

Il est question, dans notre Cartulaire, de plusieurs petits ports situés sur 
la Vilaine, Portas Nehan-, Portas Glanret^, Portas Mezac'^, Portas Tresle- 
rian ^. Diverses écluses y avaient été établies , et les chartes nous en font 
connaître la situation : 



Exclusa in Carmin'. 
Exclusa inira Visuoniam '. 
Exclusa Muzin *. 
Exclusa Stumou '. 



Exchisa Corelloencras , in Avizac '\ 
Exclusse Castel-Uliel ". 
Exclusa prope Castellum Bernardi '" 
Exclusa in Treheguer'\ 



Le Cartulaire mentionne aussi quelques écluses sur des rivières du pays 
nantais : 



Exclusa juxla Bronaril". 
Exclusa Conslancii ". 



Exclusa illira Ligerim ". 
Exclusa juxta portum Castelli ". 



En général, de grands privilèges étaient accordés aux abbayes, même en 
temps de guerre ^^, pour le transport par eau de leurs denrées. Mais quelque- 
fois aussi, certains seigneurs ne se faisaient pas scrupule, en pleine paix, de 
s'emparer des navires employés à cet usage. C'est ainsi que, vers 1060, 
Gautier et Goscelin, seigneurs de Beauvoir et de la Garnache, arrêtèrent et 



' Charlul. Pioton. p. 80, 81. 

- Ibid. p. io 1 . 

^ Ibid. p. 3 1 9. 

* Ibid. p. 3ig. 

^ Ibid. Appenil. p. SgS. 

' Chartut. l'.oloii. p. 4û. 

' Ibid. p. 46. 

« Ibid. p. 58. 

' Ibid. p. 58. 

" Ibid.f. i5i. 



" Chartul. Roton. p. 78. 
'^ Ibid.f.Sii. 
" Ibid. p. 3i6. 
" Ibid. p. 57. 

'' Ibid. p. 251. — Celle ëchise existait sur 
ia Loire, dans la paroisse du Cellier. 
•' Ibid. p. 271. 
" Ibid. p. 1 5. 
'* Voir plus haut, p. xLTit. 



PliO LÉGUME NES. ccxv 

mirent au pilliige deux vaisseaux appartcnaut h Saint-Sauveur et q\u s'en 
revenaient, l'iiargés, du Poitou'; c'est ainsi qu Eudon , sire de la Roche, 
enleva aux moines de l'abhaye trois navires qui remontaient la Vilaine^. 
De tels actes, cependant, étaient rares, et ce n'est pas impunément, le 
Cartulaire l'atteste, qu'on osait se les permettre^. 

Les ponts désignés dans le Cartulaire ne sont pas nombreux. Le plus 
ancien était Pons Imhoir ou Pons Loiitinoc, qui existait, en 821, dans la 
paroisse de Ruiïiac''. Venaient ensuite le Pons Frotgaivan aussi dans Ruf- 
fiac (8/16), le Pons Alurit, ou pont de Larré, en Molac^ (8/19), et enfin le 
Pons Cahas^, en Bains (1 i36). 

J'ai (ait observer ailleurs qu'aucune de nos chartes ne désigne les routes 
de la Bretagne par les mots lu'œ strate , recjiœ, ccdceatœ , ferratœ , etc. Toute- 
fois, la péninsule ayant été, comme le reste de la Gaule, sillonnée de voies 
romaines, il me paraît utile, voire même indispensable, de donner ici quel- 
ques indications sur les viœ pablicw désignées dans le Cartulaire de Redon. 

1 . Viapiiblica in plèbe Carantoer'^. — Citvanioiv chut plebs condita et chef-lieu 
de doyenné, en Vannes. M. Bizeui affirme que la voie romaine de Rennes 
à Carhaix, par CastelNoec, entrait en Carentoir au sortir de Comblessac. 

2. V iapablica in plèbe Caroth^. — Cette paroisse faisait autrefois partie 
du Poutrecoet (évêché de Saint-Malo). M. l'abbé Marot, arcliéologue du 
Morbihan, a constaté qu'en allant du presbytère de Caro à Saint-Abraham, 
et non loin du village de la Gageât, on trouve dans un landier beaucoup de 
briques éparses sur le sol. A peu de distance de Ih, vers la gauche, s'aper- 
çoivent les fondements d'un édifice en briques, dea moulures, des frises, etc. 
Il faut se rappeler, outre cela, que c'est dans le cimetière de Caro que M. de 
Keranflech a trouvé la borne milliaire dédiée à l'empereur Maximien. 

3. Via piiblica in plèbe CIcgeruc'-'. — Dans la charte où se trouve indiquée 
la voie publique de Clécjuérec, il est dit que cette voie passait près d'une sorte 
de tumulus (ad accervum, id est crac)^°. 

Il- Via pablica in plèbe Fruciaco^'. — - Cette voie publique, qui conduisait 

' Charlat. Roton.p. 262, 263. ^ CItartul. Hoton. p. i5, 84, 85. 

» Ibid. p. 348. •■' Ibid.p. 100. 

' Ibid.p. 349. ' Ihid. p. 198. 

■* /')«/. p. 112, ii3. — On dit anjouid'Iiul '" Crue, cippus, tumulus. (Davies, Dicl. 

l'onl-Ëmoij Pont-Leudineu. briinnn. latin.) tf. Append. p. SSy, Cruc-.irdoii. 

= Ibid. p. 202. " Cluirtul rwion. p. 3i2. 

' Ibid. p. 3o I . 



ccxvT PROLEGOMENES. 

au château de Frossay. passait dans le voisinage d'un monastère où se voyaient 

encore, en io5o, les ruines de l'ermitage de Saint-Front, évêque de Pé- 

rigueux. 

5. Via pahlica in plehe Grancampo '. — Je ne sache pas qu'aucune trace 
du séjour des Romains ait été jusqu'ici découverte en Grandchamp (Loire- 
Inférieure); mais je vois dans une charte de 833 qu'il y existait alors une 
vilia Marcio. 

6. Via publica in plehe Lusehiacensi'-. — Luzanger, ancienne trêve de 
Derval, est désigné comme Condita dans plusieurs actes du ix' siècle. Une 
voie romaine, connue dans le pays sous le nom de chaussée à h Joyance, 
traverse la commune. 

■j. Via publica in plèbe NoyaP. — Ici les renseignements nous font abso- 
lument défaut. 

8. Fia publica in plèbe Raffiac *. — Ruffiac, plebs condita, dans ie diocèse 
de Vannes, est traversée, selon M. Bizeul, par une voie romaine qui dessine 
la limite nord de la commune, sur une longueur de quatre à cinq cents mètres. 

g. Via publica in plèbe Serent^. — M. fabbé Marot a trouvé dans cette 
paroisse , qui est l'une des plus considérables du diocèse de Vannes, de nom- 
breux débris romains, briques à crochets, poteries, etc. Attiré par ces 
découvertes, M. Bizeul a pu constater, de son côlé, qu'une voie romaine 
entrait à Sérent près du village des Haies. 



CHAPITRE IV. 



Mœurs, usages, faits particuliers. 

J'ai déjà caractérisé fesprit de foi qui animait la chevalerie bretonne 
pendant le moyen âge ^. Maintenant je vais essayer de grouper, comme en 

' Charlul. Roton. p. 35, i05. ' Chartal. Roton. p. loS, lôs, i55. 

- Ibid. p. 17/I, 177, 178, 179. ^ Ibid. p. 276. 

■' nid. p. 276. ' Voir plus haut, p. i.iii. 



PROLÉGOMÈNES. ccxvn 

1111 seul tableau, les renseignements divers qii'olTre le Cartulaire de Redon, 
sur les mœurs, les usages, les habitudes du pays, depuis le ix" siècle jus- 
qu'au XII°. 

Et d'abord, un mot sur les mœurs du clergé. Jusqu'à l'époque des pre- 
mières invasions normandes, une assez grande régularité paraît avoir régné 
dans les mœurs des prêtres bretons, qui, pour la plupart', appartenaient 
à l'ordre monastique. Mais , après le retour triomphant d'Alain Barbe-Torte 
et des exilés qui l'avaient suivi sur la terre étrangère, de graves désordres 
désolèrent l'église de Bretagne dont les biens, légués durant les trois siècles 
précédents par de pieux laïques, étaient devenus la proie de leurs descen- 
dants dégénérés. Ne pouvant administrer par eux-mêmes les églises qu'ils 
s'étaient adjugées, les spoliateurs en confièrent le soin à de pauvres prêtres 
auxquels ils assignèrent le plus modeste revenu, et pour affermir leur usur- 
pation, ils firent entrerieurs enfants dans les ordres, sans se demander s'ils 
rempliraient dignement les fonctions du sacerdoce. En ce temps-lA , lisons- 
nous dans une charte du Cartulaire noir de Saint-Florent , en ce temps-là 
pres(jue toutes les églises du diocèse de Rennes appartenaient à des gens de 
guerre-. Le saint ministère, entre les mains de tels hommes, eut à subir 
d'inévitables souillures. Des prêtres sans foi épousaient déjeunes filles qu'ils 
avaient enlevées à leur famille, et, devenus évêques, à force d'intrigues, ils 
transmettaient l'épiscopat à leurs enfants^. Le Saint-Siège n'ignorait pas ces 
scandales, et ses foudres n'épargnaient pas les coupables. Mais le désordre 
ne cessa que quand les biens ecclésiastiques sortirent des mains impures 
qui s'en étaient emparées. On trouve dans les chartes du Cartulaire de 
Redon, au xi° siècle, de nombreuses restitutions faites aux églises et aux 
monastères par les seigneurs ou par leurs femmes, dans l'intérêt du salul 

' }e li'is pour la plupart, parce que le cierge « uxorem lîliam Alvei Nannetensisarchidiaconi. 

gai lo- franc de. Rennes, de Nantes et de la Vë- « nomine Oirelan , de qua geimit liiiuni Gualte- 

nëtie orientale n'avait pas la même organisation «riiini. . . postqiiam consenuit iste Tetbaldus, 

que le clergé du pays breton. « l'ecitseabbatemSancti Melanii, etfiliumsuuni 

^ »Eo lempore cum plurimas et /)en(! ciinc(ai «Gualterium fecit episcopum. ■ (D. Mor. Pr. 

"Redonensis pagi ecclesias milites laici tenc- I. [, 353.) 
»bant,etc.» (D. Mor. Pr. t. I, iSy.) De tels récits, inscrits dans les cartulaires 

■' «Tetbaldus filius fuit cujusdam presbyteri par les moines eux-mêmes, prouvent bien, 

«nomine Loscoran , de quadam nobili puella comme le remarque dom Lobineau , «qu'on 

«quani ipse presbyter clam corripuit et secuni « faisait profession, en ce temps-là, d'une sim- 

« abdùsit in Burgundiam. Iste Tetbaldus faclus « plicité qui ne connaissait aucun déguise- 

«episcopus auxilio parentum matris su» duxi! «ment.» 



ccxviii PROLÉGOMÈNES. 

de leur âme^. Ces restitutions auraient seules sufTi pour enrichir le clergé; 
mais plusieurs autres causes contribuèrent à accroître démesurément ses pos- 
sessions : l'établissement d'enfants nobles dans les abbayes, l'usage des sé- 
pultures dans les églises et enfin la prise de l'habit monastique à l'approche 
de la mort. 

1. Plusieurs des plus anciens actes de notre Cartulaire attestent que les 
pères se croyaient alors autorisés à consacrer au service des autels de très- 
jeunes enfants dont ils ne pouvaient consulter la vocation. Dans ces circons- 
tances, d'importantes donations étaient faites aux monastères qui recevaient 
ces hosties vivantes ^. 

2. «Les moines, dit dom Lobineau, ne vendaient pas le droit de sépul- 
«ture dans leurs églises; mais la régularité de leur vie faisait qu'on avait une 
" si grande confiance en leurs prières , qu'on se portait facilement à priver 
«ses héritiers d'une partie de sa succession, pour obtenir l'avantage d'être 
11 enterré dans ces lieux. » 

Le fragment qu'on va lire peint au vif l'antique coutume indiquée par le 
docte bénédictin : 

«Le monde touchant à sa fin, et devenant la proie de calamités chaque 
"jour plus terribles, Deurhoiarn et Roiantken, sa femme, se présentèrent 
«le 3 des calendes de juillet, jour de la fête de Saint-Pierre et de Saint- 
« Paul , devant les moines de Redon , les priant de leur montrer, dans f é- 

« glise de Saint-Maxent , la place où leur corps devait un jour reposer 

« A quelcjue temps de là , Deurhoiarn étant mort, sa fcrnme et son fils Jaru- 
(1 wocon accompagnèrent le corps du trépassé jusqu'au monastère. Lesmoines, 
«avertis, s'étaient portés à la rencontre du défunt, avec leurs reliques, et ils 
« l'enterrèrent dans le vestibule de l'église, avec tous les honneurs dus à son 
«rang. Après la cérémonie, Jarnwocon, suivi de sa mère et d'une non)- 
« breuse assistance de nobles, se rendit dans un bâtiment [exedra] qui tou- 
« chaità la basilique, et là, devant de nombreux témoins, il confirma toutes 
«les donations antérieurement faites par son père et par sa mère, en vue 
« de leur sépulture. Roiantken étant morte, à son tour, peu de temps après 
«son mari, fut enterrée près de lui, en grande pompe; et, le dimanche 
"Suivant, Jarnwocon vint visiter le tombeau de ses parents. La messe en- 
" tendue, le jeune seigneur s'avança vers le milieu de la nef, et ayant fait 

' Cliariiil. Roton. p. i83, 262, 266, 269, ' CharluL Rolon, p. 22, 4i, 58, 216, 270, 

288, 3oi, 321, 343, etc. 3io, S.'io, 3i2, 346, etc. 



PROLEGOMENES. ccxix 

"placer son gant sur l'autel, il dit aux moines : «Je donne, en toute héré- 
(idité, à Saint-iVlaxcnt et à ses serviteurs, la villa d'Enewor, afin que ma 
(imère soit sauvée. » Puis, le dimanche suivant, Jarnwocon revint au toni- 
« beau, et, en présence des moines et du peuple, il fit don à l'abbaye de sa 
Cl terre de Kethic, toujours en vue du salut de ses parents '. n 

3. Après une vie passée dans le désordre et cjuelquefois dans le crime ^, 
la plupart des guerriers de ce temps-là faisaient le vœu de mourir sous l'Iia- 
bit monastique. Ils croyaient que le vêtement porté par des saints suffisait 
pour sanctifier, à la dernière heure, celui-là même qui constamment avait 
oublié ses devoirs de chrétien '. Le repentir de ces hommes de sang et de 
rapine olïrait, au surplus, le caractère de la plus profonde sincérité. Comme 
Olivier de Ponlchàteau, on les voyait parfois, après avoir fait pénitence, s'a- 
bandonner encore à leurs passions indomptées. Mais la moindre occasion 
suffisait pour les ramener à Dieu. 

4. Le voyage à Rome était aussi l'un des grands moyens d'expiation. Sa- 
lomon, souillé du meurtre d'Érispoë, fut longtemps poursuivi de la pensée 
d'aller implorer, au tombeau des apôtres, le pardon de son forfait*. Cepen- 
dant, comme il n'était pas donné à tout le monde d'arriver jusqu'à la ville 
éternelle, il lut décidé par le Saint-Siège qu'on pourrait suppléer à cette 
lointaine excursion par un triple pèlerinage à Saint-Sauveur de Redon ^. 

5. Un peu plus tard , ce fut dans la Terre sainte que les guerriers bretons, 
comme ceux de toute la cbrélienté, allèrent chercher le pardon de leurs 
fautes. L'un d'eux, le sire de Lohéac, avait suivi, en logS, le duc Alain 
Fergent à la première croisade, et il s'en revenait dans sa patrie, lorsqu'il 
fiit surpris en route par une grave maladie. Se sentant mourir, le chevalier 
chargea l'un de ses compagnons d'armes, le sire de Ludron, de porter à son 
frère Gautier, en Bretagne, un morceau de la vraie croix et quelques par- 
celles du tombeau de Notre-Seigneur. Ce touchant envoi de Riou de Lohéac 
au noble héritier de sa race donna lieu, dans le pays, à une cérémonie ra- 
contée tout au long dans l'une de nos chartes. En recevant le présent de 
son frère, Gautier de Lohéac s'était empressé de faire don aux moines de 

' C/iarfu/. iîofon. p. 1 84 , 1 85; cf. p. Sg , 4i, ^ Chartal. Roton. p. 219, 379, 288, 293, 

189, 192, 209, 241, 242, 3oi, 826, etc. 297, 3i2,325, 340,347, etc. ■ 

' Ibid. p. 340. — Un triple pèlerinage à \'é- '' Ihid. p. 67, 199. 

glise de Sainte-Marie de Montaudon, concédëe ' Ibid. p. 245, 247- 
à Saint-Sauveur, tenait lieu du voyage de Rome. 



ccxx PROLEGOMENES. 

Saint-Sauveur d'une église nouvellement bâtie par son père, afin qu'on y 
plaçât les précieuses reliques. Justin, abbé de Saint-Sauveur, accueillit ce 
vœu, et, le 29 juin 1101, jour de la Saint-Pierre, se fit la translation, 
en présence de Judicael, évêque de Saint-Malo; de Riwallon, archidiacre 
de la même église; de Guillaume, abbé de Saint-Méen; d'une grande par- 
tie des moines de Redon, auxquels s'était joint le célèbre Robert d'Arbris- 
sei, et d'un immense concours de peuple accouru de toutes parts'. 

6. Une charte de 84o peint fidèlement l'esprit qui animait les seigneurs 
et les moines, dans leurs mutuelles relations. Un différend s'était élevé entre 
Wrbudic et saint Conwoion, au sujet de l'écluse de Coretloencras, située 
sur la Vilaine, et dont le premier prétendait posséder une partie. Le procès 
devait se vider aux bords de la rivière, où beaucoup d'hommes, venus de 
Bains et d'Avessac, discutaient vivement ia question. Tout à coup Wrbu- 
dic, incapable de se contenir [farore replctus), s'écria qu'un acte qu'on lui 
opposait était faux , et que son adversaire possédait non pas une propriété 
libre, mais un simple fonds colonaire. A ces mots, les vieillards d'Avessac 
ressentirent une grande irritation, et ils accusèrent Wrbudic d'avoir dit un 
mensonge. Celui-ci, honleux et repentant, se jeta aux pieds de saint Con- 
woion, avouant qu'il avait menti et que sa demande n'avait aucun fonde- 
ment. Les moines triomphaient ; mais saint Conwoion ne voulut point user 
rigoureusement de son droit. Touché de l'humble aveu de son adversaire, 
il le releva de terre et lui donna en bénéfice la portion d'écluse qu'il avait 
indûment réclamée comme sa propriété ^. 

Si les abbés de Redon faisaient preuve de condescendance en certaines 
circonstances, en d'autres, lorsqu'il s'agissait, par exemple, de défendre 
leurs vassaux opprimés, ils savaient se montrer énergiques et résolus. 
« Afin d'être utile aux hommes du temps présent comme à ceux de l'avenir, 
«il nous plaît de raconter ici comment Gautier, abbé de Redon, homme 
i: courageux en toute circonstance [strenmis in ciinctis). se présenta devant le 
«comte Alain pour lui demander jusqucs ;') quand il continuerait à lever 
«sur les vassaux de Saint-Sauveur en Avessac, en Mm-zac et en Masserac, 
"l'impôt injuste, la taille nouvellement établie pour construire le château 
« de Blain ^. » 

Le comte , dit la charte , n'écouta point d'abord les réclamations de Gau- 

' Chartiil. Iloton. p. 3i8. ' Charlul. Roton. p. 291, 292. 

- Ibiil. p. i5i , i52. 



PROLEGOMENES. ccxxi 

ticr, quoiqu'il fût sou ami '. Mais, ;\ quelque temps de là, l'abbé se repré- 
senta devant le prince, et, grâce à l'intervention de la duchesse Hermen- 
garde , grâce aussi peut-être au don d'un très-beau cheval qui valait plus de 
trois cents sous et qui venait des écuries de l'abbaye, le duc se laissa fléchir. 

Cette conduite, non moins habile que ferme, de l'abbé de Redon ex- 
plique la haute confiance que les populations plaçaient dans la crosse. 
En 1 1 4/1 , les habitants de Vilarblez, en Mouais, venaient réclamer le con- 
cours de l'abbé Ivon contre Hervé, fils d'Alain de Sion, dont ils avaient à 
souffrir toutes sortes de vexations, lis s'engageaient à payer à l'abbaye, s'ils 
obtenaient gain de cause, dix-huit deniers par an. Ivon ne refusa pas de 
leur venir en aide, et, les deux parties ayant comparu devant l'abbé, l'homme 
de guerre perdit son procès'-. 

Nous avons parlé plus haut^des excès abominables dont Olivier de Pont- 
château, Savary de Donges et leurs complices, avaient souillé l'église de 
Saint-Sauveur de Redon. Telle était la férocité de cette chevalerie dégénérée 
(1 i3i) que, longtemps après leur châtiment, les lieux où ils avaient exercé 
leurs brigandages offraient encore l'aspect d'un vaste désert, où se cachaient 
de nouveaux bandits'. 

A peu près vers la même époque, l'évêque de Nantes était appelé à ré- 
primer dans son diocèse les plus sacrilèges profanations^. Des hommes 
pervers, qui voulaient s'emparer de la propriété du sanctuaire de Saint- 
Friard et de Saint-Secondel, en avaient massacré le chapelain au pied même 
de l'autel; pour empêcher de nouveaux crimes, l'évêque fut obligé de 
concéder cette église aux religieux de Saint-Sauveur dont l'abbé disposait 
alors, en quelque sorte, de la puissance du jeune duc de Bretagne. Ce 
prince, qu'effrayaient les déportements d'une partie de ses sujets, avait dû 
invoquer contre eux les sévérités du Saint-Siège ''. Le pape Honorius inter- 
vint en effet; son légat, Girard, évêque d'Angoulême, fit restituer aux églises 
les biens qu'on leur avait volés; et l'archevêque de Touis, suivi de tous les 
suffragants et des abbés des principaux monastères de Bretagne, vint, le 10 
des calendes de novembre 1127, purifier et consacrer à nouveau l'église 
de Saint-Sauveur de Redon transformée par Pontchàteau et par Savary de 
Donges en caverne de voleurs : u aitare in honore Salvatoris mundi suœque 

' Licel admodum esset amicus comitis. ' Cliartul. Roton. p. SgS. 

^ Chartul. Itoton. p. 287. ' Ibid. p. 891. 

' Voy. p. LI. " Ibid. p. 298. 



r.cxxii PROLEGOMENES. 

xgenitricis consecraverunt (episcopi), ecclesiamque ab immvindicia 

« quam obsessi iii ea fecerant, purilicaverunt'. » 

7. J'ai peint sous des couleurs bien sombres les mœurs des enfants perdus 
de la cbevalerie armoricaine; je terminerai par quelques mots sur un dé- 
faut, ou, plutôt, sur un vice reproché , de tout temps, à la nation bretonne. 
Les plus anciens auteurs signalent, chez les Bretons, un grand penchant à 
l'ivrognerie. Le prêtre \\ innoch s'y livrait sans frein, selon Grégoire de 
Tours, et il en fut cruellement puni-. Pour satisfaire cette passion, les 
guerriers du Browerecb bravaient tous les périls^. Qui n'a lu ce que ra- 
conte Ermold le Noir du comte Morwan noyant dans le vin les soucis du 
commandement suprême ^? Le Cartulaire de Redon nous fournit, sur le 
même sujet, plus d'un fait caractéri.stique : ou y voit que certaines dona- 
tions entre vifs se faisaient per cibum et potum^, et que, dans les marchés, 
le vendeur recevait de l'acheteur une petite somme pour le vin qu'ils de- 
vaient boire ensemble : «ad poticulas quas sinml bibimus, denarios xviu^. » 
Mais le trait suivant en dit plus encore : Deux nobles du pays de Langon , 
Godun et Achifrid , accusaient leur frère Agon de s'être injustement appro- 
prié une partie de l'héritage paternel. Or, l'accusation ayant été reconnue 
fausse par les scabins, les deux demandeurs furent condamnés, sous le 
double chef d'avoir calomnié leur frère et de s'être engagés à fournir du vin 
à ]\ominoê. Les témoins ai'rangèrent ensuite l'affaire ; il y eut réconciliation 
entre les trois frères; mais les accusateurs n'en furent pas moins obligés 
d'envoyer à Nominoë la carralis de vin qu'ils lui avaient promise^. On voit 
aussi, dans une autre charte, le fds d'un vassal du mactyern Jarnhitin se 
présenter devant ce prince, avec deux flacons de vin excellent, et obtenir 
de la sorte une concession de terrain*. 

Quel que fût, cependant, f amour des Bretons pour la précieuse liqueur, 
il parait que leur pays n'en était pas toujours abondamment fourni. Vers 
gS i . à une époque où les Normands occupaient encore une partie de la 
Bretagne, le comte Juliel Béi'enger tenait sa cour à Lanmur-Meler, lorsque 
des envoyés du comte d'Anjou se présentèrent avec des présents envoyés 
par leur maître. Juhel les reçut avec la plus grande courtoisie; mais grande 

' CKarUtl. Roton. p. 299. ' Charlul. Roton. p. 37. 

- Greg. Turon. Hist. Franc. VIII, 3i. • Ibid. p. 43. 

' Voy. plus haut p. cvu. ' ilid. p. lig. 

'Perlz. Mon. hist. gcrm. t. II, p. 4g3- ' Ibid. p. 216. 



PROLEGOMENES. ccxxiii 

était sa prrplpxit6, car, s'il avait de l'hypocras et de la cervoise en abon- 
dance , le vin manquait absolument. Dans cette occurrence , le prince invoqua 
Dieu de tout son cœur, lui promettant, s'il échappait à l'humiliation qui 
l'attendait, de bâtir une église dans le lieu même. Or, le comte n'avait pas 
terminé sa prière, qu'un paysan accourut, venant annoncer qu'un tonneau 
rempli d'un vin généreux avait été porté par les Ilots sur le rivage. Juhel 
Bérengcr, rempli de joie, n'oublia pas son vœu : il donna sur l'heure l'ordre 
de construire une église à la place qu'il occupait, et lui-même, avec un 
bâton, se mit à mesurer l'emplacement du futur cimetière'. 

Parmi les faits particuliers que fournit le Cartulaire, en voici quelques- 
uns, dont la place est plutôt ici qu'ailleurs et qui ne manquent pas de 
quelque intérêt. 

8. Un chevaher normand, nommé Bastard, possédait, en i loi, le pres- 
bytère et une partie des dîmes de la chapelle de Berlé, dans le diocèse de 
Nantes. Obligé de se séparer de sa femme, qui s'était faite religieuse, parce 
qu'elle était sa proche parente, Bastard sentit le besoin de rendre à l'église 
le bien qu'il lui avait enlevé. Mais il ne se contenta pas de cette restitution; 
il donna, peu de temps après, aux moines de Saint-Sauveur, un terrain 
qu'il possédait dans la villa de Bothavalon et le moulin de Carnun, avec 
toutes ses appartenances 2. Or, à cette occasion, il n'est pas sans intérêt de 
rappeler qu'un certain nombre de guerriers normands surent conserver, en 
Bretagne, après le retour d'Alain Barbe-Torte, les terres qu'ils y avaient 
antérieurement occupées, et que c'est là, dans nos vieux actes, l'origine 
des noms si communs de Normandi et de Pagani. 

9. Dans une charte portant la date du 2 A février 858, on voit un clerc 
nommé Anau abandonner aux moines de Redon une vigne qu'il possédait 
en Tréal, pour racheter sa main droite qui devait être coupée. Ce clerc, en 
effet, avait voulu tuer un prêtre, après l'avoir attaché et battu^. 

10. En 878, le duc Alain le Grand restituait à Saint-Sauveur de Redon 
la paroisse d'Arzon, donnée précédemment à l'abbaye par Louis le Débon- 
naire mais dont s'étaient emparés quelques princes cupides*. Le motif de 
cette libéralité, c'était la guérison inespérée du héros, au bourg d'Allairc où 
Armengarius, évêque de Nantes, était venu lui administrer l'extrême-onction \ 

' Cliartul. Hoton. p. ib-j, 258. ' Charliil. Bofon. p. i83. 

- Ibid. j>. 321. * D. Taiiiandier {Catalogue des évéques di 

' Ihid. p. 157. Bretagne, D. Mor. t. If, p. xv) fait sacrer Alain 



rcxxiv PROLEGOMENES. 

11. 11 est fait mention , dans une charte de g i 3 , d'un serment prêté par 
les fils de Treithian, per caput sanctl Jiisti martiris dont toutes les reliques se 
trouvaient dans le pays. Je ne sache pas qu'il soit parlé ailleurs de ces reli- 
ques de saint Just^ 

L'acte relatif à la construction d'un nouveau château par Guéthenoc, vi- 
comte de Château-Thro, renferme un curieux exemple de l'importance 
superstitieuse qu'on attachait alors à certains faits matériels. Avant de faire 
ficher un pieu, selon l'usage, à la place où devait s'élever sa nouvelle de- 
meure, le vicomte, « poussé par une inspiration divine [divino spiritu instinc- 
tus], 1) crut nécessaire d'aller consulter les moines de Saint-Sauveur sur le 
jour, fheure et remplacement où il convenait de bâtir l'édifice-. 

12. Vers l'année i io5 , quelques habitants de la villa de Prulliacum, en 
Armaillé, furent amenés, par un fait extraordinaire, à faire une donation 
aux moines de Redon. Ils avaient remarqué qu'autour d'un autel situé dans 
ime partie déserte du village, la gelée n'exerçait aucune action, et que, dans 
le même quartier, les herbes, les arbustes avaient été un jour épargnés 
par un incendie dont les llammes venaient de dévorer la forêt voisine. 
Frappés d'un tel prodige , ces hommes pleins de foi se rendirent au prieuré 
de Juigné,où un bon moine fut par eux consulté. Celui-ci leur dit que, 
l'autel étant consacré au divin Sauveur, il les engageait, dans f intérêt de 
leur salut, à concéder aux moines de Redon, sur le même emplacement, 
une parcelle de terre suffisant à l'entretien d'un chapelain. Le conseil ne 
manqua pas, on le pense bien, d'être accueilli comme un arrêt d'en haut; 
et, grâce à l'autorisation d'Hamelin d'Armaillé, de ses fils et du seigneur 
supérieur de la contrée, un oratoire ne tarda pas à s'élever près de l'autel 
miraculeux ^. 

§ II. 
De la langue des Gaulois et des anciens Bretons. 

Les récents travaux de la piiilologie, aussi bien que les textes des histo- 
riens de l'antiquité, attestent que la langue des anciens Bretons différait peu 

le Grand par Armengaiius. C'est une erreur: « sacro oleo uxionis unxit ilio die Armengarius. » 
il s'agit tout simplement, dans là charte, du ' Chartul. Roton. p. 222. 

sacrement de l'exlrême-onction conféré parl'é- * Ibid. p. 2/1 1 . 

véque au prince mourant : c Euni (Alanuni) ' ItiJ. p. 822. 



PROLÉGOMÈNES. ccxxv 

fie celle des Gaulois, leurs voisins'. Mais il est, pour nous, une autre ques- 
tion à éclaircir : lorsque les premières tribus insulaires, chassées de la Bre- 
tagne par les Saxons, prirent terre en Armorique, le pays avait-il à peu 
près cessé d'être gaulois par la langue, par les moeurs, par les institutions? 
Telle n'est pas, on le sait, l'opinion générale. Quelques savants prétendent, 
en effet, que, «située dans une sorte d'enfoncement, la corne de Gaule resta 
Il comme en dehors de la circulation romaine '-'; » d'autres inclinent même à 
croire que la majeure partie de la troisième Lyonnaise » maintint et sa 
«langue et son indépendance*. » Ce serait là certainement un fait des plus 
glorieux pour les contrées de l'ouest. Mais, il le faut reconnaître, l'assertion 
est presque complètement gratuite. Que les conquérants ne se soient pas 
approprié le sol de la péninsule avec la même avidité que les belles pro- 
vinces du midi et du centre; que l'ancienne organisation rurale ait persisté 
plus longtemps qu'ailleurs au sein des forêts armoricaines, cela pamît cer- 
tain. Toutefois, il est difficile d'admettre, je ne dis pas seulement que la 
troisième Lyonnaise, mais même qu'une fraction quelconque de la presqu'île 
n'ait pas subi, sous les derniers empereurs, une transformation profonde. 
1 Lorsque les Gaulois en arrivèrent, dit M. de Sismondi, à considérer la 
« culture des terres par des colons partiaires comme un reste de la barbarie 



' «Sermo liaud midtum diversus. » ( Tacit. 
Agric. xi.) Zeus, dans sa savante Grammaire 
celtique, établit solidement que, si la langue des 
anciens Gaulois n'était pas tout à fait celle des 
Bretons , elle se rapprochait du moins de cette 
dernière beaucoup plus que de lidiome des ha- 
bitants de 1 Hybernic. L'auteur développe ses 
preuves sous les quatre chefs que voici : 

1° On remarque dans le gaulois un certain 
nombre de mots qui n'existent pas en irlandais , 
mais que le breton possède, tels que lilana, Lita- 
vicus , peKoritam , penniniu , epona, etc. lesquels 
mots correspondent au.t termes bretons lydmo , 
petuar, pemp , pcn, epiml, etc. 

2° Le breton et la langue romane offrent 
certains changements de lettres qu'on ne trouve 
pas dans l'irlandais. (Voir Zeus, Gramm. celt. 
t. I,p. 166-167, 185-187.) 

3° Certains mots qui entrent en composition 
dans d'anciens noms propres gaulois n'existent 
pas en irlandais et se retrouvent dans le bre- 



ton: ainsi jnr, jnor, iinr, uuor, qui répondent 
au gaulois ver, dans Vcrcingetorir , Vertrayus, 
Vernemelam, etc.; ainsi can (Cunglas, Cuna- 
tam), chez les Gaulois et les anciens Bretons, 
Ciinotamus , Cunobeclinas , Cunomaglus , etc.; ainsi 
Anau (Anaugen, Anaubritou), Anavonia dans 
les anciennes inscriptions, etc. 

4° Certaines terminaisons du gaulois , que 1 ir- 
landais n'a pas, se rencontrent dans le breton. 
(Gramm. celt, t. I, p. 3 01.) 

^ Giraud , Essai sur l'histoire du drottjrançais , 
t. I,p. 64, 65. 

^ Sismondi ,//ùtoire (ici franfoiSjt. 1 , p. 85, 
86. Malgré sa science, à laquelle on rendrail 
plus souïent hommage si l'esprit de parti ne le 
dominait trop souvent, M. de Sismondi parait 
croire que les Bas-Bretons ont de tout temps 
occupé la péninsule armoricaine. Cette déplo- 
rable confusion des mots Bretagne et Armorique 
est une source d'erreurs sans cesse renouve- 
lées. 



ccxxvi PROLEGOMENES. 

Il de leurs ancêtres , les paysans , réduits à un complet esclavage , périrent ra- 
n pidement à la peine. Nous voyons , dans les Antilles , qu'il ne faut que quinze 
u ans à des maîtres chrétiens pour détruire toute une population servile 
« non renouvelée par la traite : on ne doit pas croire que les maîtres gaulois 
«et romains eussent plus d'iiumanité. La nation gauloise fut donc, en 
«quelque sorte, détruite entre leurs mains. Ainsi périt un langage national, 
«qui, des extrémités de l'Hybernie à celles de la Gaule cisalpine, avait été 
«parlé par tant de millions d'hommes : phénomène toujours rare dans l'iiîs- 
« toire, et qui ne se peut expliquer que par l'esclavage. En elfet, les esclaves , 
«par lesquels on avait remplacé les anciens paysans, les esclaves rassemblés 
«parmi des races différentes, souvent amenés de pays lointains, étaient obli- 
"gés d'apprendre le latin, seule langue commune, afin de s'entendre les 
« uns les autres, ou de comprendre les ordres de leurs régisseurs et de leurs 
« maîtres '. » 

Ces observations, pleines de justesse, s'appliquent parfaitement A l'Ar- 
morique dont les habitants, selon Procope, étaient envoyés, par légions 
entières, dans de lointains parages-, et qui, devenue à peu près desei'te, 
dut recevoir des Lètes francs sur son territoire ^. 

Au début du v" siècle, les Armoricains, à l'exemple des Bretons insulaires, 
échappèrent, il est vrai, à la tyrannie des empereurs, qui ne savaient plus 
les protéger ni contre les brigandages intérieurs, ni contre les incursions 
des peuples du Nord*. Mais une civihsation étrangère avait déjà pris pied 
sur le sol gaulois, et nos ancêtres, malgré leur invincible répulsion pour la 
race des conquérants^, s'étaient assez %ate façonnés à leurs mœurs. Nous 
voyons, par la Vie de saint Melaine, que la ville de Vannes avait pour roi, 
vers la fin du même siècle, une sorte de tyranneau gallo-romain, dont le 
nom était Euscbius, et qui avait une fille appelée Aspasia'^. Or, chez ce prince 



' Sismondi, Histoire des Français, l. l. p. 83- veut pas aujourd hui , par esprit de système, 

85. reconnaitre la profonde justesse : o On peut dire 

* Procop. De Bell. golh. 1 , 12; cf. Zos. II , » que la Gaule a été , pendant douze siècles , le 

'3- » perpétuel , l'indestructible ennemi du nom Ro- 

' oPrœfectus Letorum Francoruni Redonas «main. Leur inimitié commence à la fondation 

» Lugdunensis tertiœ. » [?tot. ilujn. ap. Labb. «de Rome et ne finit que lorsque la cité souve- 

p. 122.) Il raine a cessé d'être quelque cbose dans le 

' Zosime , 1. VI , c. T et vi. i- monde, s [Hist. des insdt. méroiing. p. 58.) 

' Dans ses Inslitations mérovingiennes. Le- ' Vie de saint Melaine, ap. Boll. vi januar. 

huêrou a écrit ces quelques lignes, dont on ne col. 33 1. 



PROLEGOMENES. ccxxvii 

transformé par l'abbé Gallet et par dom Morice en successeur du Hibideux 
Conan Mériadoc, rion qui rappelle un chef national. Un peu plus tard, les 
mêmes mœurs, la môme civilisation se retrouvent chez les Nannètes. Le 
poëte Forlunat, on s'en souvient, glorifiait son ami saint Félix d'avoir em- 
pêché les Bretons d'imposer leurs lois à son peuple [jura brUannica vin- 
cens, etc.). Un autre évêque, du vi" siècle, Regalis de Vannes, dont le dio- 
cèse avait été en grande partie démembré, ne se montra pas moins hostile 
que Félix aux nouveaux venus-, il se flattait apparemment d'échapper à leur 
joug grâce à l'intervention du duc Ebrachaire. La plupart de ces prélats, 
issus d'anciennes familles sénatoriales i, n'avaient rien conservé des mœurs 
de leurs ancêtres, et leur exemple, ne l'oublions pas, était tout-puissant sur 
leurs ouailles. Il me paraît donc infiniment probable que ce furent les clans 
fugitifs des v' et vi° siècles qui transportèrent dans la presqu'île armoricaine 
les débris de langue et d'institutions galliqnes qu'on y retrouve encore au- 
jourd'hui. Et, en effet, ces débris ne se rencontrent guère, le fait est certain, 
que là où les Bretons ont porté leurs pas. Partout ailleurs, ï élément celtique, 
comme on dit maintenant, a, pour ainsi dii'C, disparu. 

On a vu plus haut que, en Cornouaille, en Léon, en Domnonée, dans le 
Bro\verech,les noms de heux appartiennent à un idiome particulier, et que 
les patrons des églises, à peu d'exceptions près, y sont des saints d'une autre 
race que ceux des pays gallo-romains. Dans le paragraphe qui va suivre, 
nous allons montrer que la même différence existait, au ix' siècle, entre les 
noms d'hommes des deux contrées. 



S III. 
Des noms propres chez les anciens Bretons. 

Les anciens Bretons, comme les Hébreux, les Grecs et les Germains, ne 
portaient point de noms de famille héréditaires. Ils n'en avaient qu'un seul, 
après lequel ils plaçaient parfois celui de leur père. On ht, en effet, dans 
nos vieilles chartes : Porliloe filias Jarnhitin, Conwaljilius Poriitoe, Erispoe 

' 11 ressort delà Vie de saint Convvoion, que «filius est cujusdam nobilissimi viri iiomine 

sa famille se glorifiait d'une telle origine : o Ille b Cononi ex génère senatorio. » ( Voyez 

"Conwoion, dit Leuberael au roi Nominoë, D. Mor. Pr. t. I, col. 234.1 



ccxxviii PROLÉGOMÈNES. 

filias Nominoe, ou bien, lorsqu'il est fait usage de l'idiome breton, Mab 
Achibui, Mab Huelin, Mab Gulchuenn, Mab Edern, Mab GurgaraeP, etc. 
C'est au commencement du xf siècle seulement, — et même beaucoup 
plus tard en Léon et dans la Cornouaille, — que les nobles, au lieu d'être 
désignés par un nom propre, reçurent des noms de terres ou des surnoms 
qu'ils transmirent à leurs descendants. Nous dirons un mot, plus loin, de 
cette révolution; mais nous allons d'abord communiquer aux lecteurs un 
certain nombre de noms propres empruntés à la vieille langue bretonne , 
et qui sont , cela saute aux yeux , pour la plupart significatifs : 

Achebui, Achiboe, Aellilon, Ailhloii, Alunoc, Alworel, Anaoc, Anaii", Anauan, 
Aiiaubritou , Anaubud, Anaucar, Anaugen, Anauhird, Anauhoiarn , Anaumoiioc, Anauoc, 
Anguanuc, Anoeloc, Antracar, Aostic\ Arbewan, Arbiwan, Argant, Arganliowen, Ar- 
gantmonoc, Arlhel , Arlhanael, Aribmael, Arthur, Arlhwolou, Arvidoe. 

Balandu *, Beniloe, Bili ^ Bitcomin, Bilmonoc, Bledic', Bleiiliwet, Bodan. Bran', 
Branoc, Bresel', Breselan, Breselcoucant, Breselmarchoc °, Breselwobri, Brienl, Broen , 
Broin, Budcomin", Budgoret, Budworel, Budbemel, Budboiarn, Budian , Budic". 
Budnionoc, Budweten, Budworet, 

Cadlowen "', Cadwaiart '\ Caradoc ", Carantcar, Caranton, Carmunoc, Catbud,Cat- 
guallon '^ 'Catguetlien '^ Calgiioret, Calboiarn ", Calloiant, Gallon, Calwolal ". Catwe- 
ten, Calwobri", Catwocon, Calworet, Cenetlor, Centhuant, Ccniuonoc, Cobranlmonoc, 



' Voyez noire Carlulaire, append. p. 872, 
et D. Mor. Cartid. de Kempcrlé, I, i32. 

- Le mot anaw signifie aujourd'hui harmonie 
chez les Gallois; les noms propres Anaa, Anau- 
gen, Anauoc se trouvent dans le Registre deLan- 
flaff, p. i56, 194. 

' Le mot aoslic signifie rossignol en breton. 

D D 

Marie de France a fait un lai (tiré du breton) 
auquel elle a donni* ce titre. (Voy. Poésies JeMa- 
ne de France, édit. Roquefort, t. I, p. 3i4.) 
' Balan, genêt, — du, noir. 

* Ce nom se rencontre souvent dans le Re- 
gistre de LandafT. (Voy. p. 209-215.) 

' B/cdie, en gallois, bellua marina (Reg. de 
Landafl, p. 190 ). 
' Bran, corbeau. 

* Bresel, la guerre. 

' Bresel, guerre, — niarchoc, gallois mar- 
rhauc, eques. 

'° Bud, Victoria (Regist. de Lsndiiff, p. i53- 
'9')- 



" Budic, Bodic dans Grég. de Tours, V. 16. 
— Buddjij , gwaith Buddyc, victor, qui vicit ( Da- 
vies). 

'- Cad, cal, pugna; lowcn, gaudens; Cutlo- 
wcn. Cation, Catlaun, bellator. Plusieurs noms 
gaulois commencent par catu, Caturiges, etc. 

" Cudwalard; caJ, pugna, — gwaladr, domi- 
nas, dux, qui dominatur in bello (Davies). 

" Caratacus (Gruter, i'nicn)). 902, 5); Cara- 
tuuc, Carai/au'C, Ane. Chron. camb. (Voy. Boll. 
I aug. p. 343.) 

'^ Catguallon, Catwallon, Calwalaan cuil ou 
ca(/i, pugna; — guallon ou wallaan est le velluun 
des Gaulois: VcUaunodunam , CassivcUaunus, etc. 

" Culçjuelkcn, Catweten : cad, pugna, — ijm- 
then (gallois, (iwjdden) , arbor. 

" Cad, pugna, — hoiarn, ferrum. 

" Cadur, guerrier, — dal, aveugle ; moderne, 
Cadoudal. 

" Calwohri : cad, pugna, — yuobri, wobri, 
gravis, sapiens. (Voy. Zens, t. I, p. lig.) 



PROLKGOMENES. ccxxix 

Comalcar', Comaltcar, Comliacl , Conan, Conatam , Cunatam', Contleloc, Coixlelu', 
Conmacl , Coimiarcli , Conwal , Conwoion *, Corwelhen , Couranlgen , Cumael , Ciitiglas \ 
CunmailusV 

Deurlioiarii , Dilis, Diloid , Dinaeroii, Doetcar, Doelligcn ', Dreanau, Dreglur, Dre- 
hoiarn, Drclowcn, Drcwullon, Drewelen, Drewûbri, Dreworel, Drihicaii , Duil, Dum- 
walarl, Duniwallon , Dumworel. 

Eliolbain, Erlelgent, Elbrit, Eneor, Erispoe, Ermor, Eucarit, Eudon, Euhocar, 
Euhoiarn , Euinonoc, Eusorgit, Eulanel , Eweii. 

Fidlon, Fili, Fingar, Finitan, Finillioiarn , Finitweten, Finitworet, Fracan , Freoc, 
Frodic. 

Galbudic, Galdu, Glemarbocus , Gleu *, Gleucomal, Gleucomin, Gleucourant, Gleu- 
dalan, Gleuhocar, Gleiihoiarn, Gleulowen , Gleumarcoc ', Gleumonoc, Gleuvili, Gleu- 
woret, Gloisanau, Giur, Goelwal , Gondiernus, Goranton, Goreden, Gradlon , Gred- 
wobri, Gredwocon, Gredworel , Groecon, Gronhuel , Guegon, Guencalon '°, Guenhael, 
Gueroc, Giiethencar ", Guelhenoc, Guitur, Giindiernus, Guoreden, Guoretboiarn, 
Guorvili, Guorwelet, Gurbili, Gurben", Gurhoiarn '^ Gurhugar ", Gurloies, Gurm- 
liailon, Gurliern ", Gurvili. 

Haelcant, [laelcar. Haelcobiant, Haelcomarch, Haelconranl, Haeldetwid, llaeldi- 
foes, Haelgoniarch, Haelgobrit, Haelliocar, Haelhoiarn, Haelhowen, Haelin, Haelmin, 
Haelmonoc, Haclliern", Haelwalart", Haelwallon, Haelwaloe, Haelwelen, Haelnicon, 
Haelwobri, Haelvvocon, Hebgoen , Hedremarchuc, Hiarngeii , Hiawid, Hilian, Hinaii, 
Hincant, Hinconan, Hinhoiarii, Hinwallart, Hinvvallon , Hinwelen, Hirdan, Hirdcar, 
Hirdhoiaiii", Hirdtnarcoc, Hirdwallon, Hirdwelen, Hirdwoion , llirdworet, Hobril, Ho- 
car, Hocunan, Hoel", Iloiarn, Hoiarngen, Hoiarnrnin'", Howen, Howorel. 

' Coma/(ct(r, afiabilis, qui amat jiingi (G(oi. '^ Gur-Ara, liomo senex. 

Oxon). H Gur, tir, liomo; /loiarn, ferruni. 

^ Cunalam, ap. Orell. inscrip. 2779, Ctt- " Gurhucar, Gur-hocar, homo cairus. 

notannis. 's Gurliern: gur,homo,—tyerii, teyrn.pria- 

' Coudclu. On lildans Davies (Diction, brel. ceps; Iwnio nobitis , porte la charte. 
lat.) , au mot cjmldelu « Archetypon. Est et no- ' " Hael, gallois : liberalis, bcnignus , largus 

« men proprium viri. » (Davies). Haeltiern, liberalis princeps. 

' Cunveon, Cunveion ( Regist. de LandaO', " Haelmdurt, Hacl-Gualadr.MbemMs dux. 

P- li^)- " Le mot hjrdd , Imrdd , chez les Gallois, si- 

^ Clin, cuniad, dominas, — glas, glaucus, gnifie à la fois aries et ictus, impclus. ( Voy. Da- 

iividus (Davies). vies au mot hwrdd cl au mot /ijnWu, impetum, 

* Cun, domiuus. — Wue/, liberalis, largus impulsum facere.) Chose curieuse, dans le pa- 

( Davies). lois de Châtelaudren (sur la limite du pays hre- 

' Doclhtjcn: docth, sapiens; l'homme sage. tonnant), on appelle encore un bélier un houi. 

' G/ca, fortis. " «//jTi)c/,vulgoifo!ieijestnomen proprium 

' Glewuarcoc , equcs fortis, bellicosus. a viri, et spectabilis, visu facilis , conspicmis so- 

'" Guen, wenn; gallois, (iwynn, albus , can- «nat.» (Davies, voy. Hywel.) 
didus; ca/on, cor (l'homme au cœur pur). " Hoiarnmin,]a pierre de fer : m«c/i, men, 

" Gueiliengar se trouve dans le Registre de mm, lapis; hoiarn, ferrum. 
Landaff, p. 338. 



ccxxx PROLEGOMENES. 

larcun, larlios, larnbidoe, larnbud, larnbudic, larncant, larncolin , larnconan, 
lariidelwid, larngiiallon, larnbatoe, larnbebet, larnbitin, larnbobri, larnboel, larn- 
howen, larno^onus, larnwal, larnwalart, larnwallon, larnwelen, larnwocon, larnworel, 
larnliern, Ili, IHoc, Incontuarcb, loumonoc, Iscummarcb, luna, lungomarcb, lunet- 
waiil, lunbemei, lunmonoc, lunliern, luinvocon, luDworel. 

Jedecael, Juab, Judael, Judcant, Judcar, Judcondoes, Judhocar, Judliowen, Judicael , 
Judlin. .Tudlowen , Judmin, Juduual, Juduuallon, Judv>eten, Judwocon , Judworel, 
lungoneus. 

Kalanhedre, Karmonoc, Kalic, Kendelaman, Kenetlor ', Kenguetben, Kenmarcoc, 
Kenlmonoc, Kentwocon, Kewirgar, Kintwallon, Kintwant. Kintwocon, Kinlworet. 

Laoc, Latboiarn ", Lalmoel, Letmonoc, Leiiberuel, Loubemel, Lilloc , Lioshoiarn, 
Llosic, Liosoc, Liloc, Liwellon, Loiesbidoe, Loiesbritou, Loiescourant, Loieshoiarn, 
Loieslowen, Loiesmin, Loiesoc, Loieswallon, Loiesweten, Loieswocon, Loiesworet, 
Loieswotal, Lowenan ^, Lowencar, Lowenboiarn, Luelhoiarn, Luetloc, Lunmonoc. 

Maban, Machut (Machulus), Madganoc, Maelhoc (Maeloc), Maeihogar, Mael- 
boiarn, Maelocan, Maelon, Maelliern, Maebveten, Maehvoretb, Maenbili, Maencomin. 
Maencowal, Maencun, Maenboiarn*, Maenwallon , Maenwelen, Maenwili, Maenwobri, 
Maenwocon, Maenworel, Maenworon, Mailon, Mainfiuil, Manet, Marcoc, Marcocweten , 
Matbidoe, Malwoiet, Menion, Meranbael, Mercbion, Mercbrit, Mertbinbael, Mertbin- 
boiarn, Milcondoes, Mikin, Miot, Moedan, Moeni, Moenken, Moelgcn, Morcant, Mor- 
condelu^ Morgenniunoc, Moriiwet, Morman, Morweten. 

Nennan, Netbic, Ncdboiarn, Nodworet, Nob, Nominoe, Normet, Notolic, etc. 

Pasciiic , Pascboiarn , Pascwelen , Pasovoret, Penwas , Perenes, Pirinis, Porliloe', 
Presel', Preselguoret, Primarcboc, Proitbor. 

Ralbili, Ralfred, Ratboiarn, Ratlowen, RatuiH, Rahveten, Redworet, Reilwalalr *, 
Resmunuc, Reslanet, Reswalarl, Resworet, Retbwelen, Relhwobri, Retbwocon. Retb- 
woret, Ricoglin, Ricun, Ridgen, Ridmonoc, Ridwant , Ridweten, Riguallon , Ribowen, 
Rikeneu, Risan, Risanau, Riscbiboe, Risconan, Risguethen, Rismonoc, Ristanet, Ris- 
welen, Riswidoe, Riswocon , Risworet, Riswotal, Rilcant, Ritgen, Ritgiiorel. Rilboiarn, 
Ritwalart, Ritweten, Rilworet, Rivelen, Riwallon, Roenbrit, Roenboiarn, Roenwallon, 
Roenwocon, Roenworet, Roiantdreon, Roianthebet, Roiantmonoc, Roiantwallon , Roianl- 
vvalt. Rumanton, Rumatani, Ruiugual, RunUn, Riinworel. 

Sabioc, Saturnan, Sausoiarn, Scuban, Sidol, Sulbiit, Sulcar, Sulcomin, Sulconan , 
Sulbael, Sulhoiarn, Sulruin , Sulmonoc , Sulliern, Sulwoion, Sulworet. 

' Kenetlor, en gallois Cf nerf/aîtr ( Davies ) . "' Porftfoe, id est adjuvandus homo; Mabin. 

generator, gentis patronus. 2, 233. (Voy. Zeus, t. I , p. 174.) 

' Lath, virga (Davies); hoiam, ferruni — ' Presel. \oy. Bresel. 

virga fcrrea. ' Reitwalart, Iieswalart,Rethu>alart,]e noh\c 

^ Lowenan . — Lawen , armorice lowen, la;- chef de guerre. — Le mot rhi des Gallois ( baro , 

«tus, gaudeus. » (Davies.) dominus, satrapa, dans Davies) correspond à 

■ Macnhoiarn, la pierre de fer. la terminaison n'x des Gaulois. 

■ Voy. Condelu. 



PROLEGOMENES. ccxxxt 

Tanclii, Tanet, Tanelbidoc, Tanelcar, Tanethic, Tanetlowen, Tanetmael, Tanet- 
marcoc, Tanetnionoc, Tanelvvallon, Tanelwclen , Tanetwoion, Tanetworel, Teddrud. 
Telent, Telliion,Tethviu, Themor, Tiarnan, Tiarnmael, Tiarnoc, Torithgen .Treanton, 
Trecowen, Trchlowen, Tiel)oiarn, Trehoret, Treilhian, Trihoiarn, Triweten , Tudian 
Tutael, Tulwal, Tiilwallon, 'l'utwocon, Tulworet. 

Ulirgen, Unrog, Uibian',Urbingen,Urblon, Urioies, Urmocl.Urswali , Urumgen. 

WalcmoeP, Wallon , Wallonie, Wasbidoc, Wcneidon, Wenennonoc, Wenmael.Wen- 
vvocon, Wenworgon, Waroc, Wcroc, Wesilloc, Wctenan, Welenbidoe, Wetcncar, We- 
lengloeu, Wetenhoiarn, Welenkain, Wetenmonoc, Wetenoc, Wetenril, Welenwoion, 
Welenwoiel, Welbengar, Wicant, Wicanlon, Wicon , Winan, VVinanau, Wiiibicham . 
Wincalon, Winlioiarn, Winmael, VVinnoc, Winwelen, Winworet, Wilbur, Wiuho- 
march, Wiulowen, Wiutiliern, Wobrian, Wocon , Woedor, Woelhoiarn , Wolelhaec, 
Woran, Worandor, Woranton, Worbili, Woicantoe, Worcomed, Worcomin, Worcon- 
delu\ Wordoilal, Woretan, Worelhoc, Woretboiarn , Worelmebin, Worgouan , Wor- 
hocar, Worboiai'ii , Worbawen, Worhwant (Gurwant), Worloies, Worlowen, Wormo- 
noc , Worvib , Worwocon , Worwoion , Worworet, Wolalin , Wrbiii , Wrbudic , Wrcomet , 
Wrcondelu, Wrdisten *, Wrgoion, Wrgouan, Wrbocar, Wrboia^n^ Wrbucar", Wrlo- 
wen', Wrmien, Wrmoet, Wrmonoc, Wrwelet, Wrweten, Wrwocon, Wrworet*. 

Le lecteur nous reprochera sans doute la fastidieuse longueur de ces ci- 
tations; mais nous ie prions de se rappeler que les noms propres trans- 
crits plus haut portent la date certaine du ix° siècle, et qu'on les retrouve, 
pour la plupart, dans les cartulaires ou dans les chroniques du pays de 
Galles. Or, la nation bretonne s'élant fractionnée du y" au vm° siècle, il en 
résulte que les mots armoricains ou gallois recueillis par nous dans les 
anciens manuscrits permettent d'apprécier, jusqu'à un certain point, ce 
qu'était la langue des insulaires au moment de la séparation. Mais ce n'est 
pas tout : les termes bretons qu'on vient de lire ne sont pas seulement pré- 
cieux au point de vue philologique : aux yeux du géographe leur valeur 
n'est pas moindre. En effet, de même que, dans la presqu'île armoricaine, 

' Vr-bicn : uur, vir, — biluin, petit. ' 11 va sans dire que je n'ai donné dans les 

- f'Valc , (jualcli, acàpilcr, — moc/, calvns. citations qui précèdent que la traduction des 

^ Wr-condclti, homo archetypus (Davies). noms les plus faciles à expliquer. Beaucoup d'au- 

* Wr-djstein , alias fjuidisien : en gallois dejs- très, je le répète, sont significatifs, tels que: Ebol- 

(ej-n , œconomus , pra>positus. bain', tête de poulain; Haelin (pocillator, dans 

^ PFrIwiarn, l'homme de fer. Davies, au mot Hail) ; Worgouan ou TVrgonun, 

" PFr/iucar, TLomme aimable. l'homme faible ; ?f^r6u(ZiC , l'homme de guerre ; 

' Wrlowen, l'homme gai. Gurbdi, TVrbdi ou Worbdi, l'hommetrapu , etc. 

Ebol (Davies), puDus oquiniis; bain ou pen , capiit. 



ccxxxii PROLEGOMENES. 

les nouis de lieux et de saints tracent, en quelque sorte, les limites du pays 
(jallo et celles de la Bretagne proprement dite, de même les noms de té- 
moins inscrits dans les actes indiquent où commence et où finit le terri- 
toire occupé par l'une et l'autre race. 

On verra, en feuilletant le Carlulaire de Redon, que, dans les diocèses 
de Vannes, de Saint-Malo el dans le pays de Giiérande, les chartes ne ren- 
ferment que des noms bretons; mais il en est autrement dès qu'on met le 
pied sur les territoires de Nantes et de Rennes. Là , les descendants de> 
Armoricains, alliés à Clovisen /igy, se sont empressés, de bonne heure, d'a- 
bandonner leurs noms gallo-romains, et l'on ne trouve dans leurs actes que 
des noms francs tels que ceux-ci : 

Aclidrarano, Adagenbart, Adalcod, Adalharl, Adalingo, Adairado, Adaiun, Adalun- 
dicus. Adefredus, Aelifrid, Aganfredus, Aldemar, Arnbert, Antbert, etc. 

Baldefredo. Beringarius, Berlannus, Berneofredo. Berniiarl, Bernuino. Bopseno. 
Botldenn, etc. 

Cadalo. Carlefredo, Clas.silo, Counod, etc. 

Dadefrcdus, Daramno, Dalleno. Demfredus, Durofrado, elc. 

Ebranus , Ebroin , Ecmaer. Erfredo . Eriando , Ermentlier. Ernierigo , Etelfrid , Eurhe- 
hardo, etc. 

Filimaie, Fitberl. Flodeberlus, Flolbario, Fredeberl, Frodaldus, Frondobaldiis , 
Frotmuiit, etc. 

Gairaldo, Garberto, Gautro, Gehard, Godobakl, Godoberl, Godofred, Gondram. 
Gosbert, Grimbauldus, Gulframnus, Guntarius, etc. 

Haelbert, Haelgod, Haidebrant, Harlebaldus , Harluinus, Herleblando, Herniandro' 
Hermenfredus, etc. 

Igbert, Ildebranl, Ingeiram, Ingilfredus, Inginulf, Ingramnus, etc. 

Landebertus , Landran, Lanfred , Lantbert, Ledinfredus, elc. 

Madaldrigo, Madram, Maerulf, elc. 

Odo. Omger, Osmund, Otbert, Olto, etc. 

Raginbaldus, Raginbert, Ragînfrid, Raiiihalt, Rallier, Recbowinus . Reinbalt, Rein- 
liert, Renowart, Resbert. Ricartb, Ricberl, Rigulf, Risberl , elc. 

Seder, Seinfrediis, Selber, Sicbald, Sicbardus, Sigibert, Sigoberl, Sigulfus , elc. 

Tebaldus, Tedeberl, Teotlialdus. Telfied. Tellefredus. Telher, Teiifril, elc. 

Unbert, Unfredus, Unrigo, Lrduinus, etc. 

Wandefred , Waringus , Warinus , Warnher, etc. ' 

' Les chartes du Cartulaire de Redon dans 48,55,95,i6i,i62,i63, 166, 167, 174, 176. 
lesquelles les témoins portent des noms francs 1 95 , 867, etc. Toutes ces chartes ont trait à des 

setrouvent aux pages suivantes : 21, 33, 34, 35. localités des pays de Rennes et de Nantes. 



PROLÉGOMÈNES. ccxxxnr 

Au ix" siècle, lorsque Nominoë monta sur le trône, et même après lui, 
sous ses premiers successeurs, la langue, comme les mœurs et les institu- 
tions, (établissait encore une véritable ligne de démarcation entre les Bre- 
tons et les Gallo-Francs. Mais quand les invasions normandes eurent bou- 
leversé le pays de fond en comble, l'idiome breton cessa d'être en usage 
dans les diocèses de i)ol, de Saint-Malo et dans une partie des ëvèchés de 
Saint-Brieuc et de Vannes. En étudiant les chartes de l'abbaye de Redon 
écrites après le x' siècle, l'on remarquera que, dans la haute comme dans 
la basse Bretagne, les vieux noms propres ou disparaissent ou se transfor- 
ment. C'est alors, je l'ai fait observer ailleurs, que le nom de Paganus 
(Payen) et celui de Normniidus deviennent communs non-seulement dans la 
Bretagne gaUo, mais même dans la Bretagne bretoimante. Cela s'explique 
facilement: plus d'un guerrier normand s'était fixé, comme Gurki le ca- 
téchumène aux moeurs farouches, sur le littoral de Vannes, de Nantes, de 
Saint-Malo et de Saint-Brieuc. Plus tard , lors de la réorganisation générale 
qui suivit l'an looo, tout tendit naturellement à se reconstituer sous une 
forme nouvelle. Le temps approchait où les noms, comme les fiefs, allaient 
devenir héréditaires dans les familles. 



S IV. 
Des surnoais. 

Les surnoms , sous la seconde race , se montrent rarement dans les chartes ; 
mais ils deviennent assez communs dès la première moitié du xi' siècle. La 
plupart étaient empruntés aux qualités physiques, au caractère ou aux ha- 
bitudes des individus : 

Cowalcar, qui et Ebolbain (ann. 846)'. Gradlon Croskboc (ann. lo/to)'. 

Maenhoiarn, qui et Urvoid (ann. 860)'. Bernard Loba (ann. io52)'. 

Maenhoiarn, quiet Cornîc (ann. 868)'. Guiomar CaZujw (ann. 1062)'. 

Cumhael, qui et Boric (ann. 871)'. Kenmarhuc,quietPiijDar«(ann. loZia)'. 

' Charlul. Rotoii. p. 91. 5 Ckartul. Roton. p. 2 36. 

* Ibid.p. 17. 6 /6,-(/. p. 3,8. 

' Ibid.p. 161. 7 //„y 

" ">'"l- P' '96, 197' » Ihid. p. 235. 



CCXXXIV 

Goslinus Niger (ann. cire. 1066) '. 
Moyses Barbatiis (ann. 1075)'. 
David Riifus (ann. 1080) '. 
Presel qui et Guennediit nuncupalur 
(ann. logô) '. 

Riwalion , cognomenlo Bigot ( ann. 

Hamon quena Burrigan cognoniiuant 

(ann. 1 10I)^ 



PROLEGOMENES. 



Guethenocus qui et Malas Vicinus dici- 
lur (ann. i 112)'. 

Judicael Bibens Vinum (ann. 1112)*. 

Barbotinus Albe Gide (ann. 1112)'. 

Raffredus qui Mata Manus dicilur (ann 
ilAo)'». 

Gaufridus StulUis (ann. 1 iZ(8) ". 

Gefre Lefol (ann. ii48)'". 



D'autres surnoms avaient rapport aux études , aux offices , aux métiers , 
aux professions : 

Carantcar Faber (ann. 846)". Ogerius Meditarius (ann. 11 00)'*. 

Herveus Siitor (ann. io5o) '*. Riwallonus Carpeiitarius (ann. 11/42) ". 

Haimericus le Seneschal (ann. 1060) '*. Orri le Bovier (ann. 1 1 A8) '*, etc. 

D'autres surnoms marquaient soit la naissance, soit le pays des témoins, 
soit quelque circonstance particulière de leur vie : 

Eudo Biturigo (ann. 1062) ". Rivallonus Gallus (ann. i i25)*'. 

Gaufridus Nolhiis (ann. loyô)^". Hubertus qui de eo quod asinuni inter- 

Radulfus yënj/icus (ann. 1089)^'. fecerat cognonien babebat (ann. ii^O". 
Rodaldus Baslari^iw (ann. 1096)^'. 

On empruntait aussi des surnoms aux animaux : 

Herveus Crassa Tacca (ann. gSo) ". Bernardus cognomento Cams (ann. 

Judicael Vitiilas (ann. io38)^'. 1096)". 

Drongualoius Taunis (ann. io38) "'. Paganusquicognominatur Meru^a (ann. 



Roallen Cervus (ann. 1080) 

' Chartitl. Botoii. p. ilili. 

' Ibid. p. 272. 

' Ibid. p. 295. 

* Ibid. [1. 279, 3i4. 
^ Ibid. p. 291. 

' Ibid. p. 288. 

' /M. p. .'î 1 2 , 32!4. 

* Ibid. p. 390. 
> Ibid. 

" Ibid. p. 27i. 
" Ibid. p. 3a. 
" Ibid. 
" Ibid. p. 5i. 
'' Ibid. p. 270. 
" Ibid. p. 262. 



1101 



Charlul. Roton. p. 267. 

Ibid. p. 293. 

Ibid. p. 3i5. 

Ibid. p. 2 36. 

Ibid. p. 23 l. 

Ibid. p. 239. 

Ibid. p 2 34. 

Ibid. p. 35 1. 

Ibid. p. 237. 

Ibid. p. 2 58. 

Ibid. p. 2 56. 

Ibid. 

Ibid. p. 295. 

Ibid. p. 291. 

Ibid. p. 320. — .Notre savant compatriote 



PROLÉGOMÈNES. ccxxxv 

De ces diverses séries de surnoms aucune ne s'appliquait h une classe de 
la société plutôt qu'à luie autre. En clTct, tandis que des membres de fa- 
milles non nobles portaient des noms de terres ou de pays, des bommes 
d'une noblesse incontestable étaient désignés par des surnoms tirés de mé- 
tiers, d'offices, de professions-, ainsi : le Laboureur [le Gonidec), le Page (le 
Floch), etc. Toutefois on peut croire que, en général, les plus illustres 
familles ont eu pour fondateurs, non pas des individus portant des noms 
de métiers ou d'offices, mais des guerriers établis avec leurs compagnons 
d'armes au sommet de quelque rocher, dans quelque château fortifié dont 
le nom passait à leur descendance. Les deux exemples suivants, empruntés 
l'un et l'autre au Carlulaire de Redon, donneront peut-être du poids à notre 
assertion. 

Dans les premières années du \f siècle, un homme de guérie [miles), 
nommé Bernard, vint construire un fort sur une roche escarpée qui domine 
la Vilaine. Ce château, dont le maître, soit dit en passant, était probable- 
ment de race normande, ce château ayant été appelé dans le pays Riipes 
Bernardi, le nom, après quelques générations, fut définitivement acquis aux 
héritiers du fondateur, et de là les sires de la Roche-Bernard, célèbres, à 
plus d'un titre , dans les annales du pays nantais. 

A |)eu près vers le même temps, et dans le même diocèse, un autre 
guerrier, appelé Brient, fils de Tibernus et d'Ennoguent '■, bâtissait un cas- 
tellum qui reçut le nom de Castcllam Brietitii. Telle fut l'origine des Châ- 
teaubriant, famille illustre entre les plus illustres des croisades, et qui, de 
nos jours, a resplendi d'un nouvel éclat. 

M. Pol de Courcy a publié une curieuse élude d'Ennoguent n'est pas moins breton; aussi n'ai- 
des noms des familles de la Bretagne à une je jamais pu concéder à M. de Chàteaubriant. 
époque postérieure à celle dont nous nous qui admirait avec raison les exploits merveii- 
occupons. (Voy. Bull, de l'Assoc. bref. t. III, leux des Normands, que son premier ancêtre 
p. ii5, année i852.) fut de race Scandinave. — Sur les Cbâteau- 
' Tihermu esl le même mot que le tycrn, hnanl, \oyei noire Index generalis a» mot Brien- 
lùjhcrn des Bretons et des Irlandais. Le nom tins, et D. Mor. Pr. 1. 1, ioi, 4o2, :io8, etc. 



ccxxxvi PROLEGOMENES. 



CHAPITRE V. 



s I". 
Des anciens Bretons et de leurs instilulions en général. 

Notre intention ne saurait être, on le pense bien, de disserter ici sur 
les institutions des anciens Bretons. Toutefois, comme leurs descendants, 
chassés de la terre natale par les Angle -Saxons, passèrent dans l'Armorique 
où ils conservèrent leur langue , leurs mœurs, leurs institutions, il faut bien 
en donner ici un rapide aperçu. 

L'île de Bretagne, quand les Romains y abordèrent, renfermai! une po- 
pulation nombreuse, partagée en plusieurs petites nations indépendantes 
les unes des autres'. L'ennemi menaçait-il le pays, une sorte de dictature 
militaire s'établissait^; mais, la paix faite, le gouvernement reprenait sa 
forme ordinaire. 

Comme chez les Germains, le pouvoir des princes, chez les Gallois, était 
tempéré par l'intervention de diverses assemblées où se discutaient les in- 
térêts du pays. Ambiorix , prince des Eburons, ayant échoué dans une 
attaque contre les retranchements des Romains, leur faisait dire que cet 
acte devait être imputé, non pas à lui, mais à la multitude dont la puis- 
sance égalait la sienne : « Neque id quod fecerit de oppugnatione castrorum 
" aut judicio aut vohintale sua fecisse , sed coactu civitatis, suaque esse ejus- 
<c modi imperia ut non minus haberet juris in se multitudo quam ipse in 
» multitudinem ^. » Or, il est plus que probable qu'un gouvernement ana- 
logue régissait les Bretons vers la même époque; car, si haut qu'on puisse 

' Le seul Cantium était partagé entre quatre vincin tjraitnorum. (Cf. Tacit. Ayricolu, xil.) 
de ces reiyuîi: oQuibus regionibus quatuor reges - «... Summa imperii bellique adminis- 

«praerant: Cingetoriï'',Carvilius,Taximagulus, «trandi communi consilio pcrmissa Cassivei- 

«Scgonas.o (Cœsar, de Bello gallico, V, xxii.) «iauno. . . » (C:es. de Bell. gall. V, xi.) 
Saint Jérôme appelle la Bretagne fertilis pro- ^ Ibid. V, xxTii. 

Ce nom était aussi porté, du temps 'le César, par un prince des Trévires. (Cœs. de Bell. g<dl. V, m.) 



PROLEGOMENES. ccxxxvii 

remonter dans leurs annales, on y voit l'aulorité des souverains contre- 
balancée par celle des hommes libres qui formaient véritablement le corps 
de la nation. Tout le monde sait qu'anciennement les assemblées poli- 
tiques cl les cours de justice n'étaient point distinctes; aussi les lois d'Iioël 
le Bon nous onVcnt-clles de continuels exemples de la confusion des deux 
pouvoirs : 

«Il y a, chez les Cambriens, trois sortes d'assemblée (llys cyvraith): la 
(I cour du cantref et de la commote; la cour du brenin ou du seigneur (arql- 
" wyd)\ la cour souveraine des Etats confédérés ( Jj^jnnu// teyrned), laquelle 
<i est supérieure aux deux autres '. » 

Sans le concours de cette dernière, aucune loi ne pouvait être établie, 
modifiée ou abrogée^, «car, dit le législateur gallois, la loi est une œuvre 
« d'équité , faite de concert par le roi et par les hommes sages de son 
« royaume, pour régler tous les différends, en respectant autant que possible 
« le droit et la vérité^. » 

Tout homme Hbre, opprimé par le prince, avait le droit d'en appeler 
contre lui au jugement de l'assemblée générale du pays: «Quiconque, dit 
«la coutume de Démétie, se déclare victime d'un acte d'oppression de la 
«part du brenin, ou du fait d'un des siens, doit obtenir, sans délai, un ver- 
« dict de l'assemblée des clans confédérés; et, s'il résulte de ce verdict que 
«la plainte est fondée, il faut que justice soit immédiatement faite; car, de 
« toutes les coutumes qui l'èglent les rapports entre seigneur et vassal , la pre- 
«mière. la plus importante (pennaf), est celle qui pi"otége le plus faible 
" contre le plus fort*. » 

Paroles admirables , on en conviendra , et dont le souvenir est toujours 
resté gravé t^5 cœars des Bretons. 

' Ancient laws of Haies, t. II, p. alth. « factiones sunt Idque ejus rci causa an- 

S 173-176. "tiquitus instilutum videtur, ne quis ex plèbe 

^ Ibia. p. Sgi, § 43. «conlra potentiorcm auxilii ei^cret : suos enira 

' IbUl. p. .'i2ij,§ 2. «quisque opprimi et circumveniri non patitur, 

* Ihid. Cod. de Démétie, t. 1,1. III, § 17, «neque, aliter si faciant, ullam inlersuos Itabent 

p.592. — CI. avec ce curieux passage des Com- «oucfoniafem..» (Ca;s. de Bell. <ju.ll. VI, .\i.) Le 

mentaires : ...Non solum in omnibus civitati- même principe qui dirigeait Vindmdu gaulois 

"bus sed pêne etiam in omnibus domibus régnait donc dans les assemblées bretonnes. 



ccxxxviii PROLEGOMENES. 



ni. 

Privilèges du hrciiiu. — Son domaine. — Redevances que devaient lui payer 
les hommes libres et les \iliains. 

Les coutumes du pays de Galles y constatent l'existence de trois sortes 
de personnes : le roi ou hrenin , les hommes libres [breyr, uchelwr) et les 
villaniK Le roi occupait naturellement une place à part, et jouissait de 
privilèges exceptionnels : il pouvait, chaque fois qu'il le jugeait nécessaire, 
faire prendre les armes à ses sujets; mais la loi ne lui permettait qu'une fois 
par an de faire franchir à l'armée les frontières du royaume, et l'expédition 
ne devait pas durer plus de six semaines ^. Au hrenin appartenait la garde 
des églises et des lieux saints. La surveillance des voies publiques, le droit 
de battre monnaie, de lixer les limites des commotes, des cantrefs et des di- 
vers territoires, quels qu'en fussent d'ailleurs les seigneurs, lui étaient égale- 
ment attribués^. Ses revenus lui permettaient de vivre avec une certaine 
magnificence. Deux trêves lui étaient assignées par chaque cwniwd *, et cela 
lui constituait un domaine assez considérable, car la Càmbrie renfermait 
plus de cent cinquante cwmwd. Mais ce n'est pas tout : il tirait des villani 
qui cultivaient ses terres de nombreuses redevances ^, et tout manoir libre 
devait lui payer, chaque année, une livre d'argent °. A tout cela venait 
s'ajouter un grand nombre de droits casuels, que la coutume range sous le 
titre bizarre de hêtes de somme du roi, et qui correspondaient aux droits ca- 
suels de l'époque féodale ''. 

Assurément on chercherait en vain dans le Cartulaire de Redon des 
renseignements aussi nombreux et aussi précis sur l'organisation politique 

' Ancicnt laios of Wales , Coile de Di'métic , ' Ilnd. t. I, cli. XLiu, S i 2 , p. 78. Voici i'é- 

1. I , cil. V, S 8, p. 3âo. uuniération que fait la loi d'Hoël des droits 

^ fhid. 1. 1, p. •^S, 190, SS i5 et 7. qu'elle nomme les Luit bétes de somme du bre- 

' Ibid.t. II, p. 364, cil. \ui. Sa, et t. I, niii: la mer, les terres abandonnées, le pauvre 

p. 1 54 , cb. vni , S 66. venant de pays étranger, le voleur, l'homme qui 

'' /iiV. t. I , ch. XVII , S 12, p. 186. mourait subitement, celui qui ne laissait pas 

'■• Ihid. I. I, ch. xxxiv, S 9, 10, 1 1, p. 770, d'héritier, le criminel condamné à payer au roi 

et même vol. ch. xx , S 1 , p. 192. un diruiy ou un camiuino*, enfin le trépassé pour 

" Ibid. 1. 1, cil. XVII , § I 5, p. 188. lequel un droit de morluaqr [cbcdiu] était dû. 

Dirwy^ amende ; camlicnL\ amende pour méfait. 



PROLEGOMENES. ccxxxix 

(lu royaume de la Petite-Bretagne; mais si l'on veut bien jeler un regard 
attentif sur quelques-unes de nos plus anciennes chartes, on y apercevra 
la trace de coutumes analogues et l'on sentira la parfaite justesse de ces 
paroles de dom Lobineau : «La Bretagne [armoricaine], dans sa première 
«constitution, tenait plus de l'aristocratie que de la monarchie, et se gou- 
«vernait à peu près de la même manière que les Gaulois et les anciens 
M Bretons. » 

S III. 
De l'organisation du clan chez les Bretons insulaires. 

J'ai dit ailleurs que les Bretons de race libre formaient comme la base 
de la société cambrienne. Ces hommes, réunis par groupes de familles, 
étaient placés sous l'autorité d'un chef de race [pen-cenedl^), choisi parmi 
les nobles du pays, à cause de sa sagesse et de sa science, et qui avait la 
mission de défendre les intérêts de ses gentiles, soit aux réunions du canton , 
soit aux assemblées générales de la nation confédérée-. Il était l'une des 
trois colonnes de la justice nationale (avec les souverains des territoires, les 
anciens et les hommes sages du clan^); l'un des trois personnages contre 
lesquels il n'était jamais permis de faire usage d'armes offensives; l'une des 
trois autorités prééminentes de la contrée*, et sa parole devait être tenue 
pour souveraine dans la cenedV'. Assisté de sept vieillards et de son adjoint 
[teisbantyle] , c'est lui qui convoquait l'assemblée générale du pays quand 
l'un des siens accusait le roi ou l'un des officiers royaux d'avoir violé la loi ". 
Tous les offices de la parenté [swydd) étaient à la disposition du pencenedl'. 
et telle était, dit la coutume, la vénération qui devait s'attacher à lui, que 
c'était un des trois crimes réputés les plus énormes de le tuer ^. et que la 
composition due dans ce cas-là s'élevait à cinq cent soixante-sept vaches ^. 

Sous l'autorité toute patriarcale du pencenedl était constituée la famille 



' Pen, tête;cene.i(, race, clan, parenté. (VoY. ' /Incicnf /aiM, etc. t. II, p. 587, S loS. 

Ancient laus , etc. t. I, p. 190, § 8, et p. 792, " Ibid. p. .'199, S 62. 

S 'o.) - Ihid.i. I, p. 556, S 5/1. 

' Ibid. t. Il, p. 517, S 88. s Ibid.p. 436, S 8. 

^ Ibid. p. 542, S 170. '' Ibid. p. 5o-3, S 21. 

» Ibid. p. 492, S 56. et p. 48o,S 3o. 



ccxL PROLEGOMENES. 

proprement dite [tealii], laquelle se composait du père, de la mère, des 
enfants. Comme fous les droits découlaient de la naissance, dans le pays 
de Galles, la loi y environnait de toutes sortes de garanties le privilège d'une 
libre origine '. 

A l'âge de quatorze ans, le fils du Breton libre [bonhedig cynlncynol) sortait 
de la tutelle paternelle, et, membre de la nation, il était conduit au seigneur 
auquel on le recommandait [chymynnu^) et dont il devenait l'homme^. 

Selon la même coutume, tout Breton libre devait recevoir huit erw5* 
de terre; mais, comme l'inégalité devait naturellement s'introduire dans les 
fortunes, et qu'on ne voulait pas qu'il en fût ainsi, de peur, selon toute 
apparence, que i'autorité du chef de clan n'en eût à souffrir, l'on imagina 
de soumettre les successions au singulier régime que voici : 

«Tout patrimoine sera partagé trois fois entre une famille -. i° entre les 
«frères; 2° entre les cousins; 3° entre les seconds cousins; après cela, plus 
« de partage ^. » 

Voici comment s'effectuait la triple division : le partage du patrimoine 
avait lieu d'abord entre les frères. L'un d'eux venait-il à décéder, en laissant 
des héritiers, les biens du défunt étaient mis en réserve et ne devaient être 
distribués qu'à la mort de tous ses frères. Ce temps venu, on formait une 
masse unique de tout ce qui avait appartenu à l'auteur commun , et la ré- 
partition s'en faisait par têtes entre tous les petits-enfants : c'était là le partage 
des cousins. Ceux-ci morts, la même opération se pratiquait, et l'héritage du 
bisaïeul commun était distribué entre ses arrière-petits-enfants; cela s'ap- 
pelait le partage des seconds cousins. 

Au premier abord, Ton se refuse à croii'e qu'une pareille coutume ait pu 
être appliquée. Mais les textes sont formels, et il faut se rendre à l'évidence. 
Qu'on veuille bien, d'ailleurs, nous permettre de faire remarquer que, s'il 
n'est point parlé dans le Cartulaire de partage renouvelé jusqu'à la qua- 
trième génération, les très-anciennes chartes de l'abbaye de Saint-Sauveur 
n'en renferment pas moins des traces incontestables d'une organisation de 
la terre en certains points analogue à celle du pays de Galles. En effet, 
le ran armoricain , parcelle de terre d'une contenance de huit modii de se- 
mence^, rappelle singulièrement le domaine de huit erws, attribué à chaque 

' Aiuient luus of 1Vales,l. \ , p. 1-^8 elhoS. " Sur IViw gall. voy. /Ihc. /aiw, t. I, p. 167. 

- Cymmynnu, commendare (Davies). ' Ihid. t. I , p. 5Vi, S s. 

' AncieiU laws of IVales, t. I, p. 202 , S 8. '• Vid. Charnu. Roton. p. 9. 



PROLEGOMENES. ccxli 

Cambrieii libic. Ce n'est pas tout : lu ligran ' du pays de Vannes ne |)araît 
guère diflérer du lyddyii gallois, et, comme on retrouve dans la petite Bre- 
tagne jusqu'à la tyr cyfryf (ierra numerata) qui, dans la Cambrie, se parta- 
geait, par portions égales, entre les tenanciers des trêves serviles, et devait 
servir à l'cnlrelien des chiens et des chevaux des brenin ou des argluyd'^, l'on 
ne saurait douter qu'une partie au moins des institutions en vigneiu' dans 
l'île n'ait été transplantée sur le continent par les lugitils du v' et du 
vi' siècle^. 

S IV. 

Des compositions. 

De savants jurisconsultes prétendent que les coutumes germaines, en ce 
qui concerne la poursuite et la punition des crimes, offrent un caractère qui 
les distingue essentiellement de la législation des autres peuples. L'assertion 
ne me parait pas exacte. Le système des compositions existait, en effet. 
chez les Bretons de l'île, dès une époque très-reculée, et cette institution, 
G. Philipps l'a fait observer, y était trop fondamentale pour qu'on puisse 
supposer qu'elle ait été empruntée aux Anglo-Saxons*. 

Dans tout pays où n'existe aucune sorte d'autorité publique ayant mission 
de réprimer et de punir, un seul droit est en vigueur, celui de la force. De 
là donc, chez les peuples sans gouvernement, l'obligation pour chaque in- 
dividu de s'associer aux mesures prises par la famille contre les ennemis 
de son repos. Toutefois ces inimitiés n'étaient pas implacables, même au 
fond des forêts de la Germanie, et l'on voit dans Tacite qu'une quantité 
déterminée de grand ou de menu bétail était acceptée comme satisfaction 
par des parents qu'un crime avait privés d'un des leurs ^. 

Montesquieu'' et beaucoup d'autres avec lui supposent que ce système 
de conciliation avait complètement prévalu chez les Germains , à l'époque 
des invasions barbares. Telle n'est pas, cependant, l'opinion du dernier édi- 

' Chartul. Roton. p. 4 , 6, 38 , 4 i , /ig , 60, l'Orient, voy. Michaelis, LéyisL mosatc/ue. 11, 

82,93, etc. ?loi, ltln\ et O. Millier, Eaméiiides, p. 126- 

^ Ancient luws of IVales ,U I, p. 18/1-186. i5o. 

' Voy. plus loia iecbapitreE(a((ifj personnes. ' Tacit. fierman. xxi. 

* Histoire judiviaire des Anglo-Normands , far ' Esprit des lois, W\, !i]\. 
Georges Philipps. Sur les compositions dans 



ccxLii PROLEGOMENES. 

teur de la loi salique', et je suis porté, pour mon compte, à lui donner 
raison contre l'illustre auteur de l'Esprit des lois. 

«Quiconque, dit la loi cambrienne, a été dépouillé de son héritage et 
« n'a pu obtenir satisfaction , peut recourir à trois agitations légales , pour 
<( rentrer dans sa propriété : il peut tuer le spoliateur, brûler sa maison, bri- 
« ser sa charrue. Que si, néanmoins, le propriétaire évincé n'emploie aucun 
u de ces trois moyens, il n'est plus admis à revendiquer sa propriété, et dé- 
" fense est faite à son fds de continuer la poursuite -. » 

Or, si dans l'île de Bretagne, chrétienne depuis tant de siècles, la cou- 
tume autorisait de telles violences, est-il croyable, je le demande, que 
la loi ait pu être assez puissante chez les Germains, dès le iv" ou le v" siècle, 
pour faire accepter une amende pécuniaire à l'homme dont le père, le fils 
ou le frère venait de tomber sous le fer d'un assassin? Quoi qu'il en soit, 
je ferai remarquer que certains passages de la Vie de saint Conwoion et du 
Carlulaire de Redon semblent attester que les Bretons armoricains, plus 
civilisés pourtant que les Barbares du nord, se croyaient autorisés, comme 
leurs ancêtres, à user de violence contre les spoliateurs. 

Le tyern Illoc, on s'en souvient sans doute', avait revendiqué comme 
sienne, au tribunal de Nominoë.une partie du domaine de Roton, concédé 
par Ratuili à saint Conwoion. La requête ayant été repoussée sans examen , 
Illoc rassemble ses parents et déclare que si les moines refusent de déguer- 
pir, il faut les tuer*. Or, en procédant de la sorte, le tyern ne s'autorisait- 
il pas, selon toute apparence, d'un antique usage national? Autre exemple^ : 
Au milieu des désordres qui suivirent la mort d'Erispoë , le mactyern Ratfrid 
se présente un jour, accompagné de ses frères, devant l'abbé de Redon : « Res- 
«tituez-moi, dit-il, un domaine que je possédais en héritage dans la paroisse 



' Pardessus, La loi salique, dissert. XII', rent qu'aucun acte de violenco MCnti'aiue né- 

p. 65 1. — Rcginon, De disciplina ecct. t. II, cessairement la perte de la vie (Ane, la^cs oj 

c. XX, laisse suITisamment entendre qu'en plein JVales, t. II , p. 22 , S i 2 et 1 3), il est certain 

\' siècle la vengeance individuelle s'exerçait néanmoins qu'il y avait des exceptions A la règle, 

encore. La loi , en effet , n'admettait pas à composition 

' Ancient laws of Wales, t. Il, p. 3o^ , S 1. le voleur de grand cbemin, le vassal traître à 

éd. in-8°. son seigneur, l'iiomme coupable d'actes d'une 

' Voy. plus haut, p. xviii. odieuse férocité. 11 Quiconque, dit le code de Vé- 

' Vie de saini Conwoion, ap.D.Mor. Pr.l. \ , «nédotie(I, p. 262) , ne volait que quatre de- 

234. «niers, était vendu; mais si quelqu'un volait 

^ Quoique les coutumes bretonnes décla- « davantage, on le mettait à niorl. » 



ccM m 



PROLÉGOMÈNES. 

«de Bains, car, si vous refusez, je mettrai le feu au monastère'. » Ici encore la 
pensée ne se reporte-t-eile pas aux trois agitations légales du code cambrien-' 

Chez les Bretons insulaires, où la propriété se transmettait jusqu'au neu- 
vième degré de parenté, les galanas, ou compositions, étaient reçues ou 
payées par les membres de la famille et à ces divers degrés. 

La composition était divisée par tiers : le premier tiers incombait au 
meurtrier lui-même, à son père, à sa mère, uses frères, à ses sœurs; les deux 
autres tiers devaient être payés par les parents de l'homme à la main sanglante 
(laurad^). Que si le coupable ne pouvait acquitter la part de galanas qui lui 
était personnellement imputée, il avait pour dernier recours le denier de la 
lance, dont la levée se faisait ainsi : le meurtrier, assisté par l'un des ofli- 
ciers de son seigneuf, et portant des reliques dans ses mains, arrêtait toute 
personne qu'il rencontrait sur la route, et lui faisait sommation de jurer 
qu'elle n'appartenait à aucune des quatre souches d'où le criminel tirait 
son origine. Quiconque n'osait prononcer ce serment, était tenu de payer 
le denier de la lance ^. 

Quoique les for(nes judiciaires en usage chez les Francs ne ressem- 
blassent guère à celles qui régnaient chez les Bretons, l'on voit cependant 
percer dans la loi salique (titre XLI) la même pensée de fournir aux cou- 
pables, par l'assistance de leur parenté, tous les moyens d'échapper à la 
mort *. 

Le Cartulaire de Redon ne nous fournit malheureusement quun petit 
nombre de renseignements sur les compositions. Toutefois les trois ou quatre 
chartes où il en est fait mention suffisent pour attester que l'institution a 
régné dans l'Armorique. D'un autre côté, quelques lignes de la très-an- 
cienne coutume de Bretagne, on le verra tout à l'heure, semblent prouver 
que le rôle des parents, dans la poursuite du meurtrier, était à peu près 
celui des membres de la cenedl galloise. 



' Cliarlul. Rotoii. p. 79. 

' Lau-rud, manui rabra. La part de com- 
position {galanas) que les parents du meurtrier 
devaient payer à ceux de la victime était ainsi 
répartie : un tiers à la famille maternelle du 
meurtrier, deui tiers à la famille paternelle 
(Ane. lavis, t. I, p. 2 23, S u). 

^ Àncient laws of PVales , t. 1, p. 2 34 , S i3. 
Les lois d'Alfred ( c. xxtii ) et celles d'Ethelberl 



(II, 5i8) obligent, à défaut de parents, iesjir- 
gyldan à contribuer au payement du wergeld. 
Reste à savoir à qui s'applique le mot gegyldan. 
Etaient-ce des associés de la yilde ou des parents 
éloignés comme ceux qui, chez les Bretons, 
devaient payer le denier de la lance? Je ne sais. 
* Pardessus, Loi saliqae, \il. LXl, de Chre- 
nechruda, p. 317. (Cf avec le^ Ancient laws 0/ 
fVales.l. I, p. 224, S i3.) 

FF. 



ccxLiv PROLEGOMENES. 

Voici, an surplus, sur quels textes se fondent ces assertions : 

1. En 889, l'un des fidèles de Nominoë est tué par un tyern nommé 
Deurhoiarn, fils de Riwalt. A cette nouvelle, le prince intervient : hominem 
saum reqaisivit super Riwalt et fillam siiiiin. Riwalt dut s'exécuter; et, en 
compensation de la mort du vassal de Nominoë [in prctio hominis), il livra 
la terre de Lisbroniwin avec ses dépendances '. 

2. Vingt ans plus tard, sous le règne de Salomon, un clerc, appelé 
Anauan, ayant frappé et voulu tuer le prêtre Anauhoiarn, avait été con- 
damné à perdre la main droite; mais il échappa à celte peine en faisant 
abandon d'une vigne qu'il possédait en Tréal ^. 

3. Le meurtre d'un colon nommé Wobrian fut racheté par Howen, 
en 860, moyennant la cession d'un petit domaine avec Thomme qui le cul- 
tivait ^. 

Quant à la poursuite exercée par les familles contre le meurtrier d'un 
des leurs, lejin-port offre les rapports les plus directs avec les usages pra- 
tiqués parmi les Cambriens en pareille occurrence. On a vu que, chez 
ces insulaires, le soin de la vengeance appartenait à la famille tout entière'^. 
Dès qu'un meurtre était commis, le chef du clan auquel appartenait la 
victime rassemblait ses gentiles et arrêtait avec eux la meilleure marche k 
suivre contre l'assassin. Cela fait, les descendants et collatéraux de la ligne 
paternelle et maternelle, qui, dans l'occasion, pouvaient être appelés à payer 
des compositions, recevaient et se partageaient les galanas dues par les pa- 
rents de l'assassin. Or on procédait à peu près de même en Armorique : d'une 
part, la famille de celui dont la mort devait être vengée avait tout privilège 
pour exercer la poursuite criminelle; d'autre part, les parents de f accusé 
étaient tenus non-seulement de contribuer au payement de sa composition, 
mais encore, s'il était besoin, à la défense de sa personne*. 

Tous les jurisconsultes savent que les Etablissements de saint Louis, an- 
térieurs de près d'un siècle à la très-ancienne coutume de Bretagne , portent 
que. en poursuite criminelle, les membres du lignage de la victime doivent 
être convoqués. Mais il est essentiel de faire remarquer que les Etablisse- 
ments ne reconnaissent point .'i la parenté le droit d'exercer une action ^. 

' CWfui. Jîoton. p. 8 1 . Nantes, JacquesMaréclial , 17 10, cli. i85, 186, 

^ Ihii. p. 167. 187, etc. 

^ Ihii. p. 1 26. * Cf. avec un art. de M. A. de Blois, BuUel. 

' Voy. la très-ancienne coutume de Bretagne, de t'Assoc. bret.i. IV, A' liv. i853. 



PROLÉGOMÈNES. ccxlv 

Cela prouve bien que le fin-port appartenait à un système de législation oxcep- 
tionnello; et, en edct, les autres coutumes de France ne renferment aucune 
disposition analogue. 



CHAPITRE VI. 



Du régime féodal chez les Bretons armoricains. 

J'ai dû, dans le chapitre qui précède, jeter un rapide coup d'œil sur les 
vieilles coutumes des Bretons insulaires, coutumes dont plus d'une trace, 
ai-je dit, devait se retrouver chez leurs frères du continent. .Te rentre main- 
tenant dans l'Armorique, pour n'en plus guère sortir. 

M. Guizot a soutenu, dans son Histoire de la civilisation , que l'institution 
du clan, bien qu'elle offre beaucoup d'analogie avec le régime féodal, eu 
est cependant radicalement distincte. L'assertion ne m'a point paru exacte, du 
moins en ce qui concerne les Bretons ', et je l'ai combattue en m'appuyani 
de ce fait que la coutume de la recommandation, d'où est sortie la féodalité, 
ètail fondamentale dans la Cambrie. Maintenant, laissant de côté toute dis- 
cussion , je vais examiner si les trois éléments essentiels qui constituent cette 
féodalité , selon M. Guizot-, existaient chez les Bretons armoricains à l'époque 
où furent rédigés nos actes les plus anciens. 

L Nature particulière de la propriété territoriale. — Il suffit de jeter 
les yeux sur quelques chartes du Cartulaire de Redon pour se convaincre, 
non-seulement que la propriété bénéficiaire existait, chez les Bretons, sous 
Louis le Débonnaire , mais encore que ce régime était alors arrivé à son der- 
nier période de développement. En effet, divers actes, dont nous donnons 
plus loin des extraits, établissent d'une manière irréfragable que la tenure 
bénéficiaire était devenue presque universelle dans TArmorique, et que 
l'hérédité des bénéfices y élait en même temps si générale, que l'expression 
même de beneficium était tombée en désuétude et avait été remplacée par le 

' Voy. Revue de léijislation , ann. 18/17, '• XXIX, p. 257-296. — - Guizot, Hisl. de ta civilisation 
en France, 2' édil. i84o, p. 278-284. 



ccxLvi PROLÉGOMÈNES. 

mot hereditas qui, d'ordinaire, désigne un patrimoine, abstraction faite de 
toute obligation imposée à son propriétaire. La charte suivante ne laisse 
aucun doute à ce sujet : 

«Attendu que, suivant la coutume, tout homme noble a le droit de dis- 
M poser à son gré tant de son allea que de son héritage, en conséquence, 
«moi, Godildis, et mon fils Guntarius, avec le consentement de Permig, 
«mon mari, nous avons vendti à Liosic, abbé des monastères de Redon et 
«de Plélan, tout ce que nous possédions en héritage dans le lieu nommé 
« Maflf, etc. ' » 

Il y a deux choses à considérer dans cette charte : le sens du terme allodis , 
puis celui du mot hereditas. Allodis désigne ici certainement un propre (mère 
proprium), une terre libre et complètement indépendante. Mais quel sens 
attacher au mot hereditas? Puisque le propriétaire en peut disposer à sa 
guise, il est clair qu'il s'agit d'une propriété réelle, pleine, héréditaire. Mais, 
entre cette propriété et l'alleu, il doit y avoir une différence, puisqu'on 
oppose hereditas à allodis. Or, en quoi consiste nette différence? Elle consiste 
en ce que l'alleu est une terre absolument libre, tandis que Yhereditas est 
une propriété dépendante d'un seigneur, c'est-à-dire un bénéfice hérédi- 
taire, ou, si on l'aime mieux, un fief. 

Voici une autre charte où le mot hereditas désigne encore plus clairement, 
s'il est possible , un bénéfice héréditaire : 

« Cette charte fait connaître que l'abbé Conwoion concéda en bénéfice 
«à Wrweten le ran ou partage de Jarnoc, situé dans la paroisse de Caren- 

« toir et, à cause de cela, Wrweten donna pour cautions Enec et Me- 

«ruon, lesquels garantirent qu'il payerait chaque année une rente de deux 
«sous; et, outre cela, le même Wrweten fournit quatre fidéjusseurs, qui 
«se firent garants que lui et ses fils reconnaîtraient avoir reçu ladite terre, 
.' non pas en héritage [in hereditate), mais en bénéfice à la volonté de l'abbé et de 
V ses moines (in beneficio quandiu libitum fuerit Convvoiono abbati^). " 

Ici , on le voit , l'hérédité est opposée au bénéfice temporaire : qu'était-ce 
donc que cette hérédité? Évidemment ce n'était pas un alleu, c'est-à-dire une 
propriété complètement indépendante, puisque Wrweten s'engage à payer 
chaque année une rente de deux sous à Saint-Sauveur de Redon; mais ce 
n'était pas non plus un bénéfice héréditaire [hereditas). el c'est ce que les 

' Chartul. Roton. p. igS. — ' Ibid. p. 5o. 



PROLÉGOMÈNES. ccxuii 

moines tenaient à établir [in henejicio cjtiundiu libitum jue rit abbati et mo- 
nachis). 

Personne maintenant ne contestera sans doute la distinction qu'établissent 
les actes cités plus haut entre les mots hereditas et heneficiam ; mais on nous 
dira, peut-être, que de bénéfice héréditaire ou de bénéfice à temps il n'y a 
trace dans la charte précitée, et que cet VVrwetcn qui paye chaque année 
une rente de deux sous à l'abbaye de Redon, est tout simplement un cen- 
sitaire. En France, l'objection serait péremptoire; mais nous sommes en 
Bretagne , et là , la terre libre elle-même était, comme dans le pays de Galles , 
soumise à certaines obligations pécuniaires '. 

Dans une autre donation, faite par le Breton Thethviu à sa lidèle com- 
pagne Argantan, on voit que la terre de Ran-Lowinid, achetée sine renda, 
sine opère, dicofrit et difosot, était assujettie à payer une somme annuelle de 
six deniers au monastère de Conocb, dont elle relevait-. Or, nous ferons 
remarquer que, dans cette charte, la terre donnée en bénéfice est spécifiée 
dicofrit, ce. qui indique, d'une manière certaine, que cette propriété n'était 
grevée d'aucune redevance servile ^. 

Je pourrais, dès ici, ce semble, conclure que le mot hereditas signifie, dans 
le Cartulaire de Redon , propriété pleine , héréditaire , et pourtant dépendante d'un 
seigneur. Mais, au risque de tomber dans la prolixité, je citerai un dernier 
argument : 

On sait que, chez les Francs, — et il en était de même chez les Bretons, 
— toute contestation relative à la propriété indépendante était déférée au 
tribunal du comte, tandis que la propriété bénéficiaire relevait de la ju 
ridiction seigneuriale. Or, je trouve dans le Cartulaire de Redon un grand 
nombre de chartes qui prouvent incontestablement que c'était devant 
les mac tyerns , ou princes héréditaires des paroisses, qu'étaient jugés les diffé- 
rends relatifs aux hereditates : « Ceci fait connaître devant qui se présentèrent 
« Coweliic et Brithael, cousins de Lalocan, lesquels interpellèrent les moines 
Cl de Redon au sujet d'une hereditas dont le même Lalocan avait fait don à 

«l'abbaye de Saint-Sauveur C'est pourquoi les susdits cousins se pré- 

«sentèrent devant Hoiarscoit, qui possédait la paroisse d'Avessac, et le 
«supplièrent de faire droit à leur requête contre Lalocan et contre le mo 
(I nastère *. » 

' Cliarlul.Boton.p. 89. et io3. ' Dij sine ; co/rilo, servili reditii. 

- /iiV. p. 117. « Cliiirlul. Bolon. p. i25. 



ccxLviii PROLÉGOMÈNES. 

Il résulte donc des divers textes précités que les hereditates du Cartulaire 
étaient des terres concédées en bénéfices héréditaires, sous la dépendance 
d'un sei<»neur, et que , dès le commencement du ix' siècle , le premier élément 
constitutif de la féodalité existait dans la péninsule armoricaine. 

II. FusiOiN DE LA socvERAiNETÉ .wEc LA PROPRIÉTÉ. — H cst facile d'établir, 
d'après le Cartulaire, que le possesseur de bénéfice ou de fief, en Bretagne, 
y jouissait, dès le ix' siècle, de tous les privilèges qui, selon les feudistes, 
n'auraient été l'apanage des propriétaires du sol, en France, que vers le 
commencement du xf siècle. 

Dans une charte portant la date de 858 on voit le mactyern Hoiars- 
coil donner au monastère de Redon sa terre d'Lrswalt sine aliquo jadice tel 
majore, c'est-à-dire avec tous les privilèges de juridiction attachés à cette 
terre '. Un autre seigneur, nommé Wenerdon, vend sa terre sine exactore 
satrapaque, c'est-à dire avec tous les droits de juridiction souveraine appar- 
tenant à la propriété -. 

Il nous serait facile de multiplier les exemples; mais notre démonstration 
n'est-elle pas complète? 

III. Système hiérarchiqce d'institotions législatives, judiciaires et mili- 
taires, QUI liaient entre eux les possesseurs de fiefs. — Les principaux 
devoirs du vassal étaient le conseil, \e jugement et enfin le service militaire, 
objet principal du bénéfice. 

Diverses chartes du Cartulaire de Redon attestent qu'au ix' siècle un sys- 
tème hiérarchique d'institutions législatives et judiciaires existait chez les 
Bretons armoricains comme, à une époque plus reculée, chez leurs ancêtres 
de l'île de Bretagne. Il n'est pas un seul acte des princes bretons qui ne 
saccomplisse cum consilio Britanniœ nobilium tam sacerdotam (juam laicorum ^. 
Salomon, roi de Bretagne, avait formé le vœu d'aller faire un pèlerinage à 
Rome , au tombeau des apôtres ; mais il fut obligé de renoncer à son pro- 
jet sur le refus de l'assemblée du pays, qu'il avait dû convoquer *. 

Outre ces grandes assises, les princes, les seigneurs tenaient des plaids 
d'un ordre moins élevé, où se jugeaient toutes sortes de procès. C'est devant 
Nominoë que les moines de Ballon portent leur requête au sujet des droits 
de tonlieu qu'ils réclamaient sur la rivière d'Oust^. Erispoë et ses suc- 

Charml. Roton. p. gS. ' Charlal. Roton. p. 67. 

- Ibid.f. io3. ' /6f<i. p. 80. 

Ibid. p. 190, 1 99. 



PROLKGOMENES. ccxux 

cesseurs reinplissciit égaioiiiLMil leurs devoirs de justiciers, et, au-dessous 
d'eux, les inuclycrns el les simples possesseurs île fiefs s'ac(|uiUent de fonc- 
tions analogues'. 

La mémo hiérarchie existait dans le service militaire, service auquel était 
assujetti tout détenteur de bénéfice. Quatre vassaux de l'ahbaye de Redon 
s'engagent, en recevant une propriété bénéficiaire des mains de l'abbé Rit- 
cant, à se montrer les fidèles défenseurs du monastère; mais c'est, disent- 
ils, sous la réserve que le seigneur de Peillac, dont ils relèvent directement, 
n'entrera pas en lutte contre les moines, car, dans ce cas, le bénéfice con- 
cédé devrait être restitué soit à l'abbé, soit ii son successeur^. 

Un passage de la cbronique de Réginon atteste aussi qu'une véritable liié- 
rarchie militaire rattachait les uns aux autres les différents possesseurs de 
fiefs : Salomon, roi de Bi'etagne, après avoir longtemps défendu le passage 
de la Vilaine contre les Normands, s'était enfin décidé à traiter avec les pi- 
rates. Le prince allait se mettre en marche avec sa petite armée, lorsqu'on 
vint le prévenir que son vassal , le comte Curwand , avait juré de se mesurer, 
à la tête de ses seuls fidèles, contre toute la bande de Hastings. Le roi fit 
de grands efforts pour détourner le comte d'une résolution qui le vouait à 
une mort certaine. Mais le héros fut inébranlable : «J'ai fait serment de com- 
« battre, dit-il, et je combattrai; que si vous tentiez de mettre obstacle à 
«mon dessein, je me tiendrais pour dégagé de tout lien de fidélité envers 
« vous ^. » Devant cette menace , Salomon n'insista plus et se retira. Or, de 
ce texte si curieux, on peut tirer la triple conséquence que voici : 

I ° Gurwand, vassal de Salomon , avait, lui aussi, des vassaux sous ses ordres ; 

2" Quoique Salomon eût fait la paix avec les Normands, Gurwand pou- 
vait continuer de guerroyer avec ses hommes; 

3° Ce droit de (juerre privée appartenait bien réellement au comte, puis- 
qu'il résiste aux instances de Salomon en le menaçant de rompre tout 
lieu de vasselage s'il cherche à mettre obstacle à son dessein. 

Comme nous aurons à nous occuper plus tard de l'étal des personnes, nous 

' Cluirlul. notait. |i. 37 100, lit), 210, etc. «decessum régis immorari Cum a priii- 

* Ibid. p. 72. «cipc [Salomone] objurgatur (Uifandus) cur. . . 

^ ' Quadam die , cuin sernio inter so- » vellet nioii saosque morti tradere , nullulemis 

« cios teneretur de audacia et durilia Norman- «acquievit, asserens nisi remanendi licentiam 

« norum Urfandus se jactavit , si rex cum « darel , nequaqiiam ilii fidetis in reiiquum Ib- 

«exercitu recederet, se tantummodo CUM SOIS in «ret.» (Reginon, ap. Periz, Mon. Geim. hisl. 

«eodem Inro remanere (I tribus diebiis post I. [, p. 586.) 



ccL PROLÉGOMÈNES. 

nous bornerons <i faire connaître ici, très- brièvement, ia hiérarchie des 
rangs clicz les Bretons armoricains. 

Au sommet de J'échelle sociale étaient placés les rois universels du pays, 
après lesquels marchaient les petits souverains indépendants, tels que les 
comtes de Vannes, de Cornouaille, de Léon, de Poher, de Goueilo. Le 
troisième rang appartenait aux mactyerns ou princes héréditaires des pa- 
roisses. Venaient ensuite la noblesse ordinaire , qui se partageait , elle-même , 
en plusieurs catégories, puis la nombreuse classe des servi, des coloni, des 
heredes, des villani, censitaires plus ou moins engagés dans les liens de la 
servitude. 

On le voit donc , ce n'est point à la légère qu'au début de ce chapitre 
nous avons proclamé que la féodalité, avec les trois éléments essentiels qui, 
dit-on, la constituent, existait anciennement dans la péninsule armoricaine; 
elle y existait, en efl'et, sans le moindre antécédent de conquête, avant les 
grands événements qui, selon les historiens, firent épanouir l'institution, 
chez les Francs, sous le faible successeur de Charlemagne '. 



CHAPITRE Vil. 



s I". 
De 1 organisation judiciaire chez les Bretons armoricains. 

Nous avons établi, dans le chapitre précédent, que, dès le ix' siècle, tout 
propriétaire de fief jouissait en Bretagne de certains droits souverains qui 
n'appartiennent aujourd'hui qu'aux gouvernements. Il nous faut maintenant 
entrer dans quelques détails sur l'organisation judiciaire du pays, à la même 
époque. 

El d'abord, un mot sur la composition des cours de justice. 

Chez les Bretons, comme chez les Gaulois^, c'était l'un dos privilèges de 

' «Louis le Débonnaire, fils malbeureux, - » Plebs pœne servorum Labetur loco, qux 

« mais indigne , de ce grand prince , renversa de «perse nihil audet et nullo adhibetur conci- 

. fond en comble l'édiGcc élevé par son père.» »lio. » (Cis. de Bell, cjott VI, xili.) . 
(B. Giiérard.) 



PROLÉGOMÈNES. cci.i 

riiomnie libre d'assister aux assemblées. Plusieurs chartes de notre Cartu- 
laire attestent qu'aucune décision iu)portanlP n'était prise, dans le pays, sans 
le concours d'une grande partie de ses liabitants les plus notables. C'est de- 
vant une assend)lée de ce genre qu'en 871 Rilcant, abbé de Redon, tradui- 
sait le niactyern Alfrit, qui, depuis le règne de Noininoë, n'avait cessé de 
persécuter les moines et de piller leurs domaines: «Ritcandus abbas, cuni 
(I monachissuis, illum [lyrannum et vere tyrannum] ad venerabileni prinei- 
(( pem Salomouem, presentibus maxima ex parle lotiiis Britanniœ noijilibus, 
«super bac re accusavit '. » La mêuie assemblée, consultée par Salomon, 
lui refusait l'autorisation d'aller en pèlerinage à Rome ^. 

En ce qui concerne les plaids ordinaires, les quelques lignes suivantes, 
empruntées à une charte de 858, donneront une idée assez exacte de la 
manière dont s'y rendait la justice; nous traduisons littéralement ; 

«Cette notice l'ait connaître devant quelles |)ersonnes Salomon, prince 
«de Bretagne, interrogea Ratfrid, qui, profitant de la perturbation qu'avait 
« fait naître la mort d'Érispoë, s'était présenté, avec ses frères, au monastère 
« de Redon , déclarant que plusieurs domaines , dans la paroisse de Bains, leur 
« appartenaient, et que, si les moines refusaient de les leur rendre , ils met- 
« traient le feu à l'abbaye, après l'avoir pillée. Cédant à la force, l'abbé fut 
(I obligé d'accorder ce qu'on lui réclamait , c'est-à-dire neuf parcelles (ou ran), 

« en Bains et quatre parcelles et demie dans la paroisse de Sixte Mais , 

« dès que Salomon, assis sur le trône de Bretagne, apprit les méfaits de Rat- 
«frid, il en fut irrité, et, l'appelant à son tribunal, il lui reprocha de s'être 
" emparé, par force et tyrannie, de biens concédés à perpétuité aux religieux 
« de Saint-Sauveur. A cela Ratlrid répondit qu'il n'avait point usé de violence 
« et que les domaines qu'il tenait en Bains et en Sixte lui avaient été béné- 
<i volement concédés par l'abbé et parles moines de Redon. Salomon, très- 
« irrité de ces paroles, ayant alors demandé à Conwoion pourquoi, de son 
«chef, il livrait ainsi les biens du monastère, l'abbé répondit qu'il avait agi 
« non de son plein gré, mais sous le coup de la violence. Ayant oui cela, Sa- 
« lomon enjoignit h Ratfrid de restituer les terres dont il s'était saisi; ce qui 
« fut exécuté. Alors le prince dit au même Ratfrid : « Maintenant que tu t'es 
« dessaisi des terres (|ue tu prétendais tiennes, rassemble tes preuves, appelle 
« tes témoins, et fais en sorte d'établir que ces biens t'appartiennent l'éelle- 

' Cliarlul. Union, p. 19S. — - Iliid. p. iqg. 



ccLii PROLEGOMENES. 

<i ment par droit d'héritage. » Sur la réponse de Ratfrid , qu'il no pouvait pro- 
« duire ses témoins, attendu que les gens de son canton [pagenses] n'étaient 
«pas présents, Salomonluidit : «Je t'accorde dix jours pour réunir tes preuves 
<i et pour faire comparaître tes témoins à ma cour de Penharth. » Alors Ral- 
«frid, ayant confessé qu'il n'avait ni preuves ni témoins à l'appui de sa ré- 
'( clamation , fut contraint par Salomon de jurer et de fournir caution , tant en 
«son nom qu'au nom de ses frères, qu'ils n'avaient rien à revendiquer en 
« Bains , et que les terres dont ils s'étaient emparés par violence appartenaient 
« aux moines, en toute justice ^ » 

Lorsque quelques doutes existaient sur le droit des parties, on demandait 
ordinairement qu'une enquête eût lieu dans le pays. C'est ainsi que, vers 8/i8, 
les anciens [seniores) de Bains, de Peillac, de Renac et de Sixte, furent in- 
terrogés, par ordre de Nominoë, sur la question de savoir si certains droits 
de navigation dans l'Oust appartenaient aux moines de Busal et de Ballon 
ou bien au mactyern qui possédait la seigneurie de Bains ^i c'est ainsi 
qu'en 85 4, Lalocan, actionné par ses cousins, au sujet d'une villa qu'il avait 
donnée à l'abbaye de Saint-Sauveur, fit faire une enquête en Plessé et dans 
les paroisses voisines : « Convocavit Lalocan cum monacbis viros nobiles et 
«; maxime seniores qui erant in illa plèbe et in aliis plebibus ^. » 

S II. 

Preuves testimoniales. — Conjuraleurs. 

Sous la domination romaine, chaque municipalité, dans les provinces, 
avait des registres où s'inscrivaient les actes civils; mais lorsque les Bar- 
bares eurent je ne dis pas anéanti mais renversé fempire, les preuves par 
écrit furent naturellement moins en faveur que les preuves testimoniales. 
En ce temps-là, les documents écrits, les chartes, étaient moins ce que les 
juristes appellent un acte probant, qu'une sorte de mémorandum à l'aide duquel 
on pouvait retrouver les témoins et leur rappeler ce qu'ils prétendaient 
avoir vu et entendu. La loi salique, on le sait, fait très-souvent mention de 
preuves per testes. Ce genre de preuves était admis, sans restriction, dans le 
pavs de (jalles, non -seulement eu matière criminelle, mais encore dans 

' Chartul. Roion. p. laS. ' Chariul. Roton. p. 81-82. 

= Ibid. p. 79. 



PROLÉGOMÈNES. ccuii 

toute question civile, même quand il s'agissait de constater l'état des per- 
sonnes. Lorsque deux Cymri, ou hommes libres canibriens, voulaient s'en- 
gager mutuellement par un contrat, ils choisissaient chacun un arbitre 
[amodwr) auquel ils faisaient part de leurs conventions, et, devant eux, ils 
prenaient l'engagement de respecter ces conventions. Que si l'un des deux 
contractants refusait de remplir ses obligations, Yarçjlwyd ou seigneur du 
territoire , sur la foi des arbitres , contraignait le récalcitrant à s'exécuter. 
Mais si le contrat avait été passé de bonne foi, c'est-à-dire sans intervention 
d'aucune espèce d'arbitres, celui des contractants qui refusait de tenir ses 
engagements pouvait se libérer en affirmant, sous la foi du serment, qu'il 
n'était lié par aucune obligation. Toutefois, s'il arrivait qu'un témoin vînt 
opposer serment à serment, ie plaignant, en cette conjoncture, avait la 
liberté d'en appeler à la justice, et le défendeur était obligé de produire, 
à l'appui de son serment, celui de sept conjurateurs '. Ces conjurateurs 
ne doivent pas être confondus avec les témoins ordinaires : ceux-ci étaient 
appelés à constater la vérité d'un fait; ceux-là devaient attester seulement 
que l'homme qui invoquait leur témoignage méritait créance. 

Dans les chartes de l'Armorique où coexistaient, depuis la conquête car- 
lovingienne, deux législations, celle des Francs et celle des Bretons, on voit 
aussi figurer les deux sortes de témoins dont nous venons de parler. Chaque 
fois qu'une convention quelconque donnait sujet à contestation, on pro- 
duisait ses titres et l'on invoquait le témoignage des personnes qui les avaient 
confirmés soit par leur signature , soit seulement par leur présence. Si le 
témoignage était contredit, on faisait intervenir les conjurateurs^; dans 
le cas contraire, le procès était terminé. Cette importance attachée aux 
déclarations des témoins explique l'empressement qu'on mettait, après 
avoir fait un contrat, à lui donner la plus grande publicité possible. C'est 
dans ce but qu'on ie notifiait au peuple, le dimanche, au sortir de la messe, 
au milieu de la voie publique, dans un carrefour, sur le bord d'un fleuve, 
en pleme cour de justice, etc.'; et, pour donner encore plus de validité 



' Yoy. Ancienttaws ofl'Vales, l.\ , p. iià-\i6. 'Rannac; — in condiia Placito super llumen 

'^ y oy. Chartul. Roton. p. •] Cf. «Visnoniam; — iu aulaCiis; — juxta petram 

' «Hoc manifeslavit (Weten) die dominico iConcor; — super quadrivium; — Nominoe 

1 post missam, in ecdesia Ruffiac, coram po- «principe totius Britanniae presenùaliter ad- 

' pnlis qui erant in ecciesia et corain liis tes- «stante, etc.»(Voy. Chartal. Fioton. p. lO, 20, 

> lilius, etc. — Factuni est lioc in loco niarchuto ^3,47.57,74, i36, etc.) 



.xuv PROLEGOMENES. 

à l'acte, on avait soin d'y faire assister des rois, des mactyerns , des 

évêques, etc. 

Les témoins appelés à intervenir dans les procès devaient remplir cer- 
taines conditions : « Elecli sunt viri idonei, vita et moribus probati, qui, 
I- nuila iniquitatis mercede seducti, falsum testimonium perhiberent, sed 
(' quod rectum verissimumque de hac re scirent , in nomine Dei omnipo- 
(I tentis adjurati, sine ulla lalsitate dicerent et jurarent i. » 

S III. 

Des boni hommes. 

On lit dans le Recueil d'Hoël-dda le curieux passage que voici ; 

< Voici comment on procède au plaid du roi : d'abord le demandeur ex- 
i pose sa requête, après quoi le défendeur réplique. Cela fait, les vieillards 
« du pays [henwiyeyth gwlat) examinent avec soin où se trouve la vérité; et, 
' lorsqu'ils ont fait connaître leur opinion , les seuls juges quittent ia salle et 
jugent le procès, en prenant pour base la déclaration préparatoire des 
«vieillards. La sentence est ensuite déposée entre les mains du roi". » 

On voit que, cliez les Cambriens, les hemvryeyth remplissaient le même 
office que les sagibarons chez les Francs. Quant aux (jurdas, ou boni homi- 
nes^, c'étaient, à ce qu'il semble, de simples assesseurs des vieillards aux- 
quels appartenait , nous venons de le voir, la mission de préparer les juge- 
ments. 

Dans le Carlulaire de Redon, les boni homines ne sont guère appelés qu'à 
valider, par leur présence, les divers actes passés dans leur paroisse ou dans 
celles du voisinage '. Cependant une charte de 882 nous montre des boni 

' Chartul. Boton. p. 220. <i judicaverunt juJices délient régi ostendere. » 

- «Sic declaralur piaeitum régis ; prunum (Letj. JJ'all. t. If, i. ii, c. ix, § i5, p. 779.) 
1 calumpniatores debeni extendere iilorum ca- ' Gwr, homo; dda, bonus. On trouve, dans 

lumpniam ; deinde defensores eonim defen- ies Lois d'Hoél, le plan suivant d'une cour de 

csionem ostendunt; et, secundum hoc, debent justice chez les Gallois : 
I' majores patrise , id est henwrycylh guiai , cou- Bbemn. 

> siderare diligenler simul qui iilorum verum Gwrdas,Hcnwryeyth. Henwryeylh,Gurdui. 

l' affirment et qui non ; et postquam majores imtu ( Voy. Amient lavis of Plaies , 1. 1 , p. 1 4 5 , n" 1 o , 

" recitaverint sententiam, tune debent soli ju- et 663, n" 9 ; el t. II, p. 147, et p. 735 , n°3i.) 
dices exire separatim et judicare secundum * Voy. Charlul. Roloii. p. 5i, Sg, 6g, 85, 

« hoc quod recitaverint majores natu;etquod 101, 10g, i65, 170, 201, 2o4. 



PROLEGOMENES. ctu- 

komincs prononçant un jugement clans nn procès de donation entre vils : 
(I Venerunt in placiduni (larncolin et liliolus suns) ante viruni Anastuni , el 
(1 ibi judicaverunt boni viri ex utraque parte eorum quod non debercl larneo- 
Mglin vel posset au ferre vel minuere donum fdioli sui '.» 

S IV. 
Des scabins. 

On a vu plus haut que la Bretagne fut conquise, en 799, par l'un des 
plus habiles générau.x de Charlemagne ■^. Depuis lors jusqu'à l'avènement de 
Noniinoë au trône, le pays, sans perdre ses anciennes coutumes, dut se 
plier à certaines institutions établies par le grand empereur. Nul doute , 
par exemple, que celle des scabini ne se soit étendue h une partie de la pé- 
ninsule. Les scabins, M. de Savigny l'a démontré, ne doivent pas être con- 
fondus avec les boni liomines ou rachimbourgs. Ceux-ci appartenaient à la 
classe des juges populaires, comme les nomme l'illustre jurisconsulte; ceux- 
là remplissaient une fonction publique, confiée à un nombre limité de (jer- 
sonnes. Les chartes où les scabins jouent un rôle ne sont pas nombreuses 
dans notre Cartulaire; mais elles ne laissent aucun doute sur la distinction 
dont nous venons de parler. Dans deux assemblées présidées, l'une, en 
79 y, parles mis5i du comte Frodalt, l'autre par ceux de Nominoë, les éche- 
vins appelés à juger sont au nombre de sept seulement. Mais ce nombre 
s'élève jusqu'à douze, et même jusqu'à quatorze, dans deux autres procès 
déférés au tribunal du mactyern Jainiliitin ^. 

Après la victoire de Ballon, les scabini disparurent avec les vassi dominici, 
dont quelques-uns avaient été recrutés parmi les mactyerns*. 

S V. 

Consentement des parents et des seigneurs dans des actes de ventes ou de donations. 

— Symboles d'investiture. 

Comme tout bien patrimonial, chez les Bretons, appartenait moins à 
l'individu qu'à la famille, aucune donation, vente ou aliénation quelconque 

' Cliartal. Ro(o«. p. 98. ■* C/inrdi/. Boon. p. c)4 , 1 13 , iSq , liS.iig. 

' Voy. plus haut, p. XXI. ' 76ii/. p. i53. 



ccLVî PROLEGOMENES. 

ne se pouvait effectuer que du consentement des personnes auxquelles le 
bien pouvait un jour échoir en héritage. 

Il arrivait assez souvent, en de telles occurrences, que des présents d'une 
certaine valeur fussent offerts aux parents de la personne qui aliénait. On 
voit, par exemple, en 8/i4 , un noble de la paroisse de Carentoir, nommé 
Haitlon, donner à ses proches quatre sous et un denier, comme s'il voulait 
acheter par là leur adhésion à la vente d'un petit domaine [Ran-Haelwnl) 
estimé seulement huit sous six deniers ^ L'autorisation des seigneurs devait 
être aussi demandée, et nombre de chartes attestent qu'elle n'était pas tou- 
jours accoidée gratuitement. C'est ainsi qu'en 8!\^. toujours en Carentoir, 
ie mactvern Ratuili, seigneur héréditaire du Ploii, recevait six deniers à 
l'occasion de la vente d'un alleu nommé Ranconmarch ^. 

La transmission de ces diverses propriétés n'était définitivement accom- 
plie qu'après la cérémonie de Yensaisinement, qui correspondait à la ma- 
ninnission romaine. On sait que, pendant plus de sept siècles, h Ronie, la 
procédure judiciaire fut symbolique^. Il en était de même au moyen âge, 
et voici les divers symboles d'investiture que nous fournit ie Cartulaire de 
Redon ; 

1. Glèbe, motte de terre. — La motte de terre, ia glèbe, était transportée 
devant le préteui- romain"; au moyen âge, on la déposait sur fautel, dans 
les églises et dans les monastères, en présence de nombreux témoins 5. 

2. Rameau, branche d'arbre. — L'investiture symbolique per ramiim se 
rencontre souvent dans les chartes du moyen âge. Tantôt le ramean était 
enfoncé dans la motte de terre, pour indiquer que non-seulement le sol, 
mais encore tout ce qui le couvrait , moissons , arbres , vignes , serfs , colons , 
étaient transmis à l'acheteur; tantôt, et c'était le cas le plus ordinaire, le 
rameau était employé tout seul ^. 

3. Baguette, verge, bâton. — Le bâton, la verge, ia baguette, signes ordi- 
naires du commandement chez la plupart des peuples \ sont des symboles 
de tradition qu'on rencontre dans toutes les anciennes coutumes. Les Bre- 

' CAorlnf. Rofoii. p. 85. " Par exemple les faisceaux consulaires, 

' /6i<J, p. 8i. l'affrancliissement par la verge (liiidictfl), chez 

"' C est-à-dire jusqu'aux lois jEbalia et Julia les Romains; chez les peuples du moyen âge, 

' Voy. Hauteserre. Df jîr(ion,jum, tract m . la baguette, la verge dejustice, le bâton des 

c. Il, p. 95. marécbavtx de France, etc. Le sceptre royal n'a 

' Cliartal. Boton. p. 76, 108, i9i,365 pas d'autre origine. 
' Ihid. p. 272 , 33S. 



PROLÉGOMÈNES. cclvh 

tons semblent avoir fait particulièrement usage de baguettes de buis et de 
coudrier'. 

4. La main. — La main, qui représente la force physique et personnelle 
de fbomme, a été employée, chez la plupart des peuples, comme le sym- 
bole du pouvoir. A Rome, le fds émancipé, l'esclave affranchi échappaient 
a la main du père ou du maître {emancipatio , manamissio). La tradition de la 
propriété fut de même consacrée, au moyen âge, par le symbole de la 
mam. Les hommes qui n'avaient pas le droit d'acquérir, de mettre la main 
sur une chose, étaient appelés hommes de mainmorte. Tel était le sens primitif 
et symbolique de cette qualification, qui, plus tard, indiqua seulement la 
défense faite à certains individus de disposer par testament. 

Dans les contrats de droit privé, comme dans les traités passés entre 
princes 2, l'on offrait sa main comme un gage de foi. Dans les donations 
faites aux églises, aux monastères, les uns plaçaient leur main droite sur la 
charte de concession, les autres sur le livre des saints évangiles ^ ou sur 
1 autel*. Un arrangement se concluait entre deux personnes par funion des 
mains ^. 

Le double symbole de la main considérée, d'une part , comme symbole 
de puissance, et, d'autre part, comme signe conventionnel, donna naissance 
au rite symbolique du serment féodal, qui, de la part du vassal, consistait 
à mettre ses mains entre les mains du suzerain. Cette formalité présentait 
un double sens: d'abord, elle indiquait le pacte conclu entre le seigneur 
et le vassal, puis la subordination de ce dernier à l'homme auquel il avait 
livré ses mains . 

5. Gants. — Cette forme symbolique , étrangère à l'antiquité'', figure, dans 
les anciens actes, comme un mode de transmission, d'investiture. Il était 



' Chartul. Roton. p. 18, et Append. p. 876. 

' Tacite rapporte que la peuplade des Linjo- 
iiM, suivant une coutume antique, envoya aux 
Romains plusieurs mains droites comme ga^e 
d'amifié. {Hisi. I, liv.) 

' Chartul. Roton. p. 27g. 

» /iid. p. 267, 268,3/1/1,393. 

' Ibid.p. 255. 

' «Doit l'homme joindre ses deux mains en 
«nom d'humilité et mettre es deux mains en 
"Signe que tout lui voue et promet foy. » (Bou- 



leiiiier, Somme rur. dans du Cange, au mot ho- 
minium.) De là plusieurs locutions encore usitées 
de nos jours : prêter serment entre les mains de 
i/uelqu'un (quoiqu'on ne place plus ses mains 
dans celles de la personne qui reçoit le serment ) , 
avoir en mains , prêter les mains, etc. 

' Casaubon pense que l'usage des gants n'exis- 
tait ni cliez les Grecs, ni chez les Romains. ( In 
Athen. lib. XII, cap. 11 ; cf. avec dn Cange au mot 
Cirotheca. ] 



ccLviii PROLEGOMENES. 

usité chez tous les peuples de race germaine, mais il le fut tout particu- 
lièrement chez les Francs, selon du Gange. Le Cartulaire de Redon nous 
offre de nombreux exemples d'investitures par le gant chez les Bretons ar- 
moricains, dont ia coutume était de déposer ce gant sur l'autel ^ Dans une 
donation faite, en 887, dans la paroisse de Guer, Rethwobri concède un 
domaine à Juab, qui doit payer pour lui la rente due nu macticrn du plou; 
et, comme symbole de ia convention (m signo), n trihuit Juab suam manicam 
c( dexteram in manu Rethwobri ^. « Vers gS 1 , Juhel Bérenger, heureux de la 
découverte d'une tonne de vin sur le livage d'Enez-Mur^, se dégante de la 
main droite, afin de constater symboliquement le don qu'il fait de l'île aux 
moines de Saint-Sauveur ". 

La main nue était un symbole de loyauté, de sincérité. Il était interdit 
aux juges royaux, selon le Miroir de Saxe, de siéger gantés, et, de nos 
jours, en FVance, les avocats plaident sans gants ^. 

6. Couteau recoarbé. — L'emploi du couteau recourbé comme symbole 
d'investiture n'est pas rare dans les chartes publiées par Dom Lobineau 
et par Dom Morice; mais le Cartulaire de Redon n'en oflVe qu'un seul 
exemple®. 

7. Le palliam. — Le palliiim ou manteau était un signe de protection 
chez les peuples anciens. Ruth dit à Booz, dans l'Ancien Testament : «Eten- 
11 dez sur moi votre manteau, car vous êtes mon proche parent ''. » Chez les 
Germains, le manteau était aussi un symbole de défense, de secours, de pro- 
tection , et c'est pour cela , dit Grimm , que l'adoptant enveloppait l'adopté 
dans son manteau *. 

Le manteau , après avoir figuré comme symbole de protection dans la 
formalité de l'hommage féodal '', fut employé comme mode d'investiture 

' Cluirtul. Roton. p. 54, oti, 61, 63, 70, quand ils protestaient de la sincérité de leurs 

111, ii8, 120, 128, 171, i85. clients, se tournaient du côté de limage du 

* Ibid. fi. i3S. Christ, vers lequel ils étendaient continuelle- 
' Ene:-mur, l'ile grande. ment la main di-oite. De là la coutume d'avoir 

* Chartul, Roton. p. 258. Cet acte d'investi- cette main dégantée. De nos jours l'on prête en- 
tm'e n'a pas été , par oubli , marqué dans notre core serment en justice en ayant la main droite 
Index qenerahs. découverte. 

^ M. Foutnel(Hist. abrégée desavocats, ch.\n) '^ Chartul. Zîofon. p. Sig. 

prétend qu'ils ont la main droite dégantée, " Dom Calniet, Dicfionn.Jc fa Bi6/e, v°Ruth, 

parce que cela leur permet de feuilleter plus à III , Sgg. 

l'aise les pièces d'un dossier. Cette raison est * Grimm, Poésie im Recht, S 6. 

puérile. Personne n'ignore que les avocats, ' Voy. Laurière, G/o«. v" Hommage. 



PROLÉGOMÈNES. ceux 

dans les donations, dans les mises en possession d'églises, etc. ' Notre Car- 
tulaire nous en fournit un exemple ^. 

8. Croix suspendue au cou. — Une charte de 848 nous fait assister à 
l'investiture d'un petit monastère concédé par Wrhasoui à saint Conwoion , 
"per suam cruccm quœ de collo peiidebal^. » 

Des écrivains d'une grande érudition se sont occupés, de l'autre côté du 
Rhin, de déterminer la nationalité des diverses formes symboliques. Rome, 
prétendent-ils, empruntait ces formes à l'industrie, la Germanie à la nature. 
De tels aperçus sont très-ingénieux sans doute, et la poétique imagination 
de nos voisins s'y est donné libre carrière; mais, voulant rester dans mon 
sujet, je crois devoir passer outre. 



S VI. 

Des formules. — Annonce de la fin prochaine du monde. — Analhèmes. — 
De la formule cum. stipulatione suhnixa. 

1 . On remarquera , en feuilletant les documents dont se compose la 
première section du Cartulaire, que la formule initiale des chartes les plus 
anciennes est très-souvent celle-ci : « Mundi termine appropinquante , ruinis 
« crebrescentibus, jam certa signa manifestantur, etc.''» L'origine de cette 
formule remonte beaucoup plus haut qu'on ne le suppose en général. Quel- 
ques passages de l'Apocalypse, interprétés avec exagération par de pieux 
écrivains, donnèrent naissance, de bonne heure, à la croyance, partagée 
par l'immense majorité des chrétiens , que la fm du monde était proche. 
Plus de quatre cents ans avant l'an i ooo , l'effroi de ce jour suprême se tra- 
hissait déjà dans les actes. Le testament de sainte Radegonde débute, en 
effet, par ces mots : aMundo in fmem currenle, etc. ^i> 

Sismondi et Dulaure, dominés par de mesquines préventions, ont pré- 
tendu que les moines, dévorés de la soif de s'enrichir, avaient, dans ce but. 
habilement exploité les terreurs de leurs contemporains. Mais l'accusation 
est vraiment puérile. Quel homme de sens peut croire, en effet, qu'en 

' Voy. Galland, Franc-alleu, XX, 335-34i. i3, li, i5, 16, 28, 32, io, 4i, 45, A7, 5à , 

2 Chartul. Roton. p. SgG. 58 , 73 , 75 , 86 , etc. 

' /tiUp.3G3. ^ fardessus, Charte et diplomate! j 1. 1, p. iSi. 

'' Ibid. p. 3, /|, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 1 1, 12, ann. 58i. 



ccLx PROLÉGOMÈNES. 

un temps où des contrées entières étaient en friche et comme à la dispo- 
sition de qui voulait les cultiver, les religieux de Saint-Benoît aient inventé 
je ne sais quelle trame pour se faire livrer des terrains sans valeur? 

2. L'usage des anatlièmes, par lesquels se terminent certains actes, 
remonle assez haut. M. N. de Wailly, le savant paléographe, rappelle que 
le concile d'Orléans les avait employés dès le milieu du vf siècle. Ceux 
que renferme le Cartulaire de Redon ne présentent aucune particularité 
remarquable. Le plus ancien est celui-ci, qu'on lit dans une charte de 863 : 
» Que si quelqu'un , soit moi , soit l'un des miens , tentait d'annuler ces dis- 
>i positions, que Dieu le prive de son héritage terrestre et du royaume du 
(c ciel, et qu'il soit anatlième jusqu'à la fin de ses jours '. 

3. Cum stipalaiione siibniœa. — Cette formule, qu'on rencontre si sou- 
vent dans les anciens actes, a été, comme on sait, diversement interprétée. 
Les savants auteurs du Nouveau traite de diplomati(jue croyaient qu'elle indi- 
quait simplement qu'une paille ou un rameau, symbole de transmission de 
la propriété, avait été attaché à la charte^. 

A l'appui de cette thèse, on a cité les Traditiones Faldenses, qui attestent 
que l'usage existait en effet d'attacher une paille aux documents écrits'. 
Mais, de nos jours, une autre opinion parait devoir l'emporter. On a re- 
marqué que, dans la plupart des actes, les expressions cum stipalatione sub- 
nixa sont précédées ou suivies de clauses pénales qui prononcent une 
amende au profit du fisc, ou attribuent une certaine somme à la personne 
envers laquelle on s'oblige, dans le cas où soit l'obligé soit son héritier 
refuseraient de remplir la convention. Or, comme la constitution huitième 
du titre IX, livre II, de la Lex romana fVisigothoram^ renfermait une dispo- 
sition qui assujettissait à des peines pécuniaires, déterminées par le contrat, 
la partie ou les héritiers qui refusaient de s'exécuter; comme, d'un autre 
côté, plusieurs documents, dans les Traditiones monasterii Sancti Galli, au 
lieu d'employer les seuls mots cam stipalatione sabnixa, portent stipalatione 
arcadiana, ou lege arcadiana quœ omnium chartarum accommodât firmitatem. 
il y a lieu de croire, avec du Cange et avec M. Pardessus, que, dans les 
nombreuses chartes où on lit seulement cam stipalatione sabnixa, le mot 

' Chartal. Rolon. p. 61, et cf. p. 195, 201, ^ Traditiones Faldenses ,\. \\ , (orm. xxii. 

2ià, 21g, 225, 226, 24o, 244, 249, 271, ' On sait que cette loi romaine des Wisigoths 

279, 3i3, 334, 348, etc. avait été extraite du code théodosien. 

- Nouveau traité de diplomatique, \ , (i3j. 



PROLÉGOMÈNES. cclxi 

arcadiana est toujours sous-entendu. Ce serait là une nouvelle preuve, au 
milieu de tant d'autres, de l'infiltralion du droit romain dans le droit civil 
des Francs '. 



S Vil. 
Les dates. 

1. Plusieurs chartes de notre Cartulaire rappellent le souvenir d'événe- 
ments considérables et qui constituent de véritables dates historiques : 

81 6. — Le dimanche, jour de la Nativité de Notre-Seigneur, en l'année 
où mourut l'empereur Cliarles (Charlemagne)'^. 

821. — Le troisième jour des nones de février, trois ans après la retraite 
de l'empereur Louis devant Morvan ^. 

833. — Le sixième jour des calendes de février, Nominoë gouvernant 
le pays de Bretagne , que les Francs avaient récemment envahi ^. 

8/10. — Le ■y' jour des ides de mars, en l'année où la guerre éclata entre 
le roi Charles (le Chauve) et Nominoë ^ 

8 /il. — Pendant l'année où Lothaire livra bataille à ses frères et où 
périrent beaucoup de milliers d'hommes ''. 

8/42. ■ — Le 13" jour des calendes de juillet, dans l'année où les fds de 
l'empereur Louis furent en dissentiment^. 

845. — La veille des ides d'avril, dans l'année où le roi Charles et No- 
minoë se livrèrent bataille *. 

8/(6. — Le /('jour des ides de juin, 5° férié, en l'année où Charles attei- 
gnit Nominoë dans un lieu nommé Ballon^. 

8li-j. — Dans l'année où éclata la querelle des évêques^". 

8/18. — Le jourmêmeoù le corps de saint Marcellin fut transporté dans 
l'éghse de Saint-Sauveur de Redon i'. 

' C/iar(«/. /îoîon. p. 1 2 ,35, 42 , 48, 55, 77, ' Chartul. Rotoii, p. 1^2. 

95 , j54, 161, i63, i65, 167, 175, 177, 178, ' Ikid. p. 359 et 390. 

179. On remarquera que la formule cam stipu- ' Ibid. p. 36o. 

/attonesufcnia;a se rencontre le plus souvent dans ' Ibid. p. 9a. 

les chartes du pays franc. ' Ihid. p. 362. 

^ Ihid.p. 102. '" /6;Up. 362. 

' Ibid. p. 112. " Ibid. p. 88. 

' Ibid. p, 1 1 . 



ccLxii PROLÉGOMÈNES. 

856. — Dans le palais de l'évêque de Vannes, lequel était retenu pri- 
sonnier par les Normands '. 

868. — Le 9' jour des calendes de juin, dans la paroisse d'Avessac où 
Salomon et les Bretons étaient en armes, en face des Normands^. 

869. — Le 7° jour des ides de juillet, dans l'année où le roi Salomon 
fit le projet de se rendre à Rome, projet auquel s'opposèrent les seigneurs 
de son royaume, qui redoutaient les ravages des Normands^. 

876. — Le jour des calendes d'août, pendant l'année et dans le temps 
où Gurwant et Pascweten poursuivaient à outrance le roi Salomon, qu'ils 
mirent à mort et dont ils se partagèrent les états*. 

2. Le Cartulaire de Redon est écrit en latin d'un bout à l'autre, mais 
un grand nombre d'expressions bretonnes sont employées dans les chartes, 
où la traduction en est parfois donnée^. Ce n'est pas tout : sous la date du 
3 février 8a 1, l'on trouvera une délimitation de domaine, écrite presque 
en entier dans la langue du pays. Nous allons placer sous les yeux des lec- 
teurs ces quelques lignes, les plus anciennes, à notre connaissance, qui 
existent dans le dialecte armoricain : 

■ Churtul. Bolon.jp.idg. hutte, timiiiius; dicoJnt[sinecoJrito)\dmoharl, 
- Ibid. p. 198. sine impedimenta"'; enep-gnertli , prix de la vir- 
'■ Ibid. p. I 99. ginité, don du matin; ene:, iniz, i\e;Jau,faou, 

■ //iiJ. p. 191. bétre;Jtn, limite; jloch, page, serviteur; [rot, 

■ Par exemple, le mot loch est traduit par /ron(, torrent, eau courante; jufn, ucn, blanc; 
postas caballorum ; crac, par acervus; Gartiern, guern, l'aune (arbre) ; gur, wr, wor, l'homme, le 
pai- homo nobilis; brengoen,paT nemas vallis; mâle; hcn, vieux; kemenet, fief, terre recom- 
Bro-wercch, par provincia Gueroci, etc. Quant mandée ; lun, église, oratoire; les, lis, cour de 
aux mots non traduits , leur nombre est considé- justice ; macocr, magour, mogucr, mur, muraille ; 
rahle et leur signification non douteuse. Voici mactyem, prince héréditaire dune paroisse; 
ceux qui reviennent le plus souvent dans les mac(, bénéfice, seigneurie; maen, pierre ; macr, 
chartes : bedu, bouleau (arbre); hot, habitation mair, intendant; moal, chauve ; newez , nowid , 
entom"ée de bois; brascd (bracc), gros blé, nouveau; ^en, tête, sommet;/jfrfn, pi. pinnou, 
méteil * ; (iron, colline, mamelon; cofr, kaer, des poiriers; p!ou, paroisse ;poii, pays, région; 
fccr, demeure foi-tifiée , vill;i , métairie , hameau ; poul, trou d'eau, port; quil, retraite, lieu de 
coen, comh, cons, \ allée; coct et cran, bois; co- refuge; ran, partage de terre , parcelle ; ros, ter- 

Jrit (en gallois, eyjryf)\ la terre cyjrif o\x cofrit rain en pente douce ; rock, rocher; m, rouge; 

étaitpai-tagée également entre certains tenanciers tref, trêve, village; tre,à travers (Pou-tre-coet) ; 

non libres; compot, la cvimwd ou commote des tigran (de ty, maison, et ran, partage de terre) ; 

Cambriens; cowenran, petit domaine"; crac, uc/iei, élevé , haut placé , etc 

* Bras, gros; ed, gaUois y(/, bic. 

*' Cowenran , cyian-ran , propriété complète , espèce d'aleu. 

**' Owen, dans son dictionnaire gallois , donne ce mot sous la forme ditcaharz. On le lrou\e sous la forme 
t'quivalenle heb waharâ , dans les Lois d'Hoèl (in-fol. p. i5i }. 



PROLÉGOMÈNES. ccimh 

K Magniliciu feminîc sorori meae nomine Roiantken ego , Calweten , 

«vendidi rem proprictatis meœ, id est Ran Rianlrar, iv niodios de bracc, 
•csitam in plèbe Rufiaco , finetn habens afin ran Melan donroch do fos Mat- 
« wor cohiton fos do Jmhoir ' ; ultra Imhoir par landam^ do fos fin ran Dofion , 
cdofin ran flaelniorin cohilnn hi fnsan, do riidfos cohilon nid fos per lannani 
^^[sic] do fin ran Londinoc pont Inilioir^.n 

Nous donnons plus bas la traduction interiint'îaire de ce passage, qui, du 
reste, est reproduit en latin dans un acte du même recueil. 

« VIII. 
Des sceaux et de l'annonce du sceau. 

L'emploi des sceaux remonte à la plus haute antiquité. Achab , roi 



■ Imhoir est un ancien mot ayant le même 
sens que stcr. On disait l'imhoir, le ster, la ri- 
vière. 

^ On se demande pourquoi ce per landam 
dans le teste breton, lorsque le tre lann venait 
si naturellement sous la plume. 

' Traduction interlinéaire : /l /in 

De l'extrémité 
ran Melan don roch do fos 

de la portion de Melan au rocher au fossé 

Malivor cohiton fos do Imhoir: 

de Matwor le long du fossé à l'Imhoir; 

ultra Imhoir per landam do fos 

au delà l'Imlioir à travers la lande au fossé 

/" ran Dofion, do fin 

de l'extrémité de la portion Dofion, au bout 

ran Haelmorin cohilon hi 

de la portion d'Haelmorin le long de le 

fosan do rud fos cohiton rnd 

petit fossé au rouge fossé le long du rouge 
fos per lannam do fin ran 

fossé par la lande à l'extrémité de la portion 

Londinoc pont Imhoir. 
de Loudinoc pont Imhoir. 

Dans une charte qui suit celle dont nous ve- 
nons de transcrire les passages bretons , ces pas- 
sages sont traduits en ces termes : « Ego Hael- 



hoiarn . . . vendidi rem proprietatis mea; . . . 
B quœ est a fine ran Melan ad rochum, a roclia ad 
l'fossatam Matwor, afossala ad ripam , a ripa per 
«landam ad finem ran Dofion, secandam finem 
sfossatellam usque ad riibram fossalam usque ad 
nponlem Lonlinoc.a (Charlul. Rolon. p. i i 2 et 
Il 3.) 

Le mot cohiton ( le long du ) , employé dans 
la charte bretonne, est une altération de cyhid 
en (dans le dialecte armoricain, kcit en). An- 
ciennement, l'article irlandais ami ou enn parait 
avoir joué, dans le breton armoricain, concur- 
remment avec l'article ar ou er (gallois, yr), le 
rôle d'article déGni. Certains noms de lieux, 
mentionnés dans les anciens actes, Penanrun, 
Pcnanprat, etc. laissent peu de doutes à cet 
égard. 

Les termes hi fosan sont employés plus haut 
lionry fosan. Fosan est le diminutif de/oi, et c'est 
pourquoi la charte porte fossiitcUa et non pas 
fossa. Le mol fos, en irlandais, comme aujour- 
d'hui le mol fossé, chez les Bretons, signifie non 
pas une excavation , mais un talus. Les vieux ju- 
risconsultes, au surplus, entendaient le mot 
dans ce sens, lorsqu'ils établissaient une distinc- 
tion entre la douve et \t fossé. 



ccLxiv PROLÉGOMÈNES. 

d'Israël , en faisait usage , M. de Wailly l'a constaté d'après un texte formel 
de la Bible'. De l'Orient cet usage passa chez les Grecs, puis chez les Ro- 
mains, qui le transmirent aux Gaulois et aux Germains. Les princes Carlo- 
vingiens scellaient leurs diplômes; l'apposition du sceau, notre Cartulaire 
en fait foi, était d'ordinaire annoncée à la fin de l'acte, dans une formule qui, 
pour celte raison, s'appelait Yannonceclu sceau, et dont voici le contexte : « Et 
« ut haec nostrae largitionis atque consentionis auctoritas incommutabilem 
(I et inconvulsam obtineat firmitatem, manu propria subter eam firmavimus 
(I et an;iu/( nostri impressione adsignari jussimus^. » On retrouve à peu de 
chose près la même formule dans un diplôme à la date de 85o, où Charles 
le Chauve, sur la prière de fabbé de Redon, confirme au monastère tous 
les privilèges concédés par Louis le Débonnaire : « Haec vero magnitudinis 
«nostrœ auctoritas ut inconvulsam in Dei nomine semper obtineal firmita- 
«tem, manu nostra eam subter firmavimus, et de unnido nostro sigillari 
(I fecimus^. » 

De ces deux textes et de beaucoup d'autres que les Bénédictins ont pu- 
bliés. Ton peut induire, sans doute, que, avant l'année 88/i*, les Francs 
employaient l'expression annulas de préférence h celle de siçjilliim, dans Van- 
nonce du sceau. Toutefois, est-ce à dire que ce dernier terme, inscrit dans 
un acte antérieur à SS^i, accuse un grossier anachronisme? Cette opinion 
a été soutenue, mais, il faut le dire, par un écrivain dont f érudition est 
moins incontestable que le talent. 

Il y a, dans la Chronique de Nantes, un diplôme d'Erispoë en faveur de 
l'Eglise du pays, diplôme rédigé de 853 à 85/i, et qui se termine par ces 
mots : « . . .Et ut hfcc nostrœ redditionis et confirmationis auctoritas certius 
u credatur et diligentius conservetur, manu propria eam subter firmavimus 
u atque sicjillo nostro jussimus insigniri. » 

L'auteur auquel je fais allusion semble ne pas admettre cjue les princes 
de Bretagne aient fait usage de sceaux avant le règne d'Alain Fergent'^; d'un 
autre côté, comme le mot sigillum est employé dans l'acte précité, on n'a 

' Begi. 1. III, c. XXI, V. 8. loin, n'est pas inconlcslahle, même en France. 

' Charlul. Roton. p. Zèli . ' Les Bénédictins et, d'aprës eux, M. de 

' Ibid. p. 356. Waiily et M. Quantin ne font remonter qu'à 

' On prétend que c'est en 88 i, dans un acte Alain Forgent (loSii) l'usage des sceaux en 

émané de Charles le Gros, que le mot sigillam Bretagne : plusieurs actes de notre Cartulaire, 

fut employé, pour la première fois, dans l'an- on vient de le voir, prouvent évidemment le 

nonce du sceau. L'assertion , on le verra plus contraire. 



PROLEGOMENES. cclxv 

pas craint d'accuser les évoques nantais de ïnvoivfabrujué après la mort du 
fils de Nominoë '. 

Je n'ai point à examiner les singuliers arguments par lesquels on s'ef- 
force d'établir que Dom Brient, Dom Le Gallois et Dom Lobineau ont ac- 
cepté, comme authentique, «une pièce d'une insigne fausseté.» Pour faire 
justice d'une telle assertion , il suffit de citer quelques lignes empruntées à 
d'autres diplômes bretons. Et d'abord, dans un acte du Cartulaire de Redon , 
où Erispoë confirme aux moines de Saint-Sauveur le droit d'élire libre- 
ment leur abbé, dans ce diplôme rédigé vers la fin de l'an 853 , se lisent les 
paroles suivantes : u Concedimus cis [monachis Roton.) cp.iod et genitor meus 

« bonœ memoria." Nominoe cum suo sigillo jam antea concesserat et ut 

«hoc firmius stabiliusque lam in presenti quam in futura generatione per- 
umaneret, manu nostra firmavimus omnesque supradicti nobiles firmave- 
orunt ac nos postea sigillo nostro sigillari jussimus^. » Or, f authenticité de 
l'acte précité n'a jamais été, que je sache, contestée par personne. 

Dans un diplôme du roi Salomon , sous la date de 868 , le sceau du prince 
est annoncé en ces termes : 

(' Et ut hoc firmius stabiliusque tam in futura quam in presenti genera- 
«tione permaneret, manu nostra firmavimus ac sigillo nostro sigillari jus- 
« simus ^. 1) 

Ira -t-on jusqu'à soutenir que les moines de Redon, comme les évéques 
de Nantes, tenaient fabrique de faux titres? Avant cette époque, en 865, 
le roi Salomon ayant écrit au pape Nicolas I", pour solliciter le pallium en 

' Non-seulement, à cause de l'emploi du mot s'appliquent non pas à son père mais auï Nor- 

siijillum, dans un diplôme de 853, l'on jette mands qui venaient de saccager la ville de 

aux évéques de Nantes l'ëpithète de faussaires, Nantes. (Bull. arch. de l'Assoc. bret. ann. i 853, 

mais, en outre, pour établir leur culpabililé, 4°vol.p. 161.) Quant au mot com/jafrr, son em- 

l'on objecte : 1° que le diplôme précité contient ploi dans les actes au viii' siècle ne se peut 

à l'adresse de Nominoë des expressions inju- contester (voy. du Gange), caria charte de fon- 

rieiises , telles que/or6an, homme improbe , etc. dation du monastère de Saint-Maxent , en 869 , 

toutes expressions impossibles dans la bouche renferme ces mots : «Casulam sacerdotalem 

d'un fils; 2° qu'Érispoë appelle Charles le «[Maxenlio obtuli] quam mihi meus 

Chauve son 1res amé cumphe, «amantissimus compaff r Francorum piissimus rex Karolus. . . 

compater, » locution qui constitue , dit-on , un .1 transmisit dono. » ( Chartul. Roton. p. 190.) 

anachronisme palpable. ( Voy. Lejean , Biogr. Or accusera-t-on aussi les moines de Redon 

bret. t. I, p. 680.) d'avoiryiitri^ii^ cette pièce? 

Mon savant compatriote , M. de la Borderie, ^ Chartul. Roton. p. 366. 

a très-bien démontré que les mots piratica de- ^ Ihid. p. i88. 
mslatio, employés dans le diplôme d'Érispoê, 



ccLsvi PROLÉGOMÈNES. 

faveur de Festien , archevêque de Dol , le souverain pontife , dans sa réponse , 
s'étonna de ce que la lettre du prince breton ne fût pas munie de son sigil- 
lam : « Necesse est jani post hœc sua scripta proprio signe nobis impressa 
«atque sigillo munita mittere, etc. '■n 

Or, comment admettre, après cela, qu'à Nantes, à Rome, à Redon, des 
faussaires se soient comme donné le mot pour remplacer l'expression an- 
nulas par celle de sigilliim? D'ailleurs, en se plaçant même sur un autre 
terrain, en supposant, par exemple, que les Bretons eussent l'habitude de 
calquer leurs usages sur ceux des Francs, l'insertion du mot sigilhim dans 
des actes de 853, 865, 868, ne serait nullement l'indice d'un anachro- 
nisme ni d'une falsification, car M. N. de Wailly constate que ce mot était 
employé, dès 62y, dans un diplôme de Clothaire II, cité par les Bénédic- 
tins^. 

De tout ce qui précède il nous est donc permis de conclure : 

1° Que l'usage des sceaux existait, chez les Bretons, dès le règne de 
Nominoë et de son fils Erispoë^ ; 

2° Que, en Bretagne, l'insertion du mot siçjillum dans des diplômes anté- 
rieurs à l'année 88A n'autorise nullement à croire que ces actes soient faux. 



' Cette lettre , tirée des archives de Tours , 
porte la date du 2 5 mai 865 ; elle a été publiée 
par D. Morice, Pr. 1. 1, coi. 829. 

* M. de Wailly, Eléments de paléographie, 
1. 1, p. 287, n. 1. 

' Que si le lecteur avait quelque doute sur le 
fait, nous le renverrions à un acte extrait par 
D. Morice du Cartulaire de Prum et dans le- 
quel Salomon , roi de Bretagne , annonce que 
son diplôme en faveur de cette abbaye est muni 
d'uD sceau, n ...Et ut bœc pr.-eccptio firma et 
« inviolabilis per futura maneat tempora 



«annuli nostri impressione subterfirmare feoi- 
»mus.D (D. Mor. Pr. t. I,p. 8ii-3i6.) 

La Chronique de Nantes et le Cartulaire de 
l'église d'Angers renferment aussi deux di- 
plômes où l'annonce du sceau d'Alain le Grand , 
comte de Vannes, se trouve deux fois mention- 
née. (Voy. D. Mor. t. I, col. i42-i43 et 332- 
833.) Or il est assez peu croyable, on l'avouera, 
que l'on ait pu s'entendre à Nantes , à Angers et 
à Prum pour attribuer faussement un sceau à 
l'héroîqiie vainqueur des Normands. 



'ROLEGOMÈNES. cclxvii 



CHAPITRE Vlir. 



$ I". 

Etat des personnes. — Aperçu général. 

Je crois avoir établi, clans un travail qui déjà remonte à plusieurs an- 
nées ^ que, chez les Gaulois, la société se composait de trois sortes de per- 
sonnes : les nobles [équités, principes), auxquels appartenaient les honneurs et 
la considération^; les fidèles ou compagnons d'armes [clientes, devoti, sol- 
durii, amhacti , B-spansvTOLt) , qui combattaient et mouraient pour un chef^; 
enfin la classe nombreuse des pœneseiri, qui, charges d'impôts, accablés de 
dettes, entraient au service des nobles, et, devenus étrangers à la vie po- 
litique, en arrivaient à subir la dure condition des esclaves*. Or les mêmes 
faits se reproduisent dans l'histoire de la Bretagne insulaire. Là , de nom- 
breux clients, des compagnons de guerre se plaçaient aussi sous le vasselage 
des nobles. C'étaient des serviteurs de condition libre, quoique pauvres et 
sans crédit ^ : « Quaedam nationcs , dit Tacite en pai'lant des Bretons vaincus 
<i par Agricola, in curru praeliantur : honestior auriga , clientes propugnant*. )i 

La culture de la terre était donc abandonnée aux pœne servi, aux ohœrati, 
plus ou moins engagés dans les liens de la servitude ''. 

Nous retrouvons à peu près le même état de choses chez les Cambriens 

' Mémoire sur l'or'ujine des institutions féo- nquîe per se nitiil audet et nullo adhibetur con- 

dales, dans la Bévue de législation, Paris, iSiy, o silio. o (Cœs. de Dell. gall. VI, xiii.) 
t. XXIX, p. 257 et suiv. = Diodore le déclare formellement : Ènâ- 

' a In omni Galiia eorum hominum qui ali- yovtoLi Se xol'i Q-spi-nowoLs e'Ast/ôspo'js £« twi 

«quo sunt numéro alque honore, gênera sunt 'eevllj^0Jv KaraXé^ ovtss oh -nvioy^ois xal zsup- 

oduo. . . alterum est druidum, alterum equi- aamaTaU x^pâvrai xarà ris fia';^«. (Diod. lac. 

ntum. » (Cœs. de Bell. gall. YI, xin.) sup. cit.) 

^ Cf. Polyb. 1. II, c. XVIII. — Cass. de Bell. "^ Tacit. Agricola, xii. 

gall. III, XXII; VI, xv; VII, XL. — Diod. Sic. ' D'après Cicéron, les Gaulois avaient an- 

1. V, p. 332, éd. 1746, Amstelodam. — Pau- cicnnenient en grand mépris les travaux des 

San. in P/ioc. c. XIX. champs; oGalH turpe esse ducunt frumen- 

* " . . . Piebs pœne servorum habetur loco, «tum manu qiu-crere : itaque armali alienos 

II. 



ccLxviii PROLEGOMENES. 

du temps d'Hoël-dda et chez les Bretons du ix° siècle. Chez ces deux peuples, 
la population se composait d'hommes libres, de colons et de serfs. Il y avait 
plusieurs ordres d'hommes libres, comme plusieurs ordres de colons et de 
serfs. Les hrenins, les comtes, les arglujds, les mactyerns étaient des ingenui 
revêtus d'une dignité supérieure, suivant le langage du savant Moeser'. Les 
simples hommes libres, les bonedig cynhvynol, ne possédaient qu'un braint'^ 
inférieur. Venaient ensuite les colons dont la condition, peu différente, selon 
toute apparence, de celle des pœne servi gaulois, était cependant beaucoup 
moins dure que la condition des servi de i'Armorique et des caeth^ de l'île 
de Bretagne. 

s II. 
Hommes libres d'une dignité supérieure. 

Le plus antique recueil des coutumes galloises, le Code de Démétie , 
)-apporte qu'il existait dans ce pays trois sortes de privilèges : privilège de 
naissance, privilège d'office, privilège de terre*. A la tête des privilégiés 
étaient naturellement placés les hommes libres de première classe , aux- 
quels appartenait, par droit héréditaire, le gouvernement des districts et des 
paroisses, et qui portaient, chez les Cambriens, le nom d'arghjd^. Chefs 
supérieurs de territoires assez vastes, ils jouissaient d'importants privilèges. 
Tout cyniro devait, à partir de l'âge de quatorze ans, se placer sous leur 
tutelle ou , pour parler le langage du droit, sous leur recommandation ^. Des 
redevances, des services étaient attribués à ces arghvyd. Aucune vente, au- 
cun alïéagement ne se pouvait effectuer sans leur consentement". Les biens 
des vassaux morts sans héritiers leur appartenaient*; de la Toussaint à la 



agrosdemetunt .«(DcBepni.III, VI.) Quec'esl ^ «Ca«(/», captivus, mancipiimi , servus, ar- 

bien là le génie de noire race! lYpée! toujours « morice miser.» (Davies.) 

l'épée! ' Aiicieiil laus of TVales, t. I, p. 468, S 108. 

' Dans sa savante Histoire d'Osnabruck. ^ »/lrj/Hyrf(/, Jouiinus.» ( Davies.) «The su- 

(Cf. Savigny, Hist. du droit romain aa moyen «perior chief of district," dit Owen. 

agi, trad. par Guenoux, t. I, p. i34.) ° Ancient laws, t. I, p. 90, S 3'i in fine , et 

* tBraint, jus, praerogativa , priviiegium , p. 202, S 8. 

«jus civitalis, dignitas. » (Davies.) — Boncdd, '' Ibid. p. 180, S 18. 

«nobilitas, ortus, origo. [Idem.) — Cynhwynol, ' Ibid. p. 202 , § 9. 
«ingenuus, nativus. » [Idem.) 



PROLÉGOMÈNES. cclxix 

Saint-Martin, ils recevaient des hommes libres une certaine somme, et les 
chefs de clans étaient tenus, eux aussi, de leur faire, chaqiic année, la remise 
d'une livre d'argenté En un mot, dans une circonscription plus resserrée, 
Yarylwyd exerçait la même autorité que le Irenin dans son royaume. 

Le prince de ploa, ou mactyern, occupait en Armorique une position 
analogue. Seigneur héréditaire^ d'une et parfois même de plusieurs pa- 
roisses', il y possédait des droits très-importants. Dans la paroisse de Bains, 
par exemple, il levait des tonlieus ou impôts sur les marchandises transpor- 
tées par eau''. Sa juridiction était véritablement souveraine; ses vassaux 
devaient lui payer, ainsi qu'à ses descendants, une redevance qui correspon- 
dait, selon toute apparence, à l'impôt perçu par les chefs de districts gal- 
lois ^. Sous les Cariovingiens , les mactyerns furent contraints de courber la 
tête sous le joug de l'étranger. Charlemagne avait chargé l'un de ses lieute- 
nants de maintenir les Bretons dans le devoir. Aussi plus d'une charte de 
l'abbaye de Redon prouve-t-elle que le grand monarque soumit les vaincus 
à l'empire de ses règlements et que l'institution des soabins, par exemple, 
fonctionna quelque temps en plein Browerech. Le mactycrnat cependant 
n'y fut pas anéanti; les princes de paroisses conservèrent à peu près leur an- 
cienne puissance : les uns se trouvèrent placés sous fautorité du comte 
franc préposé au gouvernement de la péninsule; d'autres, tels que Por- 
titoë et Wrbili, relevèrent directement de l'empereur à titre de vassi do- 
minici ''. 

Parmi les hommes libres d'une dignité supérieure figuraient naturelle- 
ment les viri nobiles, les optimales dont il est parlé dans le Cartulaire, et qui, 
propriétaires de vastes domaines, y exerçaient une juridiction. 

S III. 
Hommes libres du second et du troisième ordre. 

La classe des libres du second ordre se composait des petits proprié- 
taires placés sous la juridiction d'hommes riches et puissants, auxquels ils 

' /Incienf /au)i,t. I, p. 188, S i5, et p. 556, Roton. p. 16), l'est aussi en Ruffiac, p. 10; 

SS 54, 55, 56. en Molac, p. 2o4, et en Pleucadeuc, p. 206. 

' Chartal. Rolon. p. 113, 170, 2o4. ' Chartal. Roton. p. 80-81. 

' Portitoè, macliern en Garentoir (C/iar(«/. ' Jbid. ])■ i38. — ' Ihid. p. i53. 



ccLxx PROLEGOMENES. 

avaient engage leur foi. Telle était la condition de Catworet, le fidèle de 
Nominoë, et dont ce dernier eut à venger la mort'; telle était aussi la si- 
tuation des fils de Treitbian , qui s'étaient placés sous le vasselage de Rudait ^. 

Dans la seconde section du Cartulaire, section dont les actes se réfèrent 
au xi' siècle et même à la pi'emière moitié du xii°, il est fait mention de 
milites, de clientes, d'ecjuites, de vicarii, d'armigeri, lesquels, sans aucun 
doute, appartenaient à une catégorie mitoyenne d'hommes libres. Cette 
simple noblesse , dit Dom Lobineau , « renfermait, elle-même, des degrés d'iné- 
«galité, selon que chacun avait plus ou moins, ou point du tout de vas- 
" saux. » 

La classe des libres du troisième ordre était la plus considérable : elle se 
composait, en général, d'homrûes qui, ne pouvant se maintenir par eux- 
mêmes dans la jouissance de leur liberté et de leur propriété, remettaient 
leurs biens entre les mains d'un patron , sous la condition d'en consei'ver, en 
payant un cens annuel et déterminé, la jouissance perpétuelle et héréditaire. 

Les colons [coloni, heredes, hereditarii) devraient être aussi classés dans la 
catégorie des hommes libres; mais, comme en réalité ils occupaient une 
position intermédiaire entre la liberté et la servitude, nous n'en parlerons 
qu'au paragraphe suivant, où sera traitée, avec quelque développement, 
fimportante question du servage. 

S IV. 
De la servitude chez les anciens Bretons. 

Dans les prolégomènes du Polyptyque d'irminon et du Cartulaire de 
Saint-Père de Chartres, M. Guérard proclame que, depuis la conquête des 
Gaules jusqu'à l'abolition de la féodalité, la servitude est allée toujours se 
initigeant. Sa marche, selon l'illustre savant, doit être divisée en trois âges 
bien distincts : d'abord règne l'esclavage pur, où l'homme est réduit h l'état 
de chose. Cet âge peut être prolongé jusqu'à la conquête de fempire d'Occi- 
dent par les Barbares. Depuis ce temps jusque vers la fin du règne de Charles 
le Chauve, l'esclavage proprement dit est remplacé par la servitude, dans la- 
quelle la condition humaine est reconnue , respectée , protégée. Enfin , 

' Chartul. Rolon. p. 8i. — ^ Ibid. p. 222. 



PROLEGOMENES. ccr.xxi 

PENDANT LE REGNE DE LA FEODALITE, la Servitude sc transforme en senaije. Le 
serf retire sa personne et son champ des mains du seigneur; il doit à 
celui-ci, non plus son corps ni son bien, mais seulement une partie de son 
travail et de ses revenus; il a cessé de servir; il n'est plus qu'un tributaire 
sous les divers noms d'iiommc de corps ou de poté, de mainmortablc, de 
taillablc , de serf ou de vilain '. 

C'est une gloire véritable pour M. Guérard d'avoir, l'un des premiers, 
fait justice des exagérations préméditées des anciens légistes sur la «tyran- 
unie féodale, h Quel homme vraiment instruit voudrait, à cette heure, con- 
tester les heureuses transformations signalées par le docte écrivain, et qui, 
depuis la chute de l'empire romain jusqu'à Louis XVI, se sont accomplies, sans 
interruption, dans la Gaule? Toutefois, ce serait une erreur de croire que 
le progrès ne date que de la conquête, et que, avant César, l'esclavage pur (ùt 
partout la condition de la classe rurale. Il est certain, au contraire, que 
cette classe, si asservie qu'on la suppose, se composait, en grande partie, de 
colons, de pœne servi n'ayant rien de commun avec les esclaves romains. 
C'était dans les champs, on le sait, que Vercingetorix et les autres princes 
gaulois levaient leurs partisans'-; et ceux-ci comme ceux-lh , principes ou sol- 
darii, équités, ambacti et clientes, composaient, avant (|ue Rome les eût vain- 
cus, une nation toute militaire, ayant en dédain l'agriculture, et plus dis- 
posée, nous le répétons, à s'approprier par la force le blé des autres qu'à 
s'occuper d'en semer chez elle'. Que si la Gaule eût été peuplée, comme 
on le suppose, d'hommes réduits à une complète servitude, qui donc aurait 
formé le nombreux cortège des chefs de clan *, et comment de petites peu- 
plades eussent-elles pu, pendant la guerre, mettre sur pied tant de soldats? 

On ne saurait donc le contester, les pœne servi gaulois étaient , non des 
esclaves , mais des espèces de colons plus ou moins engagés dans les liens 
de la servitude. Cette condition mitoyenne entre l'esclavage et la liberté 
n'était pas, du reste, inconnue à fantiquité. Il y avait dans la primitive 
Hellade, au rapport des historiens grecs, de nombreuses populations dont 
le sort différait peu de celui des colons du moyen âge ^. Comme eux fixés 

• Guérard, Polyptyque d'irminon, Prolégo- ' L'Helvète Orgetorixavaitdix mille hommes 

mènes, p. 277. pour corlége. (Cirs. de Bell. (jull. I, iv. Cf. 

^ Cœs. de Bell. gall. VII, IV. Cœs. III, xxii, VI, .\v, VII, XL.) 
' «Galliturpe esse ducunl frumentum manu ' MsToiêil SoiXav xaJ i>.svOép'j>v . Pollux, 

«qua;rere : ilaque armati aiienos agros deme- Onomast. III, S 83.) 
«tunt. D (Cic. De Republ. III, vi.) 



ccLxxii PROLÉGOMÈNES. 

au 5ol , ies pénestes\ [jar exemple, cultivaient la terre en payant une rede- 
vance ^. 

L'ile de Bretagne, au temps où les Romains en firent la conquête, avait, 
elle aussi, ses pénestcs ^. « H y a deux sortes de servitude, dit Montesquieu, 
« la réelle et la personnelle. La réelle est celle qui attache l'esclave au fonds 
M de terre : c'est ainsi qu'étaient les esclaves chez les Germains, au rapport 
c de Tacite. Ils n'avaient point d'office dans la maison ; ils rendaient à 

«leurs maîtres une certaine quantité de blé, de bétail ou d'étoffe 

«Cette espèce de servitude est encore établie en Hongrie, en Bohème, 

« dans plusieurs endroits de la basse Allemagne Les peuples simples 

"n'ont qu'un esclavage réel, parce que leurs femmes et leurs enfants 
1' font les travaux domestiques. Les peuples voluptueux ont un esclavage 
«personnel, parce que le luxe demande le service des esclaves dans la 
« maison *. » 

Il n'existait donc, dans la Bretagne primitive, qu'une servitude réelle; 
mais, lorsque Agricola eut fait adopter aux chefs insulaires la vie volup- 
tueuse qui les devait conduire à la servitude ^, un changement rapide 
s'opéra; le luxe de leurs demeures rendit nécessaire u le service des esclaves 
Il dans la maison. » — « Les Germains, dit l'abbé de Gourcy, mêlés avec les 
Il Romains dont ils empruntèrent les vices avec la politesse , connurent des 
«besoins qu'ils avaient ignorés jusqu'alors, et firent servir une foule d'es- 
«claves à leur mollesse et à leur vanité^.» 

L'influence de la civilisation romaine produisit ies mêmes effets chez 
les Bretons, et l'on verra, tout à l'heure, que leurs esclaves appartenaient 
presque tous à la domesticité. 

1. Au premier rang des pœne servi bretons se trouvaient ies alltad ou 
advenfe"^, dont ies uns étaient au service du hrenin et ies autres au service 
des seigneurs [uchelwrs). L'héritier de trois générations de ces alltad devenait 

' Les Grecs faisaient dériver le mot pénestcs ^ « Piebs pœnê servorum habetur loco , etc. « 

de Mevéalai, manmles : ïlsvéalas lois fxii [Cais. de Bell, gali VI , xm.) 
ySvtf SovXovs Sii ■ao).éfiov S' ijAuxoTots. (Athen. * Esprit des lois, I. XV, c. s. 

Hij(. VI,p. i6lt.] ' Tacit. Agricola, XXI. 

^ îloipéSuxav ÉatiToùs toîs Q£^^a/.oU SouXei'iw ° L'abbé de Gourcy, De l'état des personnes 

xa9' ôfioXa'yias • e^' & oiÏte è^d^ovaiv atÎTotJs ex en France sous les rois des deux premières races , 

Trisyù)piis,ol!TeàTtoXTCvo\law,mToiSèTiiv)(el!pav p. 76. 

avioTs èpyaioiisvoi Tas avvzd^eis ditoSciaouaiv . ' tAlliud: ail, alius; tud, terra, gens.» 

(Archem. ap. Athen. VI, aCi.) ( Davics ) 



PROLEGOMENES. cclnxim 

propriétaire du fonds cultivé par ses pères'; mais si, avant le temps fixé, 
l'étranger (|uitlail sa teniire, il devait abandonner la moitié de ses biens au 
roi ou à ïuchehvr^. Que si l'alltud désirait prendre femme, il devait préala- 
blement en obtenir l'autorisation, sous peine de voir ses enfants devenir la 
propriété du maître^. 

Le fds d'un atllud et d'une Galloise libre jouissait de tous les privilèges 
de l'ingénuité; il pouvait même héiiter de son grand-père maternel, si ce 
dernier était un iichelwr, et devenir de la sorte le supérieur de son père". 

Il y avait trois catégories à'aUtud : ceux des hrenins, des iichelwrs et des 
taeofjs (cultivateurs semi-libres). La composition des premiers était la même 
que celle du simple bomme libre, et moitié plus élevée que celle de YalUad 
d'un taeoj ^. Nous ne saurions établir avec précision quels rapports ou 
quelles différences existaient entre la condition des alltnd gallois et celle des 
hospites dont il est parlé , sans aucun détail , dans le Cartulaire de Redon ; mais 
nous croyons, avec le vieu-x jurisconsulte Houard, que les dispositions rela- 
tives à ïadvena cambrien devaient être à peu près celles qui régissaient les 
botes du moyen âge. 

2. Dans une condition à peu près analogue à celle de Yalltad vivait 
le carlawedraxvçj qui, forcé, comme les obœrati des Commentaires, d'entrer 
au service d'un noble, y restait, dans la situation d'un homme libre vis-à- 
vis d'un uchchvr, jusqu'à ce qu'il lui fût permis de rentrer dans sa propriété ®. 
C'était ainsi que, chez les Francs, sous les Mérovingiens, des hommes 
libres, pressés par la misère et dans l'impossibilité d'acquitter leurs dettes, 
s'engageaient, par un acte appelé ohnoxatio, à servir quelqu'un jusqu'à ce 
qu'ils se fussent libérés; après quoi, ils redevenaient libres''. 

3. Parmi les pcne servi se trouvaient les meyhyon cylyon, ou colons d'ori- 
gine^, auxquels on donnait aussi le nom de taeogs [Villani]. Ces petits 

' Ancient laïus oj IVales, t. I, p. 180-182, « neroso, ingenuojqui fiierit ciim optimale.» 

§§ 21 , 22. {Ancieni laws oJ Wales, t. II, 1. Il, p. 879, 

- Ihid. p. 182, S 23. S 20.) 

' /tic/, t. II, p. 100, § 1 2. ' Form. Sirm. 44, 

* Ihid. t. I, p. 6o4, § 26. * Aneurim Oweu , le traducteur des Lois 

* Ihid. f. OgS, §S 25, 27, 28. d'Hoël, rend le mot aiUt par celui d'alienj 
° «Qui propter inopiam reliquerit heredi- étranger. C'est une grosse erreur : ai(/(, pluriel 

«tatem suam, et \adit ad virum de cognatis er(yon, signifie icrna, l'il/nnus, dit Davies, et il 

«suis, et morabitur in villa cjus cum eo, ilie ajoute : n Sic nativi tenentes dicebantur. » 

«vocabitur harlawedrauc (carrifractus) et de {Dicl. brilann. lalin. \i° Aillt.) — Meyhyon est 

«illo Cet sicut de bonbedic kanbwynaul (ge- le pluriel de mii/i, fils. 

JJ 



ccLxxiv PROLÉGOMÈNES. 

tenanciers, inséparables, comme les colons de nos anciens cartuiaires, du 
sol qu'ils cultivaient, acquittaient, au profit de leurs maîtres, certaines 
redevances et étaient assujettis à divers services corporels dont nous par- 
lerons tout à l'heure. 

On se souvient que des douze manoirs dont se composait chaque coni- 
mote, quatre étaient assignés aux meyhyon eylyon^. La terre sur laquelle 
on les établissait s'appelait tyr cyllyd (terra reditibus ohnoxia), à cause des 
redevances dont elle était chargée, et tyr cyfryf [tevra numerata), parce 
qu'elle était mesurée avant d'être distribuée en parcelles égales à tous les 
villani des manoirs serviles. Nul ne pouvait quitter son petit domaine pour 
en prendre un autre, même de valeur égale ^. Ces tenures n'étant pas, à la 
mort du père de famille, partagées, comme les terres libres, entre tous ses 
fils survivants, ne tombaient point en déshérence: dès qu'une parcelle en 
devenait vacante, elle était également répartie entre tous les cotenanciers. 
Comme le droit de succession n'existait qu'au profit du dei'nier des fiis, dans 
les manoirs serviles, les enfants mâles y étaient mis en possession d'un lot 
de terre , du vivant même de leur pèi-e : le plus jeune des fils devait seul héri- 
ter du domaine paternel ^. Chaque taeog-tref, ou trêve de villains, se com- 
posait de trois randirs ; les deux premiers étaient occupés chacun par trois 
taeogs; le troisième randir était réservé comme pâturage*. Les taeogs et les 
aillts prêtaient serment de fidélité à leur seigneur, et, comme les hommes 
libres , ils étaient dans l'obligation de recommander leurs fils , dès l'âge de 
quatorze ans, à i'arglwyd du canton ^. Ils ne pouvaient, sans l'agrément de 
leurs seigneurs, étudier le bardisme, l'art de forger ou la littérature^, mais, 
lorsqu'on les avait laissés s'appliquer à fun de ces arts et qu'ils avaient com- 

' Ancient laws of JVales, t. 1 , 1. II , c. xvii , « in such a trev , sons are entitled to land in tlie 

p. 188, S i4. Voici la traduction exacte de ce « life-timeof their fatlier; but the youngest son 

passage par Owen : «Of tlie twelve raaenols, ois to abide the death of bis father, because 

« which are to be in the Cymwd, four are as- «be is to seltle in bis father's place. » [Ancient 

«signedto aillts lo support dogs and borses aiid Uiios, t. II, 1. IX, c. xx.tl, p. 292 , S 1.) 

Il lor progress and dovraeth (quarters) , etc. » * « Tbere are tbree randirs in tbe taeog-tref; 

^ Sur la tjr cyfryj, voy. Ane. laws of Wales, « tbere are tbree taeotjs in each of tbe two , and 

t. I, p. 169, S 6, et page 667, S 39. — Voyez < tbe tbird pasturage for tbe two.» (Ancient 

aussi ibid. t. II, p. 49, § 28, 29, et p. 691 ,§§ 5, latvs, t. I, p. 769, § 6.) 

6,7,8,9,10,11. * Ancient laws of PVales ,1.1,1. 1 1 , c. .xi, S i , 

^ «Tbere is to be no joint possession in any p. 484-486. — Cf. t. II, p. 5o2-5o4, § 65. 

«place except in a register trev [ty-CYfryf) ; ^ Ancient laws ofPVales,i.l, p. 78, § 11, et 

«and in sucb a trev, every one is to bave as p. 436, S 7. 
«mucb as another, yet notof equal value; and 



PROLÉGOMÈNES. cclxxv 

mencé à l'exercer, la loi ne permettait pas .qu'on les empêcliàl de continuer, 
et dès lors ils étaient considérés comme des hommes libres, et entraient 
en possession des cinq envs attribués à tout Cymro cynhwynoi ' . 

Je viens de dire qu'il y avait trois laeofjs dans chacun des randirs dont se 
composait une trêve servile. On peut juger, d'nprès cela, du grand nombre 
de pêne servi que devait renfermer l'île de Bretagne. Ce nombre, d'ailleurs, 
s'accroissait non-seulement par la naissance d'enfants condanmés à suivre la 
condition de leur père [mab-ailU], mais encore par l'adjonction à la classe 
servile d'une triple catégorie de personnes : i° les fils légalement désa- 
voués'; -2° les malfaiteurs privés de leur patrimoine et de leur privilège 
originaire; 3° les ail tiid ou advcnœ fixés en Kymru ^. 

Le livre des triades juridiques de Galles indique le but du législateur en 
établissant ces catégories : c'était de prévenir les complots des étrangers 
et de leurs adhérents; de soustraire à l'avidité des aillts les terres réservées 
aux hommes libres; enfin, d'empêcher les unions clandestines et le débor- 
dement des mauvaises mœurs -•. Toutefois, la loi voulait qu'après un certain 
nombre d'années les descendants de ces colons, s'ils épousaient des Cym- 
raes , ou Galloises libres, fussent élevés au rang de Cymri. A la fin de la neu- 
vième descendance (quatrième degré à partir de l'aillt originaire), la liberté 
leur était en effet acquise '•'. Dans certaines circonstances , ïaillt traversait 
encore plus rapidement la servitude : « Il y a, dit le code Déméte, trois per- 
;i sonnes dont les privilèges s'accroissent en un seul jour : d'abord le villain 
«d'une trêve servile [taeog-trev) sur laquelle, avec l'autorisation du brenin, 
" une église a été consacrée et où la messe se dit ; en second lieu le taeog au- 
II quel le roi confère l'un des vingt-quatre offices d'une cour privilégiée, et 
«enfin, le mah-aillt qui reçoit la tonsure. Ces hommes, engagés le matin 
«dans la servitude, se trouvent le soir pleinement libres''. » 



' Ancienl laws of Wales, t. II, 1. XIII, c. ii, 
p. 5o6, § 6g. 

^ CymYiwah, c'est-à-dire « enfant châtié, » de 
costwjo, cbâtier (Davies), et de moi, enfant. 

' Ancient laws of IVales, t. Il, p. 5o4, § Oy. 

» Ibid. 

^ Le mode d'après lequel se réglaient les 
degrés de descendance est nettement exposé 
dans le code d'Hoêl, t. II, p. 5o4, S 67. Le 
mariage de l'ai//( avec une femme libre galloise 



doublant les degrés de parenté, l'arrière-petit- 
fils de Vailll originaire appartenait, en naissant, 
au septième degré, et s'il épousait, lui aussi, 
une cjmraes, il s'élevait au huitième degré, et 
le fils né de cette union devenait goresqynnyd 
(superascendant) et jouissait de tous les privi- 
lèges attribués à l'homme libre. 

'^ Ancient laws of II aies , t. 1, I. II, c. vu, 
p. 4/i4 , S 28, et p. 542 , S 7. 



ccLxxvi PROLEGOMENES. 

Au dernier degré de l'échelle sociale étaient placés les caeth , dont la con- 
dition, sans être aussi dure que celle de l'esclave romain, s'en rapprochait 
toutefois sur plus d'un point. Il y avait dans l'île de Bretagne plusieurs 
espèces de caeth : le caeth acheté [brina], le caeth appelé {ywahaivd) ^ et le 
caeth non acheté et non appelé, servus non invitatas non cniptiis 

La condition du caeth acheté était la plus mauvaise : il était condamné 
aux plus rudes travaux et on l'assimilait à la bête de somme. 

Le caeth appelé s'occupait, dans la maison d'un noble [achebir], de tra- 
vaux intérieurs : il n'allait point aux champs, n'était pas employé à la mou- 
ture des grains, et sa valeur était celle du caeth acheté '-. 

Le caeth non appelé [hebgwawd] et non acheté, qui venait de pays étran- 
ger [gwenigawl) ,' était une espèce de journalier placé sous la main de i'ache- 
Iwr qui le faisait travailler avec la bêche et la fourche; le prix de ce caeth 
domestique (dofaeth) était le double de celui d'un caeth acheté^. 

Le caeth gallois, du moins celui de la dernière catégorie, était traité avec 
une grande rigueur. Il ne pouvait ester en justice, ni porter les armes ^; on 
le condamnait à perdre la main s'il la levait sur un homme libre; en quel- 
que lieu qu'il se sauvât on le poursuivait, et une récompense était assurée 
à qui le ramenait à sa glèbe ^; enfin, pour peindre au vif la situation de cet 
infortuné, on le pouvait tuer sans payer de composition, !a valeur du caeth 
devant être appréciée, dit la loi, comme celle d'une bête de somme ^. 

Les caeth, hommes ou femmes, pouvaient être livrés par leur maître 
en payement d'une composition : k Si un homme, par haine, en tue un 
« autre, qu'il donne quatre ancillœ, avec autant de caeth, et , après cela , qu'il 
«s'en aille en paix ''. » 

11 résulte d'un passage des lois galloises qu'il existait dans la Cambrie 
deux sortes de servitude: l'une, conditionnelle, qui régnait dans le South 
Wales ; l'autre, perpétuelle, qui dominait en Vénédotie ^. J'ignore si quelque 

' Ancient laws of Jf'ales, t. U, p. 81. i m, «his worth to bis master, iilîe tlie wortb of a 

et p. 118, S 72. nbeast. 1) [Ancient laws , 1. 1, t. III, c. m, p. SgS, 

» Ibid.p. 118, S 72. §8.) 

' ifcid. p. 82 , S 1 1 1. ' «Si quis invidia bomiuem occident, an- 

' Ihid. t. I, p. 594, et t. II, p. 528, S iG. ocillas quatuor totidemque serves reddat, et 

* Aiij. p. 5i2 ,S 4g. «ipse securitatem habet. i> [ Ancient lauis of 

' «Thrce persons. . .wbo are not to receive TVales, t. II, p. 875, S 2.) 

x/alanas Tbe tbird is bondman [cueth); ' /tiJ. p. 364 , § 1. 

«tbere is no galanas forhini; oniy payment of 



PROLÉGOMÈNES. cclxxvi. 

historien gallois a donné des détails sur cette double servitude; mais il est 
de fait que le servage se maintint dans les montagnes du pays des Cam- 
briens plus longtemps que dans la plupart des autres parties de l'Europe 
occidentale : « En général, dit M. Augustin Thierry, dont les préventions sont 
«pourtant si favorables à la race bretonne, en général, les possesseurs de 
Il grandes terres et de seigneuries, dans le pays de Galles, étaient, il n'y a pas 
(t longtemps, et probablement sont encore plus durs qu'en Angleterre pour 
"les fermiers et les paysans de leurs domaines. Cela vient sans doute de ce 
«que la conquête des provinces galloises n'ayant été achevée que vers le 
« xiv° siècle, les nobles y sont plus nouveaux venus, et de ce que la langue 
"du peuple indigène est toujours restée entièrement distincte de celle 
« des conquérants '. » 

J'ai cru devoir transcrire ici ce passage de l'illustre historien, non pas 
que j'adopte son explication, mais parce que j'aurai foccasion de signaler, 
dans un coin de la péninsule armoricaine, la même anomalie. 



S V. 

De la condition des populations rurales en Armorique. — Du colonat, du servage, 

du villainage. 

Loi'sque les Bretons passèrent dans l'Armorique , cette contrée renfermait , 
comme leur ancienne patrie, moins d'hommes libres que de mancipia, de co- 
lons , disséminés dans les villes ou sur quelques grands domaines. Depuis plu- 
sieurs siècles, un règlement impérial, relatif aux propriétés privées, avait 
défendu qu'on vendît aucune terre sans les colons qui l'exploitaient; le cultiva- 
teur récalcitrant devait être ramené, chargé de chaînes, à sa glèbe, car l'agri- 
culture elle-même était devenue une affreuse servitude : «Qui fugani medi- 
«TANTUR, disait une loi de Constantin, in servilem conditionem ferro ligari 
" conveniet^. » Cependant, en dépit de toutes les menaces, les campagnes se 

' Augustin Thierry, Histoire de la Conquête et se faisaient brigands. On sait que les deux 

Je l'Angleterre par les Normands, ii" édition, principaux propriétaires des Di'ci étaient rendus 

t. IV, p. 2 12. responsables de toutes les calamités et qu'ils 

' Voy. J. Godefroy, Opéra minora, éd. Trotz, subissaient un châtiment corporel, la reléga- 

p. 369, et Cod. Theod. Const. I" de l'an 332. tion. (Voy. Lebuërou, Histoire des institutions 

Jamais peut-être la tyrannie ne fut portée aussi mérovingiennes , p. i38 et suiv.) 



loin qu'à cotte époque : les colons s'enfuyaient 



ccLxxviii PROLÉGOMÈNES. 

dépeuplaient. On se rappelle les paroles de Salvien : « La plupart des cultiva- 
(( leurs abandonnent leurs cabanes et leurs guérets pour se sousti-aire à la 

u violence des exactions Parmi ces malheureux, les plus prudents de- 

'I mandent à cultiver la terre des riches et deviennent leurs colons 

(( on les reçoit à titre d'hommes libres, et ils sont transformés en esclaves'. » 

Colons puis esclaves , voilà donc ce qu'étaient devenus les anciens culti- 
vateurs gaulois. L'arrivée des Bretons en Armorique ne dut guère modi- 
fier cet état de choses; seulement, sur le territoire ofi s'établirent leurs clans 
fugitifs, quelques usages particuliers s'introduisirent, comme nous aurons 
occasion de le signaler tout à l'Iieure. 

Les plus anciens actes de notre Cartulaire font mention de mancipia, 
de servi, de coloni, d'heredes, de manentes, d'accolœ, de liberti. 

1 . Les mancipia et les servi ne sont désignés que dans un très-petit nombre 
d'actes de la première moitié du rx' siècle-. Ce n'étaient pas des esclaves, le 
mot serait une espèce danachi'onisme ^ , mais tout simplement des serfs 
agricoles. Il est à croire que ces niancipia et ces servi, du moins dans le pays 
breton, se partageaient, comme les caeth carabriens, en serfs cultivant la 
terre et en serfs attachés à la personne du maître, car les uns sont vendus 
ou donnés avec le domaine, et les autres séparément*. Quant à distinguer 
les serfs d'origine [servi originarii, originales, nativi] de ceux qui, nés libres, 
étaient tombés dans la ser\ntude^, la chose est impossible, faute de rensei- 
gnements. Seulement, nous voyons qu'il est fait mention, dans Grégoire 
de Tours, d'un certain nombre de prisonniers francs renvoyés dans leur 
pays par la femme de ^^aroch, cam cereis et tabalis''. Or, il est permis de 

' Salv. De Gabern. Dci, V, S-g. ■ Chartul. Roton.p. 23. 

* Chartal. Roton. p. 33, A7. 112,113,119, ' Voy. du Cange aux mots servi natiti, origi- 

2i4,2i6,36i. naUs, originarii , aliande translad, et cf. avec les 

■^ «L'esclavage, redisons-le avec M. Gu^rard, textes du recueil d'Hoêl le Bon, relatifs aux 

«peut être prolongé jusqu'après la conquête caeth. 

< de l'Occident par les Barbares. Depuis cette ' « . . . Waroclius oblitus sacramenti atque 
«époque, jusque vers la fin du règne de Charles a obsidum quosdederat, misit Canaonem filiuai 
«le Chauve, l'esclavage proprement dit est rem- «suum cum exercitu, adprehensisque viris 
«placé par la senitude, dans laquelle la con- «quos in littore illo [Vicenoniîe fluminis] repe- 
«dition humaine est reconnue, protégée, res- «rit, vinculis alligat, resistentes inteifîcit,elc. 
«pectée.» (Po(v/)(v9ne J/nniiion,Prol. p. 277.) «Dimissi sunt postea malri a conjuge Wa- 
ll est donc à regretter que des hommes ins- • rochi cum cereis et tabuiis quasi liberi et ad 
truits abusent du mot esclavage comme ils • propria sunt regressi. • ( Greg. Tur. Hist. 
abusent du mot servage, en l'appliquant à des « Franc. X, is.) 
villains et à des bourgeois. 



PROLÉGOMÈNES. cclxxix 

croire que les nombreux captifs dont Waroch et Widimacle se faisaient 
suivre, après avoir dévasté les comtes de Rennes et de Nantes, n'étaient 
pas toujours traités avec une pareille générosité '. 

2. Les coloni, les manentes, les heredes, les hcredilarii, les accoke, occu- 
paient évidemment une position intermédiaire entre les hommes libres et 
les serfs. Mais la condition de tous ces censitaires était-elle absolument la 
même? Sans doute les coloni, comme les manentes et les heredes, se don- 
naient ou se vendaient avec ie s(fl; mais il est douteux néanmoins que tous 
fussent soumis au même régime. Nous ferons remarquer, en effet, que, 
dans plusieurs chartes , l'expression hères est employée non pas adjectivement , 
mais comme un simple substantif, après le mot colonus\ Quant au manens, 
rien n'indique que sa condition ne fût pas celle d'un homme libre ordi- 
naire. Quoi qu'il en soit, coloni et heredes, le plus souvent répartis trois par 
trois^ sur de petits domaines, comme les taeofjs gallois, jouissaient, eux 
aussi, du privilège d'ester en justice <■ et de ne payer que des redevances 
déterminées"'. On a vu plus haut que le taeocj cambrien ne devait, dans 
aucun cas, quitter sa tenure. Un acte très-curieux du Cartulaire de Redon 
atteste que les coloni de la Bretagne armoricaine n'avaient pas non plus la 
faculté de passer d'un domaine dans un autre ; 

«Qu'il soit connu de tous que le mactiern Gredworet interpella les 



' « Brilanni . . . regionem Rliedonicam vasta- 
« verunt incendie, praeda , captivkate. (Greg. Tur. 
«Hist. Fmnc.V, xxx.) Britanni. . .valde infesli 
"circa urbem Namneticam atque P.hedonicam 
« . . .vineas a fructibus vacuant et captivas abdu- 
«cunt. (V, XXXII.) Britanni irruentes in termi- 
» num Namneticum prœdas egeruut, pervaden- 
« tes villas et captitos abducenles. (IX, xviii.) 
«Britanni graviter terriloriuin Namneticum 
« Rbedonicumque prsedœ subjecerunt, vinde- 
«miantes vineas, culturas dévastantes ac popu- 
'liim villartmi abducenles captivum. » (Ibid. 
c. XXIV.) 

'' On lit, p. 5i, charte LXiv de notre Cartu- 
laire : (1 . . . vendidi . . . un modios de brace cuin 
« uno colono, cum terris, heredibus suis. » ÎN'y a- 
t-il pas ici une distinction entre le colonus et 
les heredes ? 

A la page 127, charte CLXiv, une terre est 



vendue ocum terris, heredibus, colonis;« ici en- 
core on semble distinguer les coloni des heredes. 
Cependant la condition des uns et des autres ne 
devait pas difl'drer beaucoup. Sur les heredes voy. 
p. 5i, lo."!, io5, 109, 117, 160, 171, 170, 
'77' '781 179, 202, 276; et sur \es manentes, 
désignation qui s'appliquait aux hondnes, aux co- 
loni, aux heredes, voyez les pages 2,3, 4,5, 6 , 
7>9' 'O' '7, 21, 22,29, 3o, Sg, 4o, 4i . I2. 
43, 53, 55, 60, 61, 64, 82, 93, 95,97, 1 14. 
126, 128, i34, 137, i45, i5o, i64, 168, 
i83, 209, 212, 218. 

' Chartul. Roton. p. gS. 

' Ihid.p. 1 85 et 2 10. — Des colons sont cités 
parmi les témoins. (Voy. p. 21 i, 270.) 

'' Les serfs eux-mêmes jouissaient, à ce qu'il 
paraît, de ce privilège. (Voy. Chartul. Roton. 
p. 216.) 



ccLxxx PROLÉGOMÈNES. 

«hommes et les colons de Saint-Sauveur, établis dans la paroisse de 
>c Bains, non pas seulement une fois, mais à plusieurs reprises, au sujet du 
" dommage qu'ils causaient à Pascweten prince de Bretagne. Ce dernier en- 
« voya donc des messagers aux religieux de Redon pour réclamer les colons 
(I qu'il prétendait siens. Ce qu'entendant les moines, ils tinrent conseil sur la 
«marche à suivre, et arrêtèrent que la requête serait examinée en temps 
«convenable, afin d'y faire droit, si on la trouvait juste, et, dans le cas 
«contraire, de prier Pascweten d'abandon'Vier l'affaire. Mais, tandis que ces 
«choses se passaient, Gredworet, atteint d'une grave infirmité et compre- 
«nant que sa fin approchait, expédia sans retard le prêtre Akeboé et d'au- 
«tres hommes de bien , lesquels, portant le gantelet du mactiern comme s'il 
<i eût été présent de sa personne, donnèrent toute sécurité, au nom du mo- 
«ribond et de ses descendants, à l'égard des hommes qu'il avait réclamés 
" antérieurement. . = 

il Cependant, après la mort de Gredworet, laquelle advint le jour d'après, 
« les parents du mactiern allèrent de nouveau trouver Pascweten à l'occa- 
« sion des mêmes colons; etils voulurent amener non-seulement ces colons, 
«mais beaucoup d'autres de la paroisse de Bains, qu'ils prétendaient aussi 

placer sous la main de Pascweten Celui-ci donc expédia des messagers 

«aux moines de Saint-Sauveur, avec mission de réclamer les colons préci- 
<i tés, lesquels étaient sommés de rentrer dans le domaine héréditaire où, de- 
« puis des générations, leurs prédécesseurs avaient résidé comme tenanciers. 
«Les hommes de Bains, interpellés de la sorte, tinrent conseil avec les an- 
«ciens et avec les seigneurs du plou, sur ce qu'il convenait de faire, car ja- 
« mais rien de pareil n'était advenu depuis le commencement du siècle. Les 
«seigneurs et les anciens, très-surpris et très-troublés de tout cela, décla- 
« èrent que leurs prédécesseurs n'avaient jamais ouï pareilles choses ni du 
«temps des Romains et des Gaulois, ni depuis l'arrivée des Bretons, et que 
«leurs aïeux étaient tous originaires de Bains, de même que leurs descen- 
«dants, appelés, eux aiissi, à vivre et à mourir dans la paroisse. 

« Cette réponse fut rapportée au comte Pascweten qui, s'en étant ému , se 
"laissa fléchir. Il envoya donc de nouveaux messagers pour inviter les co- 
« Ions de Bains à se réunir dans f église paroissiale, afin de jurer sur l'autel 
«que leur déclaration était vraie; et ceux-ci y vinrent, en effet, accompa- 
« gnés des moines, des anciens et des seigneurs du plou^ » 
' Charlul. Boton. p. 210, ann. 874-876. 



PROLEGOMENES. cclxxxi 

Dès l'an 797, c'est-à-dire dès le règne de Charlcinagne, le nombre des 
colons paraît avoir été beaucoup plus nombreux, dans les paroisses du 
Browerech, que celui des mancipia ou des servi. On en pourra juger par le 
document suivant : 

Cette notice fait connaître en présence de quelles personnes Gautro et 
"Hermandro, tous deux délégués du comte Frodalt, vinrent faire une en- 
<i quête pour savoir à quel titre Anau de Langon et ses colons occupaient 
« le vicus qui porte ce nom. A leur question Anau répondit qu'il occupait 
"le ploii par droit héréditaire, comme l'avaient occupé ses ancêtres, (!e 
<( temps immémorial [ab avà et pro avis); et les scalins du comte, qui étaient 
"présents et avaient noms Sulon, Altrocn, Catlowen, Worethael, Judwal- 
"lon, Sicli, décidèrent alors qu'Anau jurerait, en invoquant les saints, et 
«en même temps que douze témoins idoines, que le viens de Ijangon, 
«avec sa terre et ses colons, lui appartenait en pleine propriété, ce qui fut 
« exécuté... dans la trentièinc année du règne de notre maître l'empereur 
« Charles, le ni des calendes d'octobre, Isaac étant évèque de Vannes, etc. ' » 

Ainsi, en 797, le viens de Langon appartenait, par titre héréditaire, 
au tyern Anau, et c'étaient ses colons qui en cultivaient le territoire. 

A partir des dernières années du ix° siècle , — M. Guérard en a fait le pre- 
mier l'observation , — les colons disparaissent, et les heredes ne tardent pas à 
les suivre ^. Des servi plus de trace non plus ; les villani, les rurieolœ , les accola 
les remplacent, du moins dans les contrées où l'abbaye de Redon possède 
des biens. Or, à quelle cause attribuer cette révolution? Voilà ce que nous 
aurons à examiner tout à l'heure; mais il nous faut d'abord établir que , dès la 
lin du x° siècle, le villainage (servitus villanica) fut en effet substitué , dans une 
grande partie de la Bretagne, à l'ancien colonat et au servage de la glèbe. 

(. Un certain chevalier vint un jour demander aux moines de Redon et à 
«l'abbé de Saint-Sauveur, lequel était Pérénès (io5o à 1060), la tenure 
« qu'habitaient Tetguithel et ses fds dans le village de Prin. Mais ceux-ci , 
« ne voulant pas que la chose advînt, prièrent l'abbé d'accepter une somme 
M de cinquante sous, et de leur permettre, après cela, de vivre librement, 
Il comme autrefois, sous le régime du villainage [servitas villanica] , en payant 
« la redevance exigée ordinairement des villani; ce qui leur fut accordé , etc. ' « 

' Charlul. Roton. Y>- '48. dans l'année loii [ Chartulurium Rotonense, 

^ Il est fait mention pour la dernière fois p. 275). 

d'un colomis à Saint - Sauveur de Redon, ^ C/iar(u/. Rofon. p. 281 . 



LCLxxxii PROLEGOMENES. 

Or, quelle dififérence y avait-il, en réalité, entre le régime antérieur du 
servage, dont nous avons dit les rigueurs, et l'institution du viilainage? 
Un curieux document du xin" siècle , publié par Houard . va répondre à la 
question : 

« Naïf n'est autre chose que serf, et tant soit que toutes créatures dussent 
"être franks selon ley de nature, par constitution nequidant et de fait des 
1. homes sont gens et autres créatures enservies (asservies), si corne est de 
Il bestes en parkes, pesons enservés (en réservoir) et oiseaux en cage. 

«Servage de home est une subjetion issuan de si grand antiquité, que 
«nul frank ceppe ne purra estre trové par humaine remembrance 

Il De Sera et de Japhet sont issus les gentiles chrétiens, et de Cham les 
«serfs, que les chrétiens poient (peuvent) donner et vendre si come leur 
Il autre chiitell ' 

«Nota que villeins ne sont mie serfs, car serfs sont dits de garder [ser- 
« rare)... Ceux ne poient rien purchasser (acquérir) fors que al œps [opas] 
Il lour seigniour; ceux ne savent le vespre de quov ils serviront le matin... 
« Ceux poient lour seigniours firger (fustiger), cipper, enprisonner, batre et 
Il chastier à volunté , salve à eux les vies. . . Ceux ne doivent sur ne dédire 
Il lour seigniour tant come ils trovent de quov vivre, ni h nul ne liist estre 
Il resceivor sans le grée de lour seigniour, fors que en félonie, et si ces serfs 
Il tenent ficfs de lour seigniour, est à entendre qu'ils le tiennent de jour en 
ujoui" à la volonté des seigniours 

«Villeins sont cultivors de fiefs '^, demorant en villages, car de vill est 
Il dit villeins, de bourgh bourghois, et de citté cittizens. Et de villeins est 
« mencion fait en la chartre des franchises ou est dit que villein ne soit mie 
Il si grefement amercié que sa gaigneur ne soit a luy sarve (conservée), car 
<i de serfs ne fait- elle mencion pur ceo que ils ount rien en propre à perdre. 
Il Et de villeins sont lours gaignures appelées villeinages. Et notez que ceux 
Il (/ai sont franks et quites de tout servage devenent enservis par contrais faits 
"parenter (entre) seigniour et tenants ^. » 

Nulle part la distinction du serf et du villain n'a été plus nettement établie 
que dans ce passage l'emLs naguère en lumière par M. Edouard Laboulaye '. 
Entre la condition de l'un et de l'autre, la différence est immense. Le pre- 

' Propriété. ' Houard, Traité sur les coutumes anglo-nor- 

- Le nom de fief est donné à toute espèce de manJei. t. IV, p. 076-579 : Tlie Mjrror of justice. 
propriété dans les anciens documents anglais. ' De la condition des femmes au nu>yen âge. 



PROLÉGOMÈNES. cclxxxiii 

mier, espèce d'esclave, sans possession et sans droit, ne sait le malin ce qu'il 
deviendra le soir; comme le caeth cambrien , il a le sort « de bestes en parcs, 
« de poissons en réservoirs et d'oiseaux en cages. » Battu, cippé, emprisonné 
selon le caprice du maître, condamné à ne quitter sa tenure qu'avec la per- 
mission du seigneur, traqué comme bête fauve quand il se sauve, il emporte , 
selon la vive expression de Guy Coquille, «sa servitude attachée à ses os, 
« laquelle ne peut tomber pour secouer. » Au contraire, le viilain, au sujet 
duquel tant de déclamations ont été écrites', est un cultivateur soumis 
sans doute à certaines obligations serviles, mais protégé par la coutume et 
possesseur de sa terre au même titre contractuel que le comte de son comté, 
le baron de sa baronnie, le chcA^nlier de son fief de haubert. En un mot, l'un 
peut être, à la rigueur, réputé le descendant de l'esclave romain, car sa con- 
dition, sans l'Eglise, eût été intolérable - : l'autre n'était qu'un censitaire 
asservi seulement par contrat. 

J'ai dit ailleurs 3 que, depuis le xi° siècle, c'est-à-dire depuis fépoque où 
l'on a coutume de placer l'apogée de la tyrannie féodale, pas une trace de 
servitude ne se peut découvrir dans les cartulaires bretons. Dans un travail 
encore manuscrit, mais qui a été lu, depuis plusieurs années, à la Société 
archéologique d'Ille-etViiaine*, M. de la Borderie a proclamé, de son côté, 
que ses recherches persévérantes dans presque tous les chartriers bretons 
ont eu pour résultat d'établir invinciblement qu'après l'invasion normande, 

' Naguère encore, dans une réunion de pa- remonter à i855, car il m'écrivait do Nantes, 

léograpbes et de savants , on peignait le viilain le ii août i856: On vous a embrouillé 

sous les plus sombres couleurs. L'on a droit de «au sujet de ce que j'ai dit, à Rennes, touchant 

s'en etonnerapreslesbeauxtravausdeMM.de «les serfs et les villains. J'ai soutenu comme 

Savigny, Guérard, Laboulaye, Leluiêrou, Par- «vous, et je crois avoir démontré que, sauf le 

dessus, L. Delisle, etc. «Léon et quelques localités de la Cornouaille, 

- iVl. Wallon a fait ressortir, dans un livre «comme Crozon (je ne connais même que ce 

admirable, l'influence du christianisme sur la «seul exemple en Cornouaille), il n'y a pas eu 

destruction de la servitude. Je ne sache qu'un «de serfs ou mainmortables en Bretagne, après 

seul homme qui ait contesté le fait, c'est M. Li- «le \'' siècle et l'invasion normande Ma 

bri [Histoire des maihématiqacs en Italie, t. II, «principale preuve consiste en ce que dans le.s 

P- 5o8). «titres si nombreux, relatifs à notre province, 

' A. deCourson, Essai sur l'histoire , la langue «auxxi" et xii' siècles, il n'est pas une seule fois 

et les institutions de laBrrtaijnearmoricainr.\oyei «fait mention de serfs ou d'affranchissements 

aussi ce que j'ai dit de la transformation du « de serfs. » Cette preuve, sans réplique en effet, 

servage en villainage au congrès de Redon est celle qu'a fait valoir M. L. Delisle, pour éta- 

[Bitll. arclwol.de l'Assoc.bret. t. \l ,i"\'ivTa'ison, blir que le servage étai éteint en Normandie 

p. 181, ann. 1857). aux xu* et xiii' siècles [Etudes sur lu condition 

'' Ce travail de notre savant compatriote doit de la classe agricole er. Normandie, p. 18 à 25). 

KK. 



ccLxxxiv PROLEGOMENES. 

la condition des ciasses serviles fut complètement transformée en Bretagne. 
Néanmoins tout le monde reconnaît que, à l'extrémité du Pen-ar-bed, c'est- 
à-dire dans le pays de Léon et dans la presqu'île de Crozon, en Cornouaille, 
la servitude de la glèbe survécut <i la révolution opérée dans le reste de la 
péninsule. M. Léopold Delisle, à l'érudition duquel rien n'échappe, m'a 
fait connaître, depuis bien des années déjà, quelques lignes de Guillaume le 
Breton, où l'on voit que, vers la fin du xii" siècle, le servage était en pleine 
vigueur dans le paysde Léon'. Le fait n'est point contestable, en effet, mais 
fexception signalée, loin de détruire nos assertions, les confirme au contraire. 
Quant au régime sous lequel vivait le petit nombre de serfs , taillis ou mottiers, 
du Léon ou de la Cornouaille, voici ce que nous en apprennent les textes : 
Art. 1 /|5. « Mesme en ladicte seigneurie '^, a ledit vicomte des hommes et 
« subjets qu'on appelle serfs de motte , sur lesquels il a le droit que nul 
« d'iceu-x ne peut aller hors demeurer ne prendi-e niansion ailleurs qu'es 
Il dittes mottes, ne leurs enfans pareillement; et s'ils vont ailleurs, et qu'ils 
(c y soient par ledit vicomte ou ses officiers trouvez et appréhendez demeu- 
«rants, ledit vicomte ou ses dits officiers leur peuvent faire mettre le cor- 
ci deau au col et les ramener à leur dite motte , outre leur ordonner punition 
<i corporelle ou pécunielle, à l'arbitrage dudit vicomte. 

1/16. «Et si les dits hommes ont enfans masles qu'ils aient mis à l'es- 
(( colle, ceux ne peuvent avoir ne oblenirtonsure ne privilège de cléricature 
« ne nul ordre de prestrise sans avoir obtenu licence et congé du dit vicomte 
" par lettres patentes. 

1/17. (I Et si les dits enfans font au contraire, ils perdront tout leur bien 
" présent et futur qu'ils ont en la terre du dit vicomte, et seront forbannis 
« d'icelle terre ^. » 

On le voit, rien de commun entre le villainage et ïasement de motte du 
Léon et de la Cornouaille. — Mais pourquoi cette anomalie dans un coin de 
la péninsule armoricaine? Diverses causes ont été données : il a été d'abord 

' «Non niulto post, quidam alius vir nobilis « ha;c dicens, digitis cunctis coxani rustici pren 

"in eadem diœcesi (apud Osismios) mortuiis «didit, et recessit.Vestigiaautem digitorum ap 

capparnit cuidam mancipio suo, sciiicet suo «pamenint diu pos'.ea in coxa ruslici perquin- 

«(jlebœ,el dixit ei ul ex parte ejus dicerel exe- «que loca nigrefacta lurpiter et adusta. » (5eri/)(. 

BCutori testamenti ejus per cuncta signa, ut le- rer.gall. et franc, t. XVII, p. 74.) 
« gâta et eleemosynas suas fideiius dispensaret, - La vicomte de Léon. 

«quia constaliat ei quod ipse, fraudera in liis fa- '' Dom Morice Histoire de Bretagne, t. II, 

«ciens, parlcni sibi non minimam retinebat ; et p. CLXxni. 



PROLEGOMENES. cclxxxv 

parlé de débris de légions romaines qui, concentrées de ce côté, y auraient 
l'ait prévaloir leurs usages; mais nous avons prouvé, croyons nous, que l'as- 
sertion n'a point de fondement. En second lieu, l'on a supposé , et nous avons 
nous-même soutenu cette thèse, qu'après trente années de dévastation delà 
péninsule par les Normands , de grands changements dans l'étal des personnes 
avaient dû s'y opérer. En elTet, les ploas ' étaient restés à peu près déserts 2, et, 
à leur retour de l'étranger, les seigneurs de Bretagne, craignant toujours, se- 
lon le mot de Pierre le Baud ,« que les Normands retournassent àladégaster, » 
durent s'empresser d'accorder toutes sortes de privilèges aux gens de bonne 
volonté, libres ou serfs, qui voulurent bien venir repeupler leurs terres en 
friche. L'explication, l'on ne saurait le contester, paraît on ne peut plus 
vraisemblable. Mais pourquoi le servage, disparu du reste de la Bretagne, 
et même, comme M. Guérard l'a constaté', de plusieurs autres parties de 
la France, se serait-il maintenu dans le LéonP Je me suis demandé, dans 
un premier ouvrage, si, grâce au courage du comte Even, auquel le Car- 
tulaire de Landévénec donne le surnom de Grand *, la population du 
Léon, victorieuse des pirates, n'am'ait pas maintenu ses vieilles coutumes. 
Mais l'hypothèse ne paraît guère admissible lorsqu'on se rappelle l'espèce 
d'ouragan qui s'abattit sur la Bretagne après la mort d'Alain le Grand. Lu 
Chronique de Nantes ne dit-elle pas, d'ailleurs, que princes et mactyerns 

' «Inde pio timoré Normannorum comités «x° siècle, de v('Titabies propriétaires à 

«ac mathiberni dispersi siint per Franciam , «partir de la fin du i,\° siècle le coion et la lide 

«Burgundiam et Aquitaniam. o [Chron. Nann. « deviennent de plus en plus rares dans les docu- 

D. Mor. Pr. t. I, itib.) «ments; et ces deus classes de personnes ne 

^ »... Tota Britanniœ regio in vastam ère- « tardent guère à disparaître. Elles sont en par- 

«mum et solitudinem redacta est...» [Chron. «tie remplacées par celle des colUberli , cfai n'a 

Aann. ap. D. Mor. Pr. t. I , lia.) «pas une longue existence. Le serf, à son tour. 

' Il me semble , contre l'opinion émise , « se montre moins fréquemment , et c est le lillu 

" il y a quelques années, par l'un de nos plus imiis, le rusticas, l'Iiomo potestutis qui lui suc- 

« savants historiens, que l'état des colons et des «cèdent. » (Guérard, Poljptiqae d'Irmhwm, Pro- 

«serfs cultivateurs ne fut pas plus aggi-avé que légomènes, p. 249-250.) 

«celui des grands feudataires par la chute des D'après ces paroles, on voit que la révolution 

«institutions monarchiques, sous les petits-fils que nous avons signalée chez les Bretons s'ac- 

«de Charlemagne. L'état des premiers fut au complit presque partout au ix' siècle; elle fut 

«contraire considérablementaniélioré, de même seulement plus complète et plus générale en 

« que celui des seconds ' De simples posses- Bretagne. 

«seurs qu'ils étaient jadis ils se trouvèrent, au ' D. Mor. Pr. t. 1, 335. 

Après ces déclarations si expresses de M. Guérard , j'avoue que j'ai peine a m'eipliquer les sévérités 
excessives de l'auteur contre Louis le DébonDaire «ce lils malheureux, mais indigne, mais coupable, <|ui ren- 
«versa de fond en comble l'échfice majestueux élevé par son père, etc.» (^'oy. Proléj. p. aoi.) 



ccLxxxvi PROLÉGOMÈNES. 

s'étaient sauvés en Angleterre, en Bourgogne, en Aquitaine, et que les 
pauvres, les laboureurs, étaient seuls restés, sans chefs et sans défense, 
sous le joug des Normands ^ ? 

Mon opinion, si j'étais obligé d'en adopter une aujourd'hui, serait donc 
que la persistance du servage, dans le Léon, doit avoir une cause plus an- 
cienne. Il existait, chez les Bretons de l'île, on l'a vu plus haut, deux sortes 
de servage , l'un conditionnel , fautre perpétuel. Or, comme il n'est nulle- 
ment impossible que le pagus Leonensis ait été régi par ce dernier mode de 
servitude, peut-être faut-il attribuer à sa persistance la continuation, dans le 
Léon et dans un coin de la Cornouaille, d'un régime elTacé partout ailleurs. 
Mais ce n'est là, j'ai hâte de le déclarer, qu'une pure hypothèse, et je recon- 
nais que, dans un travail comme celui-ci, toute conjecture cpi'aucun texte 
n'appuie doit être rigoureusement écartée. 

Avant de clore ce trop long paragraphe, je tiens à dire deux mots d'un 
genre de tenure très-ancienne en Bretagne et qui ne fut probablement 
qu'une sorte de continuation du colonat des anciens Bretons. Il existait, 
dans quelques établissements de fondation antique, sur les domaines des 
abbayes de Bégars et du Relec, dans la commanderie du Paraclet, à la 
Feuillée , en Cornouaille , un asement dit de qaévaise. Quelques légistes bre- 
tons se sont ingéniés à donner les explications les plus excentriques de ce 
mot qui répond exactement à celui de cavagium, clievagium [capitis census, 
capiiatio), et qu'on rencontre, à tout instant, dans les cartulaires et dans 
les polyptyques. La forme chevage, chevaige, se retrouve pourtant jusque 
dans de vieux romans français : 

Et de chevaige quatre deniers donra ". 

Or il est certain que le chevage était le signe du colonat : 
Sers de la tête rendant quatre deniers , 

est- il dit dans le roman d'Ogier ^. J'incline donc à croire que, même après la 
destruction du colonat, une institution à peu près analogue, et, par consé- 
quent, diflérente du villainage, continua d'exister dans les établissements 
religieux désignés plus haut. Voici en quoi consistait cet usement de qaé- 

' «Adversus quos (Normannos) nullas lex, - Le roman d'Aubry, du Gange, nouv. édit. 

inullus dnx, nullascjut dejensor snrrexif. » ( D. t. Il, p. i4i. 

Mor. Pr. t. I, p. 144.) ^ Griinm. D. R. A. p. agg-SSa. 



PROLÉGOMÈNES. cclxxxvu 

vaise dont nous nous sommes occupé dès notre début dans la carrière ', 
mais rapidement, superficiellement, condamné que nous étions à traiter 
de trop de choses dans un espace resserré : 

1. En quévaise, l'homme quévaisier ne peut tenir plus d'un convenant 
sous même seigneurie, sans le consentement exprès du seigneur, au défaut 
duquel consentement l'acceptation de la seconde tenure fait tomber la 
première en commise au profit du seigneur qui en peut disposer à sa vo- 
lonté. 

2. Le détenteur est tenu d'accepter actuellement et en personne la 
tenue en quévaise et la mettre en deu estât, tant à fégard des terres, 
qu'édifices ; et si, par an et jour, il la laisse et cesse d'y demeurer, il en 
demeure privé, et peut le seigneur en disposer. 

3. La tenue quévaisière ne se peut partager, vendre, diviser, échanger 
ny hypothèque!- par le quévaisier, sans l'exprès consentement du seigneur, 
à peine de privation et commise au profit dudit seigneur. 

4. Au seigneur consentant est dû le tiers denier du prix pour recon- 
naissance. 



i>. 



6. L'homme laissant plusieurs enfants légitimes, ie dernier des masies 
succède seul au tout de la tenure, à l'exclusion des autres. 

7. Le décès du détenteur arrivé sans hoirs de corps, la tenure retourne 
en entier au seigneur, à l'exclusion de tous les collatéraux 2. 

Que si Ton compare, maintenant, les dispositions qu'on vient de lire 
avec celles des coutumes cambriennes, on arrive h reconnaître : 1° que le 
quévaisier de l'Armorique, comme le taeog ou {'aillt gallois, était soumis à 
l'impôt de quatre deniers que payait l'ancien colon, c'est-à-dire à la capitation ; 
2° que dans l'usement quévaisier, comme dans les coutumes qui ont trait à 
i'aillt de la tir cyfrif, il était interdit au tenancier de délaisser son domaine 
pour en acquérir un nouveau ; 3' qu'à la mort du quévaisier qui ne laissait pas 
d'héritier, sa tenure retournait au seigneur à l'exclusion des collatéraux, et 

Essai sar l'histoire, la langue et les instna- là , il ait dû subir bien des modiEcations, les 

lions de la Bretagne armoricaine, pur M. Amélien analogies qui! offre avec les coutumes de 

de Courson, Paris, i84o, p. 272 et suiv. Galles sont assez frappantes pour que personne 

' Ibid. p. 404. — Quoique l'usement de ne puisse contester que les mêmes iustitutions 

quévaise n'ait été recueilli qu'à la un du aieut du régner, à certaine époque, dans les deux 

xv' siècle et que, n'ayant pas été écrit jusque- pays. 



ccLxxxviii PROLÉGOMÈNES. 

que, dans l'une et dans l'antre institution , c'était le dernier des enfants qui héri- 
taitdela teniire paternelle^ ; 4° que, nonobstant les tempêtes qui bouleversèrent 
de fond en comble le sol de la Bretagne , depuis la mort d'Alain le Grand jus- 
qu'au retour d'Alain Barbe-Torte ( goy-gSy), quelques coutumes primitives, 
le servage en Léon et dans la presqu'île de Crozon , la quévaisc en quelques 
monastères de la Cornouaillc, de la Domnonée et aussi du Léon, résis- 
tèrent à tous les chocs et ne durent pas être remplacées par le villainage. 

S VI. 
Arts et métiers. 

Il existait dans les monastères, sous la seconde race, et même antérieu- 
rement, nous l'avons aillem's constaté-, des ouvriers de divers états et doués 
d'une grande liabileté de main. Mais, en dehors des communautés reli- 
gieuses , les artisans ne se montraient pas encore, à vrai dire. Dans la première 
série des chartes du Cartulaire de Redon, il n'est parlé qu'une seule fois, 
en effet, d'un homme de métier [Carantcar faber^). Mais après la grande 
rénovation qui suivit les invasions normandes, lorsque, l'an looo accom- 
pli, les hommes se remirent en quelque sorte à vivre, les corporations d'ar- 
tisans s'établirent dans les anciennes cités dont on relevait les ruines et dans 
les villes nouvelles qui se fondaient en assez grand nombre. AlTranchies du 
servage qui avait pesé sur elles , les classes inférieures en vinrent bientôt à 
vouloir se sou.straire à toute espèce de chnrges. Un jour, à Redon, vers 
1 060 , le commun des habitants de la ville [ralgus totius villœ) refuse de payer 
aucune espèce d'impôt aux religieux de Saint-Sauveur, et ceux-ci sont forcés 
d'en appeler à la justice ducale. Dans le jugement rendu par le prince, il 
est fait mention du corps des drapiers, lesquels devaient, en acquittant cer- 
taines redevances, le jour de Noël, offrir en même temps une tunique à 

' L'article 17 de la Coutume de Rohan dit ' Voy. p. lxvi-lxviii. 

aussi: « En succession directe des père et mère, ' Charlul. Roton. p. 5i et 2i5,ann. 8i8. Ce 

«le fils juveigneur et dernier né desdits tenan- Carantcar se rend acquéreur du domaine de 

«ciers succède au tout de ladite tenue et exclut Ranscaman Baih, avec un colon et d'autres te- 

(iles autres soit fils ou filles, n (Voy. l'usement nauciers nommés heredes. (Voir ce qui a été dit 

de Roban dans l'ouvrage cité plus haut, plushaut des privilèges accordés aux forgerons, 

p. i86. ) L'usement de Rohan s'appelait an- chei les Gallois.) 
ciennement la quévaise de Rohan. 



PROLEGOMENES. cclxxxlv 

l'abbé de Redon. Des cordonniers en divers genres [cordones, salures vemecain), 
des selliers et des bourreliers [sellarii et loru facicnks) sont aussi désignés 
dans le même document, avec indication des redevances auxquelles ils 
étaient assujettis'. Viennent ensuite des ouvriers en fer, ferrarii (taillan- 
diers, couteliers, etc.)'; 

Des charpentiers, carpeiiiarii , qui s'occupaient aussi de toutes sortes 
d'ouvrages de menuiserie^; 

Des charrons, carrarii', nommés ailleurs carroni, conditores <juadriga- 
rani -' ; 

Des maçons, tailleurs de pierre, etc. cemenlarii^ ou minteriP, d'où le 
nom de famille Le Mintier, Le Maçon ; 

Des drapiers, draperii^, qui pannus vendunl'-'; 

Des meuniers, molendinarii^"; 

Des cuisiniers, cor/u("; 

Des bouchers, carnifices ^"^ ; 

Des boulangers, pislores '^; 

Des bouviers ou boviers^''; 

Des métayers ou fermiers, medietarii , meditarii^^; 

Des chasseurs ou veneurs , venatores ". 

Parmi les personnes vouées aux professions libérales , nous notons des 
grammairiens. grajnm(itici^\ qui enseignaient les belles-lettres, un médecin, 
medicus, lequel s'était fait moine dans l'abbaye de Redon en ii33'*, et 
un mime, inimiis, dont nous ne pouvons déterminer exactement la con- 
dition ". 

Nous ferons observer, en terminant, que les artisans ou gens de pro- 
fession, cités plus haut, api)artenaient tous à la classe des hommes libres, 
et qu'ils figurent comme témoins dans les chartes du Cartulaire-**. 



' Chartul. Hoton. p. 270, 383-384. 
- Ihiil. p. 267, 329. 
^ Ibid. p. 268-270. 
' Ibid. p. 267, 329. 

^ Guérard, Curt. de Saint-Père de Chartres, 
p. 58o. 

* Chartul. Roton. p. 260, 33o. 
' Ibid. p. 348. 

* Ibid. p. 236. 

' Ibid. p. 383-384. 2» Ibid. p. 268, 270, 276, 290. 

"• Ibid. p. 28C. 338 



' Chartul. Roton, p. 3oo, 3o.5. 
- Ibid, p. 290. 
' Ibid. p. 260. 
* ftW.p. 345. 
' Ibid. p. 267, 270, 3o4. 
<• Ibid. p. 3i5, 335. 
' Ibid. p. 243,308,329. 
' Ibid. p. 096. 
Ibid. p. 287. 



I.L 



ccxc PROLEGOMENES. 

S VII. 
Officiers civils. 

La plupart des dignités de l'ordre civil sont mentionnées dans noire Car- 
tulaire. Parmi les officiers attachés au service des rois, des princes, des 
comtes, etc. nous citerons , en première ligne, l'intendant du palais, dispen- 
sator. Cet officier occupait, sous le nom de deysteyn, \c troisième rang à la 
cour des rois cambriens ^ Ses privilèges étaient considérables, et il est 
dit dans lo code de Démétie, qu'en l'absence du brenin, c'était au deysteyn 
qu'appartenait la mission de faire respecter les privilèges du palais ^. 

Nous retrouvons dans notre Cartulaire le même office de cour, et ce qui 
prouve son importance, c'est qu'il est occupé par un comte de Vannes, par 
Pascwelen, le gendre du roi Salomon '. 

Plus tard, cette charge échangea son nom antique contre celui de despeti- 
sier, de majordome, de dapifer, de sencscalciu ' . 

Il est fait mention, dans une charte de 868, du chef des écuries royales 
de Saiomon, stabularius Salomonis^. Le mot stabalariiut est la traduction 
latine du breton penncjwastrawt , qui signifie littéralement : chef des palefre- 
niers , capui , prœfectus cqiiisonum ^. 

L'office de maer ou de mair, en latin major, était rempli, chez les Bretons 
insulaires, par un homme de condition servile. Des douze manoirs dont 
se conijjosait chaque commote, il y en avait un affecté au maer'', lequel avait 
pour mission de faire le partage des terres serviles entre les colons *, et de 
veiller à la bonne administration des tenures. A ce titre, divers profits lui 
étaient assurés de la part des villani'', mais il ne devait rien prélever sur 
les hommes libres'". 

' Ancicnt laifs nf ffaks, t. I . p. 1, § 3 , et ' Âncicnt law> of IVales, t. I , p. 4 . S , et 

p. i8, § 1, 2, 3, /). p. 28, S I, 2, 3, .'i, 5. 

' « He is lo maintain the privilège of the pa- ' Ibid. p. 188, § i4. Le maer, u'ctanl pas de 

«iaceinthe absence of tlie king. » [Ancient laws condition libre, ne pouvait être chef de clan. 

nf fVales, t. I , p. 364 , S 25 , trad. par Owen. ) ( Ibid. p. 692 , § 8. ) 

^ Charlul. Rolon. p. 207. Le copiste qui a ' Ibid. p. 168, S 6, et p. i 70. S 7. 
transcrit cette charte a lu Belslon au lieu de ' Ibid. p. i88,§ 1, 2,3, 4, 5, 6. 
Destôn [Deystcjii). '» Ibid. p. 488, S 2 : «Neither maer 

' Ibid. p. 239, 25o. 262, 324. 383, Bgo. «shall bave progress or quarters upon a free 



Ibid. 



p- 172. nman. » 



PROLÉGOMÈNES. ccxci 

Le Cartidaire de Redon, on doit le comprendre, n'indique pas, avec la 
même précision que les codes cambriens, les divers privilèges et attribu- 
tions des maer armoricains; mais on y voit qu'un de ces villici était placé 
dans chaque pluii\ et qu'il y pouvait prélever des redevances sur certaines 
tenures -. 

Nous avons établi que, sous les Carlovingiens , la division par centaines 
fut un moment établie dans la Bretagne. Il y avait, en ellet, dans la paroisse 
de Molac, en 8àg, un officier portant le titre de centurion 

Dans des actes postérieurs au x' siècle, figurent l'échanson, pincerna'', bu- 
lellarias'^; le viguier, vicarius^; l'avoué, advocatas "^ ; le percepteur des droits 
de péage, tetonarius^; fécuyer, cliens, armiger, e(faes'^\ le sergent, .«ery/ens'"; 
le collecteur des dîmes, decimaior^K 

S VIII. 
Officiers ecclésiastiques. 

Dans les cinq diocèses où les moines de Redon possédaient des biens, il 
y avait, sous l'autorité des évêques, des archidiacres i'^ des chanoines l^ des 
chantres •*, des doyens ruraux ^^, des chanceliers '*', des écolàtres ou maîtres 
d'école '■', des trésoriers '*. 

La plupart des offices institués dans les églises épiscopales se retrouvaient 
naturellement dans les abbayes. Soumis, dès l'origine, à la règle de saint 
Benoît, le monastère de Saint-Sauveur de Redon était gouverné par un 
abbé librement choisi par les moines. 

' Charlul. Boton. p. 217 : oHowori mair in '" Ckartul. Roton. p. 260. 

«plèbe Catoc.» «Cumiau major Size plebis " /tu/, p. 267. 

[Ibid. p. 36o). «Eppo major in Camliciaco. » '^ Ibid.p. 233, 249, 25i, 255, 262, 3oo, 

{Ihid. p. 353; et cf. p. 202, 228, 325.) 33o, 348, 35i. 

* Ihid. p. 210. 13 Ibid. p. 299, 38 1. 
' Ibid. p. 2o3. 14 Ibid. p. 33o. 

* ftiJ. p. 32 2. "■Ibid. p. 86, i46, 147,163, 211, 223, 
= Ibid. p. 237, 248. 324, 225, 226, 229, 23o, 25o, 263, 28r, 
" Ibid. p. 234, 236, 287, 248, 25o, 256, 291, 307, 3o8, 322, 329, 33o. 

267,314,335. " AiU p. 233,383. 

' /fc»/.p. 270. 1' /iid. p. 243, 291,308,351. 

« Ibid. p. 317, 320, 33o. 1» Ibid. p. 249. 
« Ibid. p. 253, 267. 268,3.6. 



ccxcii PROLEGOMENES. 

Le premier dignitaire, après l'abbé, se nommait prœpositas ou prévôt. 
Leuhemc! , le premier, exerça cette charge auprès de saint Conwoion , et il 
ressort de la vie de ce saint personnage que son adjoint avait, en grande 
partie, la direction des affaires matérielles de la communauté. Outre le 
prœpositas ou prévôt de l'intérieur, il y avait des prieurs ou prévôts chargés 
d'administrer, au dehors, de petits monastères appelés cellœ , et, plus tard, 
obedieiitiœ , prioratas^. 

Les autres officiers monastiques, à Redon, étaient le cellerier, cellarins - ; 
le gardien des reliques, ciistos reliquiaram^; l'aumônier, eleemosynarias , 
lequel présidait aux distributions faites aux malheureux et avait la direction 
de Yhospilale paiipemm* ; enfin, le portier, ostiarias^\ qui gardait la porte 
du couvent. 



CHAPITRE IX. 



s I". 

De la condition des terres. 

Les érudits du dernier siècle ne voulaient pas qu'aucune règle eût pré- 
sidé, dans les sociétés naissantes, au partage des biens. En ces temps primi- 
tifs, croyait-on, la terre appartenait au premier occupant, et le droit de la 
force régnait seul parmi les hommes à demi sauvages. 

Cette opinion est complètement démentie par fhistoire. 

Des textes formels de César et de Tacite , d'antiques coutumes germaines 
et bretonnes, attestent, en effet, que les nations, aux époques les plus re- 
culées, ne se partageaient pas arbitrairement le sol sur lequel elles devaient 
plus ou moins longtemps séjourner. » C'étaient, dit César, les magistrats et 
"les princes de chaque peuplade qui, réunis en assemblée, assignaient aux 

' Chartul. Roton. p. 287, 2io, 248, 260, ■" Chartul. Roton.p. 867, 368. 

261, 266, 294, 298, 3o3 , 3o8, 3ro, 3i4, ' Ihid.p. 182; cf. D. Mor. K(« 5. Coniooiom, 

320,329,330,335.336,338. Pr. t. I , col. 246. 

' Ibid. p. 220. ' Chartul. Roton. p. 111. 



PROLÉGOMÈNES. ccxcm 

I familles germaines leur portion de territoire '. » Tacite, cent ans plus tard , 
tenait à peu près le même langage : « Les campagnes , dit-il , sont suoccssi- 
vement occupées par les tribus, on raison de la population {pro numéro cnl- 
i; toruin), après quoi l'on distribue un lot à cbaque cultivateur'-. » 

Chez les anciens Bretons, les choses ne se passaient pas autrement. Les 
coutumes recueillies par Hoël le Bon, vers 9/10, ont conservé plus d'une 
trace de cette répartition primitive de la terre entre les tribus et les familles : 
" Les frères se partagent ainsi le sol : quatre erws sont attribués à chaque 
<• tyddvn ou domaine. A la vérité, Bleddyn, fds de Cynvyn, modifia cet usage 
«afin que l'achelwr, ou homme libre, eût douze erivs, le mab-aillt huit, et 
« le tenancier inférieur quatre; cependant il est plus ordinaire que le tyddyn 
l' se compose de quatre envs ^. » 

On verra tout à fheure que, dans l'Armorique, les Bretons se distribuè- 
rent avec non moins de régularité le territoire qu'ils venaient d'occuper. 

Les terres ainsi morcelées n'étaient point des propriétés privées dans le 
sens absolu du mot : elles appartenaient, en effet, moins à l'individu qu'à 
la famille, et restaient sous la dépendance de la communauté. C'est ce 
qu'attestent les charges diverses qui grevaient ces biens, comme, par 
exemple, l'obligation imposée aux possesseurs de porter les armes pour la 
défense commune; f interdiction de vendre aucune terre sans autorisation 
du prince''; enfin la prescription d'après laquelle tout domaine sans maître 
devait faire retour au roi réputé, le représentant de la société générale ■'. 

Cette organisation de la terre une fois admise, — et tout le monde la 
doit admettre, car elle est incontestable, — le caractère politique du régime 
féodal s'explique facilement : il n'y faut point voir une institution née, 
comme par hasard, après la mort de Charlemagne, mais un fait naturel 
amené par la force des choses. La société ayant besoin d'être défendue 
contre les attaques du dedans et du dehors, la terre ne pouvait, cela se 
conçoit facilement, appartenir qu'à des hommes de race libre, jouissant de 

' «... Nequc quis([uani agii modum ccrtum « per vices occupantur, quos mox inter se secan- 

tàtque fines habel proprios, sed mayistratus et «dam dignationem partiuntur; facilitalem par- 

«principes gentibus cognatioiiibiisqne homi- « ticndi camporum spatia prœstanl. Arva per 

«num, qui iina coierunt, quantum et qiio locf «annos mutant et siiperest agei.» (Tacit. Ger- 

nvisam est, agri attribuant, atque anno post man. x.wi.) 

• alio transire cogunt. » (Ca>s. de Bell. gall. VI, ^ Ancient laws oj Wales , I. I, p. 166, S i. 

lïii ) ' Ibid. p. 1 80, S 18. 

'' «Agri pro numéro cultorum ab universis '- Ibid. p. 202, S 9. 



ccxciv PROLÉGOMÈNES. 

tous les droits de cité, et capables de défendre, i'épée à la main, leurs biens, 
leur personne, la société. La propriété était donc, de fait, pour l'individu, 
le signe et la condition de la liberté; elle lui donnait une signification poli- 
tique; elle faisait de lui un civis optimo jure. Or de ce caractère de la terre 
indépendante découlaient les conséquences que voici : 

r L'homme de race non libre, la femme, ne pouvaient posséder la terre'; 

2° Cette terre ne devait être aliénée, à aucun titre, sans le consente- 
ment dos héritiers et des proches parents; 

o" La terre appartenait, sans aucune restriction, au propriétaire; il y 
était souverain, puisque personnes et choses se trouvaient dans sa main. 

Dom Lobineau suppose que, débarqués en Armorique , les tyerns qui 
venaient, avec les débris de leurs clans vaincus, y fonder une nouvelle pa- 
trie, partagèrent le sol presque désert de la péninsule^ entre leurs compa- 
gnons d'exil et les rares habitants qu'y avaient laissés l'esclavage, le fisc et les 
pirates saxons'. Chaque plou eut un chef, ou mactyern, autour duquel se 
groupèrent les fugitifs que chaque victoire des Anglo-Saxons faisait afïluer de 
ce côté-ci du détroit. Ces nouveaux venus devinrent, selon l'occurrence, 
ies vassaux ou les tenanciers des compatriotes qui les avaient précédés. 
Quelques-uns, comme Harthec l'exilé [honio transmarinus)'^, se trouvant 
assez riches pour acheter des domaines considérables aux petits souverains 
du pays, se placèrent sous leur recommandation, et, devenus des seigneurs 
de fiefs, ils recherchèrent, à leur tour, des vassaux capables de ies défendre. 
De là l'origine des arrière-fiefs soumis aux mêmes obligations que les fiefs 
primitifs. 

La société organisée de la sorte, et, pour ainsi dire, étagée de la base au 
sommet, les princes et les seigneurs durent aviser aux moyens de transfor- 
mer en guérets une partie de leuis friches et de leurs broussailles. Dans ce 

' La femme et l'homme qui n'avaient pas de ^ Nous avons établi, dans plusieurs passages 

terre ne pouvaient remplir, selon la loi cam- de ces prolëgomènes, l'état de dépopulation de 

brienne, aucune espèce d'office, «n'étant pas la Gaule, et tout particulièrement de l'Armorique, 

« appelés à porter I'épée et à répondre à l'appel sous les derniers empereurs. M. de La Borderie , 

« de la trompette. « On lit dans ce même para- dans son Annuaire historique de Bretagne , pour 

graphe : »Qui ne possède pas de terre ne doit 1860, a rassemblé des textes empruntés à divers 

opas se servir de I'épée, puisqu'il n'a pas de légendaires, pour prouver que cette dépopula- 

oterre à défendre; il n'est pas juste, en effet, tion, constatée par les lois impériales, ne fit que 

n qu'on perde la vie ou l'un de ses membres s'accroître durant les invasions barbares, 
npoiir le compte d'autrui. » [Ancienl luws of ^ Voyez plus haut, p. xii et suiv. 

PFales, t. Il, 1. XIII, p. 563, S ■>ili.) " Voyez plus haut, p. Lsxxix. 



PROLÉGOMÈNES. ccxcv 

but, ils divisèrent leur propriété en deux parties : l'une forma le domaine 
propre du possesseur de fief ; l'autre fut distribuée à des colons, à des cen- 
sitaires, qui l'exploitèrent à des conditions plus ou moins onéreuses. Il 
résulta de cette organisation deux sortes de biens : les ims placés entre les 
mains des seigneurs, et qui, pour cette raison, étaient réputés nobles; les 
autres, confiés à des servi, à des coloni, et qu'on tenait, à cause de cela, 
pour serviles. 

Nous avons établi plus haut que mœurs, langue, institutions civiles et 
religieuses, tout, dans la Bretagne proprement dite, avait été importé par 
les fugitifs des v' et vf siècles. Les pages qu'on va lire fourniront de nou- 
velles preuves ii l'appui de notre thèse. 

.S II. 

De l'alleu. 

S'il faut en croire le savant germaniste Grimm , le mot alodis dériverait de 
al, tout, entier, et de od, bien (mère proprium). C'est dans ce sens, en 
elTet, qu'on opposait l'alleu aux acquêts'. Mais le mot fut appliqué, plus 
tard, à toute terre possédée en |)ropre par héritage, par achat ou par do- 
nation -. 

Selon le jurisconsulte Eichhorn, l'alleu était, primitivement, la propriété 
de l'homme libre, qui, roi dans son manoir, chef, juge de ses vassaux. 
maître de ses fiefs, ne relevait, comme on l'a dit ensuite, que de Dieu et 
de son épée. Cette indépendance de Vallea est exprimée, dans deux de nos 
actes bretons , en termes des plus expressifs : 

<; La charte suivante a pour but de faire connaître et de transmettre à l'avenir 
«. qu'un homme nommé VVrwelet vint demander au mactiern Jarnhitin un 
>' asile où il put faire pénitence de ses péchés; et, en effet, le mactiern lui 
>' concéda le lieu de Rosgal, qui s'appelait aussi Botgarth. Mais, Wrvvelet étant 
• mort, Worworet, son fils, s'en vint à Lisbedu, apportant avec lui deux 
«flacons d'excellent vin, et là, sur sa requête, Jarnhitin, en qualité de 
prince héréditaire de Pleucadeuc , lui donna licence de défricher, dans la 

' «Tamdealodequam decomparato. » (Blé- 99, 101. 116, 117. i23, 127, 128, i32, 

quigny, Testant. Amaljridi, ann. 685 , p. 3o2.) 1 33 , etc. 

- Chartttl. i?o(on. p. i5 , 3i, 82 , 34, 39, 4-, 



ccxcvi PROLEGOMENES. 

'■ forêl voisine de Lisbedu, autant de terrain qu'il pourrait, et d'y vivre aussi 
('indépendant qu'un ermite au désert, où Dieu seul commande en sou- 
u verain'. » 

Ailleurs, un Breton de la paroisse de Gillac, ayant nom Wenerdon , vend 
au prêtre Sulcomin le domaine de Tonouloscan, et, dans l'acte, qui porte 
la date de 8I12 , le vendeur déclare qu'il livre sa terre libre de toute espèce 
de servitude , telle qu'une île située au milieu des mers : « dédit istam terram 
«pro isto pretio, sicut de transmare super scapulas suas in sacco suo detu- 
I. lisset, et sicut insala in mare, sine fine, sine commutatione, sine jubeleo 
«anno, sine exactore satrapaque, sine censu et sine tributo alicui homini 
Cl sub cœlo '-. » 

Assurément, la terre libre, indépendante, ne saurait être plus nettement 
définie. Et cependant, chez les Bretons, nous l'avons déjà fait obsei'vcr, 
cette terre libre n'était pas, elle-même, exempte de toute espèce d'impôt. 
En eiïipt, dans l'acte rapporté ci-dessus, une réserve est nettement stipulée : 
"(dédit istam terram) sine censu et sine tributo alicui homini sub cœlo, 
vprœtev censuni régis. » Tout domaine libre, en Arniorique, était donc sou- 
mis à un impôt royal. C'est ainsi que, dans la Cambrie, les manoirs libres 
étaient assujettis à payer au brenin , chaque année, un impôt d'une livre 
d'argent'. Mais ce n'est pas tout ; l'indépendance de l'alleu armoricain su- 
bissait d autres restrictions encore : 

<i La fin du monde approchant, etc. moi, Osti'oberte, et aussi VVandre- 
«fi^ed, mon époux, nous avons donne et donnons aux moines qui servent 
'(Dieu et professent la règle de saint Benoît dans l'abbaye de Redon, les 
(( alleux dont nous sommes possesseurs en Cournon , sur la rivière de Cher...* 
I' et ces alleux nous nous en sommes dessaisis sous l'autorité et avec la per- 
« mission du glorieux prince Salomon ^. » 

On le voit donc, ces alleux eux-mêmes n'étaient, en réalité, que des 
fiefs, puisqu'il fallait l'autorisation du roi pour les transmettre par dona- 
tion. Cette coutume, au surplus, n'est, comme tant d'autres, qu'une sorte de 
dérivation des antiques lois de l'ile de Bretagne, car on lit dans le recueil 
d'Hoël le Bon les paroles suivantes : 

' Chariul. Roton. p. 217. ann. circiter 820. ' Cette paroisse a été détruite par les Nor- 

^ Ihid. p. io3. mands. 

■' Ancienl laws oj fVales, t. I, p. 188, S 1 à * Ckartul. Roton. p. 4Ô. — Cf. Ancient laus 

et 1.5. offFales, t. l, p. iSo,i 18. 



PROLÉGOMÈNES. ccxcvn 

(I II est interdit de vendre ou d'engager une terre sans l'autorisation de 
« l'arijlwydd ou seigneur supérieur de la contrée '. » 

S III 
Des hereditates. — Des bénéfices. — De la précaire. 

1 . J'ai prouvé plus haut que les hereditates du Cartulaire de Redon 
étaient tout simplement des bénéfices héréditaires. Ce n'est point à dire, 
toutefois, qu'il n'y eût, au ix" siècle, que ce genre de bénéfices en Bre- 
tagne. Nous voyons en effet, vers 863, saint Conwoion donner en bénéfice 
à Wrwelen la parcelle de terre nommée Ranjarnoc; et, dans l'acte de con- 
cession, il est dit que quatre fidéjusseurs furent choisis afin d'attester, dans 
l'occasion , que la terre n'était point une hérédité, mais bien un bénéfice 
dont fabbé de Redon pouvait disposer à sa guise ". 

2. M. Guérard , dans ses savants prolégomènes sur le Polyptyque d'irminon , 
fait observer que rien, dans les concessions bénéficiaires qu'il a eu l'occa- 
sion d'examiner, ne sent la seigneurie ou ce qu'on nomma plus tard le fief. 
« H ne faudrait pas croire, ajoute le docte écrivain , que les bénéfices étaient, 
(I dès f origine, ce qu'ils furent au x" siècle^. » J'avoue que, a priori, j'ai tou- 
jours pensé, comme M. Laboulaye **, que les faits ne se prêtent pas aux 
révolutions successives imaginées par certains jurisconsultes. Il me semble 
que, dès le principe, le bénéfice «sentait la seigneurie,» et que, le plus 
ordinairement, il ne se renfermait pas dans le simple exercice de la propriété. 
Au surplus, en supposant que l'observation des savants dont je parle fût 
fondée en ce qui concerne la France, il est certain qu'en Bretagne l'obli- 
gation féodale se rencontre dans les concessions bénéficiaires les plus an- 
ciennes^. 

3. On appelait précaire, au moyen âge, toute concession viagère des 
biens de l'Eglise, soit qu'on recommandât sa propriété et qu'on la reprît 

' Ny dyly nep gwerthu lyr nai brydau heb Occident, p. 387. — » Il me semble, ajoute le 

gannyat argluyt, etc. {Ancient lims ofJVales, savant jurisconsulte, que pour rhisloire des 

t. I, p. 180, § 18.) bénéfices on s'est trop facilement contenté 

' Chartul. Roton. p. 5o. Cf. p. 72. d'une étude superficielle des mots, sans aller 

' Guérard, Poljptyciue d'irminon, Prolégo- au fond même des choses.» — Rien n'est plus 

mènes, p. 5 10. vrai. 

' E. Laboulaye, Histoire de ta propriété en ^ Chartul. Roton. p. 172. 



ccxcviii PROLÉGOMÈNES. 

seulement en usufruit, soit que l'Eglise joignît une donation à la propriété 
qu'elle rendait en usufruit. 

On sait que la durée du précaire était déterminée , cl qu'elle se bornait 
d'ordinaire à la vie du preneur et à celle de sa femme, s'il était marié'. Il 
n'était pas rare, cependant, que des donateurs réservassent le précaire à 
leurs descendants, avec obligation de payer la redevance à laquelle ils étaient 
eux-mêmes assujettis -. 

S IV. 

Des (lilTérentes espèces de biens. — La manse, le ran, le tigran, la vilia (ker), 

le bol, la villaris, etc. 

Les manses dont il est parlé dans le Carlulairc de Redon étaient situés 
dans les diocèses de Vannes, de Saint-Malo et de Nantes^. On appelait 
manse tantôt l'habitation toute seule*, tantôt le domaine avec la maison et 
les autres bâtiments nécessaires à une exploitation rurale ''. 

M. Guérard, dont les savantes investigations ont épuisé la matière*, a dit 
que le manse , chez les Germains, était « l'élément constitutif de la propriété 
«et de la possession''.» Rien n'est plus vrai. Chez les anciennes peuplades 
de la Germanie, comme parmi celles de la Scandinavie et de la Bretagne, 
c'étaient les princps et les magistrats qui distribuaient aux associations de 
familles (gentibus, cognationibusque bomiuiim) le terrain qu'elles devaient 
cultiver''. Or, il semble résulter de recherches assez approfondies sur les 
institutions des anciennes tribus européennes, que, dans chacune de ces 
tribus, l'bonime libre recevait un petit domaine d'une étendue détermi- 
née. Notre du Gange, auquel rien n'échappait, pour ainsi dire, a inséré les 
lignes suivantes dans son immortel Glossaire : «Boei., — Andréas Suenonis 



'O' 



' Canciani, t. II, p. 432. tmaiisis et manentibusi [ibiJ. p. 7; cf. p. i65, 

' Charial. Roton. p. 36 , 106, 111, iii, 'vM' 

122, 1G9, 170 , etc. ^ . . . Vendidi.. . mansum meum cum cas- 

' Ibid. p. 5, 6, 7, 26, 32, 105,174, 177, «sis et xdificiis, cum omni supraposito in se 

igg. «liabente, tam terris, etc.» [Ibid. p. 26.) 

* • . . . Villa juris mei.. . cum manso etaliis «... Vendidi... mansum meum cum toto îedi- 

• mansiunculis t [CJiarl. lioton. p. 5). «... Ti- «Ccio suo.» [Ibid. p. 177.) 

«gran Botlouuernoc et couuenran quae vocatur ' Guérard, Polyptyque d'Irminon, Prolégo- 

«Rangleumin, cum manentibus et mansibusv mènes, p. 577-61 2. 

[ibiJ. p. 6). «Villa quae vocatur Uuiniau cum ' Ibid. p, Goi. 



PROLEGOMENES. ccxcix 

M archiepiscopus Liindensis 1. IV, Lecjum Scaniœ cap. i : Cujus dimensione tota 
n villa in (['(jiiulcs rediçjilur porliunes , quas materna lingtia vulcjariter bocl appel- 
«lani, et nos in latino sermone mansos possumas appellare , earumfundis intcr 
" se, prœdiisqne inler se,fundis ipsis adjaccntibus adœquandis '. » 

Il y a tout lieu de croire cjuc priiuitivement ce boel Scandinave ébit, 
comme le manse germain et le ran des Bretons, la portion de terre alFectée 
à l'homme libre. Aussi M. Guérard est il pleinement dans le vrai lorsqu'il 
conjecture que, à l'origine, tous les manses durent être de même nature, 
chez les Francs, c'est-à-dire ingenuiles^. 

Ou a prétendu que la contenance des manses était, très-anciennement, de 
douze bonniers^. Telle n'est pas l'opinion de M. Guérard; mais, quoi qu'il 
en puisse être, nous ferons remarquer que, d'après un manuscrit du 
xi' siècle*, la quantité de froment nécessaire pour ensemencer un bonnier 
était la même que celle qu'on jetait sur le ran armoricain^, c'est-à-diie de 
quatre modii ^. 

Les mots villa, tigran, cowenran, bot, virgada '', lesquels sont souvent subs- 
titués, dans les chartes, au mot ran, indiquaient une tcnure à peu près ana- 
logue *. 

On appelait villares ou villalœ des domaines de moindre étendue^. 



' Du Cange , édit. Didot , 1. 1, p. 7 1 1 , v° Boel. 
— Cf. Ibrii, Glossur. Sueo. Golh. v. I, col. 220 : 
« Danis boe, Iiabilare. » — Voy. M. Edclstand 
Duniéril, dans son Diction, du patois normand. 

' Guérard, Polyptyque d'Irniinon, Prolégo- 
mènes, p. 584. 

' Voir la Tliéorie des lois politiques de la 
monarchie française, par M"' de Lézardifcre, 
t. II, p. 11, p. 1,1. JII.c. VII.—- Cf. Guérard, 
Polyptyque, Prolégomènes , p. 608-609. Ces 
manses ecclésiastiques contenaient, en géné- 
ral, douze bonniers. 

' «Consuetudine vulgari unus bonnariusse- 
trilur frumenti modiis IV, sed minoris; de sili- 
• gine tribus, de spelta X, de avena vi, etc. • 
(Ms. de la Bibl. imp. Saint-Germ. lat. log'i, 
r i3o.) 

' Cliartnl. Roton. p. 3o , ii , /19 , 5i, î)2 , 53, 
1 1 3 , 1 17, 1 18, 122, i3i, i34 , etc. 

' Il y a aussi quelques rans de viii modii de 
brace (Charlul. flofon. p. g, 36, 119. 2o5). 



' «Tradidit Catluiant filium suum. . . et dc- 
«dit cum eo rirgadam terra; quœ appellatur 

• Clienciulac, quœ alio nomine nuucunatur 
«fiurt Conmorin, et aliam poiliunculam qua; 
«dicitur Ran-Hinwal.t [Charlul. Boton. p. 22.) 

— «Donavit Relhwobrl m virgadas qua; sic 
nnominanlur : Ran Ilaelmonoc, Ran Anaumo- 
« noc, Ran TreLan. » (7i>id. p. 137.) 

' i Villa Winiau et Ran Winiau.t [Chartul. 
n Roton. p. 7 et 8. ) — » Villa quîe vocalur Ran- 
acarvan, in Ploilun. [Ibid. p. 64.) — Ran qua; 
« vocatur Bolhgeilet et aliam villam qua; nuncu- 
r patur, etc. • [Ibid.yi. 122.) — Dedi eis mona- 
ichis (Ego Riwalt) tiyran Dot Lowernoe et con- 
«uifnran qua; vocatur iianGlcumin. » (Ibid. p. 6.) 

— e Dédit Urnioed tii/ran Ran Alarac, etc.i 
( Ibid. p. 4 1 .) — « Uedit Comallcar alodum suum , 

• id est Ran-Rianicar. » [Ibid. p. 43.) 

' Chartul. Roton. p. 3;, 63, 77, 1 2 1 . 1 24 , 
■ 33, i5o, 172. 



CGC PROLÉGOMÈNES. 

Le monosyllabe ker, qui entre en composition dans un si grand nombre 
de noms de lieux, cbez les Bretons, s'appliquait primitivement à une de- 
meure fortifiée ' ; mais plus tard le mot fut employé pour désigner indis- 
linctement un château, un petit manoir, une simple métairie. 

La tenure à moitié [mcdielas) ne paraît avoir pris de l'extension en 
Bretagne qu'après l'expulsion des Normands; c'est alors, en effet, qu'on 
voit les mediciarii'^, les villani^, les accolœ, les ruricolœ^, remplacer dans les 
actes les servi, les coloni, les hcredes. 

Dans les diverses tenures que nous venons d'indiquer il y avait : 

1° Des forêts [coet, cran) dont les seigneurs concédaient souvent des por- 
tions assez considérables à leurs vassaux^; 

2° Des vignes qui occupaient en Bretagne une plus vaste étendue 
qu'aujourd'hui ^; 

3° Des plantations de pommiers {pomariay dont les fruits ne furent pour- 
tant employés qu'assez tard à faire du cidre ^-j 

li° Des vergers où s'élevaient diverses sortes d'arbres fruitiers, viridaria^; 

5° Des futaies d'aunes et de hêtres, verneta ^°, fagineta "; 

6° Des prairies et des pacages, prata, pascaa (en breton loch), qu'arro- 
saient de nombreux cours d'eau ^^-j 

l" Des jardins [horû) destinés principalement à la culture des légumes, 
des racines et des herbes à l'usage de l'homme'^; 

8° Des culturœ, champs où l'on récoltait des céréales '*; 

9° Desbordages, borderiœ^^; 



' Ciier, murus, oppidum, urbs (Davies). 
( Voy. Chartul. Rolon. p. igS, 242, 327.) 
-■ Cliurtul. lioton. p. 267, 270, Soi, 3 19, 



Ibul 



23g. 
S, 217. 
70, 107 



i58, i(ii, 383, 



' Ihid. p. 119, 

' Ibul. p. ) 3 , 8 

» Ibid. p. 33, 
289, etc. 

' Ibid. p. 35. 

' M. L. Delisle cite un passage de la Vie de 
saint Guénolé d'oii il résulte que l'usage du 
cidre était pour les moines une preuve d'austé- 
rité et de mortification. [Études sur la condition 
de la classe agricole, p. /171.I Des vers de Bau- 



dri de Bourgueil attestent qu'à la fin duxi'sif;cle 
la biërc était encore la boisson ordinaire des 
Normands. (ftiJ.p.i7g,n. 60.) Dans une charte 
de notre Cartulaire (ann. 1062, p. 383) il est 
parlé d'hydromel, de cervoise, de vin aroma- 
tisé [pigmcntum] ; mais de cidre, pas un mol. 

' CharluL Roton. p. 265. 

'" Ibid. p. la, 1 19, 120. 

" Ibid. p. 92. 

" Dans notre Cartulaire tout domaine est 
toujours transmis cum pralis, pascuis, etc. 

" Chartul. Boton. p. 11 3, 157, 166, 2 53, 
255, 319, 335. 

" Ibid. p. 166. 

" Ibid. p. 26/1. 



PROLÉGOMÈNES. ceci 

1 0° Des moulins , molendina ' ; 

1 1° Des salines, salino', situées dans la presqu'île de Guérande -. 

Des églises , des chapelles étaient aussi comprises dans la catégorie des biens 
qui se transmettaient par vente ou par donation. Il est souvent fait mention , 
dans notre Cartulaire, d'églises données ou vendues par des laïques qui les 
avaient reçues en héritage ou s'en étaient emparés par la violence ^. 

Quoique, dès le i\' siècle, le fief se fût complètement constitué dans la 
presqu'île armoricaine, sous le nom d'hercditas, on remarquera que les ex- 
pressions étrangères àe feviam , fevam , feodam , feaàum'^ ne se montrent que 
dans la seconde section de notre Cartulaire, dont les actes se réfèrent au 
xi° siècle, c'est-à-dire à une époque où les invasions normandes avaient à 
peu près anéanti la Bretagne antique^. Après la tourmente, la presqu'île 
armoricaine, longtemps délaissée par ses princes et ses seigneurs, lut, en 
quelque sorte, renouvelée; des institutions qui régissaient autrefois le pays 
quelques débris furent seuls conservés. 



CHAPITRE X. 



.< 1". 

Des impôts publics et des redevances privées. 

M. B. Guérard a soutenu, on le sait, que le système financier des Romains 
fut promptement détruit par les Francs, et que ceux-ci, maîtres de la Gaule, 
se hâtèrent d'y réduire la chose publique en chose privée*^. L'opinion con- 

' Clturtul. liotoii. p. 23o, 2/19, 253, 26i, «dédit Conan Britannoium priiiceps. . . villas 

265, 269, 271, 283, 285, 289, 293, 295, « très quas Main nepos archiepiseopi tenebat de 

3oi, 319, 32 1, 323, 332, 35o. oeo inphcuu.. . et villam Perdutit qiias Rorges 

* Ibid. p. 19, 21, 48, 57, 64, 71, 74, 78, «tenebat in pbeuu sicut supradiclus vir, etc.» 

i3o, i3i, 18 j. (Voy. D. Mor. Pr. t. I,col. 35o-35j.) 

^ Voy. plus liaut, p. ccxvu. * Voy. plus baut, p. xliu-xlv. 

' Cfcorm/. Bo/on, p. 265, 267, 285, 295. — ' Guérard, Polyptyque d'Irmincii, p. 657- 

C'est en ggS que le mot ^f/" paraît pour la pre- 658. Cf. avec un rapport de l'auteur, Bibl. de 

mière fois, à ma connaissance du moins, dans l'Ecole des chartes , t. I, p. 336-342. 
un acte breton ; « H.tc cartula indicat ([uod 



CCCII 



PROLEGOMENES. 



traire, soutenue par Lebucrou et par Championnière, me parait, je lavoue, 
beaucoup plus probable'. Mais, quoi qu'il en puisse être, il est certain du 
moins que, chez les Bretons de l'île et du continent, un impôt public con- 
tinua d'exister après la chute de l'empire. On a vu que , dans le pays de Galles , 
les manoirs libres devaient payer, chaque année, une livre d'argent au prince^. 
Or, les petits souverains de la Bretagne armoricaine prélevaient, de même, 
sur toutes les terres libres, un census régis. On lit, en efl'et, dans l'une des 
anciennes chartes de notre Carlulaire que Wencrdon vendit au prêtre 
Sulcomin, moyennant un prix convenu, la terre de Tonouloscan «sine fine, 
«sine jubileo anno, sine exactore satrapaque, sine opère alicui liomini sub 
«cœlo, prœter cexsum régis'. » Certes, on ne dira pas qu'ici le censas régis 
soit un indice de transformation de quelque tribut public en redevance 
privée. Autre fait : On lit dans ui>e charte du ix° siècle que deux tyerns 
bretons qui, pendant trois années, s'étaient frauduleusement soustraits au 
tribut qu'ils devaient payer à Nominoë, conmic possesseurs d'une hereditas, 
furent condamnés à expier cette faute en faisant au prince la cession de 
deux randremcs'^. Rien encore ici, l'on en conviendra, qui ressemble, le 
moins du monde, à une redevance privée. 

Les établissements ecclésiastiques n'étaient pas exempts, eux-mêmes, de 
toutes charges envers le souverain. Aussi voit-on Alain Rcbré concéder 
aux religieux de Redon le giialoir qu'il prélevait sur tous les monastères de 
ses états ^. 

Au nombre des charges publiques, il faut aussi placer les droils exti'aor- 
dinaires, appelés aides et qui n'étaient dus aux seigneurs que dans certains 
cas exceptionnels. En Bretagne , ces aides étaient réclamées en quelques 



' Leliuërou , Inslitiidons mérovingiennes , 
p. aBi, 320. — Cliampionnière, De lu pro- 
pnétéjies eaux courantes, Paris, Hingray, iS46. 
It a été publié de cet ouvrage une très-remar- 
quable analyse par M. Bordier, Biblioth. de 
l'Ecole des chartes, 2° série, t. IV, janvier et fé- 
vrier 1848, p. 193, 228. — Personne n'ignore 
que la question de savoir si l'impôt public avait 
été conservé par les Barbares a élé trts-vive- 
ment discutée, au xvil" siëcle, par Boulainvil- 
liers et par Dubos, le premier soutenant que 
les Gaulois et les Romains payaient seuls des 
redevances en qualité de serjs, le second affir- 



mant que Gaulois, Romains et Francs étaient 
tous assujettis aux contributions publiques. La 
question mise au concours, en i836, a donné 
naissance à deux mémoires, l'un de M. Bandi 
de Vesmcs, l'autre de M. Guadel. Ce dernier a 
seul publié un résumé de sou travail , que Le- 
liuërou a complété avec une rare sagacité dans 
ses Inslilutions mérovingiennes. 

' Aiicicnt lau'S of Haies, i. I,p. 188, Si 5. 

' Cltarlul. lioton. p. io3. 

« Ibid. p. 82. 

' Ibid. p. 260. 



PROLEGOMENKS. ccciii 

circonstances que la Irès-ancicniie coutume cnumèrc en ces termes : c En Brc- 
« taignc peutlen user de plusieurs aies; len doit aydcr le seigneur à marier 
« sa fille, une tant seulement. . . la seconde aie est quand le seigneur est fait 
« chevalier et aussi son esné. . . la tierce aie est quand le seigneur vait en loust 
« ou chevauchée ou en guerre et en deffense de guerre pour le proufit com- 
u mun. . . s'il esloit prins des ennemis et Icn le peust avoir <^ rcnczon , chascnii 
« de ses hommes le doit ayder h poyer sa renrzon, selon que chacun aura 
«de bien.. . la quarte aie est quand le seigneur est arresté, prins et dé- 
Klenu, et len peust avoir o plcge à certaine peine, les hommes h chacun 
" d'elx que len voudra prendre sont tenus de le délivrer.. . la quinte aie 
« est quand le seigneur achcpte à sa presmesse ou relroit le héritaige son 
» presme, ses hommes sont tenus lui avancer tout quant que ils lui doyvent 
«de rente en l'année'.» Il ne faut pas oublier que la rédaction de cette 
coutume ne peut pas, selon Hévin, être postérieure à i33o. 

L'obligation de payer la dime était aussi, du moins depuis le règne de 
Charlemagne, une charge publique. Ce fut plus tard que celle prestation 
passa des mains de l'église dans celles des seigneurs, qui, selon l'us;)ge, fin 
féodèrent à des vassaux. 



S II. 
Des redevances el des services. 

Les redevances, les services, les corvées! que de fois ces mots n'ont-ils 
pas servi de texte aux légistes du temps passé pour exciter contre le moyen 
âge les préventions de la multitude^! Et pourtant, Championnière, Le- 
huërou l'ont démontré ^, f institution remonte plus haut: c'est en effet un 
legs des Romains de la décadence; c'est l'un des nombreux stigmates qu'ils 

' La 1res ■ ancienne coutume de Brchtync , seraient pas écrites aujourd'hui sans correctif 

cliap. ccLViu. par le grand historien. Cliampionnière a par- 

* M. Guiîot lui-même, emporté par le lor- failenient établi qu'il y a deux choses dans les 

rent, a écrit ce qui suit : «Ou peut remonter le inslllulions seigneuriales, le^ç/^ct les droits de 

• cours de notre histoire et s'y arrêter où l'on justice. Or, c'est manquer complètement d'é- 

• voudra: on trouvera partout le régime féodal quité que d'appliquer à l'un les anathèmes qui 
« considéré par la masse delapopulatiou comme frippferent justement l'autre. 

«un ennemi qu'il faut combatirc et exterminer ' Voy. plus haut, p. CLXXVii , noie 3. 

trt tout prix.» Assiirénieut t.c lelles paroles ne 



r.r.civ PROLEGOMENES. 

ont laissés sur l'Empire, en se retirant devant les Barbares. Notre but, dans 
ce chapitre, n'est pas, on le pense bien, de disserter sur les redevances et 
les services chez les Bretons. Le détail en serait infini, et nous ne pouvons 
disposer ici que de quelques pages. Mais, comme la rente en argent et en 
nature était le caractère distinctif de la tenure censucUe, de même que la 
foi et l'hommage étaient les caractères de la tenure féodale, il y a nécessité 
pour nous d'examiner la question. 

Les principales redevances en usage chez les Bretons armoricains se com- 
posaient de rentes en argent, en grains, en bétail, et de menues rentes qui 
accompagnaient les autres et consistaient en pain, vin, miel, lin, chanvre. 

MM. Guérard et Léopold Delisle ont essayé de classer méthodiquement 
et de distribuer sous divers chefs les nombreuses redevances en usage dans 
le pays chartrain et dans la Normandie '. Quoique les résultats obtenus par 
nos deux savants prédécesseurs laissent peut-être quelque chose à désirer, 
nous procéderons comme ils l'ont fait, en nous guidant sur l'aCBnité qui 
semble exister entre telle redevance et telle autre. 

1. Censds. — Nous avons établi ailleurs que les colons payaient un cens 
déterminé. Cette rente, une fois fixée, devait en effet rester invariable. Il en 
était ainsi dans le pays de Galles ; et ailleurs , chez les Wisigoths , la redevance 
ne pouvait non plus être augmenlée qu'après plusieurs générations, lorsque 
le concessionnaire avait mis en culture un terrain d'une certaine étendue-. 

2. CoNSBETDDiNES, TALLiA, iNcisio. — Le mot consuetiuUnes désignait le plus 
ordinairement des droits anciens établis par l'usage. La taille, tallia, incisio, 
était au contraire une charge éventuelle, établie plus ou moins arbitraire- 
ment parles princes et par les seigneurs. Nous voyons cependant le mot con- 
suetado employé dans le même sens que taille dans une charte de i 108 où 
l'abbé de Redon se plaint au duc de Bretagne de l'injuste impôt {injustam 
consaetadinem) établi récemment sur les vassaux de l'abbaye, ad œdificationem 
castri qnod Blaen mincupatur^. Dans une autre charte, il est parlé d'une cer- 
taine coutume (consuc/u(/o) imposée aux hommes de Saint-Sauveur de Redon 
par le duc de Bretagne , et qui, dans le langage vulgaire , s'appelait taille -". 

' h. Guérard, CartuI, de Saint- Père de Char- ' Chartal. Roton. p. 2Çj\. — Cf. i6i(/. p. 23y, 

/r«,p. ii3. — LéopolJ Delisle, Éfurffi .(ur /a 267,268,271,272, 2S9. 3oi, 3ii, 3i9, 

condition de la classe aijricole en Normandie, 3:3, 325, 343, et parliculitrement p. 3ii. 

p. 56-g2. * Ibid. p. 323. — «Concessit (Alanus co- 

' Leg. fVisiijodi.X , i. 1,1. Mil. «mes) quandam consuctudinem quam super 



PI\(3LEG0MÈNES. cccv 

3. Pasnagium. — Le pasnage était le droit de mener les pourceaux 
paître le gland et la faîne dans les bois, moyennant une faible redevance 
que l'usager payait au seigneur et qui s'appelait aussi pasnagiumK 

l\. ViLLANAGiuM. — Ce que nous avons dit plus haut de la tenure en 
villainage^ nous dispense d'en reparler ici. 

5. MoLENDiNA^. — La possession d'un moulin où les habitants d'un dis- 
trict plus ou moins étendu devaient faire moudre leurs grains était chose 
importante, au moyen âge. Aussi les moines qui fondaient un bourg obte- 
naient-ils ordinairement du seigneur de la contrée la propiiété de quelque 
moulin avec privilège exclusif de mouture *. 

6. FoRNUM, FuRNATicuM. — L'obligation imposée aux villains de cuire 
au lour du seigneur constituait, en faveur de ce dernier, un revenu con- 
sidérable, car il percevait un droit non-seulement pour la cuisson, mais en- 
core pour la vente du pain. 

7. Manaheda. — On appelait ainsi une redevance qui se payait d'or- 
dinaire en chevreaux ou en brebis ^ et qui correspondait, selon toute appa- 
rence, au maltonagùim^ du pays gallo''. 

8. Teloneum, Navigicm. — Le tonliea était un droit sur les marchan- 
dises transportées par terre ou par eau^ On appelait navigiam un impôt 
sur les navires chargés de provisions''. 

« bomines Sancli Salvatoris liahiebat , qiiœ vulgo ' « Mjim, tia-dus, dit Davis, et il ajoute : sic 
t'taUiam nuncupatur, nos incisioiiem nomina- amioricc.» (Voy. C/iar/ii/. Rofon. p. 29, 209.) 
«mus.» « Adjecit istis donis (BernarJus de Rupe) 
Charlul. Hoton. p. 332. Cf. avec les use- «iliascoiisuetudinesquastiabcbat in Crabn,sci- 
menis de la foré l de iVi^eifeii. Voy. Éclaircisse- «iicet frumentagium et nm/fo/iajium.» (D. Lob. 
nienls. — Je renvoie aussi le lecteur curieux au Pr.i. II, col. 162.) — Cf. Chartul. Raton, p. 29; 
chapitre très-intéressant de M. Léopold Delisle . Duos agnos in manabeda. Solidum qui appel- 
sur les forêts (Etudes sur la elasse agricole en «latur manaheda, mullones duos, etc.» [Ibid. 
Normandie, cb. xiv, p. 334 ,417). p. 209.) 

' Voy. plus haut , p. ccL\.\.\i. ' On sait que les chroniques de Saint-Denis 

Charlul. Roton. p. 23o, 2^9, 253, 264, et celle de Froissard distinguent toujours la Bre- 

269, 3o5 et 35o. lagne bretonnanle de la Bretagne-Gallo. Dans un 

' Ibid. p. 349-350. «Dédit Alanus (viceco- acte insdré parmi les Preuves de D. Lobineau, 

« mes Castri Noici ) terram in predicto Castro , on lit ces mots ; . Jean du Fou , receveur en Bre- 

» ubi ecclesiam et domus monachis necessarias taigne Gallou. . . le duc qui , pour lors , estoil 

«et burgum construerent (isti Rotonenses mo- «en Bretaigne-breton. » 

«nachi). Dedil etiani et precepit ut quicum- » Chartul. Roton. p. 81, 192, 244, 253, 

«que in illo burgo habitarent, non alibi nisi 258, 284, 295, 29C. 
«ad l'urnum monachorum coquerent, et ad mo- ' Ibid. p. 258. 

«lendinum eoruni mêlèrent.» 



cccvi PROLÉGOMÈNES. 

9. ViNAGiUM. — 11 était perçu, sur les vins apportés par mer dans ies 
villes, un droit appelé vinayiamK 

10. Salagidm^ merchati, S.alixagium^. — On appelait salagiiim ie droit 
qui se prélevait, dans les marchés, sur la vente du sel au détail, et salina- 
(fiam l'impôt auquel on donna plus tard le nom de gabelle. 

11. Bbascimum. — En i io8, Tangui, vicomte de Poher, en présence 
du duc de Bretagne et de sa cour réunie à Redon, comme c'était l'asacje, fai- 
sait don aux religieux de Saint-Sauveur de la dîme d'une partie de ses re- 
venus, (. id est annonarum , molendinorum , pasnagiorum , venationum , 
» brascimorain''. :> Dom Lobineau suppose, et sa conjecture me paraît fondée, 
que brascimum se doit entendre d'un impôt sur le grain [brased). 

12. Venatio. — On appelait ainsi un droit sur le gibier tué à la chasse^. 

I 3. Gabol''. — Chose curieuse, dans une charte de 83/i relative à l'ora- 
toire de Botgarth, en Vannes, il est fait mention d'une redevance nommée 
(jabol. Le mot est tout germanique, et l'on s'étonne de le rencontrer sur le 
territoire breton. Cependant le fait se peut expliquer historiquement. Gré- 
goire de Tours rapporte, en elFet, que F'rédégonde, voulant se venger de 
Beppolen, envoya des Saxons de Bayeux au secours de Waroch, comte de 
Browerech. Or, ces Saxons, après la guerre, se fixèrent-ils chez ie peuple 
pour lequel ils venaient de guerroyer? Aucun texte n'autorise à l'affirmer. 
Mais nous ferons remarquer que la paroisse de Bains est appelée Baiocani 
dans un acte du Cartulaire de Redon'', et que, au ix' siècle, plusieurs sei- 
gneurs du pays portaient des noms évidemment saxons. 

14. MANDDCARrcM, CiBtis. — C'était le droit qu'avaient les seigneurs et 
les évêqiies d'aller, une ou plusieurs fois dans l'année, prendre leur repas 
soit dans la demeure d'un vassal , soit dans les cures et dans les monastères. 
Le droit de past existait très-anciennement dans f «ne et l'autre Bretagne ; il est 
désigné sous divers noms dans les documents latins et s'applique également 
à un laïque ou à un dignitaire ecclésiastique. Dans le premier cas, on se ser- 
vait ordinau'ement des expressions mangeriam , prandium, postas, procuratio; 
dans le second cas, les mots cibus, circada , parata , étaient les plus usités*. 

' CharluL Holoii. p. 260. ' Cliariul. Hoton. p. 12. 

- Ibid.p.iSa. ' Greg.Turon. //«(. Franc. X, I, et cf. C/iar- 

' Ibid. p. 260. tut. Roton. p. 2 53. 

' Ibid. p. 332. ' CharluL Jio(o«. p. 232, 33.5. 

^ Ibid. p. 332. 



PROLEGOMENES. cccvn 

15. Oblationes, Primitif. — Les oblationes étaient les oll'raiules faites 
aux églises par les fidèles et dont les seigneurs se réservaient une part les 
jours de grandes fêtes'. Par primitiœ, ou prénnices, il faut entendre des pré- 
sents offerts à l'autel et dont uih; partie, après l'office, était portée dans la 
demeure du prêtre. 

1 6. Cancel.ï;-. — i.ies candela étaient des cierges allumés dans les églises 
et qui formaient une branciie assez importante de leurs revenus. Les sei- 
gneurs laïques avaient coutume d'en revendiquer leur part. On voit, en effet , 
dans l'une de nos chartes, Droal, seigneur de Migron, concéder h l'église 
de Saint-Pierre de Frossay ce qu'il prélevait sur les olfrandes des mariés et 
les cierges qui s'employaient aux relevailles, «de oblationibus nuptiarum 
w et de candelis purilicationum. » 

17. Sepultdra. — Le droit de mortaage (ebediw) était payé, chez les 
Gallois, par les hommes libres comme par les villains^. Celui qui tenait une 
terre de deux seigneurs devait payer ïchedùu à l'un et à l'autre*. Ce droit de 
sépulture se retrouve dans les vieilles lois de tous les peuples. Vers l'an i o/io , 
Droal, seigneur de Frossay, accompagné de sa femme et de ses deux fds, 
vint se recommander aux prières du vénérable abbé Catwfallon. A cette oc- 
casion, il olfrit au saint homme et à ses frères, non-seulement le monas- 
tère de Sainte-Marie de Frossay et le cimetière qui s'étend jusqu'aux 
portes de l'église, mais en outre le tiers de la dîme qu'il prélevait sur ces 
biens et qui consistait en grains, poulets, veaux, agneaux, jeunes porcs, lin, 
chanvre et droit de sépulture : « De duabus partibus tertiam partem totius 
«décime, videlicet annone, pullorum , vitulorum, porcellorum, agnorum, 
«Uni canabique et sepulturœ ecclesiœ Sancti Pétri et de tribus. festivitatibus 
«anni, scilicet Natalis Domini, Paschse et festivitatis Sancti Pétrie » 

S III. 

Des services. 

1. Que les servi, les coloni, les tiV/ani bretons fussent assujettis non-seu- 
lement à des redevances, mais encore à de nombreux services, cela n'est pas 

' Chartul. Roton. p. 3ii3. » Aiicienl laws, t. 1 , p. 766, S 20. 

- IbiJ. p. 3/i.H. 5 Chartul. Roton. p. 268-269. 

^ Anc.lausofWales.t. I,p. 492 ,S 19, 20, 2 1. 



cccviii PROLÉGOMÈNES. 

douteux. Aussi, pas une vente de terre libre où ne se trouve la stipulation : 
" sine censu, sine tributo, sine opère, sine aiigaria alicuihominii. >. Mais c'est 
en vain que nous cherchons dans le Cartulaire de Redon des détails sur le 
genre de prestations que devaient acquitter les divers tenanciers; il n'y est 
fait mention d'une manière précise que de l'ancien service du guet, qui 
avait été remplacé par une redevance^, et des angnria dont nous allons dire 
un mot. 

On sait que les Romains, sous l'empire, avaient établi sur leurs routes 
des gîtes (stationes) où les messagers impériaux trouvaient toujours des che- 
vaux, des mules, des bœufs et des voitures entretenues en bon élat aux frais 
du fisc. Lorsque ces moyens de transport étaient insuffisants, les habitants 
du district où se trouvait la station étaient tenus d'y suppléer, et ce service 
public, mis à la charge des particuliers , s'appelait Anjarw. Après la destruc- 
tion de l'empire, on continua de désigner sous le nom cVcingaries certains 
charrois qui se faisaient par les villains au profit du seigneur-*. 

Nous trouvons dans quelques chartes de fabbaye de Redon les deux 
mots difosot et diost , qui semblent aussi se rapporter à des services. Dans la 
nouvelle édition du dictionnaire de du Gange, difosot est considéré comme 
une espèce de corvée, species corvatœ'*. L'explication n'est pas plus juste que 
celle dont on a fait suivre le terme dicofrit dans le même ouvrage^. On n'a 
pas pris garde, en effet, d'une part que le monosyllabe di est une particule 
privative, souvent remplacée, dans plusieurs chartes, par l'expression sine 
{sine cofrito), et que, d'autre part, les deux mots difosot et dicofrit ne s'ap- 
pliquent qu'à des domaines libres et exempts de toute espèce de redevances 
ou de corvées^. 

Mais quelle est la signification du mot fosot? S'appliquait-il à une corvée 
ou bien à une redevance? Nous l'ignorons absolument. Quant au mot diost', 
on pourrait peut-être le traduire ainsi : di, particule privative, 5ine; ost, pres- 
tation de guerre (dans le genre de celle à laquelle étaient assujettis les co- 

' C/iardi/. lîo(oi!. p. 28, 29,30, 2i5, 221, etc. p. 8^2, Dicofnt, species opéra; domiais pra;- 

^ « ...Dédit (Alanus vieecomes Caslri Noici) bendae. Ainsi, cofritum désignerait une rede- 

« lîioDacbis Roton. Cïactionem quam ijardam ap- vance et dicofrit [sine cofrilo) une corvée. C'est 

«pellant.» (C/iart(d. /îo/on. p. 35o.) déplorable. (Voy. Chartul. Roton. p. 2g, 87, 

' ChartnL Roton. p. igi, 198, 221. i36, i38. i5i, 162. ) 

' Voyez la nouv. édit. de du Cange, p. 856. '' Charliil Roton. p. 29.69,91, 1 1 '1 , 116, 

' Dans le Glossaire de du Cange, nouv. édit. 1 1 7, etc. 

p. 417, on lit : Cofritum, Iribiiti spncies ; et " Ibid. p. i32. 



PROLEGOiMÈNES. cccix 

Ions chez les Gallois^ el chez les Francs-), l'outcfnis, je me hâte de le dé- 
clarer, pas un mot, dans nos chartes, n'appuie l'hypothèse. 

2. Loch, Pastus caballorum vel canum. — On se rappelle que des 
douze manoirs dont se composait la commote cambrlenne (jualre étaient as- 
.signés aux villains [meybyon ejlyon) chargés de nourrir les chiens et les che- 
vaux du hrenin^. C'était là sans doute une sorte de redevance, mais encore 
plus un service, ce semble, puisque les animaux devaient être logés et soi- 
gnés par les colons. Il est souvent parlé de la hrcnée dans les cartulaires 
français*. En Bretagne, chose curieuse, le mol celtique, brennaticiim^ , ne se 
rencontre que dans un petit nombre de chartes; mais, dès la plus haute anti- 
quité, les tenures serviles étaient assujetties à ce genre de service qui fut plus 
tard remplacé par une redevance''. On lit dans Hérodote qu'en Babyionie 
(juatre Iioingades (le même nombre que dans la Cambrie) étaient aussi dési- 
gnées pour nourrir les chiens du souverain. Que d'usages qu'on fait naître 
au moyen âge et dont l'origine se perd, de même, dans la nuit des temps'' I 



CHAPITRE XI. 



DES POIDS ET DES MESURES. 



Il n'est pas de question qui présente plus de difficultés que celle des 
poids et mesures au moyen âge. Telle est la rareté el l'insuffisance des do- 

' Ancient Imvs oj JVales , t. I , p. 7g , § 1 5 . et tulaire de Quimperlé, le comte Hocl concède à 

p. 487, S 6. Loc-Amaud «avenam quœ de cadem tribu cani- 

* V'oy. Guérard , Polyptyque d'Irmin. Prolég. «bus comilis danda fuerat. » (D. Mor. Pr. I. 1, 
p. 661, et 7fej|ù(. Prum. apud Hontbeim, p. 06. 432.) En iilto, le duc Conan abandonne à 

' ^iiciVnl luws 0/ IVales, t. 1, 1. Il, cb. xvil, l'abbaye de Sainte-Croix «debitum quod cibus 

p. 188, S 14. « cafmm vocatur. 1) (/iid. 58o.) En io83, Gcstin 

' Guérard, Cartul. de Saint- Phe de Chartres, de Raiz donne à Saint-Serge «pastus quos ex an- 

]i. 178, 221, 46 1. «TiQDA consuctudine liabebat in Chameriaco. 

* Breiinatieum, de breiij du son; en Poitou, la unum sibi, altcrum canibus suis. (/611/. 457- 
Ijrénée signifie encore aujourd'liui la nourri- — Cf. Grimm, Antiq. Jar. Germ. c;56-352.) 
liire des chiens. ' Voici ce curieui texte d'Hérodote : Kiiiiâv 

" Chmlul. Hotoit. p. f) fi, 1 g I . — Dans le Car- Si IvSixù'v ro^oCÎTO ^tf ti ziXfidos trpé<p€tj ùia'ls 



cccx 



PROLÉGOiMENES. 



cuments, que M. Guérard hii-mème a dû se résoudre, dans ses Prolégo- 
mènes du Polyptyque d'Irminon, à admettre, par hypothèse, que, sur les 
domaines do Saint Gerraain-des-Prés, les mesures de môme nom étaient 
de même espèce. Cette conjecture, à la vérité, se peut justifier, jusqu'à un 
certain point, par les ordonnances de Charlemagne prescrivant l'unité de 
mesure dans tous ses états et par plusieurs textes du Polyptyque, où l'on 
voit que, dans la plupart des terres seigneuriales on employait par bon- 
nier (128 ares) quatre muids de semence ^ Cependant, s'il est permis de 
croire que, dans les contrées directement placées sous la juridiction impé- 
riale, les diverses mesures purent être ramenées à l'uniformité, est-il aussi 
certain que les prescriptions de l'empereur produisirent le même résultat 
dans les seigneuries particulières? 11 faut bien l'avouer, l'histoire, loin d'au- 
toriser cette opinion, nous montre partout, au contraire, un système diffé- 
rent de poids et de mesures. Chaque province , chaque ville , chaque seigneu- 
rie de quelque importance, avait en effet le sien. Et comment s'en étonner? 
Les F'rancs, outre les mesures qu'ils avaient apportées de la Germanie, 
n'employaient-ils pas celles des Romains, des Gaulois, des Grecs et même 
des Juifs? De là, naturellement, une variété, une confusion qu'on n'a pas 
manqué d'attribuer, selon l'usage , à X anarchie féodale . 

Les seules mesures de superficie et de solidité indiquées dans le Cartu- 
laire de Redon sont celles-ci : Xejanctas, l'acre, la charruée, larcjentiola, 
le journal, la hide, \e. juger um, le muid, le setier, la serena, la lagcna , le 
scyphus, le quartier, la mine, la charretée [carralis). — Nous allons essayer 
de déterminer la valeur de chacune de ces mesures. 

§ I". 
Mesures de superficie. 

1 . Le Junctus. — 11 n'est question que deux fois du janctus dans notre 
Cartulaire, et c'est dans des chartes du pays gallo'^que la mesure est em- 

réffffepes tcûv év tç5 'jstèiu> xôyfjLai fxejaAott, rœv ' Capitul. Aquiscjran. ann. 789 c. 72. — Ca~ 

dXXuv èoiani àxrAses, toTcti xuoi ■apo(Tfïtià-/aio piliil. III, ann. 883, C. 8. — Capilid. de Villis, 

anlx viapé^tiv. Toiaùra fisv râ apyoïni tris Bot- C. g. — Capitul. Paris, ann. 829, C. 5i. — Les 

êvhjvos (iTtfjp-^e: èovia. (Hérodote, édit. Didot , ordonnances de ChailemagnefurenlcoQfirmées 

I. I,cli. cxcii, |). 64.) par ses successeurs. (Voy. B(iic(.Pii(.C. Set 20.) 



PROLEGOMENES. 



CCCXI 



ployée. On appelait johc^u*', ou jiictus, une mesure dcsigiuint ia quaiuitë de 
teri'c que peuvent labourer, en une journée, deux bœufs attelés à la même 
charrue {jancti). Les exemples que du Gange emprunte au Gartulaire de 
Saint-Maixent on Poitou et au Polyptyque de Saint-Florent ne font pas con- 
naître quelle était la mesure exacte diijanctas. Mais elle devait être assez con- 
sidérable, puisque dix juncti de prés et de vignes se vendaient 12.5 sous à 
Savenay, c'est-à-dire plus de six fois la valeur d'un ran de huit muids de se- 
mence en pays breton'. 

2. AcKE. — Ge mot ne se rencontre qu'une seule fois dans le Gartuiaii'e 
de Redon. Vers fan loGo ou io65, l'église de Saint-^Iarlin [iii plèbe Ba- 
selgiaca) est donnée à Saint-Sauveur avec seize pièces de terre, appelées 
acres dans la langue du pays : cuin sexdecim porlionibiis terne quœ lingaa eorum 
acres nominantur - . L'acre dont il est parlé ici se composait-il de quatre ver- 
gées, comme dans la Normandie aux xii" et xiii' siècles^? Nous l'ignorons. 

3. La charriée [terra unias carracœ, terra ad unum aratruin). — La loi 
des Wisigoths fixait à 5o aripcnnes, o'est-à-dirc à 602 ares environ, l'éten- 
due de terre dont l'exploitation exigeait le travail annuel d'une charrue. 
Dans la Normandie, la terre d'une charrue était, en général, un domaine 
de (io acres; mais, en Bretagne, où le sol est coupé de nombreux ravins, 
ia carrucata paraît avoir eu une étendue moins considérable'. 

4. La HiDE. — G'était aussi la terre qu'une charrue cultivait dans l'an- 
née. Il n'en est parlé qu'une seule foi^ dans notre Gartulaire. 

5. Le Jogerum. — Le jugerum romain contenait 26 ares 28 centiares. 
M. Guérard pense, et son opinion nous parait très-vraisemblable, que le./f!- 
qerum du moyen âge avait la même valeur^. 



' Voy. Charlul. Rolou. p. 161. 

^ Ihid. p. 277. 

^ Cariai, de ta Luzern. ap. Léopold Delisie. 

* Voy. Clmrtal. Roton. p. 288. — Dans un 
acte extrait du Gartulaire de Saint-Georges de 
i'cnnos, à ia date de io3i, on lit ce qui suit : 
( Uedit Rojantelina vicecoiuitissa, ann. io3i) 
terram um aratro snjRcientem j idest unam iiicdif- 
lariainiu Comburn. (D. Lob. Pr. t. II, coi. 120.) 
On voit plus tard Alain de la Zouclie concéder 
en perpétuelle aumône à l'abbaye de Savigny 
lerram de castcUo Marie ad duas carrucas. (D. 
M ir. Pr. t. 1 , p. 650. ) — Drdimus de terra nos- 



'.ra. . . ijuantain uni carrucee opus Juerit. [Loc. 
supr. cit. col. 66i.) — Dederat Gaido de terra. . . 
sujficien'er ad 1res (juarrucas. (Ihid. col. 576. ) — 
Dcdit Gucgonas (ann. 1098) duas parles décima' 
carracœ sua!. {Ibid. col. 4g8.) — Eqo Birallo- 
nas. . . trado terttam partent et molendinam dimi- 
dium et rincaruni arpennos duos et virurn unam 
(jui tcrrani unias carracœ et molendmunt anum 
teiict in benejiciuin. [Ibid. col. 386.) 

^ Voy. Gattey, Tabledesrapports desanciennes 
mesures agraires avec les n'>utpVes, p. 1 58 , 171, 
307, 208. 



cccxii PROLEGOMENES. 

6. L'Argentiola. — Les auteurs du nouveau Gallia chmtiana veulent 
que le mot argeutiota ait le même sens que le latin diarnalc, c'est-à-dire 
qu'il indique la quantité de terre qu'un laboureur peut retourner en un 
jour. L'expression argentiolci ou argcnsata indiquerait donc la somme payée 
à l'ouvrier pour sa journée de travail ^ 

7. Le Journal. — Avant la révolution de 1789, le journal, dans la 
majeure partie du diocèse de \3nnes, contenait 80 cordes. La corde avait 
2/1 pieds de long, et la corde carrée contenait 676 pieds carrés. Mais il v 
avait, en outre, dans le pays, un petit journal ou journée, qui variait de 
canton à canton. Dans les environs de Vannes, celte journée se composait de 
,t8 cordes (36 ares /168 centiares); mais à Rhuys, et dans d'autres paroisses 
du littoral, elle ne comptait que 5o cordes. «Non-seulement, dit le savant 
c< feudisle Hévin, le journal était di fièrent selon les dillérentes seigneuries 
«et juridictions, mais encore il variait en proportion de la qualité des 
i< terres. Il fallait beaucoup moins de terre pour faire un journal dans un 
" fonds fertile que dans un fonds infructueux : JSobis ante lioc variabat mensura 
(I in solo aratorio, silva cœdua et pratis , disait d'Argentré^. » 

Dans la région française ou orientale de fancien pagusvenelensis, la terre 
se divisait en cinqaantes, et Ton disait 1,2,3 cincjuantes de terre. C'était le 
sixième du journal ou 5 cordes carrées. 

Dans le pays nantais, il y avait un grand journal de 80 cordes et divers 
petits journaux qui contenaient ici 3o ares, la 27, ailleurs moins encore. 

Dans la paroisse de Guérande, la journée, qui était de 676 gaules de 
66 pieds carrés, valait 38 ares 899 centiares^. 

Maintenant, si nous remontons le cours des siècles, voici les renseigne- 
ments que nous fournit l'histoire : 

A Rennes, au xv" siècle, le journal de terre se composait de 16 sillons, 
et le sillon de 6 rayes, qui contenaient chacun 3 60 pieds. C'était donc 
3 cordes trois quarts par sillon, et 60 cordes ou 3/i,56o pieds par jour- 

' Chartul. Hotcn. p. io3. le huitième jusqu'au sixième du produit (i 2 ou 

' Uévio, Consaltation 51', p. 3o8. i3 hectolitres par liectare). Cette évaluation 

' D'après la Nouvelle maison riisliqac (t. I, réduit à 179 litres environ la quantité de blé 

p. 563), on sème communément io4 litres semée dans un hectare. Selon Columelle (II, 

dans l'arpent de Paris, c'est-à-dire dans 34 ares 9). qui fixe à 4 ou 5 modii (39 litres) la se- 

19 centiares. Suivant Schnitzier (Création de la menée d» jogcram, il aurait suffi aux Romains 

richesse en France, t. I, p. Sa), ia quantité de de 171 litres de hlé pour ensemencer un champ 

semence employée pour les céréales est depuis de la valeur d'un hectare. 



PllOLÉCOMÈNES. cwxm 

nal. Dans un prisagefait en i /187 , par ordre de la communauté de Rennes, 
qui voulait acheter de la terre à l'abbaye de Saint-Georges, le journal est 
estimé 1 Ao livres '. 

Plusieurs siècles auparavant, à Luzanger, l'une des plus anciennes pa- 
roisses du pays nantais, deux journaux représentaient un terrain sur lequel 
on jetait 2 muids et h setiers de semence : vendlâi jarnales duos et est satioiw 
modios II et sextarios iv-. Or, si l'on admet, avec M. Guérard, que le muid 
de Louis le Débonnaire contenait 68 litres, et si l'on suppose, d'un autre 
côté, que le muid nantais était divisé en 16 setiers, les deux muids et quart 
dont il est parlé ici équivaudraient h la quantité de semence employée, de 
nos jours, dans un hectare de terre, et le journal actuel du Morbihan au- 
rait conservé, depuis les temps anciens jusqu'à la Révolution française, à 
peu près la même valeur que le grand journal de Bretagne. 

S II. 

Mesures de capacité pour les grains. 

1 . Le modius est la mesure de capacité dont on a coutume de déduire 
toutes les autres. Mais malheureusement les savants ne s'entendent guère 
sur la valeur qu'il faut lui attribuer durant l'époque carlovingienne. Au siècle 
passé, Dupré de Saint-Maur le faisait de 20 livres, dom Bouillard de l\o 
à lili, le comte Garnier de y2; enfin, Dupuy, de 80 livres au moins. De 
nos jours, M. Guérard a soutenu que le muid de Charlemagne contenait 
52 litres, et celui de Louis le Débonnaire 68. Cette dernière mesure se rap- 
proche beaucoup et du boisseau de Malestroit, en usage à Caro, Sérent, Pleu- 
cadeuc, et aussi de la mesure employée à Carantoir et dans les paroisses voi- 
sines. Ces boisseaux se divisaient l'un et l'autre en deux demés, le demé en 
deux quarts; le quart en deux godelées. Le boisseau de Malestroit contenait 
8 décalitres 200, celui de Carentoir 8 décalitres Sgi. Or, comme c'est là, 
d'ordinaire, la quantité de semence employée en Basse-Bretagne pour im 
journal de terre, il est permis, ce semble, de supposer que, dans les pa- 
roisses dont nous venons de parler, le muid, au ix^ siècle, se rapprochait 
beaucoup du modias de Louis le Débonnaire devenu le protecteur de l'ab- 

' Archives de la Communauté de Rennes. — ' Clwrtal. Roton. p. 179. 

00 



cccxiv PROLEGOMENES. 

baye de Redon. Le prix «levé des rans vendus à Ruffîac, x\ugan, Caro, 
Sérent, etc. et le taux élevé des redevances auxquelles ces domaines étaient 
assujettis donnent une grande probabilité à cette opinion. 

2. Le Setier [sextarius]. — Le setier était une division exacte du modias. 
Mais comme il y avait des modii de diverses espèces, il y avait aussi des 
setiers de capacité différente. Souvent même on se servait de plusieurs es- 
pèces de setiers pour le même modias. En France, le muid contenait tan- 
tôt 1 6 setiers, tantôt 17, 1 8 , 22 et même 24. J'ignore s'il en était de même 
en Bretagne; mais, comme il est fait mention, dans une charte de 8g5, 
d'an sextarias calcatus ,] en conclus qu'il y avait du moins deux sortes de 
setiers : le setier foulé et le non-foulé. 

3. Le Quartier. — Il n'est fait mention du quartier que dans les der- 
nières chartes de notre Cartulaire (xi' et xii' siècle). Le quartier se compo- 
sait ordinairement de 2 mines ou de 8 boisseaux. 

4. La Mine. — La mine, dit D. Lobineau [Glossaire), contenait huit 
boisseaux de roi. Il en était ainsi dans certains cantons, comme à Lohéac. 
par exemple. Mais ailleurs la mine ne valait que quatre boisseaux. Au sur- 
plus, l'extrait suivant d'un ancien titre de la Chambre des comptes de 
Bretagne donnera aux lecteurs une idée assez exacte des mesures de capa- 
cité dont on faisait encore usage, dans les diverses juridictions et châtelle- 
nies de Bretagne, aux xv' et xvf siècles ; 

•^ III. 
Mesures de capacité en Vannes, Rhuys et Auray. 

(1 En la perrée y a /i quarts de perrée. 

« Au tonneau y a 1 o perrées. 

« 5 quarts de boisseau de Questembert et Rochefort font les quatre quarts 
11 de Vannes qu'est la perrée de Vannes. 

(I 1 boisseau - de Musillac fait la perrée de Vannes. 

(i 1 boisseau de la Roche-Bernai'd est moindre que la perrée de Vannes 
Il de deux godelées qui font deux seizièmes ou un huitième de perrée. » 

La mesure caignarde d'Auray. 

« 1 6 écuellées font une perrée, mesure caignarde, et li perrées font trois 



PROLÉGOMÈNES. ccr.xv 

uperrées mesure d'Aiiray, selon qu'est rapporté au compte Olivier Cenon, 
» receveur d'Auray en i/iSg. 

(I 5 boisseaux de Rieux font quatre perrées de Vannes, et 5 quarts dt 
<i boisseaux de Rieux font la perrée de Vannes, -i 

S IV. 
HenneboiU. 

« k minots font une perrée. 

«9 perrées font un tonneau, mesure d'Hennebont. n 

Mesures de la juridiction de Guéméné sous Hennebonl. 

« ^ écuellées font une résellée. 

« 8 résellées font une coulonnée. 

« a coulonnées font un regnot. 

« 1 regnot fait une somme, mesure de Guémené. 

« 1 somme fait i perrée j d'Hennebont. » 

Mesures de la Roche-Moisan sous Hennebont. 

« 1 perrée fait une porrée d'Hennebont. 

« 1 ban fait 5 minots qui sont une perrée et un minot d'Hennebont. 

u 2 boisseaux (jloez (p. e. gloen?), font un minot d'Hennebont. 

« 8 boisseaux de grayce (?) font g minots d'Hennebont. » 

Mesures des fiefs de Léon sous Hennebont, 

« 1 perrée fait une perrée d'Hennebont. 
« I pennadée fait une perrée d'Hennebont. 
«8 boisseaux font g minots d'Hennebont». 

Mesures de Treis-Faven. 

» 1 perrée ) 

j, [ fait une perrée d'Hennebont.)) 
« i pennadée ^ 



cccxvi PROLÉGOMÈNES. 

Mesures de Laustang (Nostang). 

u ti minots font la perrée. 

" 9 perrées font ie tonneau de Nostang. » 

S V. 
Ploermel. 

« k boisseaux font une mine. 
<( 2 mines font un quartier. 
11 1 quartier fait 8 boisseaux. 
(I 1 mine de Lobéac fait 8 boisseaux de Lohéac. 

« 6 boisseaux de Lobéac font une mine et - de boisseau de Ploermel. 
(I 2 boisseaux avoine de Lobéac font une mine de Ploermel. 
i< I hace de Lobéac fait trois rez de Lobéac. 

« La mesure caicjnard, qui est chacun quartier, vaut la mine mesure de 
Il Ploermel, et une mesure à cheval outre. 

«Il Y a en chacun quartier 8 boisseaux mesure caignard. 

u 6 boisseaux mesure caignard font U mines de Ploermel. 

« I 6 trébiichets font i crublée. 

" 1 emblée fait i boisseau j de Ploermel. 

Il 1 6 mesures font un boisseau de Ploermel. 

(I i6 boisseaux de Mauron font i mine de Ploermel. » 

S VI. 
Quimper-Corentin. 

Il 1 rez fait deux renées. 

'I 1 tonneau de Quimper fait i 2 rez. 

Quimperlé. 
Il 1 mine fait 1 2 écuellées. 
« 1 perrée fait h mines. 
« 1 tonneau fait 9 perrées. 
«Les quatre mynots font la perrée. » 



PROLÉGOMÈNES. cccxvn 

S VII. 
Huelgoet, Châteauneuf-du-Fou et Landeiau. 

" I boisseau l'ait a criiblées. 

" I renée fait 2 boisseaux. 

« 2 renées font 1 somme ou policanée [alias policanne ou policamée). 

«2 sommes ou policanées font 1 quarteron. 

" 1 minot fait 1 boisseau. 

<i 2/1 écuellées font un boisseau. 

Cl 2 bigotées font 1 boisseau.» 

S VIII. 
Duault. 

<i 2 crublées font 1 boisseau. 

" 2 boisseaux font i renée. 

" 2 renées font 1 somme ou policanne. 

" 2 sommes ou policannes font 1 tonneau. 

" Reste à savoir combien il faut de jalonnées (ou galonnées) pour faire le 
«tonneau,» — «d'après le second compte de Guillaume Angelard , il faut 
« 12 jalonnées pour faire le tonneau.» 

S IX. 
Carhaix. 

« 2 boisseaux de blé font 1 renée. 
» 2 renées font 1 somme ou policanne. 
<i 2 sommes ou policannes font 1 quartier. 
« h quarterons font 1 tonneau. » 



cccxviii PROLÉGOMÈNES. 

S X. 

Châteaulin de Cornouaille. 

« 1 tonneau fait 8 cohannées. 

« I cohannée fait 3 renées ou bariques. 

« 1 renée ou barique fait i boisseaux. 

«Item en partie d'icelle recepte, environ Saint-Renan-du-Bois (Loc-Ro- 
«nan) y a mesure par rez, dont i 2 rez font ie tonneau, et y a 2 renées en 
«chascun rez. « 

S XI 
PoDtcroix. 

« 8 renées font 1 septier. 
« 3 septiers font 1 tonneau. 
« 20 rés font un tonneau. 
« I crubie fait 1 rés \. 
« 1 6 crubles font un tonneau. » 

S XII. 
Pont-l'AJbbé et Cap-Caval. 

«Combien que Guyon Foucard, receveur dudit lieu, ait certifié que les 
« 1 2 rés font ie tonneau : 
« 3 septiers font 1 tonneau. 
« h. minots font 1 rez. 
« 1 2 rés \ racles font 1 tonneau. 
« 26 renées font 1 tonneau. 
«8 rés combles font 1 tonneau, 
(i 29 racles font 1 tonneau. 
« 8 crublées font 1 rés. » 



PROLÉGOMÈNES. cccxix 

s XIII. 
Conq, Fouesnant et Rosporden, 

"24 renées rases ou rasées font i tonneau. 

« i8 renées comè/es font i tonneau. 

« 5 mines de Scazre (Scaer) font 5 crubles Conq. 

Il 36 mines de Scaer font i tonneau. 

Il I cruble Conq fait 2 minots. 

« 18 crubles font un tonneau. 

Il 1 mine fait à quarterons. 

Il 3 septiers font 1 tonneau. <> 

S XIV. 
Lesneven. 

« Au tonneau y a 28 boisseaux froment, et par gros blé, par orge ou par 
« avoine , 2 Ix boisseaux. 

Il 5 retz Gestin font li boisseaux. 

Il k hanapées font 1 boisseau. 

« 4 crublées font un boisseau. 

« 1 boisseau et 5 garcées, en Léon, font 6 boisseaux. 

S XV. 
Saint-Renan. 

Suivant le compte de Jean Droniou, receveur d'Ack-Léon (au xv' siècle ) : 

Il I crible (ou cruble) Carn fait 7 hanterlées. 

(I 1 rez Buzic fait 6 hanterlées |. 

(I I rez Treffijavan (ou Poff(javan) fait 4 hanterlées. 

« 1 rez Damany fait 6 hanterlées. 

Il 1 boisseau de Saint-Renan fait 5 hanterlées. 

« I boisseau de Saint-Renan fait 6 haiiaps revalloet. » 



cccxx PROLEGOiMENES. 

s XVI. 

Brest et Ack-Léon. 

«Un tonneau de Brest fait 2/1 boisseaux de Brest. 

«Un tonneau de Brest fait 28 boisseaux de Saint-Malié. 

«Un tonneau de Brest fait 3o boisseaux de Saint-Renan. » 

Suivant le compte d'Hamon Bohier, receveur de Brest en 1 ôZiy 

u 1 crublée Gain fait - hanterlées. 

« 1 rez Buzic fait 6 hanterlées. 

« 1 rez Tregavan fait h hanterlées. 

u 1 rez Damany fait 6 hanterlées. 

« I boisseau de Saint-Renan fait 5 hanterlées. 

« I boisseau de Saint-Mahé fait 6 hanterlées. 

«1 1 boisseau de Guitalmezeau fait 5 hanterlées. 

« 1 boisseau de Brest fait 8 hanterlées. 

'■ 1 tonneau de Brest fait 192 hanterlées. » 

S XVII 
Morlaix. 

>i 16 quartiers ou parafraz font 1 tonneau de Morlaix. 
« 2 renées font 1 quartier ou parafraz. » 

S XVIII. 
Lanmeur. 

n 1 8 quartiers ou parafraz font un tonneau, 
(1 2 renées font 1 quartier ou parafraz. 
« 1 renée fait 2 boisseaux. 
<i 1 somme fait 2 quartiers ou parafraz. » 



PROLÉGOMÈNES. 



CCCXXl 



s XIX. 
Lannion. 

« Ix renées font i seillée. 

«8 seillées font i tonneau. 

H Chacun boisseau fait une renée. 

(I Seillée et somme, semblable mesure. 

«Les ik esculées font le boisseau renée.» 

S XX. 

Goello. 

w I rez fait i 2 boisseaux. 

<i 3 rez font un tonneau de Goello. » 

î XXI. 

Guingamp. 

« 2 quarts [alias quarterons) font 1 somme. 
« 8 quarterons, ou k sommes, font i pipe. 
« 16 quarterons, ou 8 sommes, font 1 tonneau. 
« h quarterons font 1 rés. 
« U rés font 1 tonneau. 
« 1 seillée fait 1 quartier. 

«Renée, boisseau, reselée, mesme mesure, et les deux font la seillée 
<t ou le quartier. 

« Les 1 2 crubiées font le quartier et rachas (?). » 

S XXII. 
Minibriac. 

« 8 boisseaux font 1 rés. 

<c 2 boisseaux font 1 quartier. 



cccxxii PROLEGOMENES. 

<i à quartiers font i rés. 

» 2 quartiers font i somme. 

« Il rés font i tonneau. 

<i 8 sommes font i tonneau. » 

S XXIII. 
Penthièvre et Lamballe. 

(1 I tonneau mesure vénale fait i 2 perrées. 

Il 1 perrée fait 4 quarts. 

i' 1 quart fait A godets. 

« 2 quarts font 1 tonneau qui est - perrée. 

« Item autre mesure appelée vieille mesure, qui est moindre du quart que 
u la mesure vénale. 

« 11 y a en la paroisse de Plestan mesure appelée boisselée , dont les 5 
« font la perrée mesure vénale. 

« Autre mesure appelée chemin chaussé, et est la dite juste (c'est le nom de 
«cette mesure) moindre d'un septième que la perrée de Lamballe, et se 
«compte 1 II justes pour le tonneau de Lamballe, et 28 boisseaux pour 
« I h justes. 

«Autre mesure de Lamballe dite mesure de Matignon, qui se mesure par 
Cl boisseau, et compte l'on 32 boisseaux de la dite mesure par tonneau, 
« mesure vénale dudit Lamballe. 

«Autre mesure appelée mesure de Plessis-Balisson , qui est pareille à 
«celle de Lamballe et se compte par mine et par boisseau, et, en chacune 
«mine, y a 8 boisseaux, et les 3 mines font le tonneau, et les 1 1 boisseaux 
« font la perrée mesure de Lamballe. 

« Plus y a mesure de Dinan dont faut 20 boisseaux pour tonneau , mesure 
« de Lamballe. » 

S XXIV. 
Montcontour. 

Selon le compte d'Alain Codillac, receveur de Montcontour, en \ligli'- 
« 1 tonneau fait 8 perrées. 



PROLEGOMENES. cccxxm 

« 1 pori(^e fait 2 boisseaux. 
<( I boisseau fait 8 godets. 
"En la perrée de Lamballe, > boisseaux. 
"Au tonneau, 12 perrées. 
« Au boisseau, 8 godets. 
Les k boisseaux de Saint-Bii(!uc font la juste.» 

,< XXV. 
Dinan. 

« I 2 godets font le boisseau. 

« 8 boisseaux font la mine, mesure de Dinan. 

«Les quatre boisseaux font la mine, soit froment ou seigle et avoine, 
" pareille mesure, fors que le froment est comble, et les k mines font le ton- 
« neau et la mine fait la pipe. » 

S XXVI. 
Retz. 

i( La mesure de Bourgneaf et de Prigny sont tout un , et font les trois bois- 
« seaux , — 1 septier nantois a davantage de ,'„ de boisseau. 

« Aussi est semblable mesure celle de Veuz et celle de Pornic; la mesure 
«de Bottign est plus grande, et les 2 boisseaux font i septier nantois. 

" Machccoiil. — Le boisseau est moindre, et les 5 boisseaux font environ 
« 1 septier nantois. 

« La Benaste et Toavoye sont encore moindres , et les 6 boisseaux font 
«environ 1 septier nantois.» 

.S XXVII. 
Loyaux (Mesures de). 

« Il boisseaux ^ froment, appelés mesure reze de Loyaux, font le septier 
« nantois. 



cccxxiv PROLÉGOMÈNES. 

«3 boisseaux froment, appelés mesures de Saint-Père en Rays et du Pé- 
« lerin, — qui sont pareille mesure, — font le septier nantois. 

«6 boisseaux froment, pareille mesure raze de Saint-Lumine, font le 
« septier nantois. » 

S XXVIII. 

Guérande (Mesures de). 

u y quarteaiix de Guérande font le septier nantois. 

(1 La tnilée contient h quarteaux. 

" 2 tralécs font un boisseau '. » 

On a pu juger par les pages qui pi'écèdent de l'excessive variété qui régnait 
en Bretagne dans les mesures de grains. Il en était à peu près de même par- 
tout. Non-seulement chaque seigneurie avait sa mesure à elle, mais encore 
une grande et une petite mesure. Il y a plus : dans un grand nombre de fiefs, 
il y avait une mesure dilTérente pour l'avoine, l'orge et le froment. 

S XXIX. 
Mesures de capacité pour les liquides. 

1 . La Serena. — Rivur pater ipsias Worcomin dédit duos serenas de medone, 
panes xxxrv et maltones tres^. C'est la seule fois que le mot serena se montre 
dans notre Cartidaire : j'ignore quelle était la capacité de cette mesure. 

2. Lagena. — D'après l'assise de David, roi d'Ecosse, sur les poids et 
mesures, la lagena contenait douze livres d'eau (à peu près six litres). Du 
Gange et M. Guérard ne donnent pas d'autres renseignements sur cette 
mesure '. 

' Les renseignements qu'on vient de lire sur « pitre des mesures des receptes ordinaire.s, con- 
ies mesures de capacité dans les diverses juri- j tenant quatorze feuillets. Ledit extrait trans- 
dictions et châtellenies de Bretagne aux sv" et «critet collationné le i5 septembre 1670.» — 
xvi' siècles, ont été extraits d'un livre relié en (Pris sur une copie dudit extrait qui se trouve 
parchemin et commençant par ces mots : aux archives départementales du Finistère.) 
« Anne, par la grâce de Dieu, reine de France, ^ Chartul. Roton. p. g8. 
duchesse de Bretagne; signé en la fin : de ' Ibid. p. 263; — cf. avec duCange, v° La- 
Saint-Dos, auquel livre, sur la fin, est un cha- gcna. 



PROLÉGOMÈNES. cccxxv 

3. Cyphus. — Il est souvent question de hanafat et de cyciihi mellis dans 
nos actes de Bretagne'. Dom Leduc, dans ses notes manuscrites sur le Car- 
tulaire de Kemperlé ^, afïirme , d'après je ne sais quelles données , que le cya- 
thus contenait six pintes. Il est à présumer que le cyphiis de notre Cartulaire 
était une mesure de même capacité^. 



CHAPITRE XII. 



Le Cai'tulaire de Redon renferme les plus précieux renseignements sur 
le prix des terres et le taux des redevances chez les Bretons du ix' siècle, 
et c'est par là que nous terminerons ces prolégomènes déjà si longs. Nous 
eussions voulu faire connaître, préalablement, la valeur des monnaies et 
le pouvoir de l'argent durant la même période. Mais, dans l'état actuel de 
la science, qui oserait tenter une pareille œuvre? Des hommes d'un incon- 
testable mérite se sont efibrcés, au siècle dernier et naguère encore, de 
résoudre le problème; or, telle a été la diversité des systèmes, qu'on se 
demande si la question n'est pas insoluble. 

Le Blanc, dans son Traité des monnaies, assure que le sou carlovingien 
contenait i65 grains | d'argent fin, ce qui équivaut à i8»,35; et, puisque 
le décret du 22 mai 1 8/19 fixe la valeur de 1 000 grammes d'argent pur à 
220 fr. 55 c. déduction faite des frais de fabrication, on peut poser cette 
proportion : 

1000 : 220,55 :: 18, 35 : X = Zi,o5 C. 

' «Ego Alanus... Brilannie cornes ... quam- Quimper. Dom Leduc a eu la déplorable idée 

« dam terram quœ vocatur Killicaduc . . . ly vide- d'y donner, seulement en français, de longs cx- 

« licet cyathos, id est hanafat mellis, dedi mo- traits du Cartulaire de Kemperlé, précieus ma- 

. nasterio Sancta; Crucis. » {Charliil. Kempercleg. nuscrit, vendu à un Anglais, il y a peu d'an- 

ap. D. Lobin. II, c. 266.)— Dans un titre de nées, malgré nos vives protestations. 
1128, donné en extrait par D. Leduc , on lit ^ a In minihi XLviu ciphos mellis et xii pa- 

ces mots : aConoordia de Logamand : de uno- «nés et xvi denarios et vi arietes. » (Charlal. 

quoque ciatho mellis très nummos reddat. » Roton. p. 282. ) 

* Ce manuscrit se trouve aux archives de 



cccxxvi PROLEGOMENES. 

Le sou carlo\àngien serait donc aujourd'hui, s'il était resté en circulation, 
une pièce de t\ fr. 5 c. Plusieurs états d'Allemagne et d'Italie ont encore 
une monnaie de la même valeur : ainsi la pièce de 2 florins du royaume de 
Bavière vaut A fr. ik c. et avant elle existait une monnaie qui se rappro- 
chait encore plus du sou de Charlemagne. L'écu de la banque de Gênes 
vaut k fi". 21 c. et le ducat de Naples 4 fr. ik c. 

D'après les pesées faites par M. B. Guérard, la valeur intrinsèque du sou 
carlovingien aurait été k fr. 2 5 c. Or, comme le pouvoir de l'argent, d'après 
le docte écrivain, était seulement six fois -^ plus fort qu'aujourd'hui, vers 
l'an 8o5, il en résulte que 4fr. 28 multipliés par 6,48 donnent 2 9fr. igc. 
Malheureusement rien de moins prouvé que l'exactitude de ce chiffre, 
puisque M. Guérard lui-même avait fini par en douter ^ C'est qu'il est bien 
difficile, en pareille matière, je ne dis pas d'atteindre le but, mais seule- 
ment d'en approcher. D'abord, le prix d'un objet varie sans cesse, par 
rapport au prix d'un autre objet : la viande, par exemple, s'est vendue 
moins cher que le jiain, tandis qu'aujourd'hui, le contraire a lieu. Au 
même moment les prix d'un même objet sont différents dans deux endroits 
assez rapprochés. Ainsi, le sou de Charlemagne (soit Ix fr. o5 ou /i fr. ig) 
payerait maintenant le salaire de quatre manœuvres à Vannes et celui de 
cinq ou six manœuvres à Redon. Dans la même localité, les prix changent 
d'un jour à l'autre. On a vu, il y a peu d'années, l'hectolitre de froment 
monter de 4 francs d'une quinzaine à l'autre. La monnaie, c'est-à-dire l'unité 
de mesure, n'a pas non plus une valeur invariable : autrefois, dans un in- 
térêt tout personnel, les princes changeaient le poids et i'aloi de leurs mon- 
naies. Maintenant de telles altérations ne sont plus possibles; cependant, 
après la découverte des mines de la Californie, une sorte de révolution ne 
s'est-elle pas opérée dans toutes les valeurs? Pour échapper à ces perpé- 
tuelles variations , les savants ont pris le blé comme unité de mesure. Mais 
la quantité de froment produit par chaque hectare a varié comme la ferti- 
lité des terres, et la consommation par tête n'a pas été, tant s'en faut, tou- 
jours la même. Tout cela n'est pas, on doit le comprendre, sans influence 

' J'ai eu l'occasion de soumeHre à M. Gué- nant ausoucarlovingien dixfoissavaleurintrin- 

rard quelques observations au sujet de son opi- sèque, je n'étais pas trop loin de la vérité. M. de 

nion sur la valeur de l'argent sous la seconde la Borderie , de son côté , a recueilli de la boucle 

race, et le savant écrivain, dont la boune foi du maître une déclaration analogue. (Cf. Cartii/. 

n'avait pas d'égale, n'hésita point à me déclarer (ir5ain(-Pfrc deC/i«r(rPi,introduct. p. clxx.wii 

que «on jugement s'était modifié, et qu'en don- et suiv.) 



PROLÉGOMÈNES. cccxxvii 

sur la valeur. Aussi, convaincu de l'immense dilTicuIté de la question et 
encore plus de notre insuffisance pour la résoudre, prenons-nous le parti 
d'eiH-egistrer tout simplement les prix tels qu'ils sont exprimés dans le Car- 
tulaire. Viendra plus tard, peut-être, un homme de capacité supérieure, 
économiste aussi bien qu'historien, lequel, rassemblant, comparant les do- 
cuments publiés de tous côtés, accomplira l'œuvre vainement tentée jus- 
qu'ici par les Le Blanc, les Dupuy, les Bonamy, les Gourcy, les Garnier, 
les Leber et les B. Guérard. 

S I". 
Prix des terres. 

797-81/1. — La villa de Branscean et celle de Drihoc, en Carentoir, 
sont vendues, avec maison, champ, récolte de foin et quatre tenanciers, la 
somme de trente sous '. 

81/1. — Un Ran et un demi-ran, avec trois colons, payés vingt sous dans 
le pays de Vannes^. 

81/1 et 82 1 . — Une autre terre libre {Virgada Riochan) se vend neuf sous 
dans le pagus venetensis, sur les bords de l'Oust ^. 

816. — Vente d'un alleu au prix de cent sous, dans la paroisse de Lu- 
zanger *. 

819. — Même alleu vendu quarante sous, avec terres, vignes, bois, 
manses et écuries [scaris)^. 

819. — Domaine de la contenance de douze muids de semence, acheté 
quinze sous dans la villa de Fait, en Derval '''. 

820. — Moitié d'hereditas, avec colons et heredes , vendue douze sous 
en argent et quatorze muids de blé, en Lanouée^ 

820. — Villa nommée Ranlowinid, en Ruffiac, payée vingt sous^. 

821. — Ranriantcar, domaine de quatre muids de semence , acheté quinze 
sous, cum mancipiis, dans la paroisse de Ruffiac ^ 

' Chartal. Roton. p. 129. « Chartul. Roton. p. 176. 

' Ihid.p. 102. ' Ibid.p. 127. 

' Ibid.p. i63. » Ibid.p. 116. 

* Il>id.p. 175-176. ' Ibid.p. lia. 

* Rid. p. 174-175. 



cccxxvin PROLEGOMENES. 

826. — Vente d'un domaine de huit muids de semence, en Pleucadeuc. 
dans la coinmote de Riwinet, au prix de vingt sous'. 

826. — Une terre est vendue, à réméré, vingt-six sous et douze muids de 
blé-, dans Carentoir. 

827. — Deux rans, situés en Molac, sont acquis au prix de quinze sous 
cinq deniers, avec deux bœufs, deux vaches, deux moutons, une brebis et 
un paliium ^. 

83o. — Un domaine de huit muids de semence est acheté dix-neuf sous 
dix deniers, en Rufliac*. 

800. — Vente d'un domaine de huit muids de semence, en Rufiiac, avec 
serfs, viliains et affranchis, au prix de vingt-quatre sous\ 

830. — Un alleu situé dans la villa de Botcaman se vend dix sous, avec 
édifices, pièce de terre et pré tenant au domaine". 

83 1 . — Deux domaines, l'un de la contenance de trois muids, avec un 
petit pré y attenant, l'autre de cinq muids de semence, sont vendus au prix 
de dix sous, dans la paroisse de Luzanger''. 

83 1 . — Dans la même paroisse un manse , avec édifices , pièce de terre et 
pâture attenant à l'alleu, plus un autre champ avec un pré, sont payés dix sous*. 

833. — Vente, à Grandchamp, dans le diocèse de Nantes, d'un manse 
avec édifices, vignes, vergers et autres terres, de la contenance de six muids 
de semence, prix : cent vingt sous®. 

833. — Une pièce de terre de la contenance de deux journaux (sur la- 
quelle ont été jetés deux muids et quatre setiers de semence) se vend six sous 
dans la paroisse de Luzanger '*'. 

833. — Vente à réméré de la moitié de la trêve de Wocamoe au prix de 
six sous '^ 

83 4. — Une moitié de la trêve de Wocamoe, en Bains, est acquise au 
prix de quarante-huit sous huit deniers '^. 

83i. — Vente à réméré d'un ran situé dans la paroisse de Bains, moyen- 
nant quatre sous '^. 

' Cliartnl. Bolon. <p. 203. ' ChartaL Roton. p. i-;S. 

2 Ihid. p. 27-28. ' Ibid. p. 35. 

' Ihid. p. 2o3. '" Ibid. p. 179. 

' Ibid. p. i52-i53. " Ibid. p. i4i. 

' Ibid. p. 119. '^ Ibid. p. i4o. 

' Ibid. p. 177. '" Jbid p. i55. 

' Ibid. p. 178. 



PROLÉGOMÈNES. cccxvtv 

837-838. — Vente, en Grandchamp, diocèse de Nantes, d'une vigne 
avec sa terre {vinea cum sua terra) moyennant cent cinquante sous'. 

838. — Pièce de terre de quatre muids de semence et une villa, vum 
mnncipiis, achetées vingt-quatre sous, dans la paroisse de Ruffiac^. 

8/10. — Ran de quatre muids de semence, acheté trente sous, en Ruffî;ic^ 
(Le vendeur reçoit un cheval estimé vingt sous, et dix sous en argent.) 

8ào-8h-]. — La moitié du domaine de Roscaroth, d'une contenance de 
deux muids de semence, coûte treize sous, en Vannes*. 

8Z10-847. — Vente à réméré de Ransulhoel, en Ruffiac, au prix de sept 
sous sept deniers ^. 

8/12. — Six argcntiolo' de terre coûtent vingt sous huit deniers, en Guil- 
lac", plus cinq sous un denier distribués aux parents et témoins. 

842. — Vente d'un domaine de quatre muids de semence, en Ruffiac, 
prix : vingt sous sept deniers ''. 

8/i3. — Un domaine de quatre muids de semence est payé vingt-quatre 
sons six deniers, en Ruffiac*. 

8Z|3. — Un ran est vendu treize sous en Carentoir. plus six deniers au 
mactyern, et neuf deniers à d'autres personnes-'. 

8hà. — Domaine de deux muids de semence payé huit sous six deniers, 
en Carentoir, non compris quatre sous et un denier donnés aux parents du 
vendeur'". 

8/i5-85o. — Neuf journaux de terre situés sur les bords du Cher, en 
Luzanger, sont vendus la somme de six sous". 



8/16. — Parcelle de terre, en Bains, achetée vingt-huit .sous 



©'• 



846. — Villa de huit muids de semence, avec trois colons sur la tene, 
vendue seize sous '^. 

846. — Villa payée dix-huit sous, en Vannes, plus dix-huit deniers pour 
le vin que le vendeur et l'acheteur doivent boire ensemble''. 

Chartul. Roton. p. 1 62. il faut lire probablement : duos equos coittni soli- 

Ibtd. p. 11 3. dosxx et deiiariosviii. 

' /tiJ. p. j3i. ' Chariul. Roton. p. 107. 

» Ibid.p. 2.4. » Ibid.p. 169. 

' Ibid.p. 2)1,. ' Ibid.p. 84. 

' /fciV. p. io3. la charte où nous avons puise '" Ibid.p. 85. 

le renseignement qu'on vient de lire est on ne " Ibid. p. 167. 

peut plus obscur,": « Sulcomin dédit pretium '^ /6i(i. p. 91. 

« istius terra? adWenerdon, id est duos equos '= Ibid.p. i23. 

• et solidosdcn. vu argenti, contra solidos \.\;\i " Ibid. p. 43. 

QQ 



cccxxx PROLÉGOMÈNES. 

846. — Le domaine de Foubleid, sis en Ruffîac et d'une étendue de 
huit muids de semence, est acheté dix-huit sous, avec ses heredes '. 

8^7. — Une basilique, construite en l'honneur de la sainte Vierge et de 
saint Pierre, est vendue deux cents sous, avec terres, manses, prés, bois, 
dans la paroisse de Grandchamp , au diocèse de Nantes^. 

8/18. — Un ran de quatre muids de semence, avec un colon et des here- 
des, est vendu dix-sept sous quatre deniers, dans le pays de Vannes ^. 

848. — Vente d'un domaine d'une contenance de dix jancii, avec prés 
et vignes, en Savenay, au prix de cent vingt-cinq sous '. 

849- — Le tigran ou petit domaine d'Ambon est vendu seize sous et six 
deniers, avec prés , bois , éclusesur la Vilaine, et avec un colon sur la tenure^ 

849. — Vente à réméré d'un petit domaine en MoUac, au prix de six 
sous ^. 

85 G. — Deux rans , situés en Mollac , sont acquis moy ennant quatorze sous '. 

850. — Vente à réméré d'une parcelle de ran, en Carentoir, au prix 
de deux sous quatre deniers*. 

85 1. — Une terre de trente muids de semence se vend cent sous en 
Laillé, dans le pays de Rennes^. 

85 1. — Un domaine de deux muids et six setiers de semence est payé 
vingt-neuf sous et trois deniers, dans le pays de Vannes '". 

853. — Vente à réméré d'une saline située à Bourg - de -Batz, prix : dix 
sous ". 

858. — Un tiers de ran payé quatre sous '^. 

859. — Vente à réméré d'une saline auprès de Guérande, prix : quinze 
sous '^. 

859. — Vente à réméré de la saline de Penlan, en Guérande, moyen- 
nant quarante-cinq sous '*. 

859-860. — Drihicam vend à saint Convvoion la douzième partie de 
Brontro au prix de deux sous '^. 

' Charhd. Roton. p. io5. ' Chartal. Roton.p, gi. 



- Ihid. p. 26. 

' IbtJ.p.bi. 

* Ibid. p. 161. 

' Ibid. p. 46. 

° Ibid. p. 202. 

' Ibid. p. 200. 

' Ibid. p. 100. 



Ibid. p. 1 33. 
Ibid. p. 48. 
Ibid.p.ii. 
Ibid. p. 78. 
Ibid. p. 57. 
Ibid. p. 3 3 . 



PROLEGOMENES. cccxxxi 

860-869. — Le domaine de Botsarphin est vendu quarante sous, en 
Pleucadeuc '. 

861 . — Vente à réméré, au prix de quatre-vingts sous, de trois salines 
situées en Guérande ^. 

861. — Deux rans sont vendus trente sous douze deniers dans la pa- 
roisse de Bains ^. 

863. — Vente à réméré de la saline de Permet, près Guérande, ou prix 
de vingt sous *. 

865. — Un ran de quatre muids de semence , avec des heredes sur le do- 
maine, est vendu vingt sous, en Ruffiac '\ 

865. — Vente ;'i réméré d'une saline située en Guérande , au prix de vingt 
sous ^'. 

866. — Autre saline, dans la même paroisse, vendue six sous '. 

866. — Vente à réméré d'un champ situé dans la paroisse de Renac, 
au prix de sept sous*. 

867. — Un ran de quatre muids et une terre de deux muids et huit 
setiers de semence sont payés vingt sous, en Ruffiac^. 

867. — Un ran de six muids de semence et la moitié d'un autre ran ven- 
dus trente et un sous , en Carentoir '". 

870. — Une moitié de ran est vendue dix sous, dans la paroisse de Ca- 
rentoir ". 

870. — Le domaine nommé Ranetcar vendu dix sous par un hères ou 
colon ^2, 

871. — Une hereditas, dont la contenance n'est pas indiquée, est payée 
deux cents sous dans la paroisse de Cons( aujourd'hui Bourg-des-Comptes), 
dans le pays de Rennes '^. 

1086. — Enfin, dans la paroisse de Pléchâtel, un domaine se vend la 
somme considérable de neuf livres trois sous 1*. 

Si plus d'espace nous était accordé , nous pourrions , à l'aide des rensei- 
gnements qu'on vient de lire, composer une curieuse dissertation. Mais, 

' Chartul. Roioii. p. 206. « Chartul. Roton. p. 160. 

* /ii'd. p. 71, ' Ihid.f. i33. 
' lbid.f. i44. " Ibid. p. 69. 

* Ibid. p. i3o. " Ihid.p. 181. 
=■ Ibid.f. 117. 12 Ibid. p. 180. 
« Ibid. p. 65. >3 Ibid. p. 195. 
' ""('.p. i3i >4 Ibid. p. 289. 

OQ. 



cccxxxii PROLEGOMENES. 

forcé que nous sommes de nous resserrer en d'étroites limites, nous nous 
bornerons à présenter un petit nombre d'observations. 

Qu'on veuille bien remarquer, d'abord, que, dans la Bretagne propre- 
ment dite, la terre est très-morcelée. Point de vastes domaines, en effet; les 
tenures sont, en général, d'une contenance de quatre ou de huit muids de 
semence, et leur prix ne dépasse guère vingt sous'. C'est dans les pays de 
Rennes et de Nantes que se rencontrent les grandes propriétés vendues cent 
et deux cents sous'-. Toutefois, l'hectare de terre n'y avait pas une valeur 
plus grande qu'eij Browerech ou dans le Poutrecoet. On en pourra juger, 
au surplus, par le rapprochement suivant : 

Pays de Rennes et Nantes. 

Terre de trente muids de semence à Lailié; prix, cent sous. 

Terre de huit muids de semence dans la paroisse de Luzanger; prix, 
dix sous. 

Domaine de la contenance de douze muids de semence, en Derval; prix, 
quinze sous. 

Pièce de terre de neuf journaux payée six sous, en Luzanger. 

Pays de Browerech. 

Domaine de huit muids de semence, en Pleucadeuc; prix, vingt sous. 

Terre de huit muids de semence, en Ruffiac; prix, dix-neuf sous dix 
deniers. 

Alleu de Foubleid (huit muids de semence) ; prix, dix-huit sous. 

Domaine de six muids et quatre setiers de semence, vendu vingt sous, 
en Ruffiac. 

Un ran de six muids de semence, plus la moitié d'un autre ran en Ca- 
rentoir; prix , trente et un sous. 

On le voit donc, les habitants de la presqu'île armoricaine, avant les 
invasions normandes, n'étaient pas, en fait d'agriculture, plus arriérés que 
leurs voisins. Mais, depuis cette époque, une série d'événements désastreux 
vint transformer en landes stériles une partie des guérets de la péninsule. 

' Chartal. Roton. p. 5i, io5, 107, 1 u , 1 13, 117, i23, i3i, 169, 177, etc. — ' Ihid. p. gS. 
161, 195. 



PROLÉGOMÈNES. rxcxxxin 

Maîtres de ia Bretagne pendant trente années, les Normands en avaient fait 
comme un vaste désert, et des terres anciennement cultivées une grande 
partie n'avait point été rendue à la culture. Grâce au généreux dévouement 
des moines de Cîteaux, plus d'un terrain abandonné redevint fertile et 
porta de riches moissons. Néanmoins d'immenses friches couvraient encore 
le pays, lorsque éclatèrent les guerres de la Succession. On sait quelles 
ruines s'accumulèrent alors dans la péninsule devenue le champ de bataille 
des rois de France et d'Angleterre. Pour cicatriser de telles plaies, il eût 
fallu des siècles de paix. Mais le duché de Bretagne, tombé en quenouille, 
était convoité, depuis longtemps, par les princes capétiens, dont la victoire 
de Saint-Aubin-du-Cormier vint couroiuier fhabile politique. Après le ma- 
riage de la bonne duchesse, le pays put jouir de quelques années de repos. 
Mais le siècle suivant vit éclater la Réforme et les sanglantes guerres de 
la Ligue, où les Bretons, dévoués avant tout h l'Église catholique, se je- 
tèrent avec une incroyable ardeur. Ainsi s'explique l'abandon séculaire de 
certaines portions de territoire où se voient encore les traces d'une très-an- 
cienne culture. En 18/16, le département du Morbihan renfermait 297,7^7 
hectares de landes. Que de capitaux, d'efforts, de temps, de persévérance, 
ne faudra-t-il pas, même avec les chemins de fer, pour faire cesser un tel 
état de choses I 

.S H. 
Du revenu de la terre. 

83/i. — Un petit domaine situé en Prispiriac, et sur lequel habitaient 
un colon et ses fils, payait annuellement aux moines de Redon, le jour 
des calendes d'octobre, deux sous de rente '. 

85o. — Les deux domaines de Bronhitin et de Trebmor payaient cha- 
cun à l'abbaye de Saint-Sauveur, comme redevance, trois sous, un petit 
tonneau remph de vin [tonella plena de vino), onze pains, un porc vivant 
estimé six deniers, et un porc tué, de la valeur de huit deniers 2. 

852. — Les redevances des deux domaines de Ranlis et de Botcuach, 
concédés à Saint-Sauveur de Redon par Pascweten , comte de Vannes , étaient 

' Cliartut. Rolon. p. 97. ^ = Ibid. p. 66. 



cccxxxiv PROLÉGOMÈNES. 

celles-ci : dix muids d'avoine, huit de froment, deux de seigle, cinquante- 
deux pains, un porc estimé douze deniers, un jeune pourceau de la valeur 
de deux deniers, et enfin des moutons et deux agneaux valant ensemble 
douze deniers '. 

860. — Redevance d'un petit domaine situé dans Brain : un setier de 
miel, neuf deniers, cinq pains'-. 

863. — Redevance d'un ran en Carentoir: deux sous ^. 

866. — Rente due pour une portion de la villa Jodica ; trois grands 
pains, quatre setiers de froment, un d'avoine et quatre deniers ^. 

866. — Redevance d'un ran, à Bourg-de-Batz : dix-huit deniers, un 
mouton , quinze pains '•'. 

867. — Redevance d'un ran, dans la paroisse de Carentoir : deux sous''. 

868. — Redevance d'un demi-ran, dans la même paroisse de Carentoir: 
neuf deniers payables à la Saint-Martin '. 

868. — Redevance d'un petit domaine (r/7/arts), en Plélan : deux deniers 
et quati'e pains ^. 

876. — Dans la paroisse de Fougerais, près Redon, les deux villas de 
Mordan et de Hoethlor payaient, chacune, poui' redevance, trois porcs, 
trois moutons, trois petits agneaux [agnellos], vingt-quatre muids de fro- 
ment, dix-huit d'avoine, neuf de seigle^. 

876. — Redevance de Ranhocar, en Guérande : un muid et demi de fro- 
ment, un muid de seigle, six muids d'avoine, un porc estimé un sou, plus 
la valeur d'un autre sou en bétail [manaheda] '". 

Dans la même charte, il est fait mention de /Îon-Caranton , qui payait 
comme redevance six muids d'avoine, trois setiers de froment, trois setiers 
de seigle, dix-sept pains de froment, et, de plus, au maër, quatre setiers 
entre seigle et froment; au doyen, deux setiers, six deniers, un porc valant 
six deniers, un jeune porc estimé deux deniers, un mouton de la valeur de 
trois deniers, et un agneau du prix de deux deniers et demi*'. 

Quelques années plus tard, en goà, dans la paroisse de Pléian , im petit 
domaine concédé aux moines de Saint-Maxent, et sur lequel habitaient deux 

' Chartul. Roton. p. iQ. ' Chartnl. Roton. p. 102. 

- Ibid. p. 1 26. • Quartam partem vir- " Ibid. p. 160. 

«gadïe unius, etc. » ' Ihid. p. 172. 

^ Ibid. p. 5o. ' Ibid. p. 2 13. 

* Ihid. p. 2 0/1. '" Ibid.f. 209. 

' Ibid. p. 74. " Ibid. p. 210. 



iniOl.EGOMENES. cccxxxv 

colons, payait la redevanre suivante : deux niuids d'avoine, six seliers de 
Ironient, quatre pains aussi de froment, et un bélier estimé deux deniers '. 

I 1 /|5. — Les moines de Redon font attester, par un certain nombre d'ha- 
bitants du \iilage de Broal, qu'une moitié de ce village devait à Saint Sau- 
veur sept muids et demi de froment, et un bélier valant deux deniers-. 

A peu près vers le même temps, les redevances suivantes étaient per- 
çues par le prieur de Saint-GutwaI , dans l'ancien pagiis de Belz^ : 

En Plohinoc : vingt-quatre quartiers ras de froment, plus trois sols, deux 
deniers et deux béliers; 

Dans le Minihi ou Asile : quinze quartiers, quarante-huit coupes de miel, 
douze pains, seize deniers, six béliers; 

Dans la villa de Jacob : trois quartiers, trois béliers; et, de Gorsel. che- 
valier, une mine; 

Dans la villa de Benoît : un quartier et trois béliers; 

Dans la villa de Cowrant : deux quartiers; 

En Plec : treize quartiers, une mine, douze coupes de miel, douze pains, 
deux repas; 

En Lodor : cinq quartiers et une mine; 

Dans le Minihi Raunor, et dans la villa des Faucons : deux quartiers et 
trois béliers; 

Dans l'Ile : huit quartiers et une mine et demie ; 

Plusieurs maisons payaient en outre sept sous et un denier, deux pains , 
un flacon de vin, un coq, une poule*. 

Il n'aura pas échappé aux lecteurs attentifs que, pendant le ix° siècle, le 
ran, inconnu dans le pays gallo^, payait une redevance à peu près lixe 
de deux sous par an. Or, comme ce petit domaine n'était pas ordinairement 
d'une contenance de plus d'un hectare (quatre muids de semence'^), il en 
résulte que le revenu de l'hectare , dans les paroisses voisines de Redon , telles 

' Chartul. Roton. p. 227. " Les rans étaient, en général, de quatre ou 

^ Ibid. p. 33 1 . de huit modii de semence. Or, le modius de 

' Ibid.p.Zîô. Louis le Débonnaire étant de soixante-trois litres, 

' ^î'»'- P- 252. comme M. Guérard l'a solidement établi, il 

' Le ran existait , cependant, de l'autre côté s'ensuit que les Bretons du ix' siècle jetaient sur 

de la Vilaine, dans le pays de Guérande. Mais un ran de quatre muids un peu plus de deu.\ 

on a vu plus haut que cette pointe de terre avait hectolitres de semence, et le double dans un ran 

été, dès l'origine, occupée par une colonie bre- de huit modii. Les rans qui payaient deux sous 

'°""^- de redevance étaient sans doute des domaines 



cccxxxv. PROLÉGOMÈNES. 

que Carentoir, Ruflinr , Augan, Pleucadcuc, Sérent , etc. était plus élevé 
qu'aux environs de Paris, du moins dans la première moitié du \\' siècle'. 
Le Polyplyifue d'irminon nous apprend, en effet, que, dans les domaines de 
Sainl-Germain-de.s-Prés, un manse contenant à peu près quatre hectares 
de terre labourable, plus douze ares soixante-quatre centiares de pré, ren- 
dait un cens annuel de deux sous^. 

S III. 

Valeur des animaux 

Chevaux. — 834. — Deux rans, situés en Guiilac, et qui devaient valoir 
quinze ou vingt sous chacun, sont échangés par un mactjern contre un 
très-bon cheval, equum valde boimin^. 

8/io. — Prix d'un cheval en Ruffiac : trente sous *. 

8/12. — Dans la même paroisse, deux chevaux coûtent chacun dix sous 
quatre deniers^. 

8/16. — Prix d'un cheval en Ruffiac : dix-huit sous ''. 

S^y. — Un mulet, envoyé au pape Adrien par Salomon , roi de Bretagne, 
coûte trois cents sous avec sa selle, son frein et sa bride ^. Cette somme 
paraîtra sans doute exorbitante (1 2, 1 5o francs et 8,/i6o d'après M. Guérard); 
mais le harnachement était sans doute en riches pierreries. 

io5o. — Perenesius, abbé de Redon, fait présent à un seigneur d'un 
cheval estimé cinquante sous, valeur égale à celle d'un faucon, à la même 
époque*. 

1 n66. - — Un cheval est vendu dix livres dans le pays de Vannes '. 

de huit modii. Les Bas -Bretons d'aujourd'hui chaque ran valût i5 sous, le cheval du mur- 
ent conservé la coutume de mesurer la terre tycrn Trihoiarn lui aurait coûté (le sou carlo- 
par la quantité de semence qu'ils y déposent; vingien étant censé représenter 40 fr. 5o c.) 
ils disent: un champ de huit, de dis bois- ia somme de i ,21 5 francs. C'était naguère, dans 
.«eaux , etc. le pays , le prix d'un cheval de choix. 

' Cette différence s'explique : dans l'Armo- ' Chartul. Hoton. p. i3i-i3t. 

rique , pays de bois et de prairies, la terre à blé ' Ilnd. p. io3. 

devait être très-recherchée. ' IhUl. p. loi. 

' Voyez Guérard, Prolégomènes, première • Ibid. p. 67. 

partie, p. 157, et le texte du Poljptyi/ue (XII, ' Ihid. p. 255. 

xxvii,p 126). ' Ibid. pin. 

' Chartul. Roton. p. 88. En supposant que 



PROLÉGOMÈNES. cccxxxvii 

1 1 o/i. — Un cheval est vendu vinr;t et un sons n Moais '. 

I 1 o8. — Alain Fergent reçoit de l'abbé de Redon un coursier estimé [)lus 
de trois cents sous^. 

II eût été intéressant de pouvoir comparer ces prix avec ceux du Poly- 
pty(]ne d'Irminon. Mais il n'est point parlé, dans ce précieux document, de 
la valeur des chevaux sous les Carlovingiens; seulement, pour les temps an- 
térieurs, M. Guérard a recueilli les évaluations suivantes : 

La loi des Bourguignons fixe à dix sous (goo francs) le prix d'un cheval 
excellent, à six sous [S^o francs) le prix d'un cheval ordinaire. 

Dans la loi des Ripuaires, un bon clieval est estimé six sous (5 à o francs). 

En 6i 5, un cheval valait cinq sous (/i5o francs) dans le diocèse du Mans. 

Or, en comparant les prix qu'on vient de lire et ceux que fournit le Car- 
tulaire de Redon, on voit que la valeur des chevaux, chez les Francs, sous la 
première race, et chez les Bretons, au ix° siècle, se rapprochait beaucoup. 

Le prix du cheval de moyenne qualité, sous Louis le Débonnaire et sous 
Charles le Chauve, n'est, à ma connaissance, indiqué dans aucun document. 
Mais il existe un diplôme de Charles le Gros^, sous la date de 883 , qui fixe 
la valeur d'un bon cheval à trente sous, somme à peu près égale à celle que 
devait coûter, en 83/i , dans la paroisse de Guillac, l'excellent coursier con- 
cédé au mactyern Trihoiarn*. 

Boeufs. — 83 Z|. — Un bœuf se vendait trois sous (i2i fr. 5o c. ) dans la 
paroisse de Bains ^. C'était sans doute un animal de moyenne taille, comme 
ceux de la race du pays. Dans la statistique agricole de la France, publiée 
en i84o, par ordre du gouvernement, la valeur moyenne du bœuf, dans 
le département d'IHeet-Vilaine, est fixée à i25 francs. 

' ChartuL Roton. p. ioh. Dans ies Preuves de dont Bains faisait partie avant la Révolution, 

l'Histoire de Bretagne de D. Lobineau, le duc le prix moyen du bœuf aurait été io4 francs en 

Jean de Bretagne reconnaît avoir reçu du sire i84o, selon la statistique déjà citée. On lit dans 

d'Avaugour iiii cheval doa pris de 300 livres pa- un acte de i 278 , cilé par D. Lobineau (t. II, 

risis (t. II, col. 470, ann. i3i6); en i466 col. 4i3) : «cix boves venditi cccLx.\xvi libris, 

(idid. col. 1376) , le cheval donné à l'évéque de «xii soUd.n — ncxxiil boves venditi CLiv lib. 

Saint-Malo pour faire son voynije de Rome est «x soi. » Dans un compte du Regaire de Rennes, 

estimé 222 livres. transcrit par M. de la Bigne-Vilieneiive aus ar- 

^ Charinl. Roton. p. 292. 3oo sous (à raison cliives de la Chambre des comptes de Nantes, 

de 4o fr. 5o cent, le sou) forment nii total de le prix d'un bœuf de bonne qualité, d un bœuf 

I 2.1 5o francs. gras, est évalué, en 1427, à 7^ 10 s. D'après 

' D. Bouquet, Historiens de Fr. t. IX, p. 34 >. les calculs de M. Leber, cette somme équivau- 

* Chartul. Roton. p. 88". drait à 3oo francs de notre monnaie; mais l'é- 

' Ibid. p. i4o. Dans le diocèse di Vannes, valuation est peut-être exagérée. 



cccxxxviii PROLEGOMENES. 

Sur les domaines de Saint-Germain-des-Prés , du temps de Louis le Dé- 
bonnaire, le bœuf coûtait, en moyenne, huit sous six deniers (227 francs 
d'après M. Guérard). En i84o, cette valeur moyenne était de 26/1 francs 
dans les départements de la Seine et de Seine-et-Oise. 

Porcs. — 8/17. — Dans la paroisse de Penpont, un porc ordinaire se 
vendait, vivant, six deniers; mort, huit deniers'. 

802. — Un porc, dans le pays de Vannes, valait douze deniers, et un 
jeune porc {porcellas), deux deniers-. 

876. — Dans la paroisse de Guérande, un porc gras se vendait deux sous'. 

895. — En Marzan, le prix d'un porc ordinaire et celui d'un jeune porc 
étaient de six et de deux deniers *. 

De la comparaison de ces divers prix avec ceux que nous fournissent le 
Polyptyque à' Imiinon et plusieurs autres documents il résulte que, dans toute 
la France et même au delà du Rhin, le prix des porcs engraissés (soa?es), des 
moyens porcs et des porcelli, était à peu près le même. En effet, dans le 
Polyptyque de Sainl-Maur, deux porci sont évalués quatre sous , comme dans la 
paroisse de Guérande^. Dans les domaines de fabbaye Saint-Germain-des- 
Prés, les soales valent un sou, les porci huit deniers, les porcelli quatre de- 
niers®. Or, ces prix diffèrent à peine de ceux qu'on demandait de l'autre côté 
du Rhin : à Paderborn et à Osnabrùck , en efl'et, les porcs se payaient un sou 
en 854 et en 860 ". 

BÉLIERS. — En 895 , un bélier valait quatre deniers dans la paroisse de 
Marzan (c'est le prix des leares de Saint-Gcrmain-des-Prés) ^, et, en 90/i , il 
se vendait deux deniers dans la paroisse de Plélan^. 

Or, en prenant la moyenne de ces deux chiffres, on obtient précisément 
le prix du bélier ordinaire dans les départements du Morbihan et de l'Ille- 
et-Vilaine, en 18/10'". 

85a. — Deux moutons ((/uo5 multones) et deux agneaux sont estimés en- 
semble douze deniers dans le pays breton , ce qui met le prix du mouton à 

' Charlut.Roton. f. 66. J. Mœser, Osnabrûchische Gescli. t. 1, p. iii, 

' Ibid.p. 29. ann. 8G0. 

' JîiiJ. p. 20g. ' PolYpljqaedcSuint-Gcrmain-des-Prés,Wll, 

' Ibid.p. 216. IV, p. 228, etXXlII, XXVI, p. 2i3. 
' Voy. Po/yp!. (i/rm. Prolég. part. I, p. 102 ; " Chartul. Hoton. p. 2\6, 22-j. 

cf. Charliil. lioton. p. 209. '° Statistique agricole de France, t. I, année 

' Poi)'/)(. J7rm. XIII, Cl, p. 1 ig. i8io. 
' Schaten ./(nn. P«(/fr!)orn.p. 1 /u , ann.854; 



PROLEGOMENES. cccxxxix 

quatre doiiieis, comme sur les domaines de SaintGermain-des-Prés (l'ajçneau 
se payant d'ordinaire deux deniers). Dans le pays de Guérande, en 876, le 
mouton ne se vendait que trois deniers et l'agneau un donier '. Aujourd'hui , 
s'il faut en croire la Statistique (jénérale de la France ( 18Z10), le prix moyen 
d'un mouton serait de 1 4 fr. o5 c. ^ 

Agneaux. — L'agneau, comme nous venons de le dire, se vendait, au 
ix" siècle, un denier et demi ou deux deniers. Ce prix dillère peu de celui 
qu'indique la Statistique agricole pour les départements bretons, en 18/10^. 

Objets divers. — Un petit tonneau plein de vin [tonclla plena de vino) 
valait trois sous en 848*; un cierge, trois deniers, en 834^; un faucon, 
cinquante sous, en io5o''. 

On remarquera que le prix du grain n'est nulle part indiqué dans le Car- 
tulaire de Redon. Le plus ancien document où il en soit fait mention, à ma 
connaissance, porte la date de 1288; il y est dit que l'émine de seigle de 
Jugon se vendait alors cinq sous '. 



Je touche au terme de ce long travail, entrepris il y a plus de vingt 
années, et dont la révolution de février rendit un moment la publication 
incertaine. On disait en ce temps-ià : « A quoi bon les cartulaires?» Aujour- 
d'hui que l'étude de la géographie historique est l'objet de travaux si juste- 
ment appréciés, les recueils de vieilles chartes ont repris naturellement 
faveur, et celui de l'abbaye de Redon, que M. Guérard déclarait l'un des plus 
importants de l'Europe, ne saurait manquer d'être apprécié parles savants. 



' Charlul. Roton. p. 29 , 209 , 2 i o , 2 1 6. 

' Statistique agricole de France, loc. cit. 

> Ibid. 

♦ Chartiil. Roton. p. 66. 

' Ibid. p. i4o. 

' Ibid. p. 2 55. 

' Voy. Dom Lobineau, Hist. de Bret. t. II, 
Pr. coi. 35. — Dans un compte de Jean le Dren- 
nec à tnVpuissant seigneur Cliarlcs de Rohan , 
seigneur de Guéméné , document inédit de 
1 4 1 1 , et qui se trouve aux arcliives de Vannes , 



on lit ce qui suit ; «Compte ledit Jehan d'avoir 
• vandu le nombre de \ rennots formant ( fro- 

« ment) au pris de dix sous chacun Item, 

« d'avoir vandu le nombre deXLi rennots et demi 
«au prix de ix sous chacun rennot, et monlani 
« xvin^ xin sous vi deniers. Item , d'avoir vandu 

«à Alain de m rennots formant, xxiii sous. 

» Ainssin, par formant, uni rennots et demie, 
« valucz , par monnoie , au pris de ce que dit est , 
n la somme de xx** xvi s. vi den. Item, compte 
« ledit Jehan de la vante de doze rennots for- 



CCCXL 



PROLEGOMENES. 



Toutefois, une pensée m'inquiète : les questions traitées dans mes Prolé- 
gomènes i'ont-elle été avec toute la méthode et la clarté nécessaires? Ai-je 
réussi à jeter quelque lumière sur les institutions civiles, politiques, reli- 
gieuses, de l'une et l'autre Bretagne? Je n'ose m'en flatter; mais le lecteur 
reconnaîtra du moins, je l'espère, l'ardeur de mou zèle et la persévérance 
de mes efforts. 

On l'a dit avec raison , l'histoire d'un peuple est presque tout entière 
dans ses origines. Eclaircir celles de la nation bretonne a donc été, depuis 
longtemps, le but exclusif de mes études. Les premiers siècles de l'histoire 
de la Bretagne, débrouillés en partie par dom Le Gallois et par dom Lobi- 
neau, ont été, plus tard, complètement dénaturés p.^r dom Morice qui, 
dans ses recherches, avait surtout en vue la glorification de la maison de 
Rohan. Vinrent ensuite des écrivains d'une érudition plus variée peut-être, 
mais encore moins désintéressée, lesquels ajoutèrent au roman de Conan 
Mériadec , le prétendu roi suprême de la petite Bretagne sous le tyran 
Maxime, le roman de je ne sais quel druidisme démocratique et humani- 
taire; le roman des kyniris distingués des Gaulois proprement dits; le ro- 
man du schisme des égUses bretonnes i, le roman de la féodalité faisant tout 
à coup explosion en Gaule, après la mort de Louis le Débonnaire; enfin 
le roman, sous foi'me defactum politique, de je ne sais quelle société où 
l'esclavage, la servitude, le servage sont représentés comme la conséquence 
des usurpations d'une aristocratie impitoyable, i^ tous ces systèmes, patronés 
hier encore par des écrivains célèbres, nous n'avons répondu que par des 



«mant, au pris de ix s. chacun, qui moment 
■ par monnoie la somme de cviu sous. 

« Item , compte ledit Jehan d'avoir vandu le 
« nombre de xxvii rennots seigle , chacun rennot 
« au pris de v s. etc. d 

M. Rozenweig, archiviste du Morbihan , a iu 
sur une maison de Locminé l'inscription sui- 
vante : 

I 586 T. f : le : Malian me feist : p" forma : X I. — 
le seigle : ix 1. 

Ce qui signifie, je crois, que, en 1 586, la per- 
rée de froment valait lo livres, à Locminé, et 
le seigle, g livres. D'un autre côte, M. de la 
Bigne-Villenouve a trouvé, dans les comptes du 



chapitre de Rennes (de lâoo à i.'i5o), quelques 
renseignements précieux sur le prix des grains 
en ce temps-lù. Le prix du seigle variait de !i sous 
;i 7 sous 6 deniers ; le boisseau de froment valait 
tantôt 5 sous, tantôt 6 sous i o deniers ou -y sous. 
En i488, le quartier de seigle (qui équivalait à 
8 boisseaux) se vendait lO sous lo deniers, ce 
qui met le boisseau à i sou 7 à 8 deniers. 

' Nous avons fait justice de cette accusa- 
tion dans noire IlisLoire des peuples bretons. 
— Quant à l'organisation de l'église de Bre- 
tagne, gouvernée, comme celle de la Belgique, 
par des évêques sans sièges fixes, nous y re- 
viendrons prochainement dans un travail spé- 
cial. 



PROLÉGOMÈNES. cccxli 

textes et par des faits. Pas une assertion, dans les nombreux chapitres de 
notre ouvrage, qui ne repose sur les documents les plus irréfragables, liien 
que la vérité : telle a été notre devise, et nous osons nous flatter de n'avoir 
fait à aucune espèce de parti pris, à aucun préjugé de race, de secte ou 
d'école, le sacrifice de la plus petite parcelle de vérité historique. 

Naguère le plus éniincnt de nos historien? proclamait l'importanre, plus 
que cela, la nécessité de publier les annales si variées, si peu connues des 
divers pays dont s'est formée la France. Jusqu'ici , en effet, qu'est ce que la 
plujjart de nos histoires avant le xvi° siècle, sinon d'uniformes compilations 
où toutes les contrées offrent le même aspect, tous les hommes le même 
caractère, toutes les idées le même type, toutes les voix le même accent P 
Et cependant, lorsqu'on jette les yeux sur les vieux documents publiés de- 
puis deux cents ans ou enfouis dans nos archives, que de titres précieux où 
se retrouvent l'image et le coloris même du siècle qui les a produits! Que 
de chartes, de vieilles institutions, d'usages séculaires, propres à faire res- 
sortir les différences de race, de climats, de mœurs, de dialectes entre une 
province et une autre ! A ce point de vue le Cartulaire de Redon mérite 
certainement d'occuper le premier rang parmi les ouvrages insérés dans la 
Collection des documents inédits. Cantonnés aux extrémités de la Gaule, 
sans communications, pour ainsi dire, avec les Frnncs qu'ils ne séparaient 
pas, dans leur haine, des Saxons persécuteurs de leur race, les Bretons 
proprement dits ont pu conserver, mieux que leurs voisins, l'empreinte de 
leur nationalité; et, à l'heure où nous écrivons ces lignes, ils se distinguent 
encore des Gcillos, non-seulement par le langage, mais aussi par la conforma- 
tion physique, l'imagination, les habitudes, la trempe du caractère. Cette 
•originalité, restée à peu près intacte jusqu'à la fin du ix° siècle, nous n'avons 
rien négligé pour la faire ressortir dans les pages qui précèdent. Puisse 
l'homme de génie qui mettra plus tard en œuvre les recherches accumu- 
lées depuis deux siècles et demi trouver dans nos Prolégomènes quelques 
renseignements utiles ! Puissions nous le guider, sans l'égarer, sur le terri- 
toire des diverses petites peuplades armoricaines et bretonnes; le conduire 
sûrement aux lieux où s'élevaient les oppida gaulois, où passaient les voies 
romaines foulées par les légions de César, où la flotte de Brutus détruisit la 
marine gauloise, et où, plus tard, les Francs, les Bretons, les Normands se 
livrèrent tant de combats! Notre travail n'a pas d'autre but; et nous nous 
estimerons largement payé de nos peines, s'il peut servir d'itinéraire à l'his- 



cccmi PROLÉGOMÈNES. 

torien, vraiment complet, qui saura voir et peindre la France tout entière, 
de l'orient à l'occident, du nord au midi; la voir et la peindre telle qu'elle 
est, grande, non par l'uniformité, mais au contraire par la variété de ses 
populations, de leurs mœurs, de lem-s coutumes, de leurs idiomes : Adstitit 
regina circiimdata varielate^. 



Psalm. XLIV, x. 



AuRÉLiEN DE COURSON. 



ECLAIRCISSEMENTS. 



(Voyez Prolégomènes, p. vi à x.) 

Que la péninsule armoricaine n'ait reçu qu'au commencement du \i' siècle (ôi 3 j 
la majeure partie des Bretons chassés de leur pays par les Saxons [magna purs incolarum, 
d'après Eginhard), cela n'est pas douteux. Mais je ne crois pas, avec M. de la Borderie, 
que les premières émigrations datent seulement de 465 : plusieurs autres avaient eu lien 
antérieurement, et c'est là l'opinion de D. Le Gallois : 

a Pour réduire à une juste chronologie toute l'histoire de la transmigration des Bre- 
Ktons, il faut se souvenir de ce que nous avons dit, que, dès l'an lii8, les Romains, 
«établis dans la grande Bretagne, appréhendant les menaces et la fureur des Pietés, 
«abandonnèrent l'île et se retirèrent dans les Gaules, et qu'il y a tout sujet de croire 
« que plusieurs Bretons, exposés aux mêmes dangers et unis d'alliance avec eux, les ac- 
« compagnèrent en leur retraite et vinrent dès lors dans l'Armorique. . . On ne peut 
n encore s'empêcher de croire que plusieurs familles abandonnèrent aussi leur pays 
«lorsque la légion que l'empereur Honorius y avait envoyée l'an Aaa s'en étant re- 

« tirée les Pietés firent un dégât épouvantable dans les provinces du nord, tuant 

«impitoyablement ceux qui résistaient. . . En celte extrémité, l'exil parut sans doule 
" plus supportable à plusieurs que la mort ou la captivité, et si l'on n'a pas d'auteur 
«qui ait dit que plusieurs se retirèrent alors dans l'Armorique, c'est plutôt parce 
« qu'ils ne hrenl pas un corps à part et qu'ils s'y mêlèrent avec les Romains et les Ar- 
« moricains, aux mœurs, aux lois et aux usages desquels ils s'accommodèrent, que parce 
« qu'ils ne s'y retirèrent pas. 

Les Pietés revinrent encore l'an ^3i, renversèrent le mur de pierre qu'une autre 

« légion romaine avait fait bâtir et s'emparèrent d'une grai\de partie du pays des 

"Bretons On ne compte pas ordinairement ce temps du passage des Bre- 

• tons dans l'Armorique; mais il n'y a pas lieu de douter qu'un très-grand nombre d'habi- 
« tants n'y soit venu dans ce temps-là, puisque, selon Gildas, plusieurs s'embarquèrent 
» pour passer au delà de la mer, et on a d'autant plus lieu de le croire, que la famine 
" horrible qui désola la Bretagne en 4^7 leur était tout moyen d'y subsister, et que la 
« peste qui survint en 449 ^^* obligeait de chercher ailleurs un meilleur air. 



cccxLiv ÉCLAIRCISSEMENTS. 

«Selon ces conjectures, ou plutôt selon ces preuves, des troupes de Bretons seplen- 
•ilrionaux, c'est-à-dire des Otadènes, des Horestes, des Damniens [Domnonu), des 
' Elgoves, des Noyantes, des Brigantes et des Méates, que les auteurs romains disent 
«avoir été les plus braves et les plus vaillants de toute la nation, furent les premiers qui 
'■ vinrent dans l'Arinoriqiie et qui s'y dispersèrent en différents lieux, sans qu'on puisse 
.■ marquer plus particulièrement quelles régions ils y occupèrent, parce que, n'y étant 
■ venus que par pelotons, ils ne se rendirent maîtres d'aucun lieu. Ce fuient les inhu- 
manités des Scots el des Pietés, la famine et la peste qui les chassèrent à différentes 
« reprises avant que les Saxons, Angles, et Jutes, fussent \enus dans l'île. . .Toutefois, 
" puisque ces premières bandes ne llrent pas d'Etat différent et qu'ils se confondirent 
• avec les Armoricains, on ne doit y avoir aucun égard et ne considérer la transmigra- 
« lion des Bretons que lorsqu'ils vinrent deçà la mer en si grand nombre qu'ils y for- 
« nièrent une république à part , composée de plusieurs Etats séparés, entièrement indépendants 
« des Gaulois. » (Dom Le Gallois, Blancs-Mant. àà , p. i 90-191.) 

Ce passage de dom Le Gallois nous paraît remarquable à plusieurs points de vue. Il 
en ressort (et c'était là notre thèse contre M. Varin, il y a quelque vingt ans), il en 
ressort, disons-nous : 

1° Qu'avant l'époque où les Saxons, définitivement victorieux, eurent forcé une 
grande partie des populations de l'île de Bretagne à chercher un refuge sur le conti- 
nent, d'autres Bretons, vaincus par les Pietés et parles Scois, avaient été contraints, eux 
aussi, de passer dans l'Armorique; 

2° Que ces Bretons septentrionaux, parmi lesquels dom Le Gallois place les Bri- 
gantes et les Ottadini (voisins du Corisopitum insulaire) , durent être les premiers à s'é- 
tablir dans le pays de Quimper ou de Cornouaille. 

(Voyci Prol('gomènes, p. vin.) 

Dom Le Gallois établit avec une grande force que les Bretons insulaires ne passèrent 
pas tout d'un coup dans l'Armorique : 

« Nous voici enlin arrivé au temps où tous les historiens placent le passage des Bretons 
"dans l'Armorique et la nouvelle dénomination de cette province, nommée depuis la 
•■ Bretagne armorique ou la Bretagne gauloise. Quelques-uns prétendent que ce passage 
•' se fit dès l'an 436, d'autres en hho, d'autres le diffèrent encore davantage, ne le 
" mettant qu'en l'an 455, ou même plus tard encore. On peut dire qu'ils ont tous raison, 
«car il ne faut pas s'imaginer que ce passage se soit fait en une seule fois ni en une 
" même année; on peut assurer au contraire que cette transmigration de l'Eglise et de la 
« nation britannique ne se fit qu'à différentes reprises, en différentes occasions , sous dif- 

« férents chefs el en différents lieux Ce ne fut ni par une délibération de la nation 

" entière ni par une résolution concertée dans un conseil commun que les Bretons quit- 
« lèrent ainsi leur île pour passer dans les Gaules. Contraints par les cruels ennemis qui 
« ravageaient leur pays, et qui en désolaient successivement les différentes contrées, les 
' habitants des lieux les plus exposés à leur furie et à leurs courses ne prenaient conseil 
que de leur péril et de leurs craintes; ils s'embarquaient luumlluairement sous la 



ÉCLAIRCISSEMENTS. 



CCCXLV 



Il conduite de leurs principaux seigneurs, les uns plus loi, les aulies plus lard, selon 
«qu'ils étnient plus ou moins pressés ou épouvantés. Le progrès des Pietés, des Scots, 
Il des Saxons el des Jules ne fui pas sans résistance. Il leur fallul du temps pour pousser 
«et pour assurer leurs conquêtes, et toulcs les histoires témoignent qu'ils y employèrent 
Il efl'ectivemenl un assez bon nombre d'années ». (Dom Le Gallois, Recherches sur les ori- 
gines de la BrelMjne, ms. n° /»/(, Bl.-Mant. p. gS. — Cf. avec le II' livre du même ou- 
vrage, Des Bretons avant leur arrivée dans l'Armorique.) 

(Voyez Prolégomènes, p. xiii.) 

« Si ce que dit Procope des Arhorichi se doit entendre de nos Armoricains et s'il 

Il est vrai que ces Armoricains, après avoir été lidèles à l'empire romain jusqu'à l'extré- 
» mité, s'allièrent enfin, s'unirent et s'incorporèrent aux rrancs qui n'avaient pu les sub- 

«juguer on a, dans ce trait d'histoire, une nouvelle preuve pour montrer que les 

" Romains étaient encore maîtres de l'Armorique lorsque les Bretons y passèrent la première 
«fois 

«Toutes ces raisons prouvent assez bien que ce ne fat pas seulement par la permission 
« des Romains mais encore par leur ordre que les colonies des Bretons, qu'ils n'avaient pu 
» défendre dans leur pays, vinrent se réfugier dans la pointe la plus occidentale de cette 
• province qui était l'endroit le moins peuplé, et par conséquent celui où ces nouveaux 
Il habitants pouvaient s'établir avec le moins d'opposition et de bruit». (Dom Le Gallois, 
ibid. p. 187.) 

« Si le pays qu'occupèrent d'abord les Bretons et qui fut le seul qu'on nomma pour lors 
Il Bretagne, avait été beaucoup peuplé, les anciens habitants auraient sans doute fait tous 
« leurs efforts pour s'en conserver la posses.sion ... Un grand peuple, bien établi dans un 
11 pays, n'en sort pas à première sommation. .. /( n'y eut cependant aucune résistance, au- 
« cune défense, aucune guerre .. et on ne trouvera en aucun ancien auteur que les Bretons 
11 aient combattu et vaincu les Armoricains. On croit donc pouvoir inférer de leur établis- 
« sèment paisible que le pays occupé d'abord par les Bretons n'était guère peuplé. . . Les 
« Armoricains ne peuvent en celle rencontre prendre d'autre résolution que de se retirer 
Il avec leurs meilleurs effets dans les contrées que les Bretons ne devaient pas occuper. . . ce qui 
" donna lieu à la dislinclion de la Bretagne et de la Romanie. » (Dom Le Gallois, p. i88- 
189.) 

(Voyez Prolégomènes, p. xiv.) 

«On trouve dans les Actes des quelques-uns des saints de notre Bretagne que les 
«contrées ou les Armoricains se retirèrent furent nommées la Romanie, el que celles 
Il qu'occupèrent les Bretons étaient appelées la Bretagne. Les Romains étaient donc en- 
11 core estimés les maîtres de ces pays-là , car pourquoi aurait-on nommé Romanie des pays 
«qui n'auraient plus eu de rapports avec l'empire romain?» (Dom Le Gallois, p. 186- 
187.) 

( Voyez Prolégomènes, p. xiv à .xix.) 

On lit dans dom Le Gallois les excellentes observalions que voici, au sujet des rap- 

ss 



cccxLvi ECLAIRCISSEMENTS. 

ports établis, depuis li^-], entre les Francs et les Aimoricains, tandis que les Bretons 
faisaient bande à part : 

11 faut croire les évêques du concile iv de Tours , qui n'ont fait que marquer l'opinion 
«publique et, deleur temps, commune aux deux nations, lorsqu'ils ont parle des limites 
a accordées aux Bretons ; limites au delà desquelles ils ne pouvaient s'etendi e sans violer 
a le traité, comme les Francs, de leur part, ne devaient point s'emparer des terres accor- 
ï dées à leurs voisins sans prévariquer; ce qui nousobhge indispcnsablement àjaireiine (grande 
« distinction entre le pays que les Armoricains gaulois possédaient et le pays de l Armorique oà 
a s'étaient établis les Bretons. A l'égard de celui-là , les Francs entrèrent dans tous les droits 
odes empereurs romains, en vertu du traité fait avec les habitants, et ils en devinrent 
«les souverains immédiats avec d'autant plus de facilité que personne ne s'intéressait à 
«ce droit, que les particuliers demeurèrent en la possession paisible de leurs domaines 
«propres, et que chaque ville n'avait plus que de simples magistrats à qui les Fraiics 
B laissèrent ce que les Romains leur avaient voulu laisser d'autorité. Mais comme les 
« Bretons avaient toujours eu leurs rois et que ces rois jouissaient chez eux des droits 
«de royauté compatibles avec la souveraine majesté de l'empire, Clovis, se substituant 
« aux empereurs romains, laissa aux princes bretons tout ce qui pouvait s'accorder avec 
» la majesté suréminente de sa couronne, domaine, gouvernement, tributs , droits de suc- 
« cessions, etc. et se réserva seulement les devoirs que les rois bretons rendaient aux 
1 empereurs romains dans la Bretagne insulaire et que les rois de la Bretagne armorique 
«leur avaient eux-mêmes rendus depuis qu'ils s'y étaient placés, en sorte qu'ils relevas- 

« sent de lui (Clovis) et de son trône comme ils avaient relevé d'eux Frédégairc 

«et Aymoinus font aussi mention des limites des Bretons, limites que ceux-ci ne deman- 
» dèrent sans doute que pour se mettre plus au large et occuper beaucoup de terres 
n au delà de celles où ils se tenaient cantonnés d'abord. 

«Quelque répugnance qu'on ait à demeurer d'accord qu'un des articles de la con- 
« vention des Bretons et de Clovis obligeait les Bretons à payer un tribut annuel à ce 
« prince, je ne vois pas qu'on puisse le lui refuser sans injustice, ni qu'il soit plus hon- 
« teux aux petits princes de ce pays de l'avoir payé qu'à Gondebaud, roi des Bourgui- 
« gnons , et à Hermenfroi , roi des Thuringiens , beaucoup mieux établis et plus puissants 
« qu'eux, qui fuient pourtant obligés de subir celte loi. » (Dom Le Gallois, p. 219.) 

(Voyez Prolégomènes, p. xv.) 
DE CONAN MÉRIADEC. 

M. de la Borderie a réfuté pied à pied, dans plusieurs dissertations, le roman de la 
fondation d'un royaume de la Petite-Bretagne dans l'Armorique en 383. Nous renvoyons 
le lecteur aux divers opuscules où notre savant ami s'est imposé la fastidieuse mission de 
compléter les arguments de \'ignier, de dom Lobineau et de M. Varin, pour faire rejeter 
le fabuleux Conan Mériadec. Nous nous bornerons à résumer très-brièvement ici les 
preuves accumulées par dom Le Gallois pour établir V impossibilité absolue d'un royaume 
de la Petite-Bretagne en 383 : 



ECLAIRCISSEMENTS. cccxlvii 

r «Et d'abord on peut objecter le silencu de tous les anciens auteurs, sur la fonda- 
« lion du prétendu royaume de Conan Mériadec, cet Amadis du iv' siècle, comme l'ap- 
a pelle dom Le Gallois, et dont Gildas et Bède ne disent pas un mot. Mais il y a plus : 
«tous les liistoricns du continent gardent le même silence sur Conan. Zosimc, Sozo- 
«mené, Rufm, Orose, .lornandès, le comte Marcellin, etc. affirment qu'après la mort de 
« Maxime, Tliéodose le Grand envoya la fleur de son armée dans les Gaules, sous la con- 
« duitc du comte Arbogaste qui marcha contre le fils du tyran et le fit mettre à mort. Or, 
«ces faits indubitables peuvent-ils subsister avec le roman de Conan Mériadec? Quoi! 
« toutes les forces de l'Orient et de l'Occident auraient été bravées par ce roitelet armo- 
«ricain! Et quand deux constitutions de Théodose et de Valentinien dépouillaient les 
« créatures de Maxime de toute charge , de toute dignité , Conan , dont on fait un proche pa- 
« reittdu tyran, aurait puconserver sonroyaumelCelanesepeutsoutenirraisonnablement. 

2° « 11 est constant , par la Notice de l'Empire dressée du temps d'Honorius et d'Arca- 
«dius, qu'il existait alors une 3° Lyonnaise qui comprenait fuule la Bretagne, et qu'on 
« n'aurait pas eu lieu de faire cette nouvelle province si le pays qui la compose presque 
« toute n'avait plus été de la dépendance de l'Empire. On trouve toutes les cités de l'Ar- 
«morique nommées expressément dans cette Notice de l'Empire romain tel qu'il était 
«alors; toutes y sont rangées, et de la même manière, parmi les cités de la troisième 
«Lyonnaise, Osismii comme Tours, CoriosuUtum comme le Mans, etc. et dans la Notice 
propre des dignités de l'Empire, qui ne peut être que postérieure à la précédente, il 
« est parlé d'un préfet des Lètes francs , à Rennes , d'un préfet des Maures vénètes , à Van- 
•■ nés, d'un préfet des soldats de Mars, à Alelh, etc. Or pareille chose ne pouvait subsis- 
« ter dans un Etat indépendant de l'Empire. 

« Toute la suite de l'histoire romaine continue de confondre la vaine imagination de 
«ce royaume indépendant; tout parle contre, tout le condamne, historiens, poêles, 
« orateurs; tout y est opposé, et le ridicule roman d'un Jean de Paris n'est pas plus soli- 
■ dément détruit par nos bons historiens français que le roman de Conan Mériadec et 
«de ses successeurs l'est par tous les bons auteurs de l'antiquité.. (Dom Le Gallois, 
Bibl. imp. n° 44, Bl.-Mant. p. 56-57.) — Les interminables dissertations de l'abbé Gallet 
et même le récent mémoire de M. G. Le Jean ne sauraient donc prévaloir contre les invin- 
cibles arguments de dom Le Gallois, et M. de la Borderie me paraît avoir tenu trop 
peu de compte des savantes dissertations du docte bénédictin et de ses successeurs en 
faisant à M. Le Jean l'honneur de le combattre. 

(Voyez Prolégomènes, p. xviii à xwiii.) 
LIMITES DD TERRITOIRE DES BRETONS. 

« Pour les limites qui furent accordées aux Bretons par Clovis, il n'est pas aisé d'en 
« tracer les lignes. Il est seulement certain que ni Rennes ni Nantes n'étaient enfer- 
« mes dans ces bornes et que ces deux diocèses , les côtes d'entre la Vilaine et la Loire 
«exceptées, devinrent français aussi bien qu'Avranches, Coutances, Bayeux, Séez et 
«autres pays armoricains delà Neustrie... . (D. Le Gallois, Bl.-Mant. loc. cit. p. 221,) 



cccxLVHi ECLAIRCISSEMENTS. 

— Dom Le Gallois n'a pas aussi bien compris les molifs lout stratégiques qui avaient 
porté les Francs à ne pas laisser aux Bretons le territoire situé entre l'antique oppidum 
et les rives de la Vilaine. » (Bl.-Mant. loc. cil. p. 222.) Aussi al-il le tort de faire d'Eu- 
sèbe le successeur d'un roi de Vannes nommé Caradaucus. {Iliid. p. 222-22I1) 

(Voyez Prolégomènes, p. xvm.) 

Les lieus les premiers occupés furent ceux de Quimper, la côte maritime de Vannes, 

• de Nantes jusqu'à la Loire, Léon, Tréguier, Saint-Brieuc et une partie de Saint-Malo 
« et de Dol; car le pays de Rennes, le reste du Nantais, la ville et quelques endroits 

• DC DIOCÈSE DE Vannes , XE LE FURENT PAS SITOT; et cc n'a été que par des conquêtes 

• faites depuis sur les Armoricains français que cette partie de l'Armorique, dont les 
■1 peuples se nomment encore aujourd'hui Bretons Gallots, est devenue bretonne , quoi- 
■ que , à dire vrai , les habitants de ces pays-là soient plus Armoricains que Bretons. » (Doni 
Le Gallois, p. 188-189.) 

(Voyez Prolégomènes , p. Lssv.) 

Dans le tome XXXVIII du Monasticon bencdiclinum (R. S. Germ. io4o,p. 166) on 
trouve de curieuses observations de l'abbé commendataire de Redon, Paul Hector Scotti, 
à Messieurs les commissaires chargés de poursuivre la réformation de son abbaye ; 

a Pour le général du personnel Mons. l'abbé demande réformation, et premièrement : 

I. Il Qu'ils soient (les moines de Redon) assidus au service divin et le facent suwant les 
« précédentes reformations , sans , durant iceluy ny autrement , se proramener par l'église 
-ou demeurera la porte d'icelle à contempler les passans, ny deviser ensemble ny avec 
« les aullres personnes que puissent cstre , ny dormir au lieu de prier Dieu , ny se injurier, 
« ny se entrebattre nv provocquer à rixes, et que ceux qui diffauldronl au dit service ou 
« commectront les dictes insollcnces seront privés de leur portion pour le dit jour et 
« conséquemmenl aultant de foys qu'ils deilauldront ou commectront les dictes insol- 

• iences . . . seront chasliés outre la susdicte privation de leur portion tant selon les formes 
« de chappitre que de prison et aultres plus grandes [peines]. 

II. «Qu'ils vivent religieusement sans jouer à la paulme, cartes ny aultres jeux de 

• hazard et mesme introduire en leurs couvens et chambres femmes ou filles , de jour ny 
« de nuyct et sans hanter en leurs maisons, en quelque temps que ce soit, en la ville ou es 
» champs, ny pour quelque prétexte ou occasion que puisse estre, sur les mesmes peines 
» que dessus. 

III. « Qu ils soient accoutrés comme religieux doibvent estre, la barbe et les cheveux 
« ras , ayant toujours le froc et capuchon sur la teste , soient qu'ils demeurent au dit cou- 
« vent ou que par congé de leur supérieur ils eu sortent. 

IV. • Que, sortant du dit couvent, ils seront toujours deux ensemble et yront deulx à 
udeulx, sans que aultrement congé de sortir leur puisse estre donné. 

V. • Qu'ib ne se déguisent poinct , portant chemises fronczées ni ouvrées , chausses 
•1 ny escarpins de couleur ny déchiquetés, manteaulx à juppons à la faczon des laicques, 
»ny aulcuns accoustremens aultres que leur froc et moins enrichis de velour, soys, pas- 



ÉCLAIRCISSEMENTS. cccxlix 

a semens, lil d'or, iiy aultrcs superQuilés indignes de leur profession , soil qu'ils aillenl a 
« pied ou à cheval, sur les dictes peines. 

VI. n Qu'ils ne porteront pistolets , anpiebouzes , escopelles , espées ny dagues , cl que 
« toutes armes, tant offensives que deffensivcs, qu'ils pourront avoir à présent en leurs 
u chambres , seront apportées en la chambre de leur supérieur pour leur osier toute occa- 
« sion de mal faire; ce qui sera fait et exécuté en la présence de M. le maistre des 
(1 comptes et Pères réformateurs, etc. » 

(Voyez Proliîgomtncs, p. Lxxxni.) 

On trouve le mol plebs employé avec le même sens que chez les Bretons dans la partie 
de la Normandie longtemps occupée par cette nation au ix' siècle : 

«Temporibus Wilhelmi Normanniç comitis iiiil Robert! , dedil Warinus de Baiolo 
1' Sanclo Maglorio abbalique Aufrido monachisque suis monasterium S" Cirici quod est 
" situm in eadem parochia et cimiterium , necnon et omnia primitiua {sic) ecclesie perti- 

« nenlia et omnem decimam illius plebis in perpetuum absque ulla retraclatione ibi 

« Warinus vivens plèbe quç Baiolo nuncupatur dédit. » (Cariai, de Saint- Mayloire, p. 338 , 
ms. Harl.(i85,Bibl. imp.) 

( Voyez Prolégomènes, p. cix. ) 
ÉVÊCHÉ DE NANTES. 

Il existe à !a Bibliothèque impériale, fonds S. G. F. n. 878, p. 245-262, un pouillé 
manuscrit, de i5i6, où se trouve le dénombrement de tous les bénéfices du diocèse de 
Nantes. Ce dénombrement constate que la taxe générale du diocèse s'élevait alors à la 
somme de quatre mille six cent soixante-sept livres six sous dix deniers. Les autres évé- 
chés étaient t^axés à un chiffre moins élevé, comme le prouve le tableau suivant : 

Nantes 4667 1. 6 s. lo den. 

Vannes 4529 1. 12 s. 3 den. 

Cornouaille 4201 1. 1 s. 

Rennes 3338 1. 2 s. 10 den. 

Saint-Malo 2796 1. 12 s. 12 den. 

Saint-Brieuc 2007 1. 12 s. 

Tréguer 1 748 1. 6 s. 8 den. 

Léon i4oo 1. 3 s. 2 den. 

Dol i366 1. i5 s. 7 den. 

(Voyez Prolégomènes, p. cxxviii.) 

ÉVÊCHÉ DE RENNES. 

Le Pouillé de l'évêché de Rennes, tel que nous l'avons donné page 455, est extrait 
d'un manuscrit des archives d'IUe-et-Vilaine écrit au xvii" siècle. Nous croyons donc de- 



cccL ECLAIRCISSEMENTS. 

voir publier ici, in extenso, le dénombrement suivant, qui remonte à l'an i5i6, et dont 
nous n'avons eu connaissance qu'assez tard. 

Dominas episc. Redon. iii° xxxviiil. vi s.viiid. — Thesaurari us Redon, x 1. — Can- 
lor Redon, x 1. — ArchidiaconusRedon. xvii 1. — Archidiaconusde Deserto in eccles. Red. 
XL J. — Scolasticus Redon, xxv s. — Canoiiici ecci. Redon, semi praebendali, vu" x 1. 

— Alii beneficiali in eccles. Redon. XL s. — Succentor ecci. Redon. XL s. — Prier S. 
Dionisii, l s. — Prior S" Moderani, vi 1. — Prior S. Martini, xl s. — Capellanus ca- 
pellanix S" Margarilae, xx s. — Capell. capellaniaeS. Johannis, xx s. — Capellanus ca- 
pellaniae S" Egidii , lx s. — Capellania minor de Treal , xx s. — Capellania B. Mari.-e du 
Piilier, xx s. — Capellania S. Juliani, xx s. — Capellania S. Gabrielis, x s. — Capel- 
lania S. Andreae de Villeblanche, x s. — Capellanus capellaniae Mag. Pétri Hard, xl s. 

— Capellanus capellanias S. Eligii, xxx s. 

Alii benefîciati in civilate et suburbiis Redonensibus. 

Abbas S. Melanii prope Redon, cuui conventu et prioralibus in diœc. Redon, in per- 
petuum anne.xls, nibil, quia Rev. dom. Cardinalis tiluli Sanclorum quatuor coronato- 
rum capit iVuctus. — Abbatissa S. Georgii Red. cum conventu, c 1. — Rector S. Stephani 
prope Redon, viii I. — Rector Omnium Sanctor. Red. (Toussaint), xxix 1. — Rector 
S. Helerii prope Redon, x 1. — Reclor S. Germani, x 1. — Rector S" Laurentii prope 
Redon, vi 1. — Reclor S. Albini prope Redon, iv I. — Rector S. Georgii Redon, xl s. 

— Rector S. Martini prope Redon, xl s. — Rector S. Jobannis prope Redon, xxxiii s. 
IV den. — Prior S. Cirici prope Redon, lxx s. — Eleemosinarius S. Melanii, lxx s. — 
Prior de Castro Gironis, xxxiii I. iv den. — Capellanus B. Marise de civitate Redon, xl s. 

— Sacrista S" Melanii, xxx s. — Capellanus S. Jacobi prope Redon, xxxiii s. iv d. — 
Capellanus minoris altaris S. Georgii Redon, xx s. — Capellania in ecclesia S" Salvato- 
ris, XL s. — Capellania fund. in ead. ecclesia per Petrum Guyot, xxx s. — Capellania 
de Sercba in ecci. S. Georgii Redonensis : sacrista ejusd. ecclesise; capellania S. Anihonii 
in ead. ecclesia; capellania S. Jobannis in eadem ecclesia, insimul xxxiii s. iv den 

In arcliicUaconatu Redonensi. 

Rector de Cessonio, x 1. — Rector de Acigneyo, x 1. — Rector de Castro Burgii, c s. 
Rector de Cornelleyo (Cornillé) , iv 1. — Rector S. Jobannis super Vicenoniani , x 1. — 
Rector de Riconno ', L s. — Rector de Yseyo, es. — Rector de Dordano, es. — Rector 
de Servonio , ix 1. — Rector de Buxeria , iv 1. x s. — Rector de Chavigneyo (Chevaigné) , 
XXXIII s. IV d. — Reclor de Liffreyo, es. — Rector de Gonneyo, vi 1. — Rector de 
Erceyo prope Gabardura , vu 1. — Rector de Gahardo, xxx 1. — Rector de Torrigneyo, 
LX s. — Rector de Livreyo, lx s. — Rector de Bettonio, x 1. — Rector de Maceriis 
(Mézières) , vu I. — Rector de Moayseyo (Mouazé) , lx s. — Très rectores S. Albini de 
Cormerio, x 1. — Prior de Bettonio, xviii 1. — Prior de Castro Burgi, x 1. — Prior de 

' Faute de copiste : c'est de Broons qu'il s'agit [Bronno]. 



ECLAIRCISSEMENTS. cccu 

G^iliaido, xxi 1. X s. — Plior de Yseyo, x 1. — Prior de Livreyo, xxl. — Prior de Allion, 
XVI 1. — Cnpellania de Lize major, xxxiii s. iv d. — Capcllauia de Cliampeigne in 
ecc). de Pacryo, xl s. — Capellania de Tasiouy in parrochia de Noyallo super Viceno- 
niam, xl s. — Quatuor capellanlae S" Albini de Cormcrio insimul, i,x s. 

In (Iccanatu Vilrensi. 

Uecanus de Vitreyo, es. — Hector B. Mariae de Vitreyo, xl s. — Vicarius S. Mariîe 
de Vitreyo, l s. — Rector S" Crucis prope Vilreyum, lx s. — Reetor de Poceyo, c s. 

— Rcctor de Cliampellis sive decanus, vi 1. — Rect. de Briellis, es. — Rect. S" De- 
siderii, iv !. — Red. S. Albini de Landis, x 1. — Reetor de Viridigalo (\'ergpal), x 1. 

— Rect. S" Germani de Pinello ', prior curalus, viii 1. — Rect. de Torceyo, xi 1. — 
Rect. de Argentreio, xii 1. — Rect. de Esirellis, x 1. — Rect. de Erbreya, x 1. — Rect. 
de Breallo, iv 1. — Rect. de Capella Erbreie, vi 1. — Rect. de Balezyo, xiv 1. — Recl. 
S. Mcrvei, xiv 1. — Rect. de Tuiiia (Taillis), es. — Rect. de Monasteriolo super Petro- 
sim^, X s. — Rect. de Pertro', iv 1. — Prior de Vitreyo, xl 1. — Prior S" Crucis prope 
Vitreyuni, XXV 1. — Prior de Briillis, xii 1. — Priorde Monasteriolo super Pelrosim, c s. 

Beneficiati in ecclesia collegiata B. Marise Magdalenae de Vitreyo. 

Thesaurarius ejusd. eccles. viii 1. — Duodec. canonici, xi 1. xix s. — Capellanus ca- 
pellaniae de Langelerie in eccl. B. Mariae Virginis de Vitreyo, xxx s. — Sacristia 
eccles. B. Mariée de Vitreyo, xxx s. — Adminislrator S" Nicolai prope Vitreyum, xviii 1. 

— Administralor hospitalis Sancii Yvonis prope Vitreyum, lx s. — Capellanus Sanc- 
torum Lazari et Stephani prope Vilreyum, xl s. 

In dccanalu Filgeriaci. 

Abbas sive commendalarius et conventus abbatiae S. Pelri de Rilleyo prope Filge- 
riacum, xli 1. xui s. iv den. — Prior de castro Filgeriaci, iv 1. m s. iv d. — Decanus 
Filgeriaci cum annexis, xiv 1. — Reetor de Caslellione inVendelisio (Vendelais), viii 1. 

— Reetor de Prenceo (Prince), lx s. — Reetor de Domno Pelro de Limite (Dompierre- 
du-Chemin) , xl s. — Reetor de Lulreyo (Luistré) , xiv l. — Reetor de Javeneio, vu I. — 
Reclor de Pareceyo', cl. — Rect. de Comburno Tilleyo (Conibourtillé) , iv 1. — Rect. 
S. Christophori de Nemore, es. — Recl. de Monasteriolo de Landis, nu 1. — Rect. de 
Meceyo, es. — Rect. de Lupiniaco, x 1. — Rect. de Cheneyo, viii 1. — Rect. de Ven- 
dello, LX s. — Rect. S. Johannis super Coisnon, vi 1. — Rect. S. Leonardi Filgeriaci, 
IV 1. III s. IV den. — Recl. S. Sulpitii Filgeriaci, lx s. — Rect. S. Pétri de Rilleyo, 
IV 1. — Reetor de Beauceyo, es. — Rect. de Florigneyo, vi 1. — Rect. de Capella 
Janczon, iv 1. — Rect. de Loratorio ^ iv 1. — Reetor de Agniculo, iv 1. — Reetor de 
Basogia, x 1. — Rect. de Meleyo, vi 1. — Recl. de Landanio% ix 1. — Rect. de Villa 



' Saint-Germain-du-Pinel. ' Parce. 

- MontrcuU-siir-Ptrousc. ' Le Lorous. 

' La Pertre. • Landéan. 



cccLii ECLAIRCISSEMENTS. 

Maris', IV 1. — Rcct. de Ferrato, vi 1. — Rect. de Monte Turri', prior cnratus, xv 1. 

— Rect. S. Georgii Reinlembani', ivl. — Rect. de Castellonio*, viil. — Rect. de Capella 
S" Auberti, iv 1. — Rect. S. Germani in Coglais, lx s. — Rect. S. Stephani in Coglais , 
XX 1. — Rect. S. Johannis in Coglais, es. — Rector de Cella in Coglais, iv 1. — Recl. 
de Romagnejo, vu 1. — Rect. S. Salvatoris de Landis, lx s. — Rect. S. Audoeni de .Al- 
lodiis, XII 1. — Rect. S. Medardi super Coisnon, iv 1. m s. iv den. — Rect. S. Bricii in 
Coglais IV 1. — Rect. S. Chrislopliori de Valenis, xx s. — Rect. de Balleyo, es. — 
Rect. S. Medardi Albi \ iv 1. — Rect. de Veleri Vico' super Coaisnon , vu 1. — Rect. de 
Trenibleyo, l s. — Rect. de Sainctouan de Roeria, lx s. — Recl. de Intraineyc, lxs. 

— Rect. de Sollagallo ', c s. — Rect. de Veteri Viello, iv 1, — Rect. S. Hilarii de Landis, 
IV 1. — Recl. de Excussa', es. — Rect. de Chavigneyo , c s. — Rect. de Trancio, vu 1. 

— Rect. de Poilleyo , vu 1. — Prior de Bazogiis Petrosis, xxiv 1. — Rect. de Marcilleyo 
Radulpbi, IV ]. — Rect. de Novallo sublus Bazogiis, iv 1. — Rect. de Censibus', xii 1. — 
Rect. de Parignevo, xxii 1. — Rect. de Tersandio.LX s. — Rector de Monte Alto '" cum 
decanalu , c s. — Prior S. Salvatoris de Landis , xxx 1. — Prior S. Trinitatis Filgeriaci , 
.\x 1. — Prior de la Daupbinaye in parochia de Romegncyo, xii 1. — Prier de Ygneio, 
XV 1. — Prier curatus de Remazis , viu 1. — Prior de Trambleyo , xv 1. — Prior S. Chris- 
lopliori de Nemore, viii 1. — Prior S. Jobannis supra Coaisnon, cum annexis, viii 1. — 
Prior de .Agniculo ", viii 1. vi s. viii den. — Prior de Villa Maris, xiv 1. — Prior 
S" Bricii , XV 1. — Prierissa de capella Jenczon , administrator domus Dei S" Nicolai Fil- 
geriaci, IV 1. — Capellania B. Mariae Magdalenae prope Filgeriacum , iv 1. 

In archidiaconatu de Deserto. 

Vicaria S. Georgii prope Redon , lx s. — Recl. de Melecia '^ l s. — Recl. de Monle 
Germondi, lx s. — Rect. de Vignoco, es. — Rect. de Gevezeyo, xxii 1. — Recl. de 
Maceria ", x 1. v s. — Rect. de Monaslerielo , iv 1. — Rect. de Parteneyo , c s. — Rect. de 
Paceyo , vi 1. — Rect. de Heremo , vi 1. — Rect. S. Egidii , vu 1. — Rect. S. Jacobi de 
Landa, lx s. — Rect. de Bruz , iv 1. — Rect. de Mordella , xii 1. — Rect. de Chavaignes, 
c s. — Rect. de Cintreio, viii 1. — Rect. de Meigneyo, iv 1. — Recl. de Vezino, x 1. 

— Rect. de Rode, xliv i. x s. — Recl. de Carceribus ", iv 1. — Rect. de Castellione super 
Siccam, es. — Rect. de Neyallo super Siccam , lx s. — Recl. de Noyallo, vi 1. — Rect. 
de Cbaneyo, l,\x s. Rect. de Breceyo, lx s. — Recl. de Marcelleyo '^ iv 1. — Rect. S" Sul- 
pitii de Abbalia, xx s. — .Abbatia S" Sulpitii cum conventu, xli 1. xiii s. iv den. — 
Prior de Noyalle super Vicenoniani, vu 1. x s. — Prier S" Egidii, xii 1. — Prior de la 



' Mauvaise lecture pour Vlllamée , probablement. ' Sens. 

- Monteurs. '° Montault. 

Saint-Georges-dc-Reintembault. " Leignelet. 

' Le Châtelier. " Mélesse. 

* Saint-Mard-le-Blanc. ' ' La Mézière. 

" Vieuxvv. '* Chartres. 

" Songeai. " Marcillé-Robert. 

" Lécousse. 



ECLAIRCISSEMENTS. cccui. 

Brelonnière, x I. — Ca|)ellania S. Antlrcaî, xxii s. — Cnpellaiiia funil. pcr doin. G. dt 
Mordella, xx s. 

In dccanatu de Albigneyo. 

Decanatus de Albigneyo ciim anncxis, vu 1. x s. — Vicarius de Albigneyo, xxxiii .s. 
IV den. — Recl. de Guipello, x 1. — Rcct. de lledeyo cuni annoxa, vi 1. — Rect. de Mos- 
teriolo super Insulaiu ', c s. — Rccl. S. Albini prope Alhigneyiim , iv 1. — Rect. de Liivi- 
gneyo, vi 1. x s. — Rect S. Medardi super Insulam. — Rect. S" Gormani super Insulaui , 
XXX s. — Recl. de Audouelleyo, vu 1. — Rect. S. Simpboriani, c. s. — Prier de Albi- 
gneyo, VII 1. — Prior de Hedeyo, xxii 1. 

In dccanalii de Castro Girours. 

Decanus Castri Gironis cum annexis, vi 1. x s. — Rect. B. Marias Castri Gironis , c s. 

— Rect. de Chanceyo, vi 1. xiii s. iv den. — Rect. de Ousseyo, vu 1. — Rect. de Lupi- 

niaco prope Baiscum\ vu 1. — Rect. de Molendinis, x 1. — Rect. de Vallela, xl s. 

Rect. de Domagneio , xx 1. — Rect. de Veneslle , xl s. — Rect. de Chaumereyo , lx s. — 
Rect. S. Albinide Paveil (S'-Aubin-de-Pavaii) , lxs. — Rect. S. Martini deJanczeyo, vu I. 
xs. — Rect. d'Amanlis, x 1. — Recl. de Donolupo (Donloup), l s. — Recl. de Novo- 

slatu\c s. — Rect. S" Colomba;, lx s. — Rector S'' Amiagilli de Bucellis xxii 1. Rect. 

de Verno, c. s. — liect. de Canlu Picae (Chantepie),c s. — Recl. de Pire, x 1. — Rect. de 
Corporibus Nudis', vi 1. — Prior S" Crucis Castri Gironis, ixl. — Administrator domus 
Dei S. Nicolai prope Castrum Gironis, lx s. — Capellanus B. Mariae de Riparia, xx s. 

In decanatu de Bayno. 

Decanus de Bayno cum annexis, x 1. — Reclor de Messiaco', es. — Rect. de Piano 
Castro, XL s. — Reclor de Burgo Comitum \ vi 1. — Rect. deLalleyo, c s. — Rect. de 
Canlu Lupi ', viii 1. — Rect. de Orgeriis, x 1. — Rect. S. Ermellandi', x 1. — Rect. de 
Panceyo, es. — Rect. de Selio, iv 1. — Rect. de Poligneyo, xii 1. — Rect. de Tunia, 
viii 1. — Rect. de Erceia in Media, x 1. — Rect. de Coheria, es.— Rect. de Allodio, 
r.x s. — Rect. de Treboyo °, c s. — Rect. de Salneriis '°, viii 1. — Rect. de Beria, viii 1. 

— Rect. S. Sulpitii de Landis, lx s. — Rect. de Burgo Barato ", x 1. — Prior de Bello 
Quercu , c s. — Prior de Piano Castro, xx 1. — Priorissa de Teillay, xiv 1. — Capellanus 
capellaniae in ecclesia parrocbiali de Erceyo in Media, xl s. 

' Insula est ici pour IV/fe, riviire. « On écrit aujourd'hui Bourg-des-Comptes : c'est 

" Louvignii-dc-Baie. Bourg-de-Cons , c'est-à-dire Boiirg-des-Valk'es, qu'il 

' Nouvoitou, alias Novcsloi. faut lire. 

* 11 est question dans l'Histoire des Francs de Gri5- ' Cbantcloup. 

goire de Tours du ficus CormUiiis'. MM. Guadet et » Sancti-Hermelandi, Saint-Erblon. 

Taranne , dans leur Index gemralis , eonfondcnl à tort ' Tresbœuf. 

ce vicus Cornutias avec Saint-Aubin-du-Cormicr. '" Saulniere. 

' Messac. " Bourgbarré. 

• . Brilanni quoiiue graviter rogioncra RheJonicam vaslavcrunl ioceudio i|u; usquc Coraudum uram dcbellaiido pro- 

■ grcasi sont. • ( Grcg. Tur. V, 3o. ) 



cccuv ÉCLAIRCISSEMENTS. 

In decanatu Guirchiae. 

Dccanus Guirchiae cum annexis, vin 1. — Red. de Visseca , xiv ]. — Rect. de Domno 
Alano, XII 1. x s. — Rrcl. de Monasteriis, xiii I. — Recl. de Avalleia, xii !. — Rect. 
de Arbore Sicca, vi 1 — Piect. de Moiiceyo , iv 1. m s. iv den. — Rect. de Drogis, iv 1. 

— Rect. de Forgiis, c s. — Rect. de Challun (Chelun) , i.x s. — Recl. de Eanceyo, ivl. 

Recl. de Villa Port. . . (Villepnt), viii 1. — Recl. de Noyallo super Bruxam (Bruc), 

,v 1. — Rect. de Ferceio, es. — Rect. majoris portionis de Marligneyo Ferri Calidi 
(Martigné-Ferchaud), ix 1. — Rect. niinoris porlionis de Marligneyo, lvi s. viii den. — 
Rect. de Coesmis (Coesmes), viii 1. — Rect. deTilia (Le Teil), c s. — Rect. de Resteriis , 
X 1. — Rect. de Genis, es. — Rect. de Esseyo, es. — Prior S. Nicolai Guirchiae, x 1. — 
Prioratus de Baisco, xx 1. — Prior de Martigneyo Ferri Calidi, vu ]. — Prier S" Trinila- 
lis Giiirchia;, c s. — Prier de Cella Guirchiœ, xi 1. — Prier de la Fontaine Simonis, ix 1. 

— Prier de laForeslerye, xxx s. — Administrator domus Dei S" Johannis de Guirchia. .. 

Beneficiati in ecciesia coliegiata de Guirchia. 

Capicerius ejusdem ecclesiae de Guirchia cum decem canonicis, xxx 1. — CapeUaniade 
.\iicuHa (sic) , XX s. — Capellania de Deserlorio , xx s. — Capellania majoris altaris , xx s. 

— Capellania eccles. de Guirchia ejusdem majoris altaris, xx s. — Capellania B Mariae 
rétro majus al tare ejusd. eccl. xx s. 

Toutes lesquelles parties de taxes contenues audicl roolle de parchemins, comme il 
appert par iceluy, deuement signé et approuvé par les dessusdicts commissaires et soubs- 
collecleurs, font et montent ensemble la somme de deux mil sept cent quatre vingt une 
livre quinze sols , monnoye de Bretagne, ainsi qu'il appert par iceluy réelle y rendu val- 
iant , monnoye de France, la somme de m" m" xxxviii 1 ii s. x den. 

(Extrait du dénombrement général de tous les archevêchés et cvéchés de France, ms. de la Bibl. imp. 
S. G. F. [es Bibl. Coislmiana] u° 878 , de la page 2dô à la page 2i.i.) 

(Voyez Prolégomènes, p. c.^liii.) 

Nous avons donné, p. /jgo , le pouiilé du diocèse de Vannes, d'après une copie plus 
ou moins exacte du xvi" siècle. Nous croyons donc devoir publier ici un nouveau texte 
du même pouiilé, extrait d'un manuscrit de la Bibliothèque impériale, coté S. G. 
F. 878, et qui renferme le dénombrement général des diocèses de France, avec la taxe 
imposée en 1 5i6. On trouvera dons ce document quelque» indications intéressantes qu'on 
chercherait en vain dans l'autre pouiilé : 

lu territorio Vennetensi. 

Episcopus Veiinetensis , un" lib. — .'Vrchidiaconus Venetensis, lxx 1. — Thesaurarius, 
xvi 1. — Canlor Vennetensis, xl solid. — Scolasticus , xi. s. — Capitulum Vennetense, c 1. 

— Quatuor archipresbyleri Vennel. xiv 1. — Subdiaconus Venn. xx s. — Succantor Ven- 
net. XL s. — Vicarius B. Pétri Vennet. xxx s. — Capellania S. Gaudentii, xl s. — Capel- 



ÉCLAIRCISSEMENTS. ccclv 

iania S. LilTrcdi, xxx s. — Capellania B. Joliannis in predicla eccl. xx s. — Capellaiiia 
B. Maria; quam fundavit D. Juhanncs episc. Vennetens. xxx s. — Capcllania B. Joliannis 
Baplisia;, propedicl. ercl. xx s. — Capell. quam fundavil J. Ducay, xx s, — Sancta Capel- 
lania B. Maiiae, xx s. — Cajfellaniaquam fund. Margarila Boucso, xs. — (laptilaiiia quam 
fund. doni. Joli. delaGranlville, adaltaie S. Tiinilatis, xx s. — Capell. fund. super al tare 
S. Vincentii , xx s. — Capell. Omnium Sanctorum in eccl. Vennet. x s. — Capella S. Se- 
bastiani, xx s. — Capellania B. Micliaelis ad altare B. Trinilatis fundata in eccl. Vennet. 
XV s. — Capellania quam fund. dom.Guido de Quirissec sub vocabulo S.Sebastiani, xx s. 

— Alia capell. quam fund. idem de Quirissec sub vocabulo Beali Guinerii , xv .1. — Capel- 
lania B. M. Magdalenae extra muros Vennelens. x s. — Capell. B, Mariœ in ecclesia de 
Sarzau, xx s. — Capellania Davreton, xx s. — Capellania B. Mariae prope fontes in eccles. 
Vennet. xs. — Capell. S. Jacobi in eadem eccles. x s. — Capell. Sanctse Katharinae, xv s. 

— Capellania de Ferrariis, xxx s. — Capellania de Lespervier, niliil. — Capellan. domini 
Jnli. Guimar, xl s. — Capellania S. Andrete, xl s. — Capell. fund. per Micli. Crabouis, 
XL s. — Capellan. S. Leonis, xx s. — Capellania Silveslri de Rolian, xxx s. — Capell. de 
Guinare , xx s. — Capellania fund. per Ivonem de Ponl.«al , opisc. Vennet. xx s. — Capella- 
nia in ecclesia de Monte, lx s. — Capell. S. Leonardi infra Cnesparochiaide Theis, xv s. 

— Capellania de Quelen inecclesiis deBaden et Ploeniergat, xxs. — Capell. B. Catlierinae 
in eccl. Vcnn. x s. — Capellania S. Thomas in eccl. S. Paterni, x s. — Capellan. B. Mariae 
de Pietate, xx s. — Capell. S" Mauricii, xx s. — Capell. S" Jacobi in eccles. Venn. x s. — 
CappU. quam tenebat D. J. Le Crom in eccl. B. Mariae de Monle, xx s. — Capellania 
B. Laurenlii, nihil. — Sanctus Paternus, xxxv 1. — Hospitale S" Nicolai extra muros 
Vennet. xv. 1. — Prioratus de S. Guen, x 1. — Prioralus S. Sympboriani, c s. — Capell. 
fund. per rectorem S. Palerni , x s. — Sancta Maria de Monle — Capella S. Micliae- 
lis extra muros Vennet. xxx s. — S. Saloraon, xxx s. — Capella B. Marife de la Chande- 
leur, xviii s. — Capell. Domini Bouvier in ead. eccl. nihil. — Abbas Piuiensis, iiii"l. — 
Camerarius Ruiensis, iv 1. — Operarius Ruiensis, xl s. — Eleemosinariua Ruifnsis,XL s. 

— Iniirmarius Ruiensis, xx s. — Sene, pro parle vicarii, iv 1. — Theis, viii 1. — Ca- 
pellania B. Mariae de Theis, xv s. — Noyalo, vi 1. — Snnct.Surgue (?), xii 1. — Priora- 
tus du lleuzou, xvi 1. — 111 (?), xx s. — Sarzau, sxiv 1. — Minister Trinitalis de 

Sarzau, x 1. — Prior de Langlenec, iv 1. — Capellanus de Sussenyau (Sucinio),xxx s. — 
Vicarius S. Gusiani Ruiensis, l s. — Prier Darzon, x 1. — Vicarius ejusdem loci, xl s. 

— Prior d'Ars, xi 1. — Priorissa dicti loci, x 1. — Capellania B. Mariae in eadem eccle- 
sia, xxx s. — Sulniniac (Sulniac), viii 1. — Trefleac (Tréfléan), x 1. ■ — Sanctus Maiolus, 
XII 1. — Elvan (Elven), xl 1. — Sacristia ejusdem loci, xxx s. — Prior de Tredion, x 1. 

— Plaudron (Plaudren) , pro parte vicarii, viu 1. — Saincteve (Saint-Avé), xv 1. — Sanc- 
tus Billy, XL s. — Grandicampus, L s. — Capellania de la Chesnaye, XL s. — Prior de 
Sanclis, l s. — Mautcon (Mtucon), es. — Ploesgob (Plescop) , viii 1. — Ploteren (Ploe- 
ren), xii 1. — Aradon , iv 1. — Prior de Vincen, xx s. — Baden, xii 1. — Plegomelen 
(Plougomelen), es. — Ploineret (Pluiieret), x 1. — S. Gustanus Alrayo, xxv s. — Ploi- 
mergat (Plumergat), xv 1. — Sacristia ejusdem loci, xx s. — Landaule, viii 1. — Ploe- 
gner, xl 1. — Sacrist. ejusd. xx s. — Monasterinm de Lanvaulx, xx 1. — Landevant, 



«ccLvi ECLAIRCISSEMENTS. 

XVI I. — Branderion, iv 1. — Languidic, XL \. — Capellania fundata in capella S. SeLas- 
tiani de Languidic, xx s. — Sacristia de Languidic, xxxii s. vi den. — S. Egidius de 
Henbons (Hennebont) , lx s. 

In decanatu de Plombeiles (Pou-Beiz). 

Mondon (Mendon) et Plombeiles (Poubelz) cum sacristia ejusdem loci, xviii i. — 
Prioratus S. Guduali, xxx i. — Vicarius ejusdem, lx s. — Prioratus de Caudon (Cau- 
dan), VIII I. — Belles (Belz), x 1. — Brecli, xxii 1. — Sacristia dicti loci , xvi s. viii den. 

— Collegium de Campo, l 1. — Priorissa de Kerleanou, xxv s. — Prioratus de Quel- 
nayo, vi 1. — Vicarius ejusdem, XL s. — Capellania S. Juliani in eadem capella fundata, 
X s. — Prioratus de l'iiospital B. Mariœ de Alrayo , xxx s. — Miles S. Spiritus de Alrayo , 
XL 1. — Plouemel, xv 1. — Capellania B. Mariae in eadem ecciesia, xx s. — Cracli, xv 1. 

— Prioratus de Kerlas. ( ?) , xii 1. — Vicarius dicti loci , i v 1. — Carnac , xx 1. — Sacristia 
ejusdem ioci, x s. — Ploeuarnel (Plouaniel), vi 1. — Prioratus de Guiberon (Quiberon) , 
\ 1. — Vicarius ejusdem loci, L s. — Prioratus de Locquidi, xlviii s. — Erdeven, xv 1. 

— Sacristia dicti loci, xx s. — Capellania quam fundavit Thomas de Talhouet, xxx s. 

— Naustanc, viii 1. — Quirminac (Kervignac), xxx 1. — Ploesmel, xxiv 1. — Prioratus 
de Gavre, xii 1. — Riantec, vu 1. — Brelevenez, x 1. — Abbalissa de Henbourd (Hen- 
nebont) cum prioratu de Locrist et annexa, l I. 

In dccanalu de Guemenet Hibray (Kemenet Heboe). 

Guidai, L 1. — Capellania fundata per Magist. de Alto Nemore, es. — Prioratus de 
Lanriuech, XII i. — V'icarius de Groya (Groa), ex s. — Prior dicti loci, lxx s. — Ploue- 
mur, XX 1. — Sacristia ejusdem loci, xx s. — Capellania quain fund. dom. du Terre, XL s. 

— Prioratus S. Michaelis, x.\xv s. — Capellania de TrelTaven alias Sancti Juzeli", XL s. 

— Quetiguen et Bozoay ^, xx 1. — Lebon (Lesbin ?) , xvi 1. — Sacristia ejusdem parro- 
cliiae , XX s. — Redene , xii 1. — Sacristia ejusdem loci , x s. — Arzenou et Guelgomarch 
(Arzano et Guilligomarcb) , xx 1. — Sacristia ejusdem , x s. — Mezlen (Meslan) , x 1. — 
Beronne ( Berné ?) , xi i 1 . — Sacristia ecclesiae de Mezlen et de Beronne , xxx s. — S. Ca- 
radocus de Treguemel, x 1. — Plouay, xv 1. — Sacristia ejusdem loci cum capella de 
Garou, xxv s. — Prioratus de Hirberz, xx s. — Inguinicl , xx i. — Beubry (Bubry), 
xxx 1. — Quistine (Quistinic) , xii 1. — Lanvaudan , Locmelec et Cozian (Calan) , xii 1, — 
Cleguer, xii 1. — Sacristia ejusdem loci, cuai Capellania B. Marias de Poiit-Scorfl, XL s. 

— Cauden (Caudan) vi 1. — Capellania S. Severini in eadem parrochia , XL s. — 

Prior B. Mariae de Rerguinelei (Kerguelen) in veleri villa de Henbond, es. — Sacris- 
tia dicti loci de Caudan, xii s. vi den. — Jzinzac (Inzinzac), xxii 1. — Prior de Reclus, 
I. s. — Prio; Sancti Gueraheli (Guenhael), lx s. — Sanclus Caradocus prope Henbond, 
IV I. — Sacristia ejusdem loci, xii s. vi den. — Capellania fund. per Bruenezac, xx .i. 

In decanatu de Guemene Guingant. 

Locus Maclovis (Loc-Malo), xx 1. — Capellania Beatœ Christinae, vir, 1. — Lignol, 

' Ce nom se retrouve dans celui de Saint-Lbei que porte la terre do M. Audren de Kerdrel.toul prè.s de 
Tréfaven , en Kéranlré. — ■ Quéven et Bihoué sa trêve. 



ECLAIRCISSEMENTS. rc(;i.vn 

XIV 1. — Capellania qiiaiu lencl dom. Henricus, niliil. — Peibqueii.x 1. — Ploucnluc, 
(Ploerdul), xx 1. — Pmiac, xv 1. — Sanclus Tugdualus, xv 1. — Templum du Cresll 
et Prisiac, nihil. — Plouray, ix I. — Melloimec (Melionel) , viu 1. — Plouelaiiiï, vu I 
XVII s. — Lcscouet, vu 1. — Langouelan el Merser, x I. — SilUac, vu 1. — Melrani , 
XXII 1.— Seguelien, xvi 1. — Clcgiierac (Cléguéiec) , x I. — Melguenac, Estivel, xx i 

— Guern, vni 1. — Beuzy (Bieiizy), vi 1. — Prioralus S. Gildasii super Blavos (Blavet;, 
IV 1. — Prioralus de Couarda, es. — Capellania Oliverii Guegan, xx s. 

In dccanatu de Porhouet. 

S. Servalius, xvi 1. — Seirent (Sérent) , xl 1. — Capclianiarlu Mûrirai fund. per domi- 
nos de Serenl, XL s. — Sanctus Marcellus el Bolinl — Ploneiuelles (Plumclec) , viii I. 

— Priorissade loco de Ploemelles , xv 1. — Prier de Cadoudal , i v 1. — Bilio et Cruguel, x i. 

— Guegon,xviiil. — Gueclienno(Guélieniio), ivl. — Prioralus de Crabiigal (Coelbugal), 
es. — SanctaCruxprope Jocelin,Lxs. — Prioralus ejusdeiii.xvil. xiii s.ivden. — Sanctus 
Johann8s,xx 1. — Prioralus de Kerdroguen, l s. — Sanclus ArmilfuselBuleon, viii 1. — 
Bignan, xxii 1. — Radcnnac. xviii 1. — Landillcc (Lanlillac), es. — Ploegaffec (Pieu 
grifl'cl), IV 1. — Crezin (Credin), vi 1. — Uegueny (Réguini) , c s. — Moreat (Moréac), 
XII 1. — Capellania du Bourg in cadem parrochia, iv 1. — Prior de Locliniiue, xv 1. — 
Vicarius ditli loci cum parrochia du Moustouer Lochniene, x 1. — Capellania S*' Coluni- 
bani, xl s. — Ploemelin, xi I. — Reiuungol , xii 1. — Capellania de Keigroais in eadem 
ecclesla, iv 1. — Capellania fund. in capella de Kergroais.XL s. — Nizin , viii !. — 
Rolian.xv s. — Sacristia S. Joliannis, xx s. — Croessanvec, xxx s. — Sanctus Gone- 
rius, vil. — S. Gobrinus, lx s. — Noyai Pontivi, xl 1. — Capellania du Bodic in eadem 
ecclesia,xxv s. — Capellania deCoethuan, vi 1. — Sacrislia ejusdem loci de Noyai Pon- 
tivi, l s. — Pontivi, x 1. — Capellania dom. J. le Macson in eadem eccl. xxv s. — Caprl- 
lania dom. Rolland, x s. — Plouemiliau, xxxu 1. — Prioralus S. Nicoiai, vi 1. — Guiniu 
(Guénin), vu 1. — Baud, vm 1. — Sacristia ejusdem loci, x s. — Prioralus deBaud, 
XX 1. — Camor, vi 1. — Quili, xL s. — Capellania de Royo in eccles. de Couezan , xviii s. 

— Capellania B. Maria; in eccles. de Bignan, xv s. — Capellania S'' Pétri in eadem , xv s. 

In decanatu de Pleaule (Péaule). 

Pleaule (Péaule), xxi 1. — Berric.x 1. — Lauzi (Lauzac'h), iv 1. — Ambon , vm ). 

— Prioralus de Ambon , xiv 1. — Sacrislia eju.sdem loci, xxx s. — Missuillac (Muzillac) , 
XI 1. — Hospitale S. Yvonis, xl s. — Arsal, x 1. — Boller (Billiers), xl s. — Monasîe- 
rium B. Maria; .de Precibus, c 1. — NoyalMusuillac, xxl. — Prioralus de Boweret, c s. 

— Marsan , xv 1. — Sacrislia ejusdem loci , xx s. — Capellania Caslri de Insula , xl s. — 
Caden, xvl. — Capellania de Bloebeban (Bléhéhan), xx s. — Ecclesia Marlirum alias Lis- 
merzel (Limerzel), x 1. — Queslembert, xx 1. — Sacristia ejusdem loci, xx s. — Malanc- 
zac, X 1. — Plouerlin (Plulierlin), iv 1. — Capellania S. Georgii in ead. eccles. x s. — 
Capellania de Canibus de Rocliefort, lx s. — Capellania de Brouieren (?), xx s. — Prior 
de la Graesle, vin 1. — Prior de la Baude, xxx s. — Prior do la Barre, rxx s — Lare 
(Larré) , vm I. 



cccLvui ÉCLAIRCISSEMENTS. 

In ilccaiiatu de Kerentocr. 

Kerentoer (Carentoir) , xviii ). — Capellaniadu Boscher in eadem parrochia , xx s. — 
Capellania de la Biexiere basse, x s. — Capellania de alla Brixeria, sxx s. — Hospitalis 
de la Gatcyly (La Gacilly) , l s. — Capellania de Ciassalen, iv I. — Sislz (Sixte), x 1. — 
Capellania S. Juliani in eadem ecclesia , x s. — Sanclus Juslus, vi 1. — Regnac (Renac), 
XII 1. — Treal, c s. — Prioralus de Ruffiac, xii 1. — Ruffiac, xiv 1. — Capellania fundata 
ad maius altare de Kerenloer, nihil. — Capellania de Guelenec (Quélénec) , xv s. — 
Capellania S. Marcelli in eccles. de Kerentoer, xvi s. 

In tcrritoiio de Rieux. 

Monasterium Trinilalis et Conventus de Rieux , x 1. — Reclor de Rieux , xx 1. — Prior 
dicli loci, XXII 1. — Capellania S. Antlionii in ecclesia de Rieux, xv s. — Capellania de 
Rieux, X s. — Capellania quam fund. Anelta de Reizat, xvi s. — Begann, xv 1. — Al- 
lair, XX 1. — S. Jacobus, vu 1. — Capellania de Caleon, xvi s. — Peillac,x 1. — Gienac 
et Cornon, vu 1. x s. — Capellania de Sourdeac in ead. parrocbia, l s. — S. Vincen- 
tius.vi 1. X s. — Les Fougeietz, vi 1. xs. — S. Martinus, x 1. — Sancta Gravida, c s. 

— Capellania hospitalis ejusdem, xx s. — Capellania de la Haye, xii s. — Capellania 
S. Calherinae de Moulac, xv s. — Capellania de Brossay, xxs. — SanctusCongarus, vi 1. 

— Capellan'a fiind. per Magisl. Pommeraye , x s. — Plouecadeuc , x 1. — Capellania Qua- 
tuor Evangelistarum , xl s. — Malestroit et Missiriat , xvi 1. — Capellania S. Yvonis in 
ead. ecclesia , c s. — Prioratus de la Magdeleine et de la Mojigie , xii I. — Sanclus Lauren- 
lius deCrieneuc, lx s. — Capellania S. Andreae in eccl. de Malestroict, lx s. — Moul- 
lac ', XV 1. — Capellania de Lernen , iv 1. — Priorissa de Prisiac, x s. 

In territorio de Rolhono. 

Abbas de Rolhono, ii' i. 1. — Prier claiistralis de Rolhono, xl s. — Sacrisla ejusd. 
inonaslerii, xl. — Eleemosinarius ejusdem, iv I, — Capellania de la Serche, lx s. — 
Capellania des Trois-Marie , -vx s. — Capellania Sanctae Trinitatis , lx s. — Capellania 
S. Samsonis, xv s. — Capellania S. Laurentii, xx s. — Capellania S. Michaelis , xl s. — 
Capellania S. Marcellrni , xxx s. — Capellania S. Yvonis , xx s. — Capellania S. Con . . . ', 
X s. — Capellania S. Benedicli noviter fund. xv s. — Capellania S. Maurilii noviler iund. 
XV s. — Capellania S" iMargarilae , xx s. — Capell. S" Egidii, xx s. — Capellania seu 
prioratus S" Barlholomaei, l s. — Vicarius B. Marias Magdalenae de Rolhono, viii 1. x s. 

— Capellania Omnium Sanctorum, v s. — Capellania S. Georgii in eadem, x s. — Ca- 
pellania noviter fund. per Danielem le Bourdonne, xx s. — Baigii (Bains), es. — 
Brign (Brain), lxx s. — Langon,c s. 

Toutes lesquclks partyes ci-dessus taxées audit évesché de Venues, contenues audict 
roolle de parchemin , font et montent ensemble à la somme de trois mil sept cenls soixante 
quatorze livres treize sok, six deniers, monnoye de Brelaigne, vallant, monnoye de 

' Moiac a été placé par erreur dans le doyenné de Péaule. { Fouillé de Vannes, p. 5oo. — Eitcut rectifiée 
p. 5o 1 .) — ^ On peut lire Conogan ou Convyan [ Conwoion }. , 



ECLAIRCISSEMENTS. cccux 

Fiance, la somme de qualrc mil cinq cenls vingt-neuf livres douze solz, deux deniers, 
pour celle dicle somme de iv° v° xxix 1. xii s. ii d. (S. G. F. n° 878 ex Bibliotli. Cois- 
liiuana olim Segueriana, p. i85à 197.) ' 

(Voyez Prolégomfcnes , p. CLxi.) 

DES CURIOSOLITES DE CÉSAR ET DES CORISOPITES DE LA NOTICE DES PROVINCES. 

Un homme célèbre a dit : « L hislcire est d'abord toute géographie, n Le mot sans 
doute ne doit pas être pris au pied de la lellre; mais il est 1res vrai que le rôle de la 
géographie est beaucoup plus important qu'on ne le suppose, en général, el qn'avanl de 
raconter les annales d'un peuple il faudrait connaître à fond la topographie des lieux 
qu'il habite, les noms antiques des cités, des diocèses, des villes, des églises. Malheu- 
reusement , même dans l'état actuel de la science , ces notions ne sont pas toujours faciles 
à acquérir. Que de discussions, naguère, sur la véritable situation d'Alise! et, malgré 
lanl de savants mémoires , la question, pour un grand nombre, n'e.st-elle pas encore in- 
certaine? 

Le point de géographie que je me propose de traiter aujourd'hui a donné naissance 
à une polémique qui dure depuis plusieurs siècles, et qui, longtemps, m'a paru sans 
issue possible. A-t-il existé, comme semble l'indiquer la Notice des Provinces, deux cités 
sur le territoire des anciens Osismii, ou bien Consopilum , dont il est fait mention, pour 
la première fois, dans celle notice, serait-il tout simplement une corruption du mot 
CoriosoliUim qu'on trouve dans plusieurs manuscrits', et qui devait désigner l'antique cité 
des Cariosolites? En second lieu, la conjecture admise, faut-il croire que les Corisopites 
n'étaient que des Curiosolites sous un nom mal écrit? — Tel est le problème dont je 
crois avoir trouvé lu solution. J'ai besoin de la bienveillante attention du lecteur; mai? je 
puis lui promettre de n'en point abuser. 

I. 

Le territoire qui s'est appelé Bretagne au vi" siècle de notre ère était habité, lorsque 
César entreprit la conquête de la Gaule, par cinq peuplades ainsi désignées dans les